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Le distributeur de presse Presstalis au bord du dépôt de bilan

La distribution et les titres et magazines en danger

Le distributeur de presse Presstalis au bord du dépôt de bilan (c) photo Kaboompics comVous aviez peut-être entendu parler des NMPP autrement dit les Nouvelles messageries de la presse parisienne, devenues Presstalis en 2009. C'est la société qui distribue 75% de la presse papier en France (plus de 4.000 titres dans 20.000 points de vente, par rapport à une époque où il y avait 36.000 points de vente) et qui récupère également les invendus ensuite, pour les mettre au pilon, avec cette aberration de devoir tirer beaucoup plus d'exemplaires que le nombre de lecteurs afin d'être sûr d'être le plus distribué possible.

La crise n'est pas nouvelle et est étroitement liée à la baisse des ventes des numéros depuis des années, à raison d'une baisse annuelle variant entre 8 et 12%. A la grande époque, Paris Match tirait à près de 2 millions d'exemplaires (1958) alors que Paris Match ce sont 154.000 exemplaires vendus en 2019. Aujourd'hui, de nombreux magazines motos tournent tirent à moins de 20.000 exemplaires (non, il ne maque pas de zéro). Résultat, la société accumule des dizaines de millions de pertes, années après années.

Lors du dernier plan de sauvegarde intervenu en 2017, après celui de 2012 où la société avait déjà échappé de peu à la faillite, l'Etat était intervenu à hauteur de 250 millions d'euros, non sans pouvoir empêcher de nombreux licenciements. En 2018, Bercy a effectué un prêt de 90 millions d’euros à Presstalis. Et il y a peu de chances que ce prêt soit davantage remboursé que les précédents. Mais la société détenue à 73% par la coopérative des magazines et 27% par celle des quotidiens a une dette récurrente de 600 millions d’euros, une perte de 700 millions fin 2019, "financée" par les journaux et magazines. Car c'est Presstalis qui récolte les montants des ventes au numéro dans les kiosques et ensuite les reverse - avec un délai de plus en plus long - aux journaux, magazines et maisons de presse.

Donc, les journaux et magazines payent les journalistes, leurs équipes, puis l'impression et la distribution et doivent ensuite attendre plus ou moins longtemps d'être payés, plus tard, beaucoup plus tard.

Mais le distributeur n'est plus en mesure de rembourser ses échéances et travaille sur un énième plan de redressement, qui prévoit déjà le dépôt de bilan. Et son dernier Président n'a tenu que cinq mois, avec un départ en conclusion du refus de son plan de redressement. Si ce dépôt de bilan a lieu, on parle de 150 millions d'euros non reversés aux journaux et magazines déjà gravement atteints financièrement depuis des années. Et ce n'est pas la difficulté de distribution pendant l'épidémie qui va arranger les choses et encore moins l'arrêt général de la publicité par les plus grands groupes, comme Bernard Arnault et le groupe LVMH ou François Pinault et le groupe Kering qui ont décidé d'annuler tout leurs investissements publicitaires dans les médias pendant six mois. Et un groupe comme LVMH, c'est 4,8 milliards de "dépenses de communication et de promotion" par an, à comparer aux 53.7 milliards de son chiffre d'affaires 2019 !

Les journaux et magazines ont bien essayé de quitter la messagerie, mais l’Arcep, le gendarme des télécoms et régulateur de la distribution de la presse, a bloqué les demandes de journaux souhaitant quitter la messagerie, afin d’éviter que tout le système s'écroule d'un coup.

Le problème, c'est que si la société tombe et au-delà de ses près de 1.000 employés, elle va entraîner dans sa chute, toute la presse et pas uniquement des petits éditeurs mais des imprimeurs, des brocheurs, des marchands de journaux. C'est déjà la raison qui avait entraîné l'intervention de l'Etat, qui ne souhaite plus aujourd'hui continuer à subventionner/supporter le secteur. Ce qui n'empêche pas Bercy d'être dans les discussions qui ont lieu pour sauver le secteur car sans aide financière des pouvoirs publics, c'est la liquidation judiciaire assurée.

Au final, toute la presse papier risque de subir une nouvelle crise plus profonde et plus durable.

Réponse dans quelques jours puisque le distributeur a rendez-vous au tribunal à la fin du mois de mars pour un énième redressement judiciaire au mieux.

Plus d'infos sur la distribution de la presse

Commentaires

nanou17

Faut il continuer a s'abonner ? L'abonnement permet , en principe , de payer moins cher ton livre , mais faut reconnaitre que depuis quel que temps , les bouquins arrivent avec plusieurs jours de retard , a suivre

23-03-2020 09:17 
KPOK

Font-ils partie de ces entreprises qu'il serait bon de "sauver" vu leur utilité ? La question est délicate, puisque la notion d'utilité est variable d'une personne à l'autre.

23-03-2020 11:09 
Le Modérateur

L'abonnement passe par la poste et pas par le distributeur de presse, donc oui, il faut s'abonner aux revues et magazines pour les soutenir.

23-03-2020 12:09 
Gouniaf

La situation, et son dénouement, sont connus depuis des années.
Voilà ce qui se passe quand une société a le monopole de la distribution de presse en France. Pendant ce temps, l'Etat regarde Presstalis foncer dans le mur et préfère attendre.
" Tant pis, nos enfants pairont ", comme dirait l'autre.

23-03-2020 12:57 
olivierzx

La faute à internet et au commerce en ligne.
Il aurait fallu dès le début légiférer pour interdire le format numérique des ½uvres écrites.

Nous aurions encore des librairies partout, des marchands de journaux achalandés et une Poste qui marche.

Peu de gens le voit mais la Poste aura probablement disparue dans les 5 ans faute de matière. (courrier/colis)

23-03-2020 18:05 
Godzilla

Citation
olivierzx
La faute à internet et au commerce en ligne.
Il aurait fallu dès le début légiférer pour interdire le format numérique des ½uvres écrites.

Nous aurions encore des librairies partout, des marchands de journaux achalandés et une Poste qui marche.


Tu n'y penses pas, tout le monde aurait hurlé à l'archaïsme si on avait trop réglementé l'écrit numérique.
Quitte à couiner après que la presse écrite disparait.

C'est peut-être générationnel aussi.
On voit ça ici par exemple, certains préfèrent regarder des essais de youtubeurs (argh!) au lieu de se fendre de qques euros pour acheter un magazine moto.

23-03-2020 18:40 
Le Modérateur

En 1831, il y a eu la révolte des Canuts pour empêcher l'arrivée des nouvelles machines à tisser.

23-03-2020 19:04 
Picabia

Le volume de presse a baissé certes mais il y a aussi une autre raison, un personnel pléthorique et des syndicats prêt à faire grève dès que l'on veut réformer quoi que ce soit.
Les journaux et magasines obligés de passer par presstalis afin de soutenir l'activité

23-03-2020 19:14 
fift

Citation
olivierzx
La faute à internet et au commerce en ligne.
Il aurait fallu dès le début légiférer pour interdire le format numérique des ½uvres écrites.

Ah oui, le commerce en ligne ...
C'est oublier que le secteur de la presse écrite est en crise depuis (au moins) les années 80.

Pour interdire la concurrence avec la presse écrite, on interdit donc les sites web d'information ? (dont, au passage, le Repaire)

Parce que ce qui a accéléré la crise de la presse écrite, ce n'est pas la recopie des articles par internet, c'est la concurrence de sites web d'information.
Bref, beaucoup de bon gros mélange dans ces propos ...


Citation
olivierzx
Peu de gens le voit mais la Poste aura probablement disparue dans les 5 ans faute de matière. (courrier/colis)

Courrier, oui, c'est en chute libre. Mais c'est vrai, il aurait sans doute aussi fallu interdire les emails ...

Quant aux colis, avec les achats en ligne, le secteur de la livraison ne s'est jamais aussi bien porté ...

23-03-2020 21:44 
salghost

aprés il y a aussi les énormes salaires de tout le personnel du groupe + les nombreux avantages ( 14 éme mois, 7 semaines de congés + les nombreuses primes et la loi bichet et la CGT du livre
j'ai bossé 34 ans dans cettte boite

24-03-2020 12:04 
Aristoto

Presstalis c'est pas le repaire des motards mais le repaire des syndicats du livre, un archaïsme qui aime les monopoles et tue les indépendants... et subventionne la CGT et SUD

24-03-2020 15:14 
Godzilla

14 mois et sept semaines de congés... Sans déc'...
Et dire qu'il y a qques mois on traitait certains de privilégiés.

24-03-2020 15:34 
 

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