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A vendre : deux-roues

Tu veux pas adopter un Bourgeman ?

J'ai toujours eu du mal à vendre mes motos. Je hais les démarches administratives et la lecture des économistes anarchistes me pousse à penser que tout ne vaut rien.

A vendre : Bourgeman

J'ai dû revendre correctement une seule de mes motos. Les autres sont parties à vil prix chez des particuliers ou plus souvent des concessionnaires. Je le sais, je m'en veux et je n'y peux rien. La vente est d'abord une épreuve administrative. La seule idée d'imprimer un Cerfa perturbe mon précieux sommeil. J'ai cauchemardé sur les files d'attente du service cartes grises de la préfecture des hauts-de-seine où je finissais par arriver au guichet en m'apercevant simultanément que je ne suis pas habillé et que j'ai oublié mes papiers alors que j'avais vérifié deux secondes avant et alors tout le monde se moque de moi.

En bon procrastinateur dépressif, la vente d'une moto est une épreuve.

Pour avoir dévoré quelques économistes sérieux de la fin du 19e siècle dont il n'est surtout jamais question au journal télévisé, j'ai des vues assez radicales sur la valeur des biens. J'aime cette théorie qui explique qu'un bien, quel qu'il soit, a une valeur à la fois nulle et infinie ; j'en déduis que seuls les incultes arrivent à dire : cette moto vaut tant. Je circule dans les concessions en zieutant, rigolard, les pamphlets tarifaires fixés aux machines tout en me demandant ce que me répondrait le vendeur si je lui demandais pourquoi cette moto vaut tant -le pourquoi est le proverbial éléphant dans le magasin de porcelaine des certitudes du contribuable banal.

Mais voilà : j'ai envie de m'acheter une nouvelle moto -hou ! le scoop ! Or j'ai décidé que je ne le ferais pas sans avoir vendu le Bourgeman et Henri IV : il n'est pas question que j'aie une 3e moto sur les bras. En plus de mes angoisses administratives et de mes tergiversations philosophiques, il faut que je change le pot du Bourgeman qui commence à ferrailler des chicanes et il serait bon que je songe, après bientôt 6 ans, à récupérer en préfecture la carte grise d'Henri IV, réalisant du même coup un changement d'adresse.

Soupir.

Ce n'est pas comme si un pot de Bourgeman coûtait 200 balles sur le site de l'aut'-pété-de-thunes et livré en trois jours, ou que la préfecture était au bout de la rue et que mes horaires de travail me permettent d'y aller tranquillou le matin expliquer mon cas à une personne dont mes impôts forment le salaire.

Ça serait trop simple. Procrastinateur dépressif, ch'te dis.

En attendant, je me paluche sur les catalogues des constructeurs, éprouvant les prémisses de l'orgueil ordinaire du possesseur d'un produit fabriqué à la chaîne mais vendu comme unique. Ou bien alors la section "improbable" des annonces sur le Coin-coin : une Suzuki TS 80 X -mon premier rêve-, une Motobécane LT1, une Yam' 250 WR, une Mash 400 -nan, j'ai pas confiance. Un Peugeot SV 80... le premier véhicule de plus de 50 cm3 que j'ai chevauché, tu parles si je m'en souviens ! Un monstre de puissance et de nervosité.

Mais non ! Mais non ! Il faut vendre d'abord. Ou alors trouver un moyen de faire disparaître le Bourgeman et Henri IV. Je travaille un collègue de boulot que la 125 tente bien, mais il redoute les hurlements de sa femme s'il ramène une énième moto à la maison. Je n'y crois guère, ou alors ça va prendre 6 mois.

Tu veux pas adopter un Bourgeman ? 40.000 bornes et des brouettes, révisé-bons-pneus-bla-bla-tout-ça, pot presque pas mort ?

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