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La Ducati du Pharaon

Le polar de l'été - Episode 4

La Ducati du Pharaon - 4

Trois sonneries. Marc décroche :

- Oui ?

- C’est moi. On a fini de dégager le corps et on a confié le tout à Mangin. On a commencé à fouiller le réduit et tu sais ce qu’on a trouvé ?

- Abrège : j’ai horreur des devinettes.

- Une serviette en cuir, posée à côté d’elle. Pleine de papiers. J’ai regardé ça…

- Rhaaah ! Mais des papiers aussi vieux ça se regarde pas comme ça ! Tu vas tout foutre en l’air ! crie Marc.

- Hééé… doucement. J’ai fait gaffe, t’inquiète. Toujours est-il qu’il y a trois enveloppes à son nom, toutes les trois ouvertes. Mais tiens-toi bien : sur les trois, il y a une inscription au crayon rouge en travers. Et tu sais ce qu’il y a marqué dessus ?

- Tu me fatigues avec tes devinettes : accouche !

- Il y a marqué : ‘Crève, sale boche !’

Marc marque un temps d’arrêt :

- Ah… Ah-ha…

- Du coup, c’est peut-être un homicide, finalement.

- Ptète, ptète, répond Marc.

- Un autre truc : sous le chiotte, il y a des pierres maçonnées comme au plafond. On a percé l’arrière du chiotte à travers le bois, mais c’est pas creux derrière : c’est de la terre. Argile, sable, débris de briques… du remblai, quoi. Du coup, on ne touche plus à rien pour l’instant. On attend Mangin et… oh ! Merde !

Au bout du fil, des cris, de l’agitation. Le micro du téléphone est malmené.

- Alex ? Alex ?

- Attends.

- Alex ?

- Marc ? Il y a eu un éboulement ! Je te rappelle !

Il raccroche.

Marc reste un moment interdit. Y aller, ou pas ? Une demi-heure de trajet… inutile. Alex est sur place, il saura quoi faire.

La Ducati du Pharaon - 4Il reprend son travail, qui consiste à remonter l'intégralité de son faisceau électrique à la recherche de faux contacts, de cosses brûlées, de fils usés et de bidouilles infâmes perpétrées par le nombre inconnu de précédents propriétaires. Il travaille avec des vues agrandies à la photocopieuse du schéma électrique où il a reporté une série d'indications qui lui évitent d'avoir à revenir sans cesse à la nomenclature.

Une chose est sûre : cette moto a fait de la piste. Les câbles de phare, de clignotants, d'éclairage de plaque et des instruments ont été sectionnés puis rafistolés par la suite, probablement par plusieurs personnes différentes. Les moins compétents ont juste entortillé les fils avant de les recouvrir de ruban adhésif, alors que les moins manches ont tenté de jouer du fer à souder avec plus ou moins de bonheur.

Marc aurait pu retrouver un faisceau tout fait, mais il aime bien ce petit travail d'archéologie qui parle de l'histoire de la moto. Au niveau de la colonne de direction, un fil de masse a visiblement été remplacé à l'arrache par une personne pressée ou mal équipée. Sous la selle, au moins un fil a eu chaud au point de roussir ses voisins. Le fil arrivant au clignotant arrière droit a été rafistolé plusieurs fois avant d'être carrément soudé à même le cuvelage de l'ampoule.

Patiemment, il ouvre le faisceau, identifie les câbles, les étiquette, remplace les cosses si besoin et referme l'ensemble de manière provisoire.

En arrière-plan, alors que ses doigts se poissent de vieil adhésif, son cerveau tourne en boucle pour tenter de faire émerger quelque chose de cohérent de ce qu'il sait d'Odette Franz. Odette Franz dont les lettres comportaient des menaces écrites au stylo rouge.

Le polar de l'été

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