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Radioscoopie : Excusez du pneu !

Journaliste, reporter, grand reporter, chroniqueur radio et Rédacteur en Chef sur France Inter...

Serge Martin signe chaque mois une chronique radiophonique sur Le Repaire

Tout motard qui se respecte se doit de prendre soin de son deux-roues. Cela vaut pour la moto, son moteur, ses liquides, ses équipements, comme les plaquettes de frein et bien entendu ses pneumatiques. C’est là que cela se complique. Pas facile de s’y retrouver alors que pratiquement tous les deux ans les manufacturiers proposent de nouveaux modèles

Quel est le premier élément en contact avec le sol ? La réponse à cette question que tout responsable France du secteur deux roues chez un manufacturier aime poser en préambule à toute présentation se situe bien entendu au niveau des pneus, ce qui vaut d’ailleurs pour la moto comme pour l’auto. C’est dire l’importance de cet équipement parfois…négligé.

Radioscoopie : Excusez du pneu !

C’est d’ailleurs l’un des arguments des « ayatollahs » de la sécurité et autres ardents défenseurs de la mise en place d’un contrôle technique pour les motos, celui d’estimer que les motards ne vérifient pas toujours l’état de leurs pneumatiques, enfin certains… D’où la nécessité d’imposer, là aussi, cette disposition. Disposition sensée « protéger » le conducteur de la moto et, plus largement, les autres usagers de la route.

Hormis, parfois pour des raisons de budget, celui qui cherchera à s’approcher le plus possible des limites de l’usure de ses pneus, on imagine mal un aspect suicidaire voire meurtrier pouvant inciter le motard à aller au-delà…

Ceci étant dit je ne sais pas si vous faites partie (vous nous le direz dans vos commentaires) de ces motards pointilleux qui non seulement se soucient, avant toute acquisition, de connaître la marque de leur monte et le modèle retenu, mais qui plus est n’hésitent pas à réclamer auprès du concessionnaire un changement de cette monte lorsqu’elle ne leur convient pas.

On sait tous qu’une première monte sur une moto neuve est le résultat d’essais et de tests répétés en vertu d’un cahier des charges bien précis fixé par le constructeur à un manufacturier, mais on sait aussi que c’est bien souvent le résultat d’un « accord » commercial entre les mêmes interlocuteurs. Une pratique des plus légitimes que l’on retrouve ensuite au niveau de la concession où de l’atelier lorsque pour des raisons « d’intéressement » ou de prime perçue votre interlocuteur n’hésite pas à vous proposer une marque plutôt qu’une autre surtout s’il sent chez son client une hésitation ou une pointe de méconnaissance.
Il est vrai par ailleurs que d’un point de vue général les manufacturiers, sept grandes marques présentes en France, proposent des gommes de plus en plus performantes, de plus en plus sûres, et, n’ayons pas peur des arguments commerciaux, de plus en plus « sexy ».

Je prendrai pour exemple les derniers essais proposés, en mars, par les manufacturiers Dunlop et Michelin. Au programme de cette présentation-essai dans un décor tout aussi sympathique qu’agréable en cette période, le Qatar pour le Power RS, le dernier fleuron de la gamme « Sport-Tourisme », mais aussi, pour les « bikers » les nouvelles montes facilement identifiables à leurs flancs blancs tel que le Battlecruise où on nous a invités aux Etats-Unis pour le tester.

Arguments de vente pour ce pneu, forcément plus performant que la version précédente, pas de période de rodage, une montée en température rapide, un meilleur grip, notamment sur le mouillé (ce qui ne nous sera pas possible de vérifier le jour de l’essai par beau temps), un pneu tourisme plus sportif, plus endurant, plus efficace, bref supérieur dans tous les domaines à son prédécesseur.

Présentation ô combien séduisante donc et répondant ainsi à toutes les exigences d’un motard à la recherche de plus d’adhérence, d’agilité, de sécurité donc et qui plus est de longévité. Ce motard qui, en marge de toutes ces qualités essentielles cherchera également à pouvoir conserver sa monte le plus longtemps possible avant d’être contraint à son changement.

Autant d’arguments que la concurrence, vous vous en doutez bien, de Dunlop à Michelin, en passant par Bridgestone, Metzeller et Pirelli pour ne citer qu’eux, utilisent. A en croire chaque manufacturier la « pépite », que dis-je, le pneu idéal (qui ne le sera plus deux ans plus tard) se trouve forcément dans sa gamme. A cela plusieurs explications difficilement, voire généralement, invérifiables, une chimie en perpétuelle innovation, un savant mélange de gommes ou alors le choix judicieux d’une gomme unique, des profils de carcasses modifiés quand ce n’est pas l’introduction plus conséquente de silice autorisée par la dernière législation européenne sans oublier, bien entendu, un travail des sculptures plus profondes ou mieux dessinées. Bref une alchimie ou si vous préférez une « cuisine » dont chaque manufacturier se garde bien d’en révéler les secrets.

Voilà pourquoi certains pneumatiques nous donnent le sentiment d’adhérer au sol, quelle que soit la météo, de s’incliner sur l’angle en douceur ou bien au contraire de donner le sentiment, passé un certain stade, de « tomber » avant de se stabiliser.

Mais ce serait oublier au passage d’autres facteurs essentiels tel que la pression en sachant qu’une pression inférieure à celle indiquée dans le manuel de l’utilisateur pour la route entrainera une montée en température plus rapide et un meilleur grip (deux effets recherchés sur circuit) mais du coup suscitera une usure plus rapide. Une surpression, elle, sera offrira une surface de contact avec l’asphalte plus réduite et suscitera par conséquent des dérapages plus faciles.

La pression est ainsi, en marge des qualités intrinsèques de ces pneumatiques, un facteur déterminant de tenue de route et donc de sécurité. A cela s’ajoute enfin les conditions atmosphériques qui, elles aussi, jouent un rôle déterminant. Cela passera sans doute pour une évidence auprès de bon nombre d’entre vous mais parfois cela vaut quand même le coup de le rappeler.

En fait, pour reprendre l’image de Francis Audefroy, le Directeur commercial et marketing de Dunlop Moto France : « le pneu se comporte comme un chewing gum, rigide et cassant en sortant du congélateur, élastique et malléable par température élevée »…

S’il n’est pas toujours facile pour un usager de s’y retrouver et de faire son choix, je vous assure qu’il en est bien souvent de même pour les modestes essayeurs que nous sommes. Comment, par exemple, juger pleinement une monte sur route durant une journée par temps ensoleillé comme ce fut le cas pour un autre essai de pneu à Majorque. Oui il est/fut possible de ressentir la sensation d’agilité, également pour l’efficacité de la ceinture dans les courbes rapides, ou bien encore jauger la montée en température rapide et l’efficacité de l’absence de rodage dès les premiers tours mais en revanche impossible, cette fois-là, de tester le grip et donc l’adhérence sur le mouillé.

Autant de facteurs pour lesquels la vraie valeur d’un test de pneumatiques réside beaucoup plus dans le parcours de plusieurs milliers de kilomètres dans toutes les conditions (comme ce fut les cas lors du dernier Moto Tour avec 3400 kilomètres d’épreuve et la satisfaction de 97% des participants, dont votre serviteur, pour les montes imposées par le règlement) que pour l’essai d’une journée même sur différents modèles de motos.

C’est d’ailleurs là où réside le petit plus du manufacturier Dunlop qui n’hésite pas de convier les journalistes essayeurs à venir tester leurs nouveaux modèles en comparaison avec ceux de leurs concurrents sur différents types de motos lors d’ateliers allant d’un parcours routier à la pratique sur piste en passant par l’anneau « mouillé » de leur centre d’essais de Mireval. Mais en fait rien ne vaudra ensuite l’avis de milliers de motards qui utiliseront ces pneus dans toutes les circonstances et par tous les temps.

S’il y a 30 ans de cela, pour ne pas dire 40, on ne se souciait pas autant des performances de ses pneumatiques, du moment qu’ils tenaient à peu près la route et qu’ils ne s’usaient pas trop vite, il faut reconnaitre que cela a bien changé et ceci en grande partie en raison des arguments de vente des manufacturiers et de la concurrence qu’ils se livrent. Ajoutons peut-être aussi à cela l’évolution technique des motos et l’exigence des motards.
Quoi qu’il en soit chacun aura son feeling et ses préférences avec, il est vrai, un choix délibéré pour certaines montes, qu’ils soient amateurs de sportives, de roadsters, de GT ou de customs.

Le comble, alors que l’on nous rabâche l’affirmation selon laquelle il est primordial de monter des pneus issus de la même marque à l’avant et à l’arrière, c’est que pour reprendre les propos du responsable d’un manufacturier, dont par courtoisie je tairai le nom, la monte idéale se situerait à l’heure actuelle entre un pneu d’une marque à l’avant et celui d’une autre marque à l’arrière, tous deux n’appartenant pas à sa propre maison (raison pour laquelle je ne donnerai pas son nom)… Plutôt gonflé non ?
« Excusez du pneu » mais reconnaissez qu’il y a de quoi s’y perdre…

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Commentaires

Ptit Loup1300

Je suis étonné, pour le moins, de lire qu'il y a 30 ans de cela on ne se souciait que peu des performances des pneus !!!

Bien au contraire, pour a part, j'ai maudit pour 77 générations des montes comme les K81 ou les Macadam (entre autres...), pneus aux formes "contestables" induisant des trajectoires aléatoires, ou bien au comportement "fantaisistes" selon les circonstances, amenant à des décrochages brutaux, etc..

Croyez-moi, il y a 30 ans, quand on était un roule-toujours, on était bien embêté pour trouver une monte de pneus correcte pour un usage en toutes circonstances ! Les gommes d'alors étaient pour le moins limitées : dures et durables mais sans adhérence, ou bien tendres et fumées en moins de 5.000 bornes... En gros, les soucis étaient les pneus et les freins.

Ca a bien changé aujourd'hui ! Les qualités sont telles qu'on peut quasiment acheter n'importe quelle monte dans les 10 les plus courantes depuis quasiment 10 ans sans risque de tomber sur de la daube.

01-04-2017 17:52 
xjrlaser001

Totalement d'accord, il y a 30 ans les pneus c'était bien souvent galère, et c'est indiscutablement l'un des points de la moto sur lequel il y a eu le plus de progrès appréciable.
Aujourd'hui un pneu comme le Z8 fait plus de 10000 km sur une grosse gt, et accroche bien mieux que les pneus sport d'il y a quelques années...

01-04-2017 20:41 
Serge

Vous avez raison tous les deux. Je me suis en effet mal exprimé. Je voulais simplement dire qu'il y a 30/40 ans de cela on ne pouvait, hélas, que constater et subir le manque de performances de ses pneus pour la simple et bonne raison, en effet, que l'on n'avait guère le choix. Et au casse tête de l'époque se substitue aujourd'hui une autre prise de tête, et tant mieux, celle de s'y retrouver dans toutes les qualités avancées et bien souvent réelles. Difficulté donc de faire le choix dans cette richesse de propositions, et encore une fois tant mieux.
Merci pour votre sagacité.
Bien motardement.
Serge

02-04-2017 17:52 
wideview33

J'ai trouvé la solution: entre 25 et 30'000 par an en conduite sport-gt, ça te laisse le temps de "tester" quasiment toute la production !
Je me rappelle au tout début des années 90, quand le Metzeler MEZ1 est sorti, c'était une révolution pour les sportives de l'époque. 25 ans après, le moindre pneu sport-gt surclasse ces gommes dans tous les compartiments.
Puis sont arrivés les dunlop D364 et D 207 GP, qu'on allait racheter aux pilotes à Carole pour 50 francs le train. Un grip de fou, mais les motos ne roulaient plus droit tellement c'était pointu. Et il fallait avoir les bras de Stallone pour balancer la moto d'un angle sur l'autre.
Quels progrès depuis !
Quant à demander au vendeur de changer la monte d'origine, ben je sais pas trop, ça ne m'est jamais venu à l'esprit. Ou alors faut vraiment être amoureux de tel ou tel pneu.
Quand les avancées technologiques sont appliquées directement sur les produits que le consommateur de base utilise, c'est du bonheur. Tant mieux qu'il y ait autant de choix !

03-04-2017 14:11 
CLEW

Salut,

C'est vrai que suivant l'évolution des machines, les pneus ont bien changé.
Fini le diagonal, bonjour le radial (merci M. Michelin)
Comme certains j'ai commencé avec du diagonal dont faisait partie certains Macadam ou Dunlop ou Metzeler. Personnellement je trouvais que mon CX avait un bon comportement avec une monte Metzeler à l'avant et Macdam à l'arrière... et j'ai souvent fait un mix de constructeur entre l'avant et l'arrière.
Et puis, un jour, comme tout un chacun, j'ai changé de machine et découvert le radial. Première surprise, il faut qu'il chauffe sos avant que l'on puisse en tirer au moins la même chose que le diagonal... Deuxième surprise, bonne celle-la, il dure plus longtemps.
Après, je ne suis pas un pilote et je roule plus sur des routières que sur des sportives donc, quelque soit les pneux, j'ai toujours trouvé que l'adhérence qu'ils me procuraient était en adéquation avec ma conduite. De plus, j'ai toujours eu tendance à gonfler mes pneus un peu au-desssus de la pression préconisée, ce qui est bon pour la piste n'est pas obligatoirement bon pour la route surtout pour une routière.
Je n'ai jamais changé la monte d'origine pour la dimension par contre le fournisseur c'était plutôt au gré de mes envies et des retour que je pouvais avoir. De toute façon, comme je crois l'avoir déjà écrit, il y a tune part de subjectivité dans le choix de nos gommards et ce n'est pas parce que X trouve bien ce pneu qu'Y aura le même sentiment.
Mixer les marques, je l'ai déjà fait et toujours avec bonheur, dès lors comment ne pas donner raison à ce responsable d'un manufacturier.

V

Etienne

03-04-2017 16:00 
commando

le pneu!!! toute une histoire, bientôt 50 piges de moto
quand j'ai commencé, sur béhème, c'était le flèche d'or, michelin, à l'arrière, devant c'était un ligné*.
puis y a eu la kawa, là, c'était vachement mieux, yokohama d'origine, ceux là, fallait les jeter tout de suite, z'étaient pire que dangereux ! z'ont été remplacés par d'abord un pirelli à l'arrière, super carré, à chaque accélération je perdais des morceaux, faut dire qu'elle accélérait fort la mach III, et un ligné puis ce fut le K70 de chez dunlop, tout aussi carré mais plus solide, limite bois !
et enfin le K81 est arrivé, suivant les machines l'était génial ce pneu, et toujours ce p... de ligné à l'avant
c'est à partir de là aussi qu'on a commencé à avoir du choix,la moto était à la mode, et les manufacturiers ont commencé à bosser sérieusement
à noter que pour ma Commando j'ai toujours le choix entre le K81 et le Avon roadrunner, les joies des roues en 19"
ah oui, y a pu de ligné, youpi!!!

*tous les manufacturiers fabriquaient des lignés, z'étaient aussi merdique les uns que les autres, on achetait le moins cher et c'était jamais la même marque!
les yokohama qui équipaient toutes les japonaises étaient vraiment daubesques même les lignés

03-04-2017 17:52 
FLB

Sympa et intéressant Serge ton article mais il est curieux que tu ne fasses pas allusion aux pneus Continental... J'ai eu pour ma part l'occasion d'essayer les Sport Attack 3 dont j'ai vraiment apprécié les qualités sur le mouillé.
En tout cas merci et continue.

05-04-2017 11:38 
jeandemi

Citation
wideview33
Je me rappelle au tout début des années 90, quand le Metzeler MEZ1 est sorti, c'était une révolution pour les sportives de l'époque. 25 ans après, le moindre pneu sport-gt surclasse ces gommes dans tous les compartiments.
Si un pilote de GP d'il y a 25 avait eu des pneus sport-GT de maintenant, il aurait tout gagné! Et c'est un pilote de l'époque qui l'a affirmé...

Citation
wideview33

Quant à demander au vendeur de changer la monte d'origine, ben je sais pas trop, ça ne m'est jamais venu à l'esprit. Ou alors faut vraiment être amoureux de tel ou tel pneu.
Non, il suffisait par exemple d'avoir acheté une Triumph Tiger 1050 il y a quelques années pour vouloir directement virer les Michelin Pilot Road 1 qui étaient montés d'origine (un pote l'a fait dès la fin du rodage)

05-04-2017 22:07 
Godzilla

Mouais, on disait bien que les Michelin Macadam 90 et 100 étaient de la daube.

Je les ai pourtant usés jusqu'aux bords à c't'époque, ce qui ne m'arrive plus du reste (passke j'ai peur maintenant).sourire

C'était fait pour des trajets longs, pas pour de la bourre sauvage d'un quart d'heure.

Ceci dit, le Pilot Road à l'avant je l'avais pas aimé du tout.ange

05-04-2017 22:13 
CLEW

Citation
Godzilla
Mouais, on disait bien que les Michelin Macadam 90 et 100 étaient de la daube.

C'était fait pour des trajets longs, pas pour de la bourre sauvage d'un quart d'heure.

Plus généralement la gamme Macadam a été décriée par beaucoup. Je n'ai jamais eu à m'en plaindre mais je ne tournais pas à Carole, je partais par la route en vacances à moto, à deux avec les bagages... pas du tout la même utilisation ceci explique sans doute cela

06-04-2017 10:28 
wideview33

Michelin a fait un sacré bon en avant avec les TX 15 / TX 25

06-04-2017 11:44 
L'iguane

Et même avant avec les TX11 et 23

06-04-2017 11:59 
wideview33

Oui, c'est vrai l'iguane, mais les 11/23 ne donnaient pas encore la confiance totale que pouvaient procurer leurs successeurs sur l'angle maxi des sportives de l'époque. Mais c'est juste un avis perso.

06-04-2017 12:16 
 

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