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Kronik : Un goujat ordinaire

Pénible rencontre avec bikère en trike

Kronik : Un goujat ordinaire

Une tête de noeud sur une Harley à pots vides : j'ai de vraies envies de fusil à pompe douillettement niché dans sa narine droite pour voir dans ses yeux s'allumer l'anticipation de la réponse à la question 'Dieu roule-t-il en Indian ?'.

Impossible de le louper : son moteur fait tellement de barouf qu'on l'entend de l'autre bout de la place, pourtant fort large. Ce qui m'étonne c'est qu'il se traîne. En trois feux rouges, il aurait dû me rattraper vu qu'aujourd'hui je vais faire mes courses avec Plutonium Lola, mon vélo nucléaire.

Au croisement, là où ils ont laissé l'épave d'un Sherman A4M4, je comprends pourquoi : en fait, il roule sur un trike. Je ne m'y connais pas trop en véhicules pour cul-de-jatte, mais ça ressemble à un bricolage 'maison' et pas un de ces trucs que j'ai pu voir au Salon de la moto en me disant 'ouais, pas mal' avant de jeter un oeil au prix.

La mauvaise nouvelle, c'est qu'il se dirige dans la même direction que moi et donc je vais devoir supporter ses WABRAAH-PLOTA-PLOT-WABRAAAH pendant trop longtemps. Parce que bien évidemment il tient à faire savoir qu'il est là en faisant joujou avec la poignée qui fait du bruit. C'est assez stupide à partir de maintenant, car la rue se résume à une file unique. Vu la largeur de son bidule, il va rester planté derrière les caisses.

Il passe par la gauche le petit haricot du croisement dans un grand VRABOOH-PATAPLAM -logique- et il est venu se ranger à côté de moi qui suis bloqué pour l'instant par un bus accordéon. Il est habillé avec une veste en jean coupée au niveau des épaules, portée par-dessus une veste en cuir noir. Il est sans gants. Il a sur la tête un casque qui ressemble à ceux que portent les foutbaleurs américains, mais sans le pare-buffle devant. Bref, il a le costume complet du bikère rebelle des plaines du sud. Approximativement compatible avec le paysage du côté de Sacramento, il est ridicule dans la capitale des trouDucs de Bourgogne à l'heure de pointe.

Il démarre dans un grand VROTTAAA-PLOT-VRAATAAAH qui me permet de vérifier qu'il est bien immatriculé en Côte d'Or - le plouc. Je le rattrape sans peine au feu suivant, mais à partir de là Plutonium Lola va pouvoir faire causer la puissance du wiizzz : la piste cyclable s'invite sur le large trottoir et ha ha ha mes 250 watts -335 milli-chevaux, rends-toi compte- vont pouvoir s'exprimer sans retenue.

Un coup d'oeil par-dessus mon épaule et je franchis le petit bateau au ras du feu rouge que je peux ainsi griller en toute légalité puisqu'il ne concerne pas la piste cyclable. Je règle la démultiplication de mon moyeu à variation continue Nuvinci à un peu plus de la moitié de sa course et je me colle en mode turbo -vi, vi, ya un mode turbo sur Plutonium Lola.

Le feu passe au vert pour lui, donc WA-BRAAAT-RA-BRAAAAT mon goujat démarre... mais la voiture blanche qui m'a gentiment laissé passer à la précédente intersection l'arrête dans son élan. Le voilà planté derrière une Clio commerciale blanche qui ne sait pas trop quoi faire du mur de son qui lui colle au cul.

Au croisement d'après, je suis obligé de m'arrêter : mon goujat double la Clio -VRATTAH-BRAOOO et cetera- en mordant sur la file pour tourner à gauche.

Je me demande qui peut bien être ce type. Sûrement pas un Vrai : il aurait des tatouages plein les bras et en plus de faire du bruit il sentirait mauvais. Lui ressemble plus à un de ces bikères façon Bollywood qui n'existent que dans l'imaginaire de survivalistes romantiques et d'éditorialistes réacs en mission pour le sénateur ultra du coin. Un Johnny Cash, mais bio-équitable et garanti sans huile de palme. L'Equipée Sauvage, mais avec Europe Assistance au cas où.

J'anticipe largement le feu vert -l'avantage de rouler sans plaque- et j'envoie à Brahma une fervente prière pour que mon goujat se loupe au démarrage et cale au moment où se pointe une caisse de bleus désoeuvrés.

Mais non.

Brahma, c'est plus qui c'était.

VROTAAAH-BRAAATTT fait mon goujat ordinaire en se jetant sur le feu rouge suivant.

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Commentaires

kandisk

Tu es gentil Koudpied . Moi aussi.
Je ne suis pas personnellement un biker. Les bikers me font globalement sourire . Ils ressemblent à des caricatures , beaucoup le savent , et leur look americano-désuet a un coté déguisement enfantin . Bon , moi j'ai adoré me déguiser en zorro ...mais zorro en moto aujourd’hui ça serait répréhensible...dommage. Ce qui me fâche c’est tout ce bruit-- pas toujours il est vrai-- car faut que ça se voit mais surtout que ça s’entende . Ah quand tous les moteurs seront électriques faudra un bon moto radio pour reproduire le bruit ...euh pardon pour les esthètes disons le son. D ailleurs , en la matière je dis biqué comme biquet-- c’est mignon un biquet-- , mais dire biquer c’est dire aussi by coeur et ça on ne peut pas leur reprocher. Salut

14-09-2017 20:58 
froggyfr99

Je fais du bruit, donc j'existe.
Et y a pas que les bikers qui sont concernés!



(Sont exclus de cette remarque acide toutes les motos antérieures à 1969 et anglaises de préférence)

15-09-2017 06:36 
Aristoto

En général ns "aimons" tous les motards, petite pensée pour les 125 (nos débuts), mais pour les biker faut quand même un peu se forcer tant ils sont ridicules et suffisants

19-09-2017 10:57 
Cyrano

Petite remarque orthographique d'un vieil amoureux de la langue française, KPOK: dans ce cas, il est permis d'écrire "mur du çon".

...Et il est tout à fait licite, et même pertinent, de laisser tomber la cédille.

19-09-2017 14:37 
 

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