| Il y a une paire d’années, j’avais eu l’occasion
d’effectuer le rodage de l’une des premières Rocket
3 mises sur le marché. J’en avais gardé un excellent
souvenir même si ce genre de machine n’est absolument pas
ma tasse de thé. Un couple omniprésent, une puissance facilement
exploitable, une tenue de route sans reproche... en bref une bonne moto
certes pas à la portée de toute les bourses (18.010 €!)
mais qui ne saurait par la suite décevoir son propriétaire.
Régulièrement, au cours des balades, j’ai eu l’occasion
de partager la route avec des propriétaires de Rocket dans le désert
Marocain, au cœur de l’Italie profonde, dans les sierras espagnoles
et tout autour des côtes françaises... J’avais toujours
pu constater la même fiabilité sur les machines et apprécier
ce look particulier qui fait se retourner les foules !!

Triumph a récemment sorti une nouvelle version de ce modèle
atypique... Je n’ai pas pu résister, il a fallu que je l’emprunte...
.

Découverte
Au premier abord la différence entre la Rocket Classic et la Touring
ne saute pas aux yeux... Certes, il y a bien la position des commandes
un peu plus reculées, la selle qui semble accorder un peu plus
d’importance au passager que le pouf du modèle initial et
la disparition de l’ensemble compteur compte tours au profit d’un
bloc sur le réservoir dans le plus pur style custom. Pour le reste,
bon nombre d’éléments qui allaient être montés
en accessoires par n’importe quel acquéreur de R3, ne limitant
pas son usage au simple cruising sur le bord de mer, se retrouve d’origine
sur la Touring.

Triumph a ainsi rajouté un pare-brise amovible, une paire de valises
rigides, des marche pieds en remplacement des cales-pieds, un sélecteur
à double branche, compte-tour sur le réservoir et plus de
60 accessoires... Au chapitre de la cure d'amaigrissement, le réservoir
a perdu 3 litres, la largeur du pneu arrière est passée
de 240 à 180 mm… La moto fait toujours dans la profusion
de chromes, la sur-dimension et le moteur dont le pékin moyen ne
saurait s’imaginer qu’il est d’une cylindrée
supérieure à la grande majorité des bagnoles, reste
le même : 2300 cm3 développant 108,6 chevaux pour un couple
monstrueux de 21,6 mkg !

La prise en main est sans problème pour qui a déjà
eu l’occasion de manipuler le « long horn » qui sert
de guidon. La position de conduite, même si l’usage de marche
pieds permet de repositionner les petons un peu plus en arrière
continue à mettre le rachis cervical en relation directe avec les
chaos de la route... par l’intermédiaire de la colonne vertébrale
parfaitement rectiligne !!
Les commandes tombent bien, la boîte de vitesse est remarquable
de douceur même si pour trouver le point mort il est nécessaire
de s’y reprendre à plusieurs fois, le couple du moteur (encore
augmenté !! ) est omniprésent. On se complait toujours à
reprendre en 5ème à 1000 tours et à ressentir cette
masse qui s’ébroue sans rechigner d’aucune manière
!!
Ne parlons pas du freinage toujours aussi efficace et parfaitement adapté
à la machine. Un frein avant qui stoppe en toutes circonstances
et un frein arrière qui est à la fois ralentisseur, stabilisateur
et qui peut se révéler absolument déterminant en
cas d’urgence.
Je vous vois déjà le sourire aux lèvres, vous vous
dites le Hervé il est vacciné Triumph et là il va
nous en mettre encore une couche … Attendez, attendez, ne soyez
pas si pressé... le fil rouge avec le fil rouge et le fil vert
avec le fil vert !!

Départementales
Je suis parti de Nîmes direction les Cévennes sur un engin
qui n’avait même pas 5 km au compteur avec la charge d’en
effectuer le rodage. Se balader à six heures du soir au milieu
de la circulation sur un truc qui pèse tous pleins faits et pilote
à bord pas loin d’une demi tonne ( eh oui, je sais je me
suis un peu enveloppé !! 397 kilos tous pleins faits pour la Rocket)
cela semble un sacré sinécure, eh bien RAS... Pour peu que
vous vous ayez rapidement mis en tête l’empattement de la
bestiole et que vous n’ayez pas des velléités de livreur
de pizza tout se passe comme dans le meilleur des mondes !
Dès les premiers tours de roues vous allez comprendre que tout
est dans le moteur.

Le couple de tracto-pelle permet de se sortir de n’importe quelle
situation et la faible hauteur de selle assure une stabilité remarquable
pour affronter le capharnaüm du boulevard périphérique
nîmois. Une fois sorti de la ville, même si vous vous cantonnez
à un régime qui ne risque à aucun moment de vous
faire perdre votre permis, vous éprouvez un intense plaisir. La
moto est facile et vous vous surprendrez à cruiser d’une
façon toutà fait naturelle, l’imposante machine se
jouant des longues lignes droites et s’inscrivant à merveille
dans les larges courbes.
Il tombait un petit crachin et derrière le large pare-brise j’étais
relativement bien protégé. Là où cela se corse
un peu c’est quand apparaissent quelques défauts de revêtement
où vous constaterez rapidement que cette nouvelle Rocket n’aime
vraiment pas les différences de niveau. De surcroît les pneumatiques
d’origine impliquent une défiance absolue envers tout ce
qui ressemble à un goudron trop lisse. Une paire de figure de style
plus loin et vous réduirez de suite la vitesse d’une bonne
dizaine de kilomètres-heure pour éviter de mettre au tas
un engin qui revient à près d’une vingtaine de mille
euros (19.290€ pour être précis). Prudence donc !!

On notera la réduction du diamètre du pneu arrière
passé en 180 alors qu’il est en 240 sur le modèle
initial et le passage de la roue avant en 17 pouces. Quand on associe
cela à l’augmentation de la chasse de plus de 30 cm, cela
va complaire aux gens du nouveau monde habitués aux grands espaces.
Par contre voilà qui complique un peu la donne pour nous autres
plus adeptes de l’enchaînement de virages que du cruising
sur les longues lignes droites. Evitez de freiner dans une courbe abordée
un peu rapidement car vous vous retrouverez instantanément dans
la partie de chaussée adverse. La Rocket Touring, aussi bizarre
que cela paraisse, se pilote. Abordez la courbe d’une façon
raisonnable et tout se passera bien, touchez le frein parce que vous avez
été trop optimiste et dans ce cas priez pour qu’en
face il n’y ait pas le 30 tonnes qui tienne toute la chaussée,
la sanction risque d’être immédiate !!
Ces précautions prises vous aurez alors largement le temps de
faire le tour du propriétaire. Les comodos sont facilement utilisables
et je donnerai une mention toute particulière à la commande
au pouce droit de cet ordinateur de bord qui va vous afficher sur le superbe
compteur central, au fur et à mesure des pressions, le kilométrage
parcouru, l’heure, et le kilométrage restant avant de refaire
le plein.

Quelques remarques toutefois : Pourquoi avoir équipé cette
machine, somme toute réservée au grand tourisme sur longues
distances, d’un réservoir plus petit que le modèle
d’origine ? Comme équipée de ses accessoires le CX
de la bête est équivalent à celui d’une armoire
normande l’autonomie se retrouve limitée à 280 km...
Vous allez me dire avec l’aide de l’ordi précédemment
décrit et l’affichage du km restant qui s’installe
automatiquement lorsque le voyant de réserve s’allume, vous
aurez largement le temps de voir venir le triste moment où vous
devrez pousser !! Les rétros sont les mêmes que ceux de la
Street Triple, suffisants mais sans plus, pourquoi ne pas avoir équipé
la belle de larges mirrors... le Cx n’en aurait pas plus pâti
!! Et au point de vue accessoires, les anglais auraient pu équiper
la Touring de poignées chauffantes, d’un warning et, mais
là cela aurait été la cerise sur le gâteau,
d’un indicateur de rapport engagé...

Histoire de montrer la bestiole je me suis arrêté devant
un petit troquet sympa... J’ouvre l’une des valises... et
je constate instantanément que je suis totalement incapable d’y
entreposer mon simple jet… Même si les dits « panniers
» ont acquis une superbe protection chromée, les ingénieurs
concepteurs auraient pu penser à ce simple détail et élargir
leur empattement de trois centimètres... à « faire
dans le camion » on n’en est pas à un pouce près
!!
Avec cet engin il est impossible de passer inaperçu, au point
de vue esthétique bien sûr, car le bruit diffusé par
les échappements – normes oblige – est assimilable
à celui d’un groupe électrogène de sécurité...
On n’entend plus le moteur, c’est quand même un peu
dommage et comme le klaxon est aussi anémique que l’aboiement
d’un berger allemand équipé d’un collier de
rétention il ne vous reste plus, quand vous allez doubler quelqu’un,
que celui-ci ait deviné votre présence dans ses rétros
!!

A part cela j’ai effectué un bon millier de kilomètres
au guidon de la Touring, j’ai pris la flotte et apprécié
le fait que je n’étais pas trempé comme une soupe
; j’ai pesté contre le fait que la boue prend un malin plaisir
à s’incruster dans les moindres recoins de ce superbe moteur
et retrouvé le vrai plaisir du cruising. A deux pour la balade,
ma passagère ne s’est pas outrageusement plaint du confort
du siège arrière alors que sur la Rocket normale elle insistait
pour délaisser le pouf et s’installer avec moi sur la cow-boy
conducteur. Comme elle, très bien installé et les jambes
tombant à la bonne hauteur, j’ai apprécié les
marche pieds qui, pour peu que vous n’ayez pas des velléités
d’attaque trop prononcés, sont suffisamment haut pour assurer
une garde au sol relative ( il est d’ailleurs à signaler
qu’ils sont équipés de patins interchangeables si
toutefois vous avez l’envie de les tailler en pointe !! ). J’ai
oublié mes itinéraires tortueux pour privilégier
le tourisme sur nationales. En bref je me suis fait plaisir au guidon
d’une moto qui est pourtant aux antipodes de mon style de machine.
J’ai rencontré un gars en Harley dont l’Héritage
Softail faisait naine à coté de mon pachyderme. Je me suis
pris à l’accélération avec un gamin en CBR
et il en est resté sur le cul... En bref j’ai bien rigolé
pendant ces quelques jours d’essai.

Si vous êtes tenté sachez que la bête va vous coûter
la peau des rouleaux ( mais quand on aime on ne compte pas !! ), que lorsque
vous allez faire la carte grise vous allez encore pleurer et que lorsque
votre assureur saura que vous roulez en Rocket vous aurez droit à
toute sa considération. Attendez vous à voir se tourner
tous les regards vers vous lorsque vous arriverez à la terrasse
d’un café et à faire super gaffe à ne pas vous
mettre au tas lorsque vous en repartirez. Soyez certains que votre idée
préconçue du cruising va ici trouver sa vraie expression
et préparez vous à aller acheter un billet pour Los Angeles
afin de découvrir les vrais grands espaces !!
Il fallait une « Plus Grosse », Triumph l’a faite... Si on devait en trouver une plus anachronique on pourrait dire qu’ils
ne sont pas loin d’avoir réédité la performance
!!
Bienvenue au « Touring » club !!
| Points forts |
Points faibles |
- Moteur
- Stabilité sur bon revêtement et en larges courbes
- Confort
- Maniabilité ( même si on regrette l’absence
de marche arrière )
- Freinage
|
- Difficulté pour trouver le point mort
- Absence d’équipements de grand tourisme
- Valises pas assez larges
- Tendance à changer de trajectoire en situation d’urgence
- Pneumatiques d’origine limites sur le mouillé.
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Merci à Technic Motos Nimes – Concessionnaire Triumph –
Pour le prêt de cette moto.
Concurrentes : Harley Electra Glide, Kawasaki VN 2000, Yamaha XV Warrior
1700
La fiche technique
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