Essai motard : R-One
Tout
le monde rêve de trouver un jour LA moto. Celle qui change la vie
à défaut du monde, qui retrace les routes, qui refait vivre.
La moto parfaite existe au fond de chacun de nous. Nous savons tous comment
elle est mais sans jamais être capable d’y mettre des mots.
Nous avons tous rêvé de la chevaucher sans être en
mesure d’imaginer exactement ce que cela donnerait. Nous sommes
tous un peu fou avec des souhaits impossibles ou inavouables. Et pourtant…
Je suis comme tout le monde, il y a celles que je n’aiment pas,
celles que j’aimerai aimer, etc…
Et dans tout ce flot de machines qui ne me concernent pas, il y en avait
une qui m’interpellait. Mais juste un peu. Juste un peu parce que
je la trouvais… moche. Mais alors moche, comme ce n’est pas
permis : la XB9S.
Comment vous dire…. Ce cadre énorme (forcément, il
sert de réservoir d’essence) ! ! Je ne pouvais pas. Le reste
était intéressant : la selle limite monoplace (ou alors
pour passager(e) maso), la double optique style Speed Triple, l’allure
générale trapue, ramassée. Mais la couleur ! ! !
Mon dieu que ce jaune m’était vilain !
Et pi, et pi….
Et puis je suis passé il n’y a pas longtemps devant un concess’
Harley. J’avais du temps devant moi, mon casque à la main…
et l’envie de ne pas mourir idiot.
Je suis entré.
Quelques
minutes après la Buell XB9S était devant la boutique, moteur
tournant.
Ce genre d’instant vous dit quelque chose ? Moi, j’aurais
du mal à l’oublier. Parce que j’ai changé de
planète.
Ok, ce genre de vocabulaire est habituel de la part de ceux qui veulent
faire croire que leur vieux machin est une vrai moto. Rassurez-vous, je
le pense encore aujourd’hui, tout comme je le pensais en enfilant
mon casque pour enfiler ce que j’était à deux doigts
de qualifier de vieux tréteau poussif (pensez donc ! : un moulbif
d’origine Harley ! !).
C’est quand je me suis assis aux commandes que j’ai commencé
à déchanter.
Ma
première réflexions ? « lls ont piqués la roue
avant ! ! ! »
Ah oui. Je descendais de mon VFR, et sur mon VFR, entre la selle et les
guidons, il doit bien y avoir 40 cm, et après les guidons, il y
a encore facilement 20 à 30 cm de carénage. Là, sur
la Buell, changement de programme : on est assis droit (ça me change),
les coudes nonchalamment pliés. Le « réservoir »
(ou du moins ce qui le remplace) doit faire dans les 30 cms de longueur
(et je suis large). Mais après le guidon… RIEN ! ! Juste
les 8 cms du bloc compteur ! (A coté de ça, une CB 500 fait
figure de custom à fourche rallongé !)
Le compteur est clair, très lisible. Il est juste un poil regrettable
qu’il n’y ait qu’un seul (tout petit) écran pour
les infos d’usage : l’heure, le kilométrage, les deux
trips… Les commodos sont fonctionnels…. Et moches. A l’heure
du bio design ergonomique, ils sont carrés, rationnels. Mais on
ne leur demande pas non plus de décrocher un prix dans un festival
d’art. Pas de commande de feux de positions, c’est d’office
allumé en croisement avec le contact. Contact qui se trouve sur
le coté gauche du compteur, avec neimann à gauche, et feux
de parking (à bin il est là le feu de position ! ).
Contact
Il a bien fallu passer la première. Rien de spécial (désolé).
Ca viendra au fur et à mesure. Et on embraye. Et là de nouveau,
surprise ! ! Ce truc ne demande qu’à vous exploser dans les
mains ! C’est vif (pour le moins !), c’est nerveux, c’est
direct ! Sur le compteur, le ralentit est à 1000 trs/mn (zone rouge
à 7500trs/mn). Mais dés 1500trs/mn ça tracte. Et
pas gentiment !
Il
m’a bien fallu 20 mn pour me faire à cet embrayage par câble,
raide comme la mort et violent comme un beigne.
Mais rapidement on se prend au jeu. Pourquoi risquer la prison à
vie sur autoroute pour avoir des sensations ? Ici, elles sont à
porté de mains. Elles sont le quotidien ! Un filet de gaz, et ça
décolle, ça pousse, ça grogne. Le pot d’origine
n’est certes pas le meilleur trombone de la production, mais il
suffit à se faire serrer (j’ai testé pour vous), mais
c’est sans risque ! Par ailleurs, même si vous n’aimez
pas le bruit (qui fait un peu cafetière congestionnée, je
vous l’accorde), il est suffisamment puissant pour rappeler votre
présence dans les bouchons.
En ville
Au roulage, c’est du bonheur. La position est tranquille, je vous
le disais (cales-pieds bien posés, assise excellente). On peu donc
rouler calmement sans attendre, la bave aux lèvres, le premier
bout droit un peu dégagé. Quoique...
Parce que si on ne l’attend pas la bave aux lèvre, le bout
droit, c’est parce qu’on le guette avec les yeux exorbités
pour pourvoir se shooter encore une fois avec cette satané poussé
qui vous arrache les bras, vous balance la tête en arrière
!
La tenue de route est royale (vive les superlatifs). Les innovations techniques
ne valent que si elles se retrouvent dans leur utilité. Et là,
je dis oui. Ce cadre est moche au possible (mais c’est une affaire
de goût, je veux bien le reconnaitre), mais il est superbe d’efficacité.
Une maniabilité exemplaire, à faire pâlir une hypersport
! Un empattement léger, un poids placé bas, rien de tel
pour frémir de plaisir au moindre panneau annonçant des
virages.
Sur route
Si sur autoroute les 150km/h tiennent du supplice (bin oui, c’est
un roadster pur jus), l’attaque sur petites routes deviens une vraie
jouissance. Ca patate sévère, ça arrache le bitume.
Ce n’est pas une moto : c’est un jouet ! Un vélo avec
un bâton de dynamite dans le cul !! Quand on pense que les fans
de Buell la trouvent un peu « légère » en sensations
face aux « vieilles » M1, M2 et autre Cyclones… ça
laisse rêveur.
Quoi ça vibre ? ! Oui, c’est un twin. Et pas un petit.
Mais je comprends ce que veulent dire les gars chez Harleys lorsqu’ils
parlent de moteur vivant. Là dedans, il y a quelque chose. C’est
une mécanique, et on la sent qui travaillent. Magique ! Si pour
vous, conduite (ou pilotage, selon) rime avec écoute de la mécanique,
vous serez ravis. Ce moulbif là cause. Et c’est un bonheur
que de l’entendre et le sentir s’exprimer.
Mais une fois repus, la conduite peu redevenir calme, mais sans être
un calvaire. Certes, la selle est en bois tendre (du tilleul, peut être
du peuplier), mais l’assise excellente. Les commandes sont fermes,
mais pas au point d’un 883 Sporster (dont je vous reparlerais à
l’occasion).
Seule la boite rappelle que l’on n’est pas sur une machine
pensée de ce coté si de l’atlantique. Ce n’est
pas qu’elle soit dure. Disons que c’est pratique d’avoir
un point mort entre chaque rapport.
Le frein arrière … (‘y en à un ? ah oui !)
est un ralentisseur…., je crois. Mais le frein avant à disque
périmétrique (sur le bord de la jante et non autour de l’axe
de la roue) est plus que puissant. C’est mordant, endurant, efficace.
Un coup à se mettre la casquette par terre si l’on y prend
garde ! Car à chaque coup de trappeur un peu appuyé, on
se prend pour Joss en plongeant sur une fourche inversée qui demandent
quelques réglages pour être un peu plus ferme.
Pour le combiné arrière, c’est sous la selle. N’y
cherchez rien d’autre. Il n’y a de la place que pour la batterie
!
Je
vous ai dit que c’était une courroie ? Non ? C’était
pourtant imaginable avec le pedigree de ce jouet. De même, autre
héritage « harleyïque », le moteur est un modèle
de sobriété esthétique : rien ne dépasse.
Pas de câble, pas la plus petite Durit. C’est propre.
Propre aussi les révisions : rattrapage automatique du jeu aux
soupapes par ressort (autant de moins à faire), pas de chaîne
de distribution (ce sont des culbuteurs). Une grosse révision (12000kms)
avoisine les 1500F. Seul le contrôle tout les 5000kms est contraignant.
Mais vous avez bien entendus, il s’agit d’un contrôle.
Je ne sais pas ce que vaut l’éclairage (j’ai roulé
de jour), mais la gueule des phares est à tomber. Une bouille crapuleuse
à souhait. Le support de plaque ouvragé est superbe (ce
serait un crime de le virer)
Au rayon des trucs pas bien, il n’y a aucune place pour un antivol
(aucun rangement de quelque forme que ce soit, d’ailleurs), le pneu
arrière chausse grand (180), et avec le style de conduite adopté,
ça va coûter cher. Pas moyen de couper les feux de croisement
autrement qu’en coupant le moteur, et la (seule) béquille
latérale ne profite pas du systeme Harley anti-basculement.
Conclusion
Alors
? Vendu ou pas ? Oh ! que oui vendu ! ! et comment !
Bleuffé, emballé, estomaqué !
Je ne connaissais pas ce type de machine, et ce fut une révélation.
Je détestais ce cadre, depuis j’en rêve la nuit. Ma
conception de la moto viens d’évoluer sérieusement.
Il reste cependant un dernier point qui coince, et il est de taille :
le prix. Celui-ci viens de baisser : 71 000F / 11 000€... Une paille….
| Points forts |
Points faibles |
- look ravageur / style
- sensations moteur
- maniabilité
- freinage
|
- le prix
- les rangements inexistants
- le confort
- cadre-reservoir exposé en cas de chute
|
Merci à la Concession Harley/Buell Borie d’Ivry pour leur
extraordinaire accueil (le meilleur que j’ai jamais reçus
dans une concession), et pour les 3 heures de roulages qu’ils m’ont
permis. Et le tout avec le sourire !
Un essai réalisé par R-One |