Essais motards : Antoine
Le
Honda X-11 (ou X-Eleven pour les connaisseurs), cest le genre de
machine un peu à part, méconnue, voire boudée par la confrérie motarde,
et ceci certainement à tort. Explication.
Découverte
Tout dabord, le design. Ah ! vaste sujet
On laime ou
on ne laime pas. Mais force est de constater quil y a de quoi
sattarder dessus.
Premièrement, les grosses écopes de radiateur couleur grise (dorigine)
ne sont pas là pour alléger la ligne densemble (de profil), dautant
que vue sous un autre angle, la machine est déjà large, surtout au niveau
du réservoir. Personnellement, un bon coup de peinture couleur réservoir
sur ces bouts de plastique, et déjà, lengin change de gueule : ça
devient plus acceptable. En fait, cest surtout le côté bestial qui
émane de cet ensemble trapu et musculeux, une impression de puissance
contenue et délivrable à létat brut. En cela, le concept du roadster
est bien mis en valeur, même si on regrette que le moteur soit en partie
caché par les écopes. Le tableau de bord est bien dessiné, avec des fonds
de compteurs rouges, et fonctionnel, bien quil ny ait quun
trip et pas dhorloge. Les dessins spécifiques du réservoir et de
la coque de selle parachèvent cet ensemble original.
Brève explication technique, les écopes forment en fait un déflecteur
aérodynamique censé stabiliser la machine à haute vitesse en la plaquant
au sol. On verra dailleurs plus tard lutilité du système.
Philosophie
Concernant la philosophie de lengin, on se rapproche énormément
dun Bandit 1200 N, à ce détail près que les messieurs de chez Honda
ont préféré le doter dun dessin particulier et truffer leur création
de nouveautés technologiques plutôt que de faire appel à des solutions
classiques. Jugez vous-même : injection électronique sur un bloc-moteur
dérivé de la routière sportive CBR 1100 XX, anti-démarrage électronique
par transpondeur, freinage couplé avant-arrière Dual-CBS, cadre périmétrique
en alu, échappement catalysé et jen passe. Ceci explique sans doute
le tarif relativement élevé auquel elle a été vendue, du moins au départ.
En selle
Malgré le gabarit imposant au premier abord, la position de conduite
est très agréable, légèrement basculée sur lavant, avec une selle
accueillante et confortable. Les jambes se calent idéalement dans les
arêtes du réservoir, malgré sa taille et la largeur du cadre. Les bracelets
du CBR 1100 ont été avantageusement remplacés par des demi-guidons surélevés
et montés sur silent-blocs (on voit ici le souci du détail chez Honda)
et autorisent une prise en main immédiate. A larrêt, gare au poids
conséquent (à quelques kilos près la même chose quun Bandit 1200),
mais la bonne surprise vient du fait que le centre de gravité est placé
très bas. Il mest arrivé de caler à basse vitesse sur une petite
montée avec un passager sans me faire embarquer par le poids de lensemble,
et pourtant je ne passe pas mes journées dans un club de culturisme
En route
On tourne la clé (qui entre nous a une autre tête que celle
de chez Suz) sur On. Le sifflement caractéristique de la
pompe à injection vous conditionne pour le départ. Contact.
Le moteur sébroue dans des vibrations discrètes. Un
petit coup de starter situé sous le réservoir pendant quelques
courtes minutes, le temps de voir laiguille de température
deau décoller, et cest parti. Première. La boîte
est ferme mais pas désagréable, lembrayage à
câble se dose facilement et ne demande pas de poigne de fer.
On monte les rapports (5) tranquillement : pas de doute, on est bien
sur un gros cube, très coupleux et agréable notamment en
ville. Surprise par rapport au Bandit (il doit y avoir 20 cm3 décart
en cylindrée) : le léger coup de pied aux fesses vers 4.000
tours à disparu, laissant la place à des montées
en régime très linéaires et sétouffant
vers 8.000 tours quand on essore un peu plus. La zone rouge à 10.500
tours paraît bien loin
2 chiffres pour comprendre : 106 ch
en version française, 136 en full power. Votre serviteur ayant
testé les deux, je peux vous dire que la différence est
flagrante.
Soulignons tout dabord que la version 100 ch est amplement suffisante
pour qui adopte une conduite coulée voire parfois rapide, et quelle
permet tout de même daccrocher un petit 250 compteur en pointe.
Quant à la version full, on accède là à quelque chose de beaucoup plus
viril : ça pousse partout, ça senvole dans les tours à lattaque
de la zone rouge, et gare sur les premiers rapports où la roue avant a
la fâcheuse tendance à vouloir quitter le bitume dès quon entre
dans la deuxième partie du compte-tours
En fait, lavantage
de la version full est ailleurs : en effet, en voulant rouler sur un filet
de gaz, en ville par exemple, le moteur dorigine a la désagréable
habitude de hoqueter, la faute à des pipes dadmission à moitié obstruées.
A ce niveau, le débridage rend toute sa souplesse dutilisation à
ce bloc attachant, et la ville comme lattaque deviennent de réels
plaisirs. Sur ce point, les carbus du Bandit sont appréciables, car ils
assurent un certain velouté à bas régime. Reste ensuite à shabituer
à la poussée titanesque. Sincèrement, je nai jamais conduit dengin
qui arrachait autant les bras dès quon envoie fort (je nose
imaginer une Haya ou un ZX-12 R
).
Conduite
Côté agrément de conduite, et cest là la bonne surprise, le X-11
se révèle être un vrai rail en toutes circonstances. Stable dès les plus
basses vitesses, elle ne se lasse pas de vous mener là où se pose votre
regard. Bien sûr, le poids ne se fait pas totalement oublier dans les
courbes, mais la mise sur langle est nette et sans bavure, sans
avoir besoin de contrebraquer comme un forcené. On note aussi que le travail
effectué sur laérodynamique (voir plus haut la fonction des écopes)
porte ses fruits, car la machine est très, très stable à haute vitesse,
en ligne droite comme en courbe. Par ailleurs, la rigidité de lensemble
est bien là et permet bien des choses insoupçonnables avec ce genre de
machine. En fait, elle a véritablement des gènes de sportive, et nous
le vérifierons plus loin lors dune utilisation sur circuit.
La monte
Un autre bon point : les pneumatiques. Le X-11 est équipé
dorigine en Bridgestone BT56 (les mêmes que sur la Bandit
600) et bien que ces gommes naient rien de sportif, il suffit de
peu de temps pour les faire monter en température, et elles ne
mont quasiment jamais occasionné de grosse frayeur, hormis
une fois sur autoroute détrempée lorsque larrière
sest mis à slalomer lors dun dépassement. Leur
usure est plus que correcte (à 8.000 km à larrière,
il y avait encore de quoi faire), et nul doute quavec des gommes
plus tendres, le plaisir de conduite doit être encore plus grand.
Pour avoir effectué divers types de parcours (ville, route, ballade à
deux, longs trajets sur autoroute et circuit), jai beaucoup apprécié
la polyvalence de cette moto, à un détail près : la protection, et là,
on aborde un sujet qui fâche sur un roadster aussi velu. La casquette
des compteurs était censée faire office de déflecteur (encore une trouvaille
des ingénieurs nippons), mais se révèle en fait bien insuffisante passés
les 140 km/h. Saute-vent o-bli-ga-toi-re ! Ayant opté pour le modèle SpeedMax
de chez Ermax, celui-ci ma comblé : esthétique et protection étaient
au rendez-vous. Au passage, jen profite pour le recommander aux
possesseurs de roadsters en général, car jai pu le tester sur un
SV 650 N, et il mavait également donné entière satisfaction. Plus
besoin de faire la limande sur le réservoir, et le passager comme le pilote
retrouvent lusage de leurs cervicales. Ceût été dommage de
ne pas profiter du confort de la selle, de la poignée passager bien dessinée
ainsi que de lamortissement bien étudié
Le freinage
Passons au freinage (autre bonne surprise) : le système de chez
Honda (à savoir laction dune partie du freinage arrière
en même temps que lavant, et inversement), ajouté à
lexcellent feeling de base contribue à vous rassurer dans
toutes les situations. Ca stoppe net, en effectuant pour vous la répartition
avant arrière 70-30 quon apprend en leçons, simplement
en utilisant le levier. La moto donne limpression de sasseoir
sur ses suspensions, en encaissant bien la décélération.
Allons faire maintenant une escapade sur circuit, pour voir ce que la
bête a dans le ventre. On chauffe les pneus un ou deux tours, puis
on envoie la sauce ! Inutile déjà daller chercher
la puissance en haut en version homologuée, les rapports se passent
aux alentours des 8.000 tours. En full, gaffe à décaler
les repères de freinage, car les virages vous sautent littéralement
à la figure.
Ensuite, on attaque un peu dans les courbes, et là certains détails
agacent (même si je suis bien conscient que ce nest pas du
tout la vocation de lengin) : les patins de cale-pieds en caoutchouc
ne donnent pas un bon feeling de la machine tellement ils se déforment
sous les appuis, puis les cale-pieds laissent derrière eux des
gerbes détincelles bien avant quon arrive au bord des
pneus. Il faut dire que chez Honda, on aime les tétons de taille
respectable (comme sur la VFR, entre autres). Deux dévissages plus
tard, on touche au seul réglage de suspension disponible, à
savoir la précharge du ressort arrière, accessible une fois
la selle démontée. On rajoute un ou deux crans, histoire
de gagner en précision et en garde au sol, et là, le comportement
se fait un peu plus incisif. On se prend à réaccélérer
de plus en plus tôt en sortie de courbe, tellement le châssis
encaisse bien le déferlement de couple du moteur.
Là où le bât blesse, cest au freinage : si le mordant, la puissance,
lendurance et le feeling sont bien présents, en revanche, la fourche
classique est dépassée par les événements. Talonnement et blocage sont
au rendez-vous et vous rappellent le poids du bestiau, dautant que
larrière balaye la piste depuis un bon moment du fait du couplage
avec lavant. Une seule solution : anticiper et alléger vos freinages,
et les entrées en courbe suivront naturellement.
Pratique
Niveau conso, cest très acceptable en version homologuée,
à savoir que les 22 litres du réservoir (dont 4 de réserve)
vous permettront sans problème de faire 250 km avant réserve,
soit une moyenne de 7-8 litres en utilisation mixte.
A noter que si vous voulez vous faire plaisir en montant une ligne déchappement
complète, il vous faudra démonter la béquille centrale
(du moins pour le modèle de chez Akrapovic), et que vous perdrez
en couple à bas régimes. On retrouvera donc là-coup
caractéristique du Bandit à 4.000 tours. Par contre, le
moteur se libère bien dans les tours, même en version française,
et le bruit est divin.
Conclusion
Cette
machine ma offert plein de bonnes sensations, et le seul conseil
que je pourrais donner, si on vous propose un jour den essayer une,
serait de laisser de côté les a priori diffusés par
la presse, ainsi quun éventuel dégoût de son
design, et de profiter pleinement des innombrables autres qualités
quelle vous propose. A (re)découvrir, assurément.
| Points forts |
Points faibles |
- Moteur
- Stabilité
- Freinage
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- Le poids (222 kg à sec)
- La fourche
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Un site à visiter si vous voulez en savoir plus : http://www.xeleven.com
Un essai réalisé par Antoine Boyaud
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