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Essai custom Victory Judge

Le jour du premier jugement

Loin des poncifs et des gros customs inconduisibles, Victory dévoile un custoroadster sportif abordable et particulièrement facile de prise en main, surtout au regard de ses caractéristiques techniques. Au final, l'américaine séduit et balaye les à priori du genre. Essai sur les petites routes loin des rocheuses...

Inconnue il y a 14 ans, la marque américaine a depuis acquis ses lettres de noblesse avec une gamme qui s'est enrichie au fur et à mesure des années de modèles customs et touring, sur un segment alors plutôt réservé à Harley-Davidson. Si on l'avait déjà vu à Cologne, on a surtout pu la découvrir pour la première fois au salon de Paris en 2011 via un énorme stand US. La marque se défend toutefois d'être comparable à Harley avec ses propres caractéristiques. Si les modèles cruiser et touring y ressemblaient fortement, le nouveau modèle 2012 Judge n'a pas effectivement de comparaison directe. Victory positionne d'ailleurs la moto comme un roadster sportif, toutes proportions gardées sur le segment custom... et plus précisément custom de plus de 1400 cm3. Et pour cause, la Victory cube 106 cubic inch soit 1731 cm3... pas vraiment dans la petite cour, mais plutôt dans la cour des gros, ne serait-ce que par le poids de 300 kilos... à sec ! Alors, encore un gros custom fait uniquement pour les US et sans avenir en France ? Loin s'en faut, la Judge est une véritable surprise qui balaye les à priori...

Victory Judge orange/rouge

Découverte

De loin et pour les néophytes, on retrouve les canons des gros customs avec un énorme V-Twin central mis en avant (ici calé à 50°), une selle très basse, de longs échappements longitudinaux ainsi qu'une ligne fluide. En se rapprochant on note bien la position des repose-pieds quasiment à la verticale du guidon. Les motards avertis noteront également la similitude d'identité avec les cruisers Vegas et Hammer de la marque. La Judge s'en distingue par un phare rond (et non plus oblong), un guidon droit, un réservoir échancré, une place (plutôt qu'une vraie selle) passager et un ovale central, habituellement réservé aux numéros et identités.

Phare avant Victory Judge

De près, le feu arrière, presque triangulaire, affine la silhouette. On remarque enfin les jantes de 16 pouces, empruntées aux muscle cars américains dont la Judge revendique une forme d'héritage... tout en restant très raisonnable sur les largeurs de pneus de seulement 130 et 140.

Feu arrière Victory Judge

En selle

On a à peine besoin de lever la jambe pour s'asseoir sur une très large et accueillante selle culminant à seulement 658 mm. Les pieds sont bien à plat, même pour un pilote d'1,60m, et ce, malgré une selle très large. Les bras se tendent alors vers l'avant pour saisir le guidon plat. La béquille se relève aisément et la machine bascule naturellement en place centrale. Yeux fermés, on imagine avoir une machine presque légère entre les jambes. On tourne la clef sur le côté gauche, le compteur s'illumine avec un éclairage bleu sur fond blanc. Au sein du compteur analogique positionné devant le guidon (et non pas sur le réservoir), on a le droit à un écran digital affichant totalisateur, trip partiel, horloge, régime moteur et rapport engagé. Quelques indicateurs comme la jauge à essence complètent le tout sous forme de témoins indépendants. Le tout se change au commodo gauche, en lieu et place du traditionnel appel de phare.

Compteur Victory Judge

Contact

Béquille repliée (sinon le moteur refuse de démarrer malgré le démarreur qui s'enclenche), l'énorme V-Twin s'ébroue dans un bruit assourdis. Ayant eu l'occasion d'essayer également le modèle équipé d'un pot Cobra en lieu et place de l'origine, on a alors le droit à un vrai son grave, agréable et valorisant à l'oreille, sans pour autant être susceptible de réveiller tout un quartier : un excellent compromis... qui nécessitera un petit surplus lors de l'achat. Les pieds s'allongent alors pour aller se poser sur les repose-pieds cylindriques qui paraissent bien loin devant, alors que pourtant ils sont reculés de 121 mm par rapport au modèle Végas.

Moteur VTwin Victory Judge

Première, la Judge s'ébroue doucement et naturellement, sans aucun à coup. Le poids était déjà peu sensible à l'arrêt, mais même sur les premiers mètres, on ne le sent pas du tout ! Malgré ses kilos et son gabarit, on se rapproche plus de la prise en main d'une 900 cm3 que d'une 1731 cm3. Deuxième... la boite se révèle douce à l'usage, les vitesses passant naturellement tandis que le levier d'embrayage est ferme mais facile. Il faut un peu de poigne dans les embouteillages pour ne pas revenir au point mort, mais pas trop.

En ville

La Judge se prend en main très facilement et rapidement, y compris en duo ! Le poids du passager ne se sent quasiment pas, contrairement à ce qui se passe lors d'un essai avec le même passager sur un roadster de moyenne cylindrée. Les accélérations sont bien franches, tandis que la boite se révèle surtout particulièrement docile, acceptant de reprendre dès 1.000 tr/min sans renâcler. On peut ainsi enrouler sur le dernier et 6e rapport, à 50 km/h ou en 5e à 40 km/h... même si la seconde se révèle plus pratique. De fait, la première se monte agréablement jusqu'à 50 km/h, puis entraîne alors de sérieuses vibrations au-dessus des 4.000 tr/min, au-dessus de 55 km/h, amenant à passer naturellement la seconde vers les 40-50 km/h. On peut alors monter à plus de 80 km/h sans sourciller et ne pas changer de rapport. Assez fine, il est possible de pratiquer l'interfile sans se soucier de savoir si cela passe en largeur. Dans les bouchons, l'agilité de la Judge se trouvera juste limitée par un angle de braquage dans la moyenne des customs, nécessitant toute une largeur de rue pour effectuer un demi-tour. Par contre, avec les pieds bien à plat, et un centre de gravité placé particulièrement bas, les demi-tours s'effectuent facilement et sans effort particulier, juste avec les pieds. Encore une fois, rien ne laisse supposer qu'il s'agit d'une machine de 321 kilos (tous pleins faits). Impressionnant !

Victory Judge en ville et château

Autoroute

La Judge prend allègrement ses tours et grimpe très rapidement au-dessus des 130 km/h... vitesse à laquelle sans protection la prise au vent est manifeste. Elle serait capable de prendre 200 km/h d'après certaines sources... mais si le châssis suit sans problème avec une rigidité sans faille, le pilote crie grâce très rapidement... très loin de la philosophie du gros custoroadster, encore renforcée par les indications du compteur dont les gros chiffres s'arrêtent à 120 km/h... pour s'affiner ensuite jusqu'à 200 km/h.    

Victory Judge sur autoroute

Départementales

A contrario, le retour sur départementale s'effectue naturellement. Contrairement à de nombreux customs, la Judge dispose d'une très bonne garde au sol (pour la catégorie, avec ses 120 mm) et enchaîne allègrement les virages qui se succèdent. Nids de poule, raccords, le châssis confirme ici son excellente constitution en ne se désunissant à aucun moment. La poignée d'accélérateur s'enclenche alors facilement, allant jusqu'à déclencher des glissages de l'arrière pour peu que la chaussée soit mouillée... la faute à un gros couple disponible très tôt, et des pneus Elite II plus typés customs que sport. Mais même dans ce cas, la machine se redresse naturellement pour rester dans la trajectoire initiale. Il faut juste éviter de donner gros gaz en sortie de virage sur route glissante. Mais dès que la route se fait séchante, c'est avec bonheur que l'on peut accélérer plus fort en sortie de virage et la moto se relève alors sans exagération tout en restant sur la trajectoire.

Victory Judge en campagne

La prochaine étape se passe sur route de montage lorsque le rythme s'accélère vraiment. On retrouve les caractéristiques du custom qui fait scratch sur l'angle, et aussi rapidement à droite qu'à gauche, ou aussi tard à droite qu'à gauche... car le scratch arrive beaucoup plus tard que sur la majorité des customs. Le régime moteur utilisable s'étend alors sur pratiquement toute les possibilités, de 1000 à 4000 tr/min... sans avoir besoin d'aller chercher les 5.300 tr/min maxi. Cela peut paraître peu si l'on s'en tient uniquement aux chiffres, mais au quotidien, l'allonge du moteur est extraordinaire et ne nécessite pratiquement pas de changer de rapport. On peut même se demander à quoi servent les 6 vitesses avec une 6e overdrive particulièrement longue. Sur petites routes de montage, on peut pratiquement rester en permanence sur le 3e voire le 4e rapport, tellement le moteur accepte de reprendre dès 1.000 tr/min et que l'on est alors à des vitesses déjà interdites sur autoroute à 4.000 tr/min.

Victory Judge dans les virolos

Il faut toutefois ici faire la distinction entre la Victory Judge sortie usine, et celles bénéficiant d'un pudique "stage 1". Comme sur les Harley, un nouvel échappement associé au changement du filtre et une nouvelle cartographie permettent de mieux faire respirer le moteur. Si cela ne change pas grand chose en puissance et vitesse maximale, le couple est disponible plus tôt et les relances plus dynamiques... avec une différence d'agrément telle, que l'on a du mal à revenir sur le modèle d'origine. De fait, d'après les concessionnaires, 80% des clients passent au stage 1... alourdissant alors la facture d'un petit 1500 euros. Et je dois avouer à grand regret pour le porte-monnaie que le changement se justifie.

Dans les deux cas, la Judge est tellement facile qu'elle se conduit sans les mains en tout tranquilité...

Victory Judge

Confort

La selle est très large et peut accueillir un énorme gabarit. Un plus petit gabarit pourra même y chercher sa place idéale, plutôt vers l'avant ou vers l'arrière. Elle permet d'envisager de longues balades sans faire souffrir du tout l'arrière train. Par contre, les suspensions sont plutôt rêches, et les trous dans la chaussée sont assez mal absorbés. Le poids de l'engin fait que l'on n'a pas le droit aux coups de raquettes que l'on pourrait connaître sur certaines sportives, mais l'amortisseur arrive malgré tout assez rapidement en butée. Ceci dit, les simples défauts de la chaussée sont bien gommés et la Judge ne donne pas l'impression après une demi-journée de balade d'avoir été assis sur un sac de cailloux, loin s'en faut.

Selle et confort Victory Judge

La forme de la selle, particulièrement creuse, amène plutôt bien à ramener l'eau ruisselante au centre, ce qui nécessitera un pantalon vraiment étanche en cas de pluie.

Essai Victory Judge sur route

Duo

De prime abord, on a plutôt l'impression d'un strapontin, incapable d'accueillir un passager. Et pourtant, il est possible d'en accueillir un, avec des premières impressions plutôt positives, voire étonnées d'arriver à s'installer. Il n'y a par contre aucune poignée pour s'arrimer, ce qui conjugué à une selle mouillée et un passager en combinaison peut pratiquement amener à le perdre pour peu que le démarrage soit un peu poussé. Le vrai avis arrive au bout de la fin du premier quart d'heure ou l'arrière train commence à souffrir. Il n'en reste pas moins que l'abnégation du passager pendant l'essai a permis de l'emmener pendant une heure et demi, avec une seule pause d'une minute. Il est donc possible d'emmener quelqu'un. Mais si vous souhaitez vraiment faire de la route au long cours, la gamme touring avec les Cross Roads, Cross Country et Vision Tour seront beaucoup plus adaptées.

Freinage Victory Judge

Freins

Ni très puissants, ni violents, les disques de freins de 300 mm à l'avant et l'arrière offrent un bon feeling suivi d'une puissance à la hauteur de la machine. Le frein arrière notamment est plus qu'un simple ralentisseur malgré ses seulement double pistons et permet vraiment d'asseoir de façon très efficace la machine avant un virage sans toucher au frein avant. Même en ville, on se prend à l'utiliser plus que de normale. Il arrive toutefois à bloquer sur un freinage bien appuyé en prenant vraiment le levier fort, mais même alors la Judge reste en ligne. Au quotidien, on utilise de façon assez naturelle les freins avant et arrière, et l'arrière ne se bloque pas alors. L'avant est progressif et à la hauteur du poids de la machine. Il offre un freinage sécurisant, même pour un débutant. C'est d'autant plus important que contrairement à d'autres modèles de la marque, la Judge ne dispose pas de l'ABS (même pas en option). 

Victory Judge en montagne

Consommation

En utilisation "sport" avec une conduite agressive, la consommation peut monter jusqu'à 6.3 litres, mais se stabilise plutôt autour des 5,5 litres... ce qui laisse envisager une autonomie moyenne de 300 km avec le réservoir de 17 litres.

Victory Judge

Conclusion

A des lieux des à priori possibles sur les gros customs, la Judge est une vraie découverte, sympathique, accueillante, facile de prise en main (notamment par rapport à la Hammer) et relativement polyvalente, proposant plus que de simples balades avec une vraie dynamique moteur et une cohérence globale qui la rend agréable au quotidien. Très loins des gros V-Twin très vibrants, les puristes la trouveront presque trop propre sur elle, surtout dans sa version noire. L'orange "Nuclear" et le rouge "Sunset red" lui vont par contre particulièrement bien. Ce qui est sûr, c'est qu'elle est plus qu'une alternative à Harley avec une vraie personnalité douce et musclée. A seulement, 14.490 euros, elle est même moins chère que de potentielles concurrentes, sans rien renier aux canons, d'autant plus que comme ailleurs, les accessoires sont légions, tant au niveau des échappements que des formes de guidons, sans oublier sissybar ou pare-brise ou personnalisation de l'espace ovale central sous la selle. Il ne vous reste plus qu'à vous rapprocher de l'une des 22 concessions de la marque en France pour essayer à votre tour la petite marque, mais au bon goût américain, qui monte, et ce, dès la mi-juin.

Points forts

  • facilité de prise en main
  • moteur

Points faibles

  • suspensions
  • duo

 

 

La fiche technique de la Victory Judge