Les mécanos viennent de retirer les couvertures chauffantes et débéquiller les machines, les pilotes sont maintenant alignés l’un derrière l’autre en attendant les ordres du préposé à la piste.Christian est devant, l’air concentré, suivi de Vale, un
peu nerveux, qui tapote son réservoir. Personne ne parle : le silence est seulement troublé par le feulement rauque des moteurs qui montent en température. Les stagiaires retiennent leur souffle, Grigou, tirant la langue, transmet
à son carnet l’ambiance présente, le père ROSSO,
quand à lui, a entamé une espèce de bizarre «
danse de la pluie » (faut espérer que cet indien là
va pas ramener les nuages…) pour tenter de calmer son palpitant
qui bat la chamade. Le journaliste, en écrivant, songe à une éventuelle promotion car il a conscience que cet instant pas comme les autres risque de lui offrir THE scoop ! Hé toi ?…, oui ! c’est bien à toi qu’je
cause… Te rends tu bien compte de ce que tu lis, assis tranquillement
devant ton écran ou dans ton plumard ??? Là, le prof se nomme Christian SARRON, ancien champion du monde pour la petite histoire, et il va se tirer la bourre avec deux de ses élèves comme un vulgaire (terme non péjoratif) pilote de ligue, dont l’un a largement dépassé le demi siècle sur notre bonne vieille terre… L’écran géant vient de s’allumer, le préposé au drapeau se met aussitôt à agiter ce dernier, et les trois pilotes quittent la voie des stands en direction de la piste… Christian, devant, fait chauffer ses pneus par des mouvements alternatifs
de droite à gauche, imité par les deux autres : ils abordent
ainsi la courbe Dunlop pour disparaître à la vue des spectateurs
présents qui se tournent maintenant vers l’écran. Christian soigne ses positions, Vale tente de l’imiter, tandis que René reste droit comme un I en lâchant une main de temps en temps, comme si cette procession le gonflait un pneu… Le tour de chauffe tire maintenant à sa fin et le grondement des
moteurs annonce leur arrivée au raccordement : bientôt le
champion réapparaît, abordant la courbe tranquillement, suivi
comme son ombre des deux autres. Immédiatement, ROSSO junior réplique, le nez dans la bulle, mais la machine bleue a pris 20 mètres. René, lui, s’est déporté sur la gauche. Christian est déjà au freinage de la Chicane quand Vale plonge dans la courbe Dunlop mais doit vite couper pour ne pas se faire percuter par un missile bleu qui vient de lui recouper la traj’ par l’intérieur ; René vient de passer à l’offensive ! Au prix d’un freinage d’outre tombe, Vale recolle aussitôt mais le Fossile négocie la Chicane à la perfection pour ressortir comme un boulet et, accessoirement, reprendre 10 mètres à la Chapelle à l’autre pilote en bleu, devant lui. Au sortir de la courbe, Christian est devant, suivi à quelques
mètres par le duo qui s’est resserré au prix d’un
maître balancé à la corde de Vale. Le freinage du Musée voit Christian reprendre une longueur au
prix d’une glisse phénoménale à l’entrée
de la courbe, alors que les deux autres l’abordent de front : mais
René ne cède rien et conserve sa deuxième place dans
la ligne droite précédant le Garage Vert. Le père SARRON arrive en tête (logique respectée…)
au passage devant les stands avec 1 seconde d’avance sur le duo
qui se marque de très près. L’écart se réduit soudain au Garage Vert entre les deux motos bleus au prix d’un freinage raté de Christian : René tente alors un dépassement à la sortie mais le gars SARRON en a vu d’autres ! Les trois motos abordent le Chemin au Bœufs en se marquant de près : c’est Christian qui sort le mieux du pif-paf pour aborder les Esses bleus avec une petite avance. Vale, derrière René, semble attendre son tour et ne tente plus rien, se contentant de ne pas se laisser distancer par Pépère… Au second passage devant les stands, Grigou pousse un hurlement couvrant celui des 4 cylindres : « Ils ont tourné sous la barre des 42 !!! » crie-t’il devant la foule médusée ! René, à l’aspi, parvient à recoller à
Christian tandis que Valentini essaye de s’infiltrer à l’intérieur
à Dunlop, il y parvient et se retrouve en tête à la
Chicane !!! Des stands, en suivant l’écran géant, force est de constater que l’ancien champion du monde, s’il est supérieur en technique, ne parvient pas à creuser l’écart avec ce gamin sorti de nulle part, et celui qu’on commence à nommer « Superpapy » ! Tout bonnement surréaliste… Le troisième tour a été bouclé dans les mêmes chronos et les positions ne changeront plus pendant quatre tours, comme si les pilotes s’observaient sans dégainer… Au huitième tour, gros freinage au Chemin aux Bœufs de René sur ROSSO : le Respectable vient de reprendre la deuxième place. Aux Esses Bleus, ayant recollé à Christian qui vient de
relâcher son effort, il tente un intérieur osé; droit
comme un chêne, l’Ancêtre sort légèrement
le genou en balançant sa R1 dans un angle faisant jaillir des étincelles
de toutes parts. C’est le Vénérable qui franchit les stands le premier, SARRON en embuscade suivi de près par un Valentini qui ne lâche pas le morceau : encore deux tours de ce palpitant et incroyable spectacle ! Au Garage Vert, Christian, vexé sans doute, vient de reprendre la première place en recoupant le freinage de René, obligé à son tour de s’écarter. Valentini en profite pour doubler lui aussi et… tenter de bloquer le père SARRON à la remise des gaz !!! Les deux motos de tête attaquent de front le Chemin aux Bœufs,
Vale plonge le premier mais écarte, ce dont profite Christian pour
repasser en tête. Les trois motos fondent littéralement de front dans la courbe
Dunlop, Christian ne disposant que d’une infime marge. Attends, c’est pas fini ! Vu sa traj’, il se rate à la Chicane et René en profite pour les doubler tous les deux et reprendre la tête !!!!!!!!!!!!!!!!! Très vite, ROSSO a recollé à SARRON pendant que Pépère, dans l’histoire, s’est ménagé une confortable avance sur eux à l’abord de la Chapelle… Christian ne parvient pas à combler son retard, occupé
qu’il est à contenir Valentini… Dans les stands, c’est la folie …….. tout le monde se presse au muret pour voir René Gédeufoitrentans, Vénérable de chez Vénérable, passer la ligne en vainqueur devant l’ancien champion du monde qui secoue la tête en se demandant s’il va se réveiller un jour de ce qui semble être un mauvais rêve ! Valentini est trois, de peu devant Christian, mais cette troisième place a le goût d’une victoire, marquant le début d’une carrière prometteuse… Les trois pilotes entament un tour d’honneur, l’ancien s’essayant même au petit jeu de la roue sans trop de succès. Qu’importe ! Après une telle démonstration… Dès le retour aux stands, c’est la folie sitôt les trois descendus des motos : Christian lui même, ne peut s’empêcher de se jeter dans les bras de René, surpris par cet élan de « familiarité ». Grigou observe et griffonne nerveusement sur son carnet, ROSSO père embrasse son fils, Maurice chiale comme un môme et les stagiaires, ainsi que les mécanos applaudissent à s’en rompre les mains !!! Les effusions durent ainsi un long moment avant que René, fourbu
par l’effort, demande le silence :
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Dernière modification le 03-01-2007 .