Il fait un temps splendide ce matin !, constate René en ouvrant ses volets avec une satisfaction certaine : « Au moins, dit il en s'adressant à l'effigie d'Ago qui pose fièrement, le casque en main, sur un poster épinglé à un coin de la chambre, la pis.., heuu, pardon !, j'voulais dire la route, elle va être parfaite, sans trace d'humidité : exactement c'qui m'faut pour finir de roder les pneus et m'entraîner à un type de pilotage qui nous est inconnu, mon pôvre Giacomo... . Enfin, toi, tu sais c'que j'vaux et ce dont j'suis capable ! »Boosté par ses belles paroles, René s'en va siffloter sous sa douche un air un peu désuet, déjeune un solide café au lait pain camembert (ouais je sais, c'est un peu lourd le matin..., mais allez donc dire ça à René !). La veille, il s'était passé une K7 du dernier GP prêtée par un ami : vous dire qu'il a pas tremblé aux prises d'angles invraisemblables des héros d'aujourd'hui (des gamins !..) serait exagéré, mais il a pris le temps de décortiquer les différentes phases composant l'ensemble d'un passage en courbe, en étudiant, à l'aide de moult arrêts sur image, chaque positionnement et mouvement du corps du pilote sur la machine. A la fin, il avait admis que ça ne semblait finalement pas si compliqué à reproduire et retranscrire sur la route : suffit simplement d'être un bon observateur, l'instinct et l'expérience s'occuperont du reste... En descendant au sous sol, son regard se posa sur la superbe combinaison de cuir, aux couleurs de la moto, qu'il était allé chercher au magasin : le vendeur avait fini par le persuader que c'était un accessoire indispensable quand on possède une telle machine et que, vu la classe du proprio, il était impensable qu'il en soit autrement et que, vu que c'était pour lui, il lui laissait à prix coûtant, ce qui fait au moins 20% par rapport à Monsieur Toulmonde qui sera obligé de payer plein pot pour avoir la même ! Bon, voilà venu le temps de l'enfiler, cette tenue de « pilote », et not' bon René entreprend toute une gestuelle imitant à merveille la technique d'approche de séduction d'un macaque atteint de la maladie de Parkinson pour introduire sa solide carcasse dans le cuir raide de neuf ! Quelques minutes plus tard, après quelques minutes à suer en poussant de nombreux grognements dont la signification demeure inconnue, René, au bord de l'épuisement, peut enfin remonter la fermeture éclair, terme de son calvaire..., enfin non : engoncé comme il est, il peut à peine bouger !!! Se souvenant de la K7 visionnée la veille, il avait bien remarqué qu'un petit jeune en bleu, sur une moto portant le numéro 46 (un débutant dans la catégorie, certainement...), s'agenouillait près de sa machine pour détendre la peau du cuir, pas bête ! Au fait, c'est ce même petit jeune qui avait gagné la course : fortiche le gamin, f'ra certainement une carrière si il continue comme ça, avait commenté un René quelque peu bluffé... Donc, il appliqua la même méthode et, en forçant un pneu, constata qu'il était maintenant capable de se pencher pour mettre ses bottes (faudra qu'il pense à s'en prendre une paire assortie à la couleur du cuir...). De plus, se contemplant à la glace installée près du lavabo, à côté de la table d'outillage, il constata avec une certaine satisfaction que son « petit problème « de relâchement abdominal s'était estompé ! Kontact ! : dziiiiiizzzzz, dziiiiiizzzzz ! fait le système d'injection
pendant que l'ordinateur de bord effectue sa check list. Un coup de pouce
sur le bouton rouge situé au commodo droit et le démarreur
à impulsion lance le 6 en V immédiatement dans un feulement
discret mais bien présent. Pendant que la moto chauffe, René tente de trouver une position
lui convenant, gêné qu'il est par sa combinaison : au fur
et à mesure, il constate qu'en fait, rien ne sert de forcer et
que le mieux est de s'adapter à ce qu'impose le cuir qui, visiblement,
est conçu pour proposer une certaine position. La moto est maintenant chaude, les pneus doivent avoir en partie éliminé
la paraffine : on peut y aller !!! Une courbe se présente au loin : enfin... on va savoir !.. Immédiatement cette dernière plonge à la corde avec
une vivacité tellement déconcertante que René constate
qu'elle file droit vers la partie herbeuse en survirant exagérément
!!! Le cœur cognant comme le mono d'une BSA d'antan, René décide de s'arrêter quelques instants, histoire de décompresser un poil et d'analyser la situation : Sainte gamelle n'est pas passée loin... Première impression : Oups !, c'est sensible ce truc..., et faut
dire aussi que jamais il aurait pu passer aussi vite dans la courbe avec
l'ancienne... Il reprend la route, un peu inquiet, car cette vache de bécane
semble tout faire plus vite que lui. Et c'est, à l'allure d'un Respectable, que René apprend
à singer les « clowns » dont il se moquait gentiment,
les mêmes qui avaient fini par le faire changer de bécane,
car force est de reconnaître qu'il n'était plus vraiment
dans le coup... Dix fois, vingt fois le même scénario se présente,
et vingt fois René manque de se mettre par terre... René décide d'écourter sa sortie, car tout ça l'a épuisé et il n'a plus envie de rouler. Sur le chemin du retour, il songe que le vendeur lui avait vaguement parlé de stages de pilotage organisés par le constructeur : un peu vexé mais lucide, il décide que va falloir qu'il étudie ça de près ! Rentrant chez lui, il ouvre la porte du sous sol, rentre la bécane,
déplie la béquille et... quesquispasssssssss ??????????????
: Cette dernière, insuffisamment dépliée, se replie
aussitôt tandis que René tente vainement de retenir les 250
kilos attirés par l'attraction terrestre !.. Haaaaaaan !!, fait il pour la redresser... et constater que le rétro gauche, avec son magnifique cligno intégré, pendouille lamentablement comme son appareil génital, l'autre jour, alors que le plus dur avait été fait avec Josette, la fleuriste du coin (mais chuuuuut ! : ça, j'ai pas le droit de le dire..., vous le gardez pour vous bien sûr ! ...) ! Hé oui, Sainte Gamelle, sans aucun doute exaspérée par son don de récupération en situation cata, avait décidé d'avoir le dernier mot... René, furibard, enlève rageusement son cuir et, après
une douche froide, décide de regarder un bon vieux western sur
le câble pour se changer les idées : demain sera un autre
jour...
La suite au prochain épisode...
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Dernière modification le 03-01-2007 .