Partir de Calais pour arriver à Nice, c’est ce que font
chaque été bon nombre de gens du Nord friands du soleil
de la Riviera. En principe ils arpentent, avec force bouchons, les grands
rubans traditionnels.
Partir de Calais pour arriver à Nice, c’est ce que j’ai
voulu faire en dix jours au cours de ce mois de Juin 2007 .. Au guidon
de ma fidèle Triumph Tiger j’ai voulu ainsi découvrir
la quasi intégralité des côtes françaises.
Une pareille aventure cela se partage avant, pendant et après ..
Avant … en demandant aux copains qui résident sur place de
me conseiller pour le choix des plus jolies routes .. merci à eux
et en particulier Will pour sa parfaite connaissance de la Bretagne.
Pendant … En invitant un certain nombre de potes à m’accompagner
, en l’occurrence nous nous sommes retrouvés une petite douzaine
sur 8 Triumph à faire le périple .. ce qui est le plus marrant
c’est que j’étais le seul français !! Les français
c’est vrai, connaissent trop bien la France !!

Après .. en faisant partager le voyage à tous ceux qui,
un jour, seront tentés par l’expérience., c’est
pour cela que je vous invite à me suivre.
Prélude
Tout a commencé ce Samedi de juin sur la plage de Calais. Sous
un soleil timide les cabanes avaient un petit air de Deauville et les
mouettes se partageaient le reste de ma barquette de frites. Calais, jolie
mais morne ville. Le port a été sinistré par le tunnel,
tunnel qui a sinistré les actionnaires, qui pour la plupart venaient
du port .. juste retour des choses !! Les flics et les clandos se partagent
les faubourgs et il semble régner dans le centre comme une étrange
atmosphère faite de suspicion et de défiance à l’encontre
de tout ce qui est étranger .. hormis pour les anglais qui eux
sont comme chez eux .. il faut dire que chaque week-end ils pillent soigneusement
les rayons picole des supermarchés locaux.
Calais, départ de notre périple qui allait en une dizaine
de jours nous conduire jusqu’à la frontière italienne.
Dimanche matin, il pleuviote .. Les motos sont pimpantes sauf la mienne,
il faut dire que je venais de me farcir pas loin de 1200 bornes depuis
la maison pour rejoindre l’équipe .. je me consolais en pensant
que lorsque nous serions arrivés il m’en resterait moins
à faire qu’à mes compagnons de voyage.
Les Tigers sont en majorité .. Jolly Jumper, Roy, Alan et Andréa,
John et Susan et moi même. Les autres Adrian et Casper ont choisi
la GT de chez Triumph en l’occurrence la Sprint 1050 ABS.
Les pleins sont faits, c’est parti pour un Tour …
Première étape : Calais – Hérouville St Clair
( Un peu plus de 400 bornes )
La route qui passe par Sangatte n’est pas des plus moche et de
temps en temps on se régale en jouant les montagnes russes au gré
de la côte découpée.
Une petite déviation sur le chemin, histoire d’aller voir
le fameux cap Gris Nez .. eh bien pour être gris il était
gris le nez .. faisait même un temps à pas mettre un nez
même gris dehors !! Ensuite cela s’est quelque peu arrangé.
Nous avons grignoté dans la Baie de Somme du coté du Crotoy...

Nous avons rencontré pas mal de motards venus essentiellement
de la région parisienne et j’avoue avoir été
particulièrement impressionné par cet espèce de dingue
qui m’est sorti pleine gauche au guidon de sa chinoiserie et qui
aurait pu tout aussi bien me faire terminer le voyage à cet endroit
!!
Après la Baie nous sommes un peu rentré dans les terres
pour éviter les limitations à 50 de la route côtière
et la circulation très importante en cette journée dominicale.
Pour rejoindre le Bac de Duclair les routes serpentent au gré des
vallons et des cours d’eau.
De Duclair à Lisieux nous avons croisé les boucles de la
Seine en traversant le Parc régional de Brotonne, superbe !
Pour grignoter sur le coup de 3 heures de l’après midi nous
avons trouvé un bistrot sympa dont la patronne n’a pas hésité
à faire ouvrir la boulangerie locale pour trouver du pain .. Merci
encore à elle !!
Nous avons évité Cabourg ou Deauville mais ce ne fut pas
un mal. La circulation devenait de plus en plus importante lorsque nous
nous rapprochâmes de Caen, notre étape prévue .. et
là quelle mouche m’a piqué .. voilà pas que
j’improvise en coupant à travers bois en suivant les indications
de mon GPS .. ce que j’avais oublié c’était
la pluie qui tombait de plus en plus fort !!
La route devait être magnifique mais je regardait surtout ma roue
avant. Au bout d’une cinquantaine de kilomètres de ce régime
nous avons enfin retrouvé l’itinéraire initial ..
Non sans mal ni quelque incursion traditionnelle dans la cour d’une
ferme .. merci madame Garmin !!
Nous étions trempés comme des soupes lorsque nous avons
trouvé l’hôtel .. les motos étaient brunes de
boue et autres bricoles rencontrées au long de la route .. j’étais
un peu piteux et je m’attendais à force remarque .. Eh bien
non, ils étaient tous morts de rire et n’aspiraient qu’à
se retrouver douchés autour d’une caisse de bière
.. Ce qui est formidable avec les Brittons c’est que quoi qu’il
se passe, ils sont toujours contents .. Il y en a , croyez en ma longue
expérience, qui devraient en prendre de la graine.
Première étape terminée .. quel sera le temps de
demain .. Je préfère ne pas regarder !!
Seconde étape : Hérouville St Clair – Le Mont St
Michel ( 350 kilomètres )
Il avait plu toute la nuit mais au matin un franc soleil berçait
la campagne normande, merveille !!
Nous avons retrouvé la route côtière histoire de se
rappeler qu’il y a une soixantaine d’années bon nombre
de gars venus de bien loin ont laissé leur peau pour défendre
la liberté, les villages ont des noms qui résonnent comme
autant de souvenirs et la halte au mémorial du débarquement
s’imposait. De nombreux bus et autres camping-cars nous obligent
à force dépassements heureusement facilités par le
temps qui se maintient au beau.
Circulation et moult traversées de villages feront que je déciderai
d’occulter le tour complet du Cotentin en oubliant La Hague pour
aller faire un tour à St Vaast la Hougue, ce charmant port de pèche
où nous avons dégusté des moules à la crème
comme on n’en trouve que là. Ensuite nous avons croisé
au travers du bocage normand sur Coutances et sa superbe cathédrale.
Un autre bon moment de détente que ce petit goûter composé
d’une tartine de charcutaille accompagnée d’un Muscadet
grand cru à laquelle je convierai mes compagnons de route .. la
découverte d’une région commence par ses paysages,
continue par ses spécialités culinaires et se termine par
son terroir. Je me suis souvenu des petites routes que nous faisait arpenter
mon père au volant de sa 403 lorsque nous étions en vacances
et c’est entre les haies et sous le regard étonné
des bovidés en goguette que nous avons gagné Granville puis
la superbe route côtière qui mène à Avranches.
Dernière halte pour le traditionnel café crème et
nous avons découvert la Baie du Mont St Michel en suivant le chemin
des écoliers. Au gré des polders avec comme seul objectif
ce Mont qui semble si près et pourtant est fort loin nous avons
suivi la mer pour enfin découvrir notre objectif à quelques
encablures. Installation à l’hôtel puis, après
un repas typique avec trou normand obligatoire nous avons repris les machines
.. Oh rassurez vous, juste pour faire les deux kilomètres de digue
qui allaient nous amener au pied du Mont. La visite du lieu magique, la
nuit tombante, fut une véritable découverte pour la plupart
d’entre nous. Il n’y avait plus personne dans l’île
et nous avons pu nous régaler en arpentant murailles et venelles.
Un dernier pot avant la fermeture du dernier troquet et retour à
la fraîche à l’hôtel pour une nuit réparatrice
.. Superbe étape qui nous confortait dans l’idée que
les côtes françaises nous réserveraient à chaque
kilomètre d’agréables surprises. Mon anglais s’améliorait
au fil des jours, mes anglais, eux, étaient toujours aussi ravis,
les machines fonctionnaient bien .. que demander de plus.
Troisième étape : Mont St Michel – Brigognan-plage
( 350 kilomètres )
Bretagne nous voilà !!
Le Mont s’éloigne petit à petit et au passage nous
allons saluer St Broladre qui est jumelée avec Neukirchen, la ville
où allaient se dérouler la semaine suivante le grand rassemblement
Triumph des Tridays 2007.
Cancale, la pointe du Grouin, la route de la côte et pour finir
les faubourgs de St Malo que nous allons éviter pour traverser
la Rance sur le barrage de l’usine marémotrice. Un petit
moment de culture avec l’explication du fonctionnement de l’usine,
je le connaissait bien puisque j’y avait bossé lors de sa
mise en œuvre dans mon jeune temps d’élève ingénieur.
Nous avons remonté vers le Nord en suivant la mer pour aller se
rincer les yeux vers le magnifique site de la Pointe de l’Arcouest
en face de l’île de Bréhat. On en a profité
pour faire la halte grignotage sur le port d’embarquement. Jolly
Jumper et Roy sont arrivés juste comme nous finissions le café,
il faut dire que depuis le début ils stoppaient tous les 5 kilomètres
pour prendre des photos ..
Perros-Guirec, Trégastel, Trébeurden, des noms qui sonnent
comme autant d’endroits mythiques dévoués au tourisme
de masse qu’heureusement en cette fin du mois de Juin nous n’avions
pas encore à redouter. La temps était toujours clément,
et même si la température s’avérait un peu frisquette
il ne pleuvait pas .. enfin pas trop !!
Nous sommes arrivés à Brigognan dans un site encore préservé
des affres de l’urbanisation côtière, quelques petits
cottages composent le village au milieu d’une sorte de champs de
roches que domine un immense menhir autour duquel tout semble tourner.
Le site est somptueux et l’accueil au centre de vacances que nous
avions choisi était à l’unisson. Certes, il a fallu
que nous fassions nos lits ( pour certains d’entre nous cela n’était
pas arrivé depuis notre service militaire !! ) mais le repas qui
nous a été servi valait largement le désagrément..
Araignées de mer juste sorties de l’eau, poissons qui le
matin encore devait nager dans la baie et ce petit vin blanc véritable
bénédiction pour le palais. Nous sommes allés faire
un tour sur la plage la nuit tombée et nous avons découvert
des milliards de microscopiques crevettes qui l’avaient envahie
.. Drôle d’impression que de marcher pieds nus sur ce tapis
mouvant .. j’en avait plein le revers du pantalon et avant de me
coucher ce fut la chasse dans toute la chambre .. J’ai dormi bercé
par le bruit des flots, fenêtre grande ouverte malgré la
température un peu fraîche.
Quatrième étape : Brigognan – Ile de Berder ( 300
km )
Nous avons quitté les Chardons Bleus avec un petit pincement au
cœur, chacun d’entre nous a épinglé une branche
d’immortelle sur sa moto et c’est au milieu de ses odeurs
à nulle autre pareilles que nous avons mis le cap sur le Morbihan.
L’objectif était d’arriver avant la marée haute
car nous devions passer un « gois » ( chaussée submersible
à marée haute ) d’une centaine de mètres pour
arriver à notre lieu d’hébergement.

Il aurait été impossible de faire le tour de la Bretagne
par la côte aussi nous avons du nous résoudre à faire
des coupes. De toute façon cette région est tellement belle
qu’elle supporte facilement que l’on occulte certains lieux
pourtant célèbres, ne serait ce que pour avoir le plaisir
d’y revenir. Le temps n’était pas trop de la partie
et si la pluie nous avait lâché elle était remplacée
par un vent violent qui lui, allait nous accompagner un sacré bout
de temps. Je vous passe les routes tortueuses du coté de Landernau,
de Sizun , du Faou, le pont de Téréné, le musée
de Trégarvan, la montée du Menez-Hom .. Nous avons arpenté
une bonne partie de ce véritable paradis à motards …
pour peu que le temps soit de la partie. Nous avons traversé des
forêts magiques, et pour finir trouvé la crêperie qui
va bien au beau milieu de nulle part .. Ah ces crêpes bretonnes,
et ce cidre . rien que pour cela il faut y revenir !!
Festival de petites routes pour ensuite rejoindre Scaer puis Lorient puis
à travers le Raz d’Etel nous avons retrouvé la côte
pour trouver l’île de Berder et son gois .. parfaitement sec
.. il venait juste de se dégager .. Nous avions fait une petite
erreur dans les dates et aurions largement pu prendre notre temps pour
flâner en Bretagne .. Nous nous sommes rattrapés sur l’île
et chacun apprécia grandement de poser motos et équipement
pour se régaler à faire un peu de marche à pieds
en compagnie des goélands. Il ne faisait pas assez chaud pour faire
trempette mais le bol d’air fut quand même salutaire. Cette
étape somme toute assez courte avait été la bienvenue
car les organismes commençaient à quelque peu souffrir ..
et nous n’en étions qu’au tiers du voyage !!
La nuit en haut de la tour de Berder, je vous recommande. Le chant du
vent dans les pins, le bruit de la mer qui s’écrase sur les
rochers et .. en fait je n’ai guère pu apprécier tout
cela une fois allongé j’étais endormi .. Il faut dire
que j’avais donné des consignes, demain matin il fallait
avoir passé le gois avant 7 heures 15 car sinon nous serions bloqués
jusqu’à l’après midi .. Nous avions pu le constater
en fin de journée, dès que l’eau passe par dessus
la jetée il est hors de question de passer tellement le courant
est violent .. Alors demain debout 6h30, on décolle à 7
heures !!!
Etape 5 : Berder – Château d’Olonne ( 300 km environ
)
Une histoire de Gois

Il était 7h 10 lorsque Jolly Jumper est venu cogner à
ma porte .. je n’avais pas entendu le réveil … Le temps
de sauter dans mes bottes et j’enfourchais le Tigre pour dégager
au plus vite .. l’eau était à deux centimètres
de passer lorsque j’ai franchi la passe sous les applaudissements
de la foule en délire … Stop pour la photo, toilette rapide
à l’eau de mer .. et en route pour de nouvelles aventures
.. entre Berder et Vannes j’avoue ne pas avoir vu grand chose tellement
j’étais dans le pâté .. ce n’est qu’au
troisième café croissant que j’ai enfin décollé
.. Il paraît que quand nous sommes partis il tombait un vilain crachin
.. même pas vu !!
Enfin réveillé je les ai conduit dans un coin que j’aime
particulièrement, la presqu’île du Croisic et les marais
salants de Guérande .. même quand le temps est bouché
cet endroit ne me lasse jamais, les couleurs y sont stupéfiantes
et les odeurs incomparables. Nous avons bu un pot au Pouliguen et suivi
le boulevard de la Mer pour rejoindre Pornichet. Le pont de St Nazaire
nous attendait .. On a failli ne pas pouvoir y passer tellement le vent
était violent.
St Brevin, Bourgneuf, le marais de Beauvoir et le gois de Noirmoutier
.. envahi par les eaux .. Pour aller sur l’île il allait falloir
que nous fassions le tour par le pont ..
Noirmoutier n’est plus ce qu’elle était. Les plantation
anarchiques de patates font que l’agriculture se résume à
une monoculture .. succès oblige. De l’autre coté
de l’île les petites maisons blanches et bleues qui se détachaient
sur la lande se retrouvent au sein de lotissements … de petites
maisons blanches et bleues … Nous avons très bien mangé
sur le port mais j’avais perdu l’ambiance du Noirmoutier de
mes 20 ans !! Pour rentrer sur le continent faisant fi du kilométrage
excédentaire nous avons pris le gois .. grand moment .. le Gois
de Noirmoutier, en bécane, juste au moment où il se dégage
et avec 40 nœuds de vent .. je vous recommande. Nous nous sommes
arrêtés au beau milieu pour prendre des photos, il fallait
tenir les machines pour ne pas qu’elles tombent ..
Pour retrouver les Sables d’Olonne nous avons bêtement suivi
la côte et arpenté la superbe forêt d’Olonne
dont on se demande comment elle peut bien résister aux affres de
l’urbanisation !!
Le Roc St Jean c’est quasiment en face du Puit d’Enfer ..
superbe vue sur le golfe et premières loges en cas de tempête
.. ce qui s’est bien sûr produit au cours de la nuit …
Une nuit d’enfer comme je les aime !! A savoir ce que demain va
nous réserver .. Quand sur le coup de trois heures du mat j’ai
vu et entendu ce qu’il tombait pour moi il n’y avait pas photo,
demain je ne bougerai pas d’ici !!
Etape 6 : Château d’Olonne – Seignosse le Penon (
490 kilomètres !! )
Départ de bonne heure car la route était longue. Par chance
le temps avait viré avec les premières heures du jour et
le vent violent avait chassé les nuages noirs, certes il en restait
bien quelques uns et nous nous doutions bien que nous ne passerions pas
la journée sans prendre une petite rincée mais c’était
moins pire que ce que j’avais pressenti.
En fait un petit problème nous a alors affecté. Le frein
arrière de John avait décidé de jouer relâche,
une plaquette était en train d’allègrement entamer
le disque. Il fallait absolument passer dans une concession pas question
de continuer comme cela. Le groupe se scinda en deux parties, la première
sous la conduite d’Alan et Andréa allait suivre le road book
et j’allais m’occuper de la maintenance en conduisant un second
petit groupe par la Rochelle ou la concession Track Motos que nous avions
contacté nous attendait à l’ouverture pour remédier
à la panne. Pas de problèmes pour arriver jusqu’à
la cité rebelle, ni même pour résoudre le problème.
La réparation fut effectuée en temps et en heure avec une
parfaite compétence .. adresse à recommander !! Une fois
tout terminé il fallait maintenant arriver rapidement pour passer
le Bac de Dinan car sinon c’était la galère assurée
avec une attente de près de deux heures. D’après le
boss de Track il fallait une heure et demi pour y arriver, en fait cela
se fait en tout juste une heure, en oubliant bien sûr que notre
permis est de temps en temps en sursis, coup de pot RAS sur la route.
C’est promis nous ne le referons plus !! .. Nous sommes arrivés
au Bac sous une petite pluie fine, je vous l’avais bien dit qu’il
vaserait dans la journée … Le bac parlons en, il y avait
un vent à décorner toutes les vaches de la région
et nous avons passé la traversée accrochés à
nos motos qui se dandinaient sur leurs béquilles .. Homérique
!! Une demi-heure après nous avions passé l’estuaire
de la Gironde, les Landes nous tendaient les bras, le vent était
tombé comme par miracle et le soleil brillait de nouveau !!

De temps en temps je prenais par SMS des nouvelles du second groupe
qui apparemment batifolait tout au long de la route des vignobles. Dégustations
et photos aidant ils n’arrivèrent à Blaye pour passer
le bac que sur le coup de 15 heures, histoire de rater le dernier régulier
de l’après midi .. et d’attendre une paire d’heures
le prochain !! Nous verrons plus loin que cela a eu un peu d’importance
!!
En ce qui nous concerne nous avons sillonné la Route des lacs qui
nous a fait découvrir ces superbes paysages entre forêts
et plans d’eau, des paysages contrastés où la dune
nous sépare de la mer. De magnifiques bois de pins où les
maisons aux toits plats sont autant de havres de paix, des lignes droites
à n’en plus finir et cette odeur de résine portée
par la brise qui allait jusqu’à nous enivrer … Au passage
nous avons fait goûter des huîtres à notre pote John
qui, à la seconde a profondément regretté de nous
avoir écouté lorsqu’on lui a bien recommandé
de les mâcher avant de les avaler .. Avec Adrian nous eurent cure
de ses écœurements et nous nous sommes allègrement
tapés une bonne douzaine chacun .. Comme quoi tous les goûts
sont dans la nature !! Nous avons ensuite gagné le pays landais
cela commençait à sentir le sud et les noms de villages
fleuraient bon le soleil et le sable chaud. La Teste de Buch, Biscarosse,
Parentis, Mimizan, Vieux Boucau c’était tout le grand sud-ouest
qui nous accueillait. A sept heures du soir nous étions à
Seignosse, au pied de la dune à siroter une bière.
En ce qui concerne les autres ils ont traversé Blaye à 5
heures, traîné vers Arcachon ou ils ont grignoté sur
le coup de 9 heures du soir .. et sont arrivés à Seignosse
sur le coup de minuit .. cela faisait une paire d’heures que je
les attendais et j’avoue que je commençais sérieusement
à ma faire du mouron .. Enfin tout le monde était là
et tout était bien qui finissait bien !!
Nous allions quitter la mer pour 3 jours .. Pyrénées on
arrive !!
Etape 7 : Seignosse – Luz St Sauveur ( 270 kilomètres )
Les Pyrénées c’est magique, les routes s’enfilent
à une allure plus que déraisonnable et les gens sont d’une
extrême gentillesse. Le pays basque c’est magique aussi, les
paysages sorte de melting-pot de végétation hésitent
entre les espèces qui apprécient l’air marin et celles
qui prospèrent à la brise montagnarde. Les villages ont
tous des airs de fête et il s’avère souvent que l’on
trouve une petite départementale hors des sentiers battus qui va
vous faire grimper un col et vous perdre au beau milieu de troupeaux.
Telle cette D17 après St Jean Pied de Port qui va vous conduire
au gré des cols et des vallées jusqu’à Tardets.
L’étape est difficilement racontable il faut la vivre et
surtout la vivre comme nous l’avons faite sous un grand et beau
soleil et une chaleur qui n’était pas torride. Nous y avons
rencontré des bergers cachés sous leur béret basque,
des motards en goguette qui prennent les grands axes pour des circuits
de GP, des vaches et des chevaux qui batifolent sur la route, des moutons
au sortir d’un virage, des rivières et qui chantent des frontons
qui résonnent.

Nous avons sillonné des routes mythiques qui attirent le cycliste
comme le GR attirent les randonneurs. A chaque halte nous avons découvert
ce que pouvait être le vrai plaisir de la vie. Le petit café
de St Jean, le repas improvisé sur la place du village de Tardets,
en pleine fête votive, le goûter sur le bord de la rivière
.. Pyrénées je vous aime et je ne suis pas prêt de
vous laisser sans m’y voir.
Un peu avant Luz St Sauveur la moto d’Adrian bougeait à chaque
virage, il n’en eu cure et continua jusqu’au bout .. A l’arrivée
le pneu portait quelques bouloches de gomme, je mis cela sur le compte
de l’attaque du garçon qui n’est pas ce que l’on
peut appeler un manche quand il s’agit de mettre gros gaz .. le
lendemain j’allais déchanter mais cela sera une autre histoire
!!
A Luz nous avons pu apprécier à la fois l’hôtel
mais également la cuisine du patron .. autre grande étape
dans le style gastronomie … Le soir nous nous sommes endormis au
bruit de la cascade, c’était toujours de l’eau mais
cela changeait de la mer !!

Etape 8 : Luz St Sauveur – Font Romeu ( 360 km )
Au départ de Luz l’étape s’annonçait
fabuleuse, le temps était de la partie et j’allais pouvoir
enfin apprécier à sa juste valeur le superbe paysage qu’offre
la montée du Tourmalet sous le soleil. Cela faisait quatre fois
que je passais ce col et jamais je n’avais eu la chance de le faire
sous un ciel clément. A chaque fois j’avais rejoué
un remake de « Nuit et brouillard », je m’en réjouissais
d’avance .. C’était sans compter sur l’adversité
..
L’adversité elle se présenta sous la forme plutôt
affligeante du pneu de Adrian complètement à plat au moment
de partir .. Voilà la vraie raison de bouloches de la veille ..
Pas de bombe anti-crevaison à l’horizon, rien pour réparer,
nous étions Dimanche cela s’annonçait mal .. Le patron
de l’hôtel avait bien un compresseur à nous prêter
mais combien de temps le pneu allait il tenir .. et il y avait encore
les 2/3 des Pyrénées à se taper !!
J’ai laissé tout le petit monde à la porte de l’hôtel
et dans mon mauvais anglais je leur ai déclaré que j’allais
au village chercher « une bombe » apparemment j’ai cru
qu’ils m’avaient compris, la suite prouva que non !!

Je vous passe la boulangère à qui j’ai raconté
mon histoire, le droguiste tabac seul ouvert en ce jour dominical qui
m’envoya chez le motard du village .. en l’occurrence le curé
.. Je ne vous raconte pas le garage du curé ou il n’y avait
pas plus de bombe que d’hostie dans une mosquée, le café
à la turque qu’il a fallu que je m’enfile. Je vous
passe le groupe de motards que j’ai retrouvé dans un gîte
perdu au fond du village, l’attente pour voir revenir le seul gars
qui risquait d’avoir le produit tant espéré, le second
café tassé qu’il m’a fallu ingurgiter ( j’en
étais à une bassine depuis le matin !! ) la course dans
le pré pour rejoindre le gars qui herborisait dans la montagne,
le retour au pas de charge en comparant les vertus des Triumph et des
Ducati .. avec un Ducatiste convaincu que tout ce qui n’était
pas de Noale était de la merde .. le troisième café
en arrivant, la fouille des sacoches du gars .. et enfin l’apparition
de la bombe bénie .. Je suis descendu plein pot pour retrouver
mes gugusses, fus stoppé par le curé qui a absolument voulu
que je reboive un café qu’il avait accompagné d’une
petite goutte ….. pour la route qu’il a dit .. comme si j’avais
besoin de cela .. enfin voilà que j’arrive devant l’hôtel
.. Plus personne. J’ai fait trois fois le tour de l’établissement,
enfin j’ai trouvé une ancillaire qui m’a signifié
que tout le petit monde était reparti après avoir regonflé
le pneu .. les c… ils n’avaient rien pigé à
ce que j’allais chercher et ils croyaient que j’étais
parti .. Le Tourmalet je l’ai grimpé façon GP, deux
membres de l’équipe, au bord de la route en train de prendre
des photos, m’ont vu passer comme un avion, j’étais
au moins tranquille, sûr que tout le monde était devant.
J’ai passé le col à bloc, même pas eu le temps
de prendre un cliché ni de me délecter du paysage et j’ai
entamé la descente au taquet persuadé qu’à
chaque virage j’allais découvrir la ST en vrac ou plus simplement
arrêtée au bord de la route avec le pneu out .. en bas du
col un troupeau bloquait la route .. et ma ST attendait sagement .. J’ai
planté le frein arrière, intimé à Adrian de
stopper et j’ai sorti la bombe miracle .. deux minutes après
tout était revenu dans l’ordre et j’ai signifié
au Britton que je ne voulais plus le voir stopper avant au moins vingt
bornes .. Il a dégagé sans demander son reste .. Pour ma
part j’avais failli crever d’un arrêt cardiaque consécutif
à la quantité de café que j’avais du ingurgiter
en si peu de temps, loupé encore une fois le Tourmalet, m’étais
fait une paire de chaleurs en montant, avait failli couper en deux un
frapadingue en vélo qui descendait plein pot en pleine gauche et
pendant l’espace d’une petite heure était passé
pour le dernier des crétins face à des anglais persuadé
que je les avais laissé tomber .. Put.. de bombe c’est bien
la dernière fois que je pars sans en emmener une. Quand j’ai
raconté tout cela au groupe reformé du coté de Bagnères
de Luchon, avec mon anglais de contrebande, ils étaient tous morts
de rire .. Il a même fallu que je le raconte une seconde fois ..
et la suite je ne vous raconte pas .. Moralité pour tout le monde
je suis devenu Hervé « the bumb » !! Et cela vous fait
rire .. va falloir que je leur explique ce que c’est qu’une
bumb en France !! La suite de l’étape nous l’avons
passé en Espagne, en oscillant au gré des cols et des vallées,
passant de 2300 m à 500 en moins de temps qu’il faut que
pour le dévaler … Il faisait une chaleur torride et de Pas
en Port et de villages en villages nous avons gagné Font Romeu
pour une halte chèrement gagnée. Nous avions fait l’une
des plus belles étapes de notre périple, avec un virage
au mètre, une étape comme je les aime plus que tout où
tu peux apprécier les capacités de ta machine en éprouvant
un immense plaisir. Seul bémol, c’était Dimanche et
tout était fermé même pas eu le temps d’acheter
des clopes .. Oui je sais, « fumar puede matar » mais il faut
bien mourir de quelque chose !!
A Font Romeu chez le pote Jean Paul j’ai passé une heure
dans le spa à me remettre de mes émotions, les autres étaient
encore à rigoler de l’histoire de la bombe en avalant force
bières … Demain serait un autre jour, j’allais avant
de partir m’assurer que tous les pneus seraient bien gonflés
!!
Etape 9 : Font Romeu – Aigues Mortes ( 300 bornes )
Avant de partir encore une petite séance de spa .. le confort
absolu !!
Le soleil frappait le four d’Odeillo et la journée, même
si il y avait une petite brise, semblait prendre une allure des plus sympa.
Nous avions décidé de faire une petite variante au road-book
afin de faire visite à Nick, un bon pote anglais qui demeure près
de Lézignan et qui est en voie de reconstruction vu le volume à
bécane qui s’est mis en Septembre dernier …
Fi donc de la descente sur Villeneuve de Conflent nous allions filer par
la haute vallée de l’Aude et les châteaux cathares
.. Personne n’y perdrait au change.
Le bord de la route était couvert de lupins multicolores et les
odeurs étaient assez extraordinaires .. En fait tout s’est
bien passé jusqu’au moment où nous sommes descendus
dans la vallée .. en dessous de 1000 mètres c’était
la purée de pois absolue !!
Il faisait un froid de canard lorsque nous avons traversé la vallée
de Gesse et les gorges de Pierre Lys et cela a duré jusqu’à
Quillan .. ensuite le vent s’est levé et c’est avec
lui que nous sommes arrivés chez Nick .. Il faut dire que dans
ce coin il y a 300 jours de vent par an .. personne ne sent le moisi !!
Barbecue improvisé .. merci Lorna .. et échange de bons
souvenirs .. nous avions prévu de rester une petite heure, quand
nous sommes repartis il était 5 heures de l’après
midi …
Encore du changement dans le RB .. On va éluder la côte Narbonnaise
et directement filer sur Sète .. C’était sans compter
sur la conjonction entre un début de vacances, la sortie du bureau,
une route déviée à cause d’un accident et le
blocage quotidien de la ville par l’ouverture des ponts …
moralité nous nous sommes tapés un embouteillage d’anthologie
pour rejoindre la ville du bon Georges …
Nous avons quand même pris le temps de boire un pot sur le port
en se garant comme des sauvages au mépris de tous les panneaux
et autres interdictions .. tout cela au grand dam de certains de nos amis
qui se voyaient déjà avec des menottes .. Ne vous en faites
pas les gars, nous sommes dans le Sud .. et ici c’est quand même
plus cool qu’ailleurs.
De là ce fut facile de gagner Aigues Mortes en suivant la côte
et en évitant les grands axes .. à 8 heures du soir nous
étions à l’hôtel, il faisait un temps de Mars
… Y’a plus de saison !!
Etape 10 : Aigues Mortes – Nice ( 380 kilomètres )
Il était venu le dernier jour de notre périple.

Chacun s’étonnait de la fantastique diversité des
paysages que nous avions pu découvrir depuis notre départ
de Calais et de la beauté des côtes françaises qui
ne parviennent pas à décevoir même lorsque le temps
n’est pas de la partie.
Nous sommes tout d’abord allés faire un petit tour dans la
cité de Constance car il n’était pas question de quitter
la vile de St Louis sans la visiter. Bizarre, l’entrée est
désormais à péage mais nous avons trouvé la
parade et avons pu rouler entre les remparts sans problème ni bourse
délier .. Il faut dire qu’il était 9 heures du mat
et que les commerçants commençaient à installer leurs
étals. De là cap sur la Camargue et son lot de flamands,
chevaux et autres taureaux sauvages. Grand moment toutefois juste un peu
gâché par ce maudit vent qui ne nous lâchait pas. Après
la visite des Saintes Maries de la Mer nous avons repiqué vers
les terres pour rejoindre Arles puis Les Beaux de Provence. J’avais
décidé que cette étape serait la plus riche possible
en contrastes. Nous avons ensuite suivi un moment la Durance canalisée
pour ensuite repiquer par le Lubéron, les villages de Provence
et la montagne de Lure sur la superbe Riviera qui devait être l’apothéose
de notre voyage.
Le premier incendie de l’été en a décidé
autrement. Oh non pas parce qu’il nous a gêné dans
notre progression .. ( Nous ne sommes pas passé très près
de cette catastrophe, mais cela a permis à tout le petit monde
d’apprécier le jeu mortel auquel se livre les abrutis qui
mettent le feu et les braves types qui, tant à pied qu’avec
leurs avions chargés d’eau jusqu’à la gueule,
risquent leur peau pour l’éteindre ) .. mais parce que la
fumée portée par le vent à quelque peu gâchée
les photos du magnifique contraste entre les bleus de la mer et du ciel
et le rouge des falaises de l’Estérel. Un bon paquet de routes
ayant été déviées conséquemment au
feu la circulation aux environs de Cannes était démentielle
nous avons donc quitté le rivage pour rejoindre le terme de notre
voyage en passant par les terres. Grasse et Tourettes sur Loup nous ont
enchanté une dernière fois et le soleil était tombé
depuis pas mal de temps lorsque nous sommes arrivés à l’hôtel.
Fourbus mais les yeux encore ébahis par ces superbes paysages du
haut pays niçois.
Le dernier repas fut d’anthologie, et ce fut une dernière
soirée à se remémorer à la fois tant les épisodes
fameux que les décors de ceux-ci. Tout le monde parlait comme si
demain cela allait continuer, nous n’avions encore pas conscience
que notre aventure était terminée.
On rentre à la maison …
Je suis parti de Nice avec un peu de nostalgie. Certes j’étais
ravi de rentrer à la maison car cela faisait quand même quatorze
jours que j’en était parti mais le plaisir que j’avais
pris avec ce groupe de gens super sympa m’avait largement récompensé
de mes efforts. Ce raid, j’en rêvais depuis longtemps et nous
avions réussi à le mettre sur pied. Il n’y avait eu
que deux incidents somme toute mineurs tout au long de la balade et je
suis certain que dans les mémoires des participants il fera date.
Lorsque je suis arrivé à la maison le Tigre avait 5600 km
de plus. J’avais accumulé un maximum de bons souvenirs et
surtout, en un peu plus qu’une semaine, retrouvé la quasi
intégralité des paysages de mon enfance !!
Dans la saison il va y avoir encore de bons moments : Le Mediteranéan
Tour, les Corsica 1 et 2 mais ce Border, pour arriver à faire aussi
bien il va falloir s’appliquer.
L’an prochain nous allons arpenter les Pyrénées en
huit jours de Juin, cela va être assez géant car cette chaîne
montagneuse moins prisée par les motards que celle des Alpes recèle
plein de merveilles qu’il est relativement facile de découvrir.
Histoire de revenir un peu dans le passé nous referons aussi le
« Raid des100 cols », cela se passera en Septembre ..
Vous voulez que je vous en dise une bien bonne .. que ce soit pour l’une
ou l’autre de ces balades, mes anglais vont revenir .. Comme quoi
quand on aime !!!!
Allez à bientôt sur nos routes.
Un reportage vécu et écrit par Hervé Descamps
|