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Le Château-musée de Savigny-les-Beaune

Rencontre avec Michel Pont et ses incroyables collections

Des centaines de motos, Abarth et avions de chasse préservés

Lors de l’excellent salon auto-Moto retro de Dijon j’avais fait le connaissance de Michel Pont, fondateur et propriétaire du Musée de Savigny lès Beaune. Un personnage hors du commun (dans le bon sens du terme) et qui ne saurait laisser indifférent . Je m’étais promis de retourner le voir dès que possible et visiter attentivement son musée . Un mois et demi après c’est chose faite.

Savigny lès Beaune est un petit village à la sortie nord de Beaune. Toute l’ économie de la région tourne, je ne vous surprendrai pas, autour du vin de Bourgogne.

Le Château-musée de Savigny-les-Beaune

Le Bourgogne ? Michel Pont n’est pas né dans un fût, mais presque. Fils et neveu de vignerons il n’était guère passionné par les études, du coup son père lui dit « maintenant tu vas travailler à la vigne ». A 15 ans il remarqua que les vendanges étaient très imparfaites et laissaient de nombreuses grappes sur les pieds de vigne.

Michel Pont, l'homme à qui l'on doit ces collections

Pas farouche pour 2 sous, le gamin Michel demanda à père oncle et amis l’autorisation de passer derrière eux pour récupérer ce qui allait être gâché. Il en fit une récolte de 600 bouteilles avec lesquelles il acheta son premier lopin de vigne. Début d’une success-story comme cela était possible dans l’immédiat après guerre.

Parallèlement à ses activités de vigneron Michel Pont avait la passion des motos… et des Abarth. Les premières pour se déplacer, les secondes pour faire des courses de côte.

La passion pour Abarth se retrouve désormais dans le château

Il se décrit lui-même comme un « bon « pilote, sans être exceptionnel, mais il termina second du Championnat de France grâce à sa régularité et son assiduité. Qu’en aurait-il été s’il avait consacré 100% de son temps à la compétition ? On ne saura jamais; on ne refait pas l’histoire.

Au fur et à mesure qu’il développait son domaine viticole, Michel commença à recueillir (j’insiste sur le terme, vous verrez un peu plus tard, il a toute son importance) des motos et des Abarths.

Aujourd’hui il y a près de 300 motos, près de 200 sont à restaurer, mais préservées, au fur et à mesure de ses possibilités (il fait tout avec ses propres moyens sans solliciter aucune aide ou subvention) il fait restaurer les plus belles pièces notamment une rarissime moto Blériot ou encore des Vincent… Il a même les 3 « Tigre » 2 en version civile et 1 en version racing endurance…

La Tigre était un prototype très abouti de la fin des années 60 début des années 70 autour d’un Flat Twin de Panhard PL 17… Plus de 200 km/h réels, une consommation de moineau, légèreté et fiabilité, mais hélas jamais industrialisée . Deux raisons à cela : a) la clientèle moto ne jurait à l’ époque que par la révolution japonaise, la moto française était un pan de l’industrie ayant perdu son pouvoir de séduction auprès des banquiers et industriel français. Ils oubliaient volontiers que dans les années 50 la France était quasiment leader mondial dans les petites et moyennes cylindrées. Un seul « grand » industriel français vola à son secours : Marcel Dassault rachetant sa participation Motobécane à Renault en 80. Trop tard, déjà trop tard.

Une des Tigre avec son flat-twin Panhard

Et puisque nous parlons de Marcel Dassault, continuons donc la visite avec pas moins d’une centaine d’avions de chasse …

Nous connaissons tous un oncle François ou une tante Marie qui, par amour des animaux, pour empêcher qu’ils ne soient euthanasiés recueille un chat un chien, deux chats deux chiens et se retrouve au final avec une maison refuge d’animaux…
Michel Pont a agi de la sorte avec ces avions qui, sans lui, auraient terminé leur vie tronçonnés par des ferrailleurs !

Un « privé » qui rachète des avions avec son propre argent et les entrepose dans le parc de son château !!! Vous imaginez ce que l’homme a pu endurer comme dénigrement, jalousie ? Oublions ces vilains traits de la nature humaine (Balzac les a dépeints mieux que quiconque dans la Comédie Humaine que je t’invite à lire ou relire ô toi ami lecteur). Certes les avions sont entreposés en plein air et non pas dans des hangars chauffés. Notre ami vigneron consacre tous ses moyens à cette passion. S’il avait consacré tout son temps toute cette énergie tous ses moyens à la vigne et à son activité première nul doute qu’aujourd’hui ce ne sont pas 27 hectares qu’il aurait, mais 3, 4, 10 fois plus et probablement les moyens d’abriter cette collection dans de beaux hangars…Oui, à un détail près : la plupart des avions auraient déjà été tronçonnés depuis des décennies.

Une impressionnante collection d'avions de chasse trône dans le domaine

Ne boudons pas notre plaisir : saluons le travail accompli, la passion, la préservation du patrimoine. Dans un pays anglo-saxon, les mécènes afflueraient pour l’aider, qu’ils soient privés ou entreprise. Ici ce n’est hélas pas encore dans les mentalités. Autre exemple de la passion et des qualités humaines de Michel Pont : il a racheté (refrain : toujours avec ses propres deniers) une partie des collections du Musée des engins de pompier de Marcel Picot… Ceci amène à une réflexion un peu triste : le musée Maeght ? Vendu, dispersé aux enchères avec de nombreuses autos parties à l’étranger. Le Musée des voitures de Chefs d’Etat de Montjalin ? Vendu aux enchères avec de nombreuses autos parties à l’étranger. Le Musée Marcel Picot ? Vendu aux enchères ! La collection Chapleur (motos) du musée d’Amneville ? En grand danger ! Etc, etc …

Saluons la passion d’un Michel Pont, d’un Michel Hommell qui se battent pour continuer à offrir aux regards des spectateurs les véhicules de leur jeunesse.

Un beau patrimoine sauvegardé à l'intérieur du château

Une visite à Savigny lès Beaune ? A 3 heures de Paris, une heure et demie de Lyon. L’occasion de passer un bon moment en compagnie de Michel Pont charmant jeune homme de 85 ans, heureux de partager avec ses visiteurs histoire et anecdotes. Par ailleurs ce peut être l’occasion de remplir votre cave le château musée propose d’excellents bourgognes à des tarifs on ne peut plus attractifs : de 8 à 40 € la bouteille.

Une visite au château c'est aussi l'occasion de remplir sa cave

Enfin, entre les petites routes viroleuses et tous les bons restaurants (raisonnables entre 15 et 30 €) il faudrait vraiment être ennemi du bonheur pour reporter une visite.

Informations pratiques

  • Château de Savigny, Place Fournier, 21590 Savigny
  • Ouvert au public tous les jours de 09h30 à 18h30
  • Entrée : 10 euros

Plus d'infos sur le Château de Savigny-lès-Beaune