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Classic Bike Show Stafford

ou « L’île aux trésors »

Que l’Angleterre soit le paradis des collectionneurs auto/moto n’est un secret pour personne : nos cousins britanniques ont commencé à collectionner autos et motos bien avant nous. En revanche ce qui surprend toujours ce sont la qualité et l’étendue de l’offre. Pour exemple, l’Autojumble de Beaulieu (35.000 visiteurs, 95% auto, 5% moto) va bientôt fêter son 50ième anniversaire et a donné naissance à de nombreux autres évènements du genre. Celui qui nous intéresse tout particulièrement, nous motocyclistes, est le Classic Bike Show de Stafford, véritable manifestation de référence en Europe. 2 fois par an, le groupe de presse Mortons publishing organise la plus grande bourse/brocante moto en Europe à Stafford. Près de 40000 visiteurs viennent y faire des affaires car ce sont plusieurs milliers de machines qui sont à vendre et tout ce que l’on peut rêver en termes de pièces (neuves ou d’occasion).

Hall1 du Classic Bike Show Stafford

Moteurs à même le gazon

De 15 à 40% moins cher que sur le continent

L’euro « faible » (ou la livre forte, comme vous voulez) ont rendu les prix un tout petit peu moins attractifs ces dernières années mais ils demeurent largement compétitifs par rapport à l’Europe dite continentale.

Le Classic Bike Show se tient donc 2 fois par an, il s’étend sur 8 halls couverts ainsi que qu’une dizaine d’hectares en extérieur. C’est simple c’est la plus importante bourse en Europe loin devant Mannheim (Allemagne), Immola (Italie) et Vincennes qui tient plus du « Salon collection » que de la bourse, piégé par une surface trop réduite. Au fil des éditions (déjà plus de 20 ans !) Stafford s’est imposée comme la 1 ère bourse-brocante d’Europe !!!

Parties cycle Manx

Que trouve- t’on à Stafford ?

Il serait plus rapide de lister ce que l’on n’y trouve pas… Motos d’occasion, épaves, prêtes à rouler, à restaurer, restaurées, restaurées type concours, motos de course… le tout de 1900 aux années 2000 avec 3 tendances fortes : anglaises, japonaises et italiennes ! L’amateur d’Harleys restera sur sa faim (il y a quantité de manifestations spécifiques pour celles-ci) et le fan de BMW devra se contenter d’un choix assez maigre.

On y trouve notamment quantité de Triumph Bonneville de la fin des années 60 dans tous les états. L’épave à restaurer vaut environ 2000 £ (2500€) si elle est complète et peut monter jusqu’à 8000/10000 £ (10.000€/12500€) lorsqu’ il s’agit d’un exemplaire 100% restauré état concours. Bien entendu il s’agit là de prix « avant négociations ».
Des modèles qui conviennent donc à toutes les bourses avec une constante : des prix bien plus attractifs que la France (ça c’est factuel) et des états qui sont aussi beaucoup plus parfaits lorsqu’il s’agit de motos restaurées (là c’est du domaine de l’appréciation personnelle).

BSA 6 cylindres

BSA Rocket3 double arbre

L’Angleterre faisant partie de l’Union Européenne (dans les textes à défaut d’en faire partie dans l’esprit) on peut rapatrier son ou ses acquisitions le plus simplement du monde sans avoir à s’acquitter de droits de douane ou de TVA. Ensuite l’immatriculation se fait via l’importateur français (moyennant finances, généralement une petite centaine d’euros) qui fournira l’indispensable certificat de conformité (modèles inférieurs à 100ch uniquement jusqu’en 2016, après la limitation tombe). Pour les modèles supérieurs à 30 ans une carte grise de collection est aisée à obtenir (soit directement en préfecture soit en payant sa dîme à la FFVE).

Le phénomène collection a démarré une vingtaine d’années avant nous en Grande Bretagne et a eu la chance d’être soutenu par des « leaders » (Sammy Miller, Malcolm Barber, Malcolm Wheeler etc…). De plus il est extrêmement bien soutenu par une presse de qualité (pas moins d’une vingtaine de titres collection « moto » en kiosque !) et la passion reste le principal élément moteur. A contrario dans l’Hexagone on observe une véritable ligne de démarcation entre les manifestations de province (Avignon, Elbeuf, Limoges, Pecquencourt, Reims…) où les bourses sont le fruit d’organisateurs talentueux mais avant tout pratiquant eux-mêmes et Paris et sa hausse des prix, des stands jusqu’à la moindre petite pièce…

Ce n’est pas un hasard si la moto a disparu de Rétromobile. Pour qu’une bourse soit un succès il faut que le public puisse y faire des affaires : c’est la règle de base ! Il ne vient pas y chercher l’épaisseur d’une moquette… Les halls de Stafford offrent contenu, pas decorum ou cocktails privés…

Un simple aperçu des 150 motos restaurées concourant pour le prix de la plus belle restauration (Hall principal face stand Mortons) donne d’emblée la mesure : du beau, du très beau…

Triton bi-moteur

Quel contenu ?

Le collectionneur de motos françaises (Terrot, Motobécane, Monet-Goyon, Ratier etc…) déplore, à juste titre, le manque de pièces refabriquées. Entretenir ou restaurer relève souvent du parcours du combattant. A l’inverse, dès les premiers mètres dans les allées de Stafford on est interpellé par la richesse de l’offre.

Sur le stand de « Bantam’s John » découvrir 8 vendeurs affairés comme des abeilles est déjà surprenant même si la BSA Bantam fut un best-seller populaire, un peu la Motobécane D45S d’Outre-Manche… En revanche trouver la plupart des pièces pour Scott bicylindre 2 temps a quelque chose de bluffant et interpelant à la fois…

D’aucuns diront que c’est normal, qu’il s’agit là du patrimoine britannique, tout comme les BSA, Triumph et Norton de la fin des années 60 (quasiment tout est disponible), soit ! Mais alors, comment expliquer cette véritable profusion pour les pièces de japonaises des années d’or (1960/80) ? On a le bonheur et la surprise de trouver au gré des allées quantité de marchands spécialisés et hyperachalandés en pièces japonaises tels (Yambits (spécialisé Yamaha 2T, quasiment tout pour les RD et RDLC), David Silver
(tout pour les Honda de 1960 à1990), Crooks Classic Parts (Suzuki même période) ou encore Rick Brett (Kawasaki 2 temps) et Z Power (Kawasaki 900 Z1, 1000Z, 650Z) pour ne citer que les plus importants…

900 Z1 vendue

Kawasaki KZ 1000

Metisse Rickman

Toutes ces pièces se négocient à -50% par rapport aux prix pratiqués en France (9 fois sur 10 les marchands se fournissent auprès de l’anglais qui est là, directement devant vous !!!). Prenez par exemple les décalcomanies permettant de refaire à l’identique les japonaises des années 60/70/80 : il y a 2 « fabricants », tous deux sont anglais…et présents !

Classic Bike Northwest

En France seules quelques « icônes » telles la Kawasaki 750 H2 ou les toutes premières Honda Twin (CB350 & 450) et Four (750 KO) bénéficient d’une timide représentation commerciale… En Angleterre, c’est un secteur économique à part entière générant quelques milliers d’emplois… En France seul « Daytona 70 » (« le » spécialiste de la Honda CR 750 exporte des pièces dans le monde entier, ce grâce à la qualité exceptionnelle de son travail…

Vous avez dit « artisanat de qualité » ?

Y aurait-il plus de motocyclistes en Angleterre ? Même pas !
Qui plus est, les tracasseries administratives (MOT : contrôle technique) et Road Tax (l’équivalent de feue notre vignette annuelle) ne les épargnent pas…Alors pourquoi ?

Probablement faut-il chercher des explications du côté de la fiscalité moins pesante sur les artisans et synonyme de préservation d’un certain tissu de PME spécialisées. Les britanniques disposent de nombreux sous-traitants- auxquels la grande industrie ne fait plus appel- mais qui se sont adaptés pour survivre en refabriquant toutes les pièces correspondant à la demande…
le tout avec une qualité « made in UK » et non pas « made in China ».

Pour les chercheurs de petite vis au fond du carter

En France dans les années 70/80 on a bien vu se développer les Elite Motor, Martin, Rocca, Godier Genoud ou Winners. Aujourd’hui le seul à exister encore est Alain Genoud, lequel a sauvegardé son activité en la réorientant vers la niche des répliques « classiques »…
En revanche, les Norman Hyde, Spondon, Mick Hemmings sont toujours là. On peut aussi acheter neuves des parties cycles Rob North, Seeley ou même de Norton Manx…

Continuons la comparaison : Voxan a été liquidé il y a 4 ans alors que Triumph a fêté plus d’un demi-million de motos depuis sa renaissance, Norton, Ariel, Brough Superior essaient de renaître …

Il y a là un sujet de réflexion au fond pour nos politiques (toutes couleurs confondues): il n’y a pas que la très grande industrie qui mérite d’être soutenue !

Les stands de Clubs

Il est amusant là encore de constater la différence de culture : les clubs existent quasiment pour tous les modèles. Imagineriez-vous que puisse exister un club pour les 80 cm3 Honda ? 125 GT Suzuki ? 50 cm3 Yamaha ? 125 MZ ? Club des motos russes ?

Club Cossack

Certainement pas ! Et pourtant si ! Tous ces clubs existent et exposent fièrement aux côtés de clubs beaucoup plus « logiques » tels que le Club CBX, le Club Z (650, 900, 1000), le Club Kettle (« bouillotte », surnom donné à la GT 750, le Club Triumph etc etc…

Club RD

Club MZ

Club MV

Club Honda

Club Yamaha

Saluons tout particulièrement le VJMC (Vintage Japanese Motorcycle Club) ainsi que le V2ST (Vintage 2 stroke) particulièrement actifs avec tous deux de magnifiques stands. (C’est d’ailleurs une modeste Kawasaki 100 exposée sur le VJMC qui a gagné le très disputé prix de la plus belle restauration !). Les stands de Clubs obéissent à une règle immuable : des tables pour présenter docs et bulletins d’adhésion, bulletin trimestriel du club, une charmante « lady » de 50 ans minimum pour vous renseigner avec gentillesse et enthousiasme, des bonbons, des biscuits et du thé (with or without cream ?)…

Point d’orgue : la vente aux enchères Bonhams !

Le Classic Bike Show de Stafford héberge à chaque édition la traditionnelle vente aux enchères Bonhams. Bonhams est une maison de vente aux enchères existant depuis …la fin du 18ème siècle ! C’est la première maison d’enchères au monde à avoir un département moto « 100% indépendant ».

Ventes aux enchères Bonhams

Dirigé par un passionné du nom de Ben Walker il faut saluer leur réussite ! L’Harley du Pape ? Bonhams ! BMW REnnsport à compresseur ? Bonhams ! Brough Superior Lawrence d’Arabie ? Bonham’s ! Collection de Garelli GP du Grand Palais ? Bonhams ! La 1232 Panda acquise par un certain…Bernie Ecclecstone ? Bonhams ! Ben Walker a un indéniable talent pour dénicher partout sur la planète les motos exceptionnelles qui feront la joie des collectionneurs les plus pointus… On peut voir à chaque vente un Sammy Miller archi-passionné à l’idée d’acquérir « la pièce rare », la nouveauté qui va venir enrichir encore son magnifique musée…Oui ! Mais pas uniquement !

Pour qu’une vente soit un succès il faut que chaque amateur puisse y trouver sa madeleine de Proust, y compris ceux aux moyens « limités ».

Littérature, pièces détachées, vieux casques, trophées, combinaisons de pilotes célèbres, épaves à 200£, pièces exceptionnelles à +100.000 £, machines courantes à 3/4000 £…

Enchères Bonhams

Une vente aux enchères de 4 à 500 lots est une sorte d’alchimie où les extrêmes doivent se côtoyer, une vente est aussi un spectacle devant captiver son auditoire durant 4 ou 5 heures. Après le succès va au succès, lorsqu’un collectionneur décide de mettre en vente sa collection, lorsque la nature reprend ses droits et qu’une collection doit être dispersée après une succession, fatalement les vendeurs se tournent tout naturellement vers la maison de ventes aux enchères la plus réputée en la matière…

Concours de restauration

Après avoir retranscrit le plus fidèlement possible l’ambiance et l’offre du CBS quelques dernières informations :

La prochaine édition du Classic Bike Show aura lieu les 25 et 26 avril 2015.

Infos pratiques

Stafford est à +/- 40 kms de l’aéroport de Birmingham.
Pour une « première fois » l’avion + location de voiture peut être une bonne option.
Si c’est la solution retenue rappelons que le « National Motorcycle Museum of GB » est à Birmingham à 2 ou 3 kms de l’aéroport et mérite amplement le détour...
Penser à prendre des chaussures confortables : on marche beaucoup, énormément même (21 kms d’après le podomètre) c’est la rançon de l’offre !
Penser à prendre des £ sterling, hormis Bonhams la quasi-totalité des transaction se fait en espèces.
Penser à acheter les billets à l’avance sur internet : non seulement c’est moins cher mais cela évite surtout de faire la queue.
Idem pour les réservations Ferry ou Eurotunnel si l’on opte pour la route : plus on s’y prend tôt plus c’est économique. Hôtels idem…
Enfin, terminons par une mise en garde : les tentations sont multiples : ne pas succomber demande une vraie force de caractère mais après tout : n’y aura t’il pas encore mieux ? Encore plus tentant la fois d’après ? Voilà pourquoi je m’y rends quasiment à chaque fois avec autant de plaisir …

Commentaires

Le Modérateur

Un événement extraordinaire ! Quelqu'un tenté d'y aller ?

30-10-2014 17:21 
cajo

Salut,
Ah ben ça, c'est du lourd ! Bel article qui donne clairement envie d'aller voir sur place ... !!
J'irai volontiers bave

Pour ''enrichir'' avec un commentaire perso, le Musée de Beaulieu ne vaut vraiment rien par rapport au Musée Sammy Miller (http://sammymiller.co.uk/) qui est une merveille incontournable.

Le Musée de Birmingham était fameux avant son incendie, et il semble bien qu'il le soit toujours autant.

L'histoire de la moto en Angleterre est magnifique, forte, riche et vivante. On la croise à tous les coins de rue, et fait complètement partie de la culture moto d'aujourd'hui.
à découvrir !!! clin d'oeil

01-11-2014 07:18 
 

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