
Le Repaire : à quand remonte ta passion de la moto ?
Pascal Guittet : J’avais 8 ans. C’est mon grand frère
qui m’a passé le virus en premier, en commençant en
tant que passager. Et puis à 12 ans, j’ai eu mon premier
trial 50 cm3. Et à partir de là, tout s’est enchaîné.
A 14 ans, j’empruntais la 750 cm3 de ma sœur pour faire le
tour du quartier. Mais ma première vraie moto a été
une Yamaha RDX 125, puis à 18 ans avec le permis, une 350 RDLC.
Je roulais tout le temps, avec la passion de la vitesse et du bitume…
avec pas mal de chutes à la clef : 11 en un an !
RM : Comment es-tu entré dans la compétition ?
En fait, çà a été une histoire de circonstances.
On m’avait invité à participer aux 24h cyclo. Ma première
course et j’ai fini 6e. çà a été le
déclic du passage sur circuit. A partir de la à, je n’ai
eu de cesse de courir, mais toujours sur circuit et plus sur route.
RM : Et la compétition moto ?
Je me suis inscrit en coupe Yamaha à 20 ans. J’ai fait ma
première course au Mans, avec juste un entraînement sur Maison
Blanche. Avec mon premier chrono, j’ai été qualifié
13e. J’ai fait deux années en coupe Yamaha. Et j’étais
toujours dans les 10 premiers.
En 91, je suis entré en endurance avec le CERT 72, un excellent
team privé mais avec des aides de Suzuki. On préparait Suzuka
au Mans. Et puis, en fin de journée, il y a eu cet accident grave
qui a été un tournant dans ma carrière. J’ai
mis beaucoup de temps à revenir, pratiquement 3 ans en fait.
RM : Qu’est ce qui était le plus dur pendant cette période
? le physique ?
C’était le mental et le fait de ne plus rouler en compétition.
Ce qui m’a manqué c’est aussi l’ambiance des
paddocks. Les paddocks, c’est une famille. On est des nomades ,
voyageant de circuit en circuit. J’étais tellement malade
ne plus pouvoir participer que je n’approchais plus un circuit,
tout en ayant cette impression bizarre que je ne pouvais être bien
que là et pas ailleurs.
RM : La famille t’a telle influencé pour ne plus rouler
?
Jamais ! Même quand je me suis retrouvé à l’hôpital,
il n’y a jamais eu un demande pour que j’arrête. En
fait, je dirai même que la famille m’a stimulé.
RM : Combien de chutes dans ta carrière ?
Je ne les compte plus. En fait, je suis sans doute trop tombé.
La règle est toujours ‘tant qu’on est pas blessé,
on repart’. Mais cela laisse des traces, notamment sur le plan psychologique.
Je me réveillais la nuit, après avoir rêvé
que je perdais l’avant. Il faut aller vite mais il faut aussi tomber
le moins possible.
RM : Beaucoup de casse ?
Trauma cranien, bras, fémur, doigts, humérus, radius…
RM : Qu’est-ce qui a été le plus dur ?
La tête du fémur cassée en 3, çà a
été long et çà faisait mal.
RM : Toutes les chutes sont pareilles ?
Non, il y a deux types de chutes : la glissage en perte d’adhérence,
où là tu es vexé d’avoir chuté et puis
la chute qui te fait te retrouver à l’hôpital. Là,
çà marque.
RM : Ta plus grosse peur en moto, c’est ta plus grosse chute ?
Quand tu chutes, tu n’as pas le temps d’avoir peur. Par contre,
quand tu évites une chute, c’est là
RM : Qu’est-ce qui fait continuer ?
La passion pour la vitesse et le circuit.
RM : C’est la vitesse dans l’absolu que tu aimes le plus
?
En fait, non, c’est la vitesse de passage en courbe, freiner, mettre
la moto sur l’angle. Les sensations sont là. On se fait rapidement
à la puissance et à la vitesse, mais jamais tout à
fait au passage en courbe.
RM : Combien çà coute de rouler sur circuit ?
Au début, ce mes parents qui m’ont aidé. Ensuite,
quand j’ai commencé à travailler, tout mon salaire
y passait. Et puis, j’ai eu mon guidon à l’ACO. Après,
ce sont les sponsors qui ont pris le relais.
RM : Tu étais payé ?
J’ai toujours été un pilote privé, et donc
jamais été payé. Seuls sont payés ceux qui
passent professionnels. Mais au moins, tu roules sur circuit.
RM : Qu’est-ce qui fait la différence entre un privé
et un pro à part le salaire ?
Les deux savent rouler vite. Mais pour être professionnel, il faut
savoir se battre en plus, savoir se vendre, aller démarcher les
sponsors. Il y a eu des pilotes moins bons qui sont passé pro.
Parce qu’ils avaient çà en plus, pas obligatoirement
sur leur capacité à rouler vite.
RM : Et quel est ton métier ?
J’ai fait un peu tous les métiers, dont beaucoup d’interim…
Renault, SNCF… Actuellement, je suis conducteur ambulancier.

RM : Comment commence-t-on dans le circuit ?
Au début, tout commence par le prêt d’une moto par
un concesionnaire. En général, quelqu’un animé
par la passion de la moto qui souhaite aider. Après il y a l’équipement
et notamment le budget pneu, qui peut engloutir près de 25% du
budget global. L’argent vient beaucoup plus tard, principalement
par connaissances.
RM : Quel est ton avenir dans la moto ?
Mon avenir maintenant, c’est mon fils. Il a remporté la
coupe Kawa ER6 en 2006 et décroché un contrat avec Kawasaki.
RM : Ton meilleur souvenir moto ?
La 350 RDLC, qui a vraiment été mon premier coup de cœur.
Et puis plus tard la RC30, qui était vraiment une moto faite pour
la piste. Et en dernier, la ZX 750 RR d’Adrien Morillas, une moto
préparée de A à Z, avec laquelle j’ai tapé
le 296 km/h dan la ligne droite du Castellet.
RM : Ta définition d’une bonne moto ?
2 roues, un moteur ? [rires] Je ne suis pas un gros rouleur ; j’ai
surtout roulé sur circuit. C’est dur car il y a trop de choix.
Mon coup de cœur irait pour une sportive, mais on ne peut plus rouler.
Pour la logique, ce serait un roadster. Il faudrait donc une moto esthétique,
dont les lignes et le design me plaisent. C’est pour cela que j’aime
les modèles hypersport. Après, j’aime toutes les pièces
racing. Si j’avais le choix, ce serait un ZX10R pour le coup de
cœur, et pour la logique l’ER6, un roadster ludique avec lequel
tu peux t’amuser.
RM : La moto que tu considères comme la plus belle ?
La Ducati 916. Les italiens, le design, c’est leur fort. C’est
une moto qui m’a vraiment fait rêver. Et ils ont remis le
couvert avec la 1098.
RM : Tes conseils pour approcher le circuit ?
Il faut bien choisir sa moto : prendre une petite cylindrée, facile,
pas trop puissante, qui permettra d’avoir le temps d’apprendre
la pilotage. Ensuite, il faut se diriger vers un stage, quel qu’il
soit. Un stage permet d’apréhender le circuit différemment.
RM : Le point essentiel à considérer sur circuit ?
Même si on est sur un circuit, on n’est pas tout seul. Et
le problème, c’est que sur circuit, les gens se concentrent
sur leur pilotage et pas sur l’environnement. Du coup, il y a des
accidents. La cause d’un accident est souvent liée à
un comportement inadapté, accentué par la vitesse qui laisse
peu de temps pour réagir. Tout va très vite.
RM : La définition d’un bon pilote ?
Ce n’est pas obligatoirement celui qui gagne. C’est d’abord
quelqu’un de civique, qui respecte les autres et qui donne une bonne
image de lui-même. Il ne doit pas tomber. Il doit être un
bon metteur au point, disponible pour tout le monde, et savoir prendre
sur soi. Les meilleurs pilotes sont des calmes. Les plus excités
ne font pas les meilleurs pilotes. Ensuite, il faut des qualités
d’analyse rapide, et la capacité à avoir des points
de repères sur circuit et se recaler très rapidement en
fonction des circonstances.

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