Bien choisir son système de navigation à moto
Tout savoir sur les outils numériques de guidage et de navigation
Déplacements à pieds, en voiture, en transport en commun, voire tous modes combinés... qui n’utilise pas de solution numérique en 2026 pour être guidé dans ses déplacements ? Qui n’a jamais visualisé le plus banal des itinéraires sur l’application de guidage native de son smartphone ? Qui trace encore ses balades à moto sur des cartes physiques et rédige ses road-books sur papier ? Il existe pléthore d’applications de calcul d’itinéraire, de guidage et plusieurs types d’outils permettant de les utiliser : nous avons exploré ce sujet pour vous.

La cartographie numérique
Il existe plusieurs types de cartes papier « terrestres » utiles à la pratique de la moto. Les cartes routières indiquent le type d’itinéraire (autoroute, grands axes, routes plus touristiques si elles ont une vocation loisir, chemins vicinaux), les cartes topographiques, les voies de circulation de tous types, les chemins, les reliefs (courbes de niveau), les altitudes, les éléments naturels. Les unes comme les autres sont plus ou moins détaillées selon leur échelle et elles sont parfois agrémentées d’informations diverses et variées comme les stations-service, parking, aires de pique-nique, de camping, car… tout dépend de la cible visée. Déterminer un itinéraire peut nécessiter l’utilisation de plusieurs cartes (selon leur échelle) et les utiliser implique d’être capable de se positionner dans l’espace puis d’être capable de les lire (ce qui n’est pas facile en roulant à moto). Et bien sûr, les mises à jour nécessitent des rééditions.

Pour la cartographie numérique, une poignée d’acteurs (TéléAtlas, Navteq et Keyhole) se sont attelés dans les années 90 à numériser les différentes sources existantes (cartes papier, plans cadastraux, photos aériennes et satellites) et à parcourir des centaines de milliers de km de route en Europe et aux États-Unis avec des véhicules équipés de systèmes de géo positionnement par GPS doublés de caméra haute définition pour enregistrer les itinéraires routiers, filmer les panneaux de signalisation, etc. Chaque acteur a constitué ainsi sa base de données géographiques dans laquelle l’environnement est intégralement décrit sous forme d’attributs (coordonnée géographique, adresse, type de route, revêtement, largeur, vitesse limite, nom des rues, type de bâtiment, accessibilité des commerces et administrations aux personnes à mobilité réduite, lignes de bus, point d’entrée et de sortie des « zones de contrôle » fixes, points dangereux et même, bornes wifi dans le cas de Google). Puis ces entreprises ont été rachetées : Tele Atlas par le néerlandais TomTom. Navteq par Nokia qui l’a revendu à un consortium d’entreprises allemandes (BMW, Audi, Daimler, Bosch, Pioneer et quelques autres…), devenant Here. Keyhole a été acquis par Google qui a créé Google Maps. Les services topographiques comme IGN en France, USGS aux USA et d’autres ont procédé de même et ils proposent désormais leurs cartes en papier ou en numérique.
À ces acteurs professionnels s’est ajouté le projet de cartographie globale contributive gratuite et open source OpenStreetMap qui propose une base cartographique globale tout terrain précise, multilingue et gratuite, fabriquée et mise à jour par des dizaines de milliers de contributeurs passionnés à travers le monde. Cette base de données constitue la seule solution civile disponible pour créer des cartographies dans certains pays où les pouvoirs publics n’existent pas ou n’ont pas les moyens de cartographier le terrain pour les applications grand public. Toutes ces bases sont enrichies, corrigées et mises à jour par des contributeurs humains, professionnels ou bénévoles et désormais par l’intelligence artificielle qui peut utiliser les traces GPS des appareils connectés et toutes les sources disponibles en ligne.

Aussi, lorsque les cartographies numériques sont exploitées sur des appareils connectés, les données de déplacement se matérialisent sous forme de flux et peuvent être analysées par certains fournisseurs (comme par exemple TomTom) : ces cartographes proposent ainsi en temps réel des données supplémentaires qui permettent aux concepteurs d’applications de navigation de fournir de nouveaux services comme comme le re-calcul l’itinéraire, l’estimation de votre l’heure d’arrivée, le signalement de contrôles de vitesse, etc. Les cartographes majeurs sont aussi en relation avec les pouvoirs publics qui peuvent les informer en amont de fermetures d’axe, de grandes manifestations, etc, ce qui permet aussi de mettre à jour les cartes, ou pas (Google et son application Waze font régulièrement l’objet de critiques de maires qui déplorent les nuisances causées par les raccourcis proposés par l’application). Sur certaines applications, les utilisateurs peuvent aussi signaler les anomalies qui s’intègrent temporairement ou définitivement à la base de données.
GPS et GNSS
Pour se repérer sur une carte papier ou numérique, il faut évidemment se positionner. Le gouvernement américain a mis gratuitement à disposition des civils au début des années 2000 son système militaire de géo-positionnement par satellite GPS (Global Positionning System). Or le gouvernement américain peut limiter l’accès au GPS ou en dégrader très facilement la précision (c’était d’ailleurs initialement le cas) : cette technologie étant devenue incontournable, posséder son propre système de géo-positionnement est un gage d’indépendance économique et stratégique. Cependant, pour offrir aux utilisateurs la possibilité de se localiser en tous points du globe, un système satellitaire de géo-positionnement nécessite une constellation de plusieurs dizaines de satellites, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde !

Les plus grandes puissances (UE, Russie, Chine) se sont ainsi lancées dans le développement de systèmes concurrents et ont déployé leur propre constellation de satellites positionnés sur des orbites différentes, qui émettent sur des fréquences spécifiques. GPS est constitué de 31 satellites, Glonass (Russie, 26 satellites) est opérationnel depuis 2007, l’Union européenne propose la solution civile Galileo (32 satellites, 27 actuellement utilisés, un satellite en cours de mise en service), la Chine, BeiDou (35 satellites). D’autres pays comme le Japon et l’Inde développent des projets régionaux nécessitant moins de satellites (3 pour le système japonais QZSS). On ne parle donc plus de « GPS », mais de «GNSS » (Global Navigation Satellite System).
Comment ça marche ?
Les satellites artificiels dédiés au géo-positionnement sont situés sur des orbites terrestres moyennes de l’ordre de 19 000 à 23 200 km selon les constellations (20 200 km pour GPS, 23 222 km pour Galileo par exemple) et émettent vers la Terre sur plusieurs fréquences radio (certaines sont réservées aux institutions gouvernementales ou militaires) des informations donnant entre autres leur position dans l'espace ainsi que la date et l’heure (atomique) de l'émission du message. Les récepteurs fonctionnent par multilatération : le signal voyageant à la vitesse de la lumière, ils déterminent le temps qu’il met à leur arriver et établissent ainsi la (pseudo) distance qui les séparent du satellite émetteur. Ils ont besoin d’observer simultanément au minimum 4 satellites pour se positionner, mais la précision optimale intervient quand ils en observent un plus grand nombre.
Les récepteurs actuels (dits « récepteurs GNSS ») utilisent les informations transmises par les satellites de systèmes différents (GPS, Glonass, Galileo, Beidou, QZSS...): ils sont dits « multi-constellations » et souvent « double bande », car en plus des fréquences de base (L1/G1/E1/B1…), ils traitent les signaux transmis sur les fréquences dites de « haute précision » L5 (GPS), E5-a (Galileo), B2a (Beidou) et permettent théoriquement d’obtenir une localisation toujours précise dans les environnements défavorables (canyons, zones urbaines comprenant des immeubles…), car multiplier les informations permet de compenser les perturbations (les signaux sont déviés en traversant les hautes couches de l’atmosphère et « rebondissent » sur les obstacles au sol). La constellation européenne Galileo, technologiquement plus récente, permet d’obtenir de meilleures précisions, en particulier dans les environnements difficiles (milieu urbain dense par exemple) : la précision du système européen atteint 1,5 mètre en moyenne sur le plan horizontal (contre 5 m pour GPS) et de 2,6 mètres sur le plan vertical (à 95 %, en mode double fréquence).

Cependant, le matériel utilisé importe grandement : les smartphones (dont les CrossCall Stellar M6 et iPhone 14 Pro utilisés pour réaliser ce sujet) et la plupart des tablettes grand public sont équipés de composants intégrés dans les puces modem ; la réception et le traitement des signaux de navigation reposent souvent sur une simple intégration logicielle au processeur principal, de plus, les smartphones fonctionnant sous Android ou iOS calculent souvent leur position en utilisant aussi les informations des relais téléphoniques, des points d’accès wifi ou Bluetooth reçus… Ceci permet une localisation dans tous les environnements, même en intérieur, mais la précision s’en trouve souvent dégradée. Surtout, leurs antennes sont minuscules, ce qui ne favorise pas la bonne réception des signaux.
La précision théorique en matière de vitesse est inférieure à 1km/h et Marie Menard, de l’Agence Spatiale Européenne, nous explique que « sur les appareils GNSS grand public, la qualité de l'antenne, les trajets multiples, le traitement du récepteur et l'absence de corrections de haute précision (RTK/PPP) limitent généralement la précision à environ 2 à 3 m, même avec une réception bifréquence et multiconstellation ». Lors de nos essais avec l’application de test « GPS Test » et d’autres, nous n’avons jamais atteint moins de 3 m, mais toujours selon Marie Menard, « GPS Test fournit une précision estimée et non réelle ».
Bertrand Despaquis de la société TECH4MAPS nous explique que « pour se rendre compte de l’exactitude d’un appareil grand public, il est possible de mesurer et comparer les coordonnées fournies par l’outil utilisé avec celles d’un point connu. L’IGN (Institut Géographique National) fournit une grille de points connus de façon précise sur l’ensemble du territoire Français, le RGF (Réseau Géodésique Français): il suffit de se positionner sur une de ces bornes (que vous trouvez sur l’application iOS / Android Géodésie de Poche, ndlr) et de comparer les coordonnées calculées par l’outil avec celles fournies par l’IGN en répétant plusieurs fois la mesure (à plusieurs heures d’intervalle, ndlr), car le positionnement affiché par le GNSS de votre appareil grand public peut changer en fonction du déplacement des satellites. »

En matière de précision, un appareil doté d’une antenne permettant de recevoir les signaux GNSS dans les meilleures conditions possibles comme un « boitier » GPS qui en plus se positionne à l’aide d’une puce dédiée est plus performant qu’un smartphone ou une tablette classique. Pour des précisions encore plus importantes et garanties, il est nécessaire de travailler avec des récepteurs prévus pour fonctionner en mode différentiel comme nous le précise Bertrand Despaquis : les appareils professionnels comme les tablettes Stonex S80G équipées d’antennes optionnelles que commercialise sa société coûtent 3 500 € TTC !
Le « map matching »
Alors comment est-il possible d’obtenir un positionnement parfois « visuellement » très précis sur l’écran d’un smartphone ? Parce que les applications de navigation disposent aussi d’algorithmes dits de « map matching », qui déduisent votre position de la cartographie utilisée ou de votre usage, en vous plaçant sur la route et pas 3 m à côté en circulation routière, sur le chemin et pas dans les arbres lorsque vous randonnez, sur un quai de gare et pas au milieu des rails avec Apple Plan… ou qui utilisent aussi votre localisation par rapport aux points d’accès wifi à proximité (s’ils sont répertoriés dans la cartographie) pour enrichir votre positionnement. Aussi, un récepteur de smartphone ou de tablette grand public se repositionne en général toutes les secondes, mais les algorithmes « lissent » la position reportée à l’écran.
Certaines technologies gratuites comme A-GPS (nécessitant une connexion internet) ou SBAS (corrections transmises par certains satellites de télécommunication) permettent d’améliorer la précision et la rapidité d’acquisition initiale du positionnement. Pour certaines applications et sur abonnement, des systèmes complémentaires dits RTK permettent d’affiner la position au centimètre, par correction, en comparant en temps réel la position obtenue avec celles d’un réseau stations et de balises au sol au positionnement vérifié. L’Agence Spatiale Européenne propose un nouveau service gratuit de correction dit « Galileo HAS » transmis sur une autre fréquence (E6-b), permettant d’obtenir une précision de l’ordre de 10 cm en horizontal et moins de 25 cm en vertical : crucial dans des domaines comme l’agriculture, la topographie, le rail, le pilotage de drones, ce niveau de précision est inutile en navigation moto et seuls certains outils professionnels (comme la tablette Stonex évoquée plus haut) peuvent recevoir et traiter ces signaux. La précision centimétrique pourrait cependant devenir la norme même pour le grand public si les fabricants de smartphones intègrent des récepteurs GNSS compatibles Galileo HAS dans leurs prochaines générations d’outils nomades, sous réserve de proposer aussi des antennes performantes !
Les moteurs d’itinéraire et de navigation
Il existe donc des bases de données géographiques de tout types décrivant la surface du globe terrestre (il existe même des cartes répertoriant les points d’eau potable ou encore des cartes de la diffusion du son du tonnerre), mais les utilisateurs de ces bases de données (cartographes et concepteurs d’applications) ne sont pas obligés de se cantonner à un seul fournisseur : par exemple, des données « OSM » sont utilisées parmi d’autres par Garmin pour ses cartes TopoActive. Apple et TomTom s’en servent pour enrichir ou servir de base à leurs propres cartes. Chaque acteur peut aussi définir sa propre manière de représenter ces données sur un écran : ceci explique pourquoi des cartes utilisant les mêmes informations ne se ressemblent pas forcément. Reste à créer des programmes informatiques permettant de calculer des itinéraires en utilisant certaines des données et en excluant d’autres : c’est le travail du moteur d’itinéraire, qui par analogie avec le monde papier, exécute en quelques secondes ce que vous traceriez sur une carte en quelques dizaines de minutes. Quant à la fonction de guidage qui indique le chemin à suivre et (souvent), le recalcule si vous déviez, elle nécessite aussi un programme spécifique : c’est le moteur de navigation. Ce dernier prend en compte l’itinéraire déterminé, les données de positionnement fournies par le système d’exploitation du smartphone ou le récepteur GNSS de l’outil de navigation et les données cartographiques en direct fournies par le cartographe s’il propose ce service (et si votre appareil est connecté) ; il peut ainsi tout calculer et vous suggérer des modifications d’itinéraire comme le font Waze et d’autres.

Les trois éléments sont donc séparés : certains géants comme Google, Apple, Here et TomTom conçoivent et maitrisent chacun d’entre eux et fournissent, soit la carte numérique seule, soit l’application de navigation complète (Apple Plan, Google Maps, Here WeGo TomTom Go Expert et TomTom), ou des plugins clé en main à intégrer dans des sites web et applications commerciales de tout types (VTC, localisation de commerces, etc) qui sont souvent gratuits jusqu’à un certain nombre d’utilisations par les visiteurs du site. Ils peuvent aussi proposer des PND (Personnal Navigation Device, « boitiers GPS » en langage commun) tout équipés comme par exemple TomTom (Rider 500 et 550 et autres), ou encore Apple (iPhone et iPad équipés nativement d’Apple Plan), ou encore Garmin avec les produits outdoor, les Zümo et Tread à carte maison Topoactive ou les PND routiers à carte City Navigator. D’autres sociétés comme Mapbox fournissent des cartographies complètes qui s’intègrent à des applications sous forme d’API. Osmand est une application de navigation qui utilise les mêmes données cartographiques que Mapbox (OpenStreetMap), mais qui maitrise toute la chaine, cartographie comprise.

Au final et indépendamment de l’outil que vous utilisez, les moteurs d’itinéraire et de navigations différencient sur le fond les applications : par exemple, les applications françaises Stracks, 68° et l’application allemande routière loisir Calimoto utilisent toutes des cartographies Mapbox, mais elles n’offrent pas le même type d’itinéraires, ni les mêmes services, ni les mêmes représentations à l’écran. En fait, créer, régler et maintenir ces moteurs constitue le travail des développeurs que vous rémunérez directement ou indirectement (publicité) quand vous vous abonnez à des applications, ou quand vous achetez un PND complet.
Traces, itinéraires, guidage pas à pas… ou pas !
Que ce soit sur une application ou par un appareil complet, différentes manières d’obtenir un itinéraire « terrestre» vous sont proposées : le plus simple est d’entrer une destination et de laisser le système calculer. La plupart des solutions de navigation proposent des guidages « utilitaires » (« le plus court », « le plus rapide », « sans péage », « en transports en commun », « à pieds », « à vélo ») avec des filtres permettant d’exclure certaines données (par exemple, « éviter les autoroutes », « les ferrys », « les routes non revêtues »...). Les applications destinées aux motards rajoutent aussi la possibilité d’utiliser des algorithmes de sinuosité et de relief : c’est la fonction « Adventurous Routing » de Garmin, « parcours à sensations » paramétrables de l’écosystème TomTom, « sinueux » ou « super sinueux » de Calimoto. Mais privilégier le côté sinueux ou pentu d’un itinéraire peut parfois vous faire naviguer dans les ruelles d’une ville, vous faire faire des détours juste pour rajouter des changements de direction, ou privilégier de petites routes tortueuses au détriment de routes plus belles et plus touristiques ou plus dignes d’intérêt comme les Michelin « vertes »: telle est la limite du système !

Les PND Garmin Zūmo XT intègrent aussi les cartographies « routes touristiques Michelin » (vertes) et « routes populaires Garmin » (bleues), qui peuvent être affichées à l’écran et donnent la possibilité d’en intégrer des portions d’un simple appui : intéressant en usage moto ! Certains fournisseurs proposent aussi des road-trips clés en main établis par la communauté ou conçus par eux même : c’est le cas de Calimoto, TomTom, Yamaha (MyRide)… on pense aussi à Dafy qui commercialise des Dafy Trip, au format papier et en offre la trace en numérique au format.gpx.
Les applications off-road aussi proposent des services tournés vers le loisir : chez Garmin, la définition du profil de conduite et le type de PND défini l’itinéraire ; avec un appareil destiné au tout terrain comme les appareils de la série Tread, la fonction « Adventurous Routing » en profil de conduite « Off Road » peut vous guider via des chemins. C’est aussi le cas pour le Zūmo XT3, à condition de s’abonner au service de cartographie Outdoor Maps+ (5,99 € par mois ou 59,99 € / an) qui active l’accès aux cartes ART (Adventure Roads & Trails) routables des appareils Tread. Le Zūmo XT3 devient ainsi capable de fournir un guidage virage par virage sur ces itinéraires, de manière similaire aux appareils de la gamme Tread (en sélectionnant le profil de navigation « Moto tout-terrain » plutôt que le profil « Moto » destiné à un usage routier). L’application Stracks ne propose pas de service de navigation routière : les profils d’itinéraires (« easy », « Stracks » et « hard ») définissent la difficulté des parcours offroad, qui peuvent être très compliqués… et parfois interdits : les bases de données qu’utilisent les applications ne sont pas forcément à jour sur ce point, car un simple arrêté municipal peut fermer un itinéraire… et la législation en la matière est stricte, rouler dans des chemins interdits peut coûter très cher. Stracks offre une fonction de signalement des panneaux d’interdiction, la base de données cartographique utilisée par cette application est mise à jour au bout de plusieurs signalements et les moteurs Stracks en tiennent compte : magique !

« Tracer » sa balade
Comme au temps du papier, vous pouvez aussi tracer votre itinéraire sur une application dédiée (qui fait office de carte) puis le transférer dans une application de navigation. Deux solutions existent : TomTom propose un écosystème applicatif complet constitué d’une application de planification d’itinéraire sur ordinateur www.plan.tomtom.com qui peut automatiquement synchroniser le trajet avec l’outil de navigation TomTom que vous utilisez (PND Rider ou application TomTom GO Expert).

Garmin procède de même avec l’application smartphone (disponible hors ligne) de conception d’itinéraire Tread synchronisée avec les PND Zūmo et Tread. Vous pouvez aussi concevoir vos itinéraires sur des sites web et applications tierces comme par exemple www.gaiagps.com, www.visugpx.com, www.gpx.studio ou encore l’application cartographique IGN (liste non exhaustive) puis « l’exporter » dans l’un des nombreux formats lisibles par les applications de navigation comme par exemple le .gpx (GPs eXchange format) et enfin l’ouvrir à l’aide de votre application de navigation favorite, qui la convertie en itinéraire ou la matérialise sous forme de « trace » à suivre sur un fond de carte qui défile.
Le dernier point à envisager est celui de pouvoir bénéficier de votre cartographie « hors ligne », ce qui vous délivre de la contrainte d’être absolument connecté pour avoir accès à la base de données cartographiques : Waze (Google), Plan (Apple), Calimoto en version gratuite, 68° ne fonctionnent pas hors ligne, au mieux conservent-ils en mémoire l’itinéraire calculé, mais ils ne pourront jamais recalculer si vous déviez.

En revanche, Google Maps (depuis peu), Osmand, Stracks, TomTom GO Expert (liste non exhaustive) vous guident hors ligne à condition que vous ayez préalablement téléchargé les cartes : c’est souvent ce point précis qui fait la différence entre les versions gratuites et payantes des applications, ou entre les applications gratuites et les applications payantes… et l’une des nombreuses raisons pour lesquelles les PND sont toujours pertinents !
Les outils
Concernant l’outil de navigation le plus adapté à l’utilisation moto, la solution la plus utilisée reste évidemment le système smartphone (ou tablette) / applications de navigation : pléthore d’applications gratuites et payantes sont disponibles... et qui ne possède pas de smartphone ? Les différentes solutions de réplication de smartphone au tableau de bord Apple CarPlay et Android Auto sont en plein boom : les écrans nomades dédiés (Carpuride, Midland,…) sont de plus en plus diffusés, mais cette technologie ne peut faire fonctionner que les applications compatibles.

Vous pouvez aussi opter pour un assistant personnel de navigation, PND (appelé familièrement « GPS »), proposé par les marques Garmin (qui développe toujours des solutions moto), TomTom moins impliqué ces dernières années dans la moto et plutôt tourné vers la navigation poids lourd et la conduite autonome. Il existe aussi des produits plus spécialisés comme les TwoNav Aventura Motor (tout terrain) et les « GPS » de randonnée pédestre à carte topographique.
Quant aux constructeurs moto, Honda et Harley-Davidson intègrent CarPlay et Android Auto sur certains modèles depuis plusieurs années (Honda Africa Twin 1000 et 1100, NT 1100 et Goldwing, Harley-Davidson Touring), Kawasaki, BMW, Ducati, Yamaha et de nombreuses marques asiatiques proposent sur certaines motos des systèmes de guidage (routier) par fléchage au tableau de bord (ou sur une carte lorsque les écrans sont prévus pour) avec application dédiée gratuite ou payantes. Tel est aussi le principe de fonctionnement des mini « GPS » Beeline 2 qui affichent un guidage par fléchage calculé par l’application smartphone payante mais n’embarquent ni cartographie, ni moteurs de navigation et d’itinéraire et ne sont donc pas utilisables seuls. La liste n’est évidemment pas exhaustive ! Alors que choisir ?

Quelle technologie ?
La luminosité maximale (en nits ou cd/m²) de l’écran paraît prépondérante, car elle détermine la lisibilité en plein soleil. Les exigences actuelles pour les tableaux de bord TFT des motos premium sont de l’ordre de 1 500 à 1 800 nits, avec un minimum de 800 nits. Les Apple iPhone de dernière génération atteignent 3000 nits en pointe contre 1200 nits pour les générations précédentes (iPhone 14 Pro par exemple), le Xiaomi 17, 3500 nits. Christophe Martin, Directeur Produit de la marque française de terminaux « durcis » CrossCall, nous explique cependant que les dalles haute luminosité, c’est à dire au-delà de 1 000 nits augmentent le coût de fabrication et que « sur du rugged, la lisibilité réelle en plein soleil dépend autant du traitement antireflet que de la luminosité brute en nits ». Il faut aussi que l’outil passe en luminosité réduite la nuit sous réserve de vous éblouir. Aussi, la pluie peut rendre le tactile inopérant ou même commander des fonctions de manière erratique: un système de verrouillage du tactile doublé d’une télécommande déportée est un must.

Au niveau interne, le type de puce, la compatibilité GNSS multi-systèmes, la double fréquence, le taux de rafraichissement (nombre de fois par seconde où votre position est établie) constituent d’autres critères ce choix : 1 fois par seconde (1 hertz, Hz), 5 fois par seconde (5 Hz) ou 50 Hz (50 fois par seconde) font une différence quand vous naviguez à grande vitesse en tout terrain si les changements de direction sont rapprochés (on parcourt 30 m/s à 100 km/h) ou si votre système travaille au cm (agriculture), mais la consommation d’énergie augmente. 1 Hz suffit en usage routier « normal », mais certaines tablettes haut de gamme utilisée notamment en rallye (Carp Iter et Hugerock) disposent de réglage (1 Hz / 5 Hz). Pour comparer, les PND Garmin Zūmo XT3 et Tread 2 rafraîchissent leur position à respectivement 25 Hz et 10 Hz.
La taille de la mémoire importe aussi si vous voulez bénéficier de cartographie hors ligne : l’application Osmand en elle-même nécessite 250 MO, mais la cartographie OpenStreetMap de la région Île-de-France pour cette application nécessite 344 MO et 4,93 GO pour la carte de France. La carte optionnelle Topo « France / DROM » Garmin (données IGN Topo + Here) exige 500 MO de mémoire. Le poids et l’encombrement de l’outil compte aussi beaucoup: même sur les motos disposant de barre dite « de navigation » prévue pour accueillir un appareil électronique, des systèmes de renforts sont souvent nécessaires pour éliminer les vibrations qui compromettent la lecture. Et surtout, l’utilisation d’appareils lourds sur les supports d’origine induisent des contraintes sur les points de fixation de ces derniers sur le cadre, qui peuvent finir par casser, même sans chute !

Les PND
Nous l’évoquions plus haut, Garmin et TomTom et BMW (Navigator) proposent toujours des boitiers dits « GPS moto» : sont-ils dépassés ? Pas du tout ! Déjà, bien que le Garmin Zūmo XT3 soit équipé d’une puce GPS/Galileo/Beidou simple bande, son antenne développée le rend potentiellement plus précis qu’un smartphone même haut de gamme à puce non dédiée, de plus, sa puce GNSS rafraîchie la position 25 fois par seconde (25 Hz). Le Garmin Tread 2, prévu pour le tout terrain est équipé d’une puce GNSS dédiée, multi-constellations (GPS, GLONASS, Galileo, BeiDou, QZSS, SBAS et NavIC), double bande et avec une fréquence de mise à jour de position de 10 Hz.

Ces produits permettent eux aussi de conserver votre smartphone à l’abri et de ne pas solliciter sa batterie. Ils embarquent des cartographies hors ligne complètes de toute l’Europe (Europe / Moyen-Orient pour Garmin), routière pour TomTom, mixte pour Garmin, avec possibilité d’obtenir des vues satellitaires. Les mises à jour logicielles et cartographiques par wifi, dont gratuites et à vie. Ils disposent aussi tous d’un logement pour carte SD permettant d’utiliser d’autres types de cartes (topographiques ou d’autres pays). Ils bénéficient d’informations connectées comme le trafic, mais aussi l’avertissement communautaire chez TomTom. Leurs écrans lumineux (800 à 1000 nits chez Garmin) sont lisibles en plein soleil.

Les deux marques proposent des écosystèmes applicatifs complets. Cependant, leur prix et leur autonomie les distinguent : un TomTom Rider 550 se vend désormais moins de 400 € et peut vous guider pendant plus de 6 h sans être rechargé. Les Garmin moto sont beaucoup plus gourmands en énergie, principalement à cause de leur écran lumineux: comptez 3 h de guidage avant que l’écran passe en demi-éclairage et devienne illisible. Et rajoutez 1 h 30 pour l’extinction complète: les Garmin Zūmo XT (1,2,3) et Tread (1 et 2) doivent donc être alimentés par la moto, mais pour Garmin comme pour TomTom le nécessaire est fourni dans la boite.

Les écrans carplay adaptables
La mode actuelle est aux appareils adaptables de réplication smartphone. Il s’agit de petits boitiers nomades à écrans TFT tactiles à fixer sur la moto et à alimenter par la batterie : votre smartphone s’y connecte en wifi et l’écran permet de piloter les applications compatibles CarPlay ou Android Auto (de votre smartphone). Les avantages sont multiples : vous utilisez vos applications préférées et n’avez pas à appairer votre système de communication de casque à autre chose que votre smartphone.
Les produits à 300 € se contentent d’écrans de 800 nits à 1000 nits, le Chigee AIO-6 Max atteint 2 300 nits, mais dépasse les 500 €. Les inconvénients sont nombreux : les appareils en question sont dépourvus de batterie et doivent être alimentés, il faut donc arriver à intégrer le câblage, ce qui n’est pas toujours évident. On peut aussi utiliser la prise d’alimentation 12V de la moto… une solution peu pratique, car votre smartphone est très sollicité puisque qu’en plus de « faire tourner » l’application de navigation utilisée, il transmet des informations en wifi, il doit donc aussi être alimenté et il chauffe.

Aussi, la liaison wifi smartphone / boitier n’est pas forcément très stable (nous avons subi de multiples déconnexions lors de nos essais, selon le positionnement du smartphone) : le smartphone ne doit pas être trop éloigné. Or l’antenne GPS utilisée est celle de votre smartphone : elle doit donc être intelligemment positionnée… si le smartphone doit être alimenté par la moto et pas très loin du poste de pilotage pour ne pas être éloigné du boitier, la pertinence du système est relative… Notez que certaines marques proposent des boitiers compatibles qui peuvent être montés sur les supports de GPS optionnels BMW et commandés par le multi-contrôleur de la moto. C’est l’idéal… Mais il faut une BMW ! Et ça ne règle pas le problème de l’alimentation du smartphone en énergie et la liaison wifi !
Le choix du Repaire
La solution la plus économique reste donc celle du smartphone équipé d’applications de navigation correspondant à votre pratique. Tout ça pour ça ? Non ! Nous vous conseillons de ne jamais positionner votre smartphone principal sur la moto, même sur un support « absorbant les vibrations »… D’abord parce que l’objet est exposé à toutes sortes d’agressions (vibrations, cahots, poussière, eau) et que les systèmes de stabilisation des capteurs photo des smartphones haut de gamme finissent par rendre l’âme. Mais au-delà ça, si pour une raison ou pour une autre votre deux roues n’est plus accessible, vous ne pouvez plus alerter ! Ainsi, si vous utilisez votre propre smartphone pour le guidage, en ville, dans un but utilitaire, gardez le sur vous et utilisez uniquement les instructions vocales diffusées par un système de communication de casque, on s’y fait très bien !

Pour le voyage et la ballade, l’idéal est plutôt de disposer d’un smartphone exclusivement dédié au guidage : vous n’êtes pas obligés de prendre un second abonnement téléphonique / data, car vous pouvez télécharger vos cartes en wifi à la maison et utiliser l’objet hors ligne… en gardant la possibilité partager la connexion de votre smartphone « principal » pour recevoir les données en temps réel ou sur le cloud, les mises à jour de trajets et utiliser les applications sur site web ou de traçage d’itinéraire.Une carte sim supplémentaire est cependant proposée sur certains forfaits pour 4€ / mois.

Il existe des smartphones Android dits « durcis», étanches, antichocs, dotés d’écrans solides, satisfaisant aux normes IP 68, IP 69K, voire MIL-STD-810H. Abordables financièrement et prévus pour résister aux agressions, ils ne nécessitent pas de supports « anti vibration » chers et pas toujours efficaces. Leurs écrans sont rarement les plus lumineux, car CrossCall nous explique qu’« une forte luminosité échauffe un appareil étanche et scellé, sans ventilation », mais s’ils ne sont pas les plus adaptés au jeu ou à la vidéo, ils conviennent très bien à la navigation et ils peuvent être placés de manière à optimiser la réception GPS. Aussi, ces appareils prévus pour être utilisés sur le terrain embraquent des batteries très capacitaires comme c’est le cas chez CrossCall. La luminosité de 450 nits de notre Stellar M6 d’essai est cependant le minimum du minimum : l’écran reste lisible en plein soleil, mais de peu ! Dans le même esprit, les tablettes Android durcies sont très utilisées en tout terrain, mais les prix sont élevés si vous voulez un modèle à écran très lumineux et récepteur GNSS performant (500 à 1000 €) et la pluie rendant le tactile inopérant ou inutilisable et il faut prévoir une télécommande et vérifier que l’appareil embarque un système de verrouillage du tactile. Surtout, le poids hors support atteint 400 à 800 g (contre 240 g pour un téléphone durci CrossCall Stellar M6 et 210 g pour un iPhone 14 Pro sans coque de protection), ce qui complique l’intégration et nécessite souvent de remplacer l’araignée d’origine par une « tour rallye » (600 à plus de 1000 €). Le budget est donc conséquent.

Légers (340 g), tout équipés (kit moto et auto), lisibles, tactiles, disposant de cartographies polyvalentes et d’un moteur de navigation ludique et de fonctions annexes pertinentes, les GPS Garmin de dernière génération (Zūmo XT3 et Tread) représentent toujours une solution très pertinente et pas du tout démodée pour la moto, évidemment, l’utilisation de toutes leurs possibilités demande un peu de pratique et plusieurs fonctions sont optionnelles (sur XT3) alors que l’ objet est déjà onéreux, mais en version de base, ils offrent déjà pas mal de possibilités !
Remerciements
Bertrand Despaquis (www.tech4maps.com), Mélanie Debon et Matthieu Lagrange (Garmin), Christophe Martin (CrossCall), Vincent Martinier (TomTom), Geoffrey Fardeau (Stracks), Nicolas Bouissou (Hugerock), Marie Menard (Agence Spatiale Européenne), Jeremy Stephan (Mosko Moto)




Commentaires
Sinon, lu première photo est une Aprilia Tuareg: il est possible de faire simple et pratique en lui ajoutant le module Aprilia MIA.
22-07-2026 17:53Avantage: le guidage croisement après croisement se fait sur le tableau de bord. Pas d’écran supplémentaire.
Inconvénient: contraint d’utiliser le guidage carte Here.
Mais je fais mes itinéraires par exemple avec l’interface web de Liberty Rider, et j’importe le GPX dans la fonction GPS de l’appli Aprilia. Et je range le téléphone.
Simple, efficace.