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Essai moto Yamaha Tracer 9 Y-AMT

Un gadget à 1 200 euros ?

Trois cylindres en ligne CP3 de 890 cm3, 119 ch et 93 Nm, 224 kg, 13.699 euros

Prenez un bloc CP3, mettez le neutre tout en bas, gardez le shifter dernière génération et l’embrayage standard, remplacez les commandes de ces deux éléments par des petits moteurs gérés par électronique et voici le système Y-AMT. Une transmission plus rapide que l’homme pour passer les rapports, qui permet de proposer une moto existante, automatisée, en réutilisant l’essentiel de la chaîne de production déjà en place.

Essai de la Yamaha Tracer 9 Y-AMT
Essai de la Yamaha Tracer 9 Y-AMT

Sur le papier, le système Y-AMT est simple mais peu sexy. Une boîte robotisée, 2,8 kg d’électronique, 1 200 € facturés. Cette moto automatique, on peut aussi la maîtriser manuellement via une gâchette. Nous avons parcouru quelques centaines de kilomètres sur cette Tracer 9 « de base » uniquement équipée de la boîte robotisée. Voici notre expérience.

L'essai vidéo de la Yamaha Tracer 9 Y-AMT

Découverte

Cette Tracer 9 automatique n’est pas si différente de la version de base. Le Y-AMT vient avec les poignées chauffantes et des clignotants à arrêt automatique. Anecdote, on conserve la clé codée, donc pas de keyless. Mais pourquoi ne pas opter directement pour la Tracer 9 GT+, qui, elle, n’est vendue qu’en version automatique ? Question de budget : la GT+ coûte 19 000 €, soit 5 300 € de plus que la standard équipée de l’Y-AMT. Avec la différence de prix, il y a de quoi acheter une Yamaha WR 125 neuve, avec accessoires ! Ça calme. La version de base Y-AMT promet de rester aussi efficace que la GT+ sans tous les gadgets, avec son moteur de 119 chevaux et ses 93 Nm de couple.

La Yamaha Tracer 9 Y-AMT
La Yamaha Tracer 9 Y-AMT

Avant de chevaucher la machine, on remarque que la bascule automatique / manuel se fait au commodo droit, alors que la gâchette de changement des rapports est située sous le commodo à gauche. Avec ses feux de virage, la face avant est harmonisée avec le reste de la gamme Tracer 9. Notre version d’essai était en coloris gris-noir, mais existe aussi en rouge. Finalement, ce trail routier a une roue dans le « scooterisme » avec l’absence de sélecteur et de levier d’embrayage.

Désormais équipée de feux de virage, la Tracer 9 standard ressemble davantage à ses soeurs mieux équipées
Désormais équipée de feux de virage, la Tracer 9 standard ressemble davantage à ses soeurs mieux équipées

En selle

Toujours accueilli par la large instrumentation, la Tracer 9 est assurément moderne. La disposition des informations reste fidèle à la signature japonaise et plusieurs thèmes sont possibles. La prise USB-C est de série, pratique pour le quotidien ou les trajets plus longs.

Particularité de la version Y-AMT, la boîte de vitesses a le neutre tout en bas. À la mise en route, frein maintenu, le système désengage l’embrayage de façon automatisée, mais on peut toutefois se garer en prise en arrêtant le moteur en première. L’embrayage colle dès qu’on coupe le contact. Presque un système antivol intégré, même si les actuateurs de boîte de vitesse et d’embrayage sont dissimulés sous un simple cache latéral, donc facilement accessible.

Le système Y-AMT est dissimulé derrière des caches latéraux
Le système Y-AMT est dissimulé derrière des caches latéraux

Bien intégré, le système d’automatisation n’occasionne pas de largeur supplémentaire pour le pilote, l’ergonomie s’y trouve inchangée. Le poste de conduite revu depuis deux ans ne fait pas l’unanimité. Pour ma part, je trouve la commande des clignotants moins facile à opérer avec des gants épais, puisqu’il n’y a pas de confirmation haptique de la désactivation. Le joystick qui remplace l’immortelle molette est salvateur, bien pensé et ergonomique. Le régulateur – limiteur de vitesse est utile, mais on peut s’y perdre pour accéder à la commande de plein phare lorsqu’on n’est pas habitué. Ces nouveaux commodos ne sont pas adaptés aux petites mains ! Idem pour la gâchette de changement de vitesses, ergonomique, qu’on va plus facilement chercher avec l’index qu’avec le pouce. La palette, moulée en un bloc, bascule vers l’avant ou l’arrière.

Les palettes pour le passage manuel des rapports
Les palettes pour le passage manuel des rapports

À droite, on tourne entre les modes de conduite via le bouton éponyme, mais il faut bien saisir la logique, puisque les modes sont différents en automatique (modes D et D+) ou en « manuel » (Sport, Route, Pluie et deux modes personnalisables). Certaines composantes des modes D et D+ sont personnalisables, comme le contrôle de traction ou l’anti-wheeling.

En ville

Par rapport à la première mouture apparue sur la MT-09, Yamaha nous a indiqué avoir amélioré le système. Mais une boîte standard simple embrayage ne fera jamais de miracles de fluidité. Les à-coups ne sont pas effacés complètement notamment entre les rapports courts (1ère – 2ème) et au rétrogradage. Selon le régime moteur et l’ouverture de la poignée de gaz, on sentira plus ou moins de secousses. Nous redoutions une latence entre l’appui sur la gâchette et le passage effectif des rapports, il n’en est rien, le système est très vif et rapide. On conserve l’effet moto avec une boîte de vitesses, contrairement à un variateur, par exemple.

Plus efficace que la première génération, l'Y-AMT conserve quelques à-coups entre la 1re et la 2e
Plus efficace que la première génération, l'Y-AMT conserve quelques à-coups entre la 1re et la 2e

Au vu de sa conception, le système donne satisfaction en ville. Tout fonctionne bien, le patinage entre l’arrêt complet et la première est bien géré. Bien sûr, on ne manœuvre pas aussi facilement à très basse vitesse qu’avec un embrayage qu’on peut reprendre, mais le frein arrière et la poignée de gaz précise offrent de quoi se rattraper.

Fidèle à l’esprit rationnel japonais, la moto n’autorise pas de démarrer sur deuxième rapport. Même en mode manuel, la moto rétrograde aussi toute seule à la décélération. En ville, pour s’économiser un à-coup entre les deux premiers rapports, on aurait aimé pouvoir démarrer directement en deuxième.

Lourde et imposante, la Tracer 9 n'est pas la plus à l'aise en ville
Lourde et imposante, la Tracer 9 n'est pas la plus à l'aise en ville

Annoncée à 224 kg à plein (219 kg pour la boîte manuelle, donc un Y-AMT qui pèse plutôt 5 kg ?), la Tracer 9 reste une machine imposante et lourde. La ville n’est pas son terrain de jeu privilégié, notamment avec un train avant qui fait sentir son poids.

À 50 km/h, le mode automatique n’autorise pas de passer la 6e à régime stabilisé, même manuellement. Pourtant, le CP3 est parfaitement capable de rester sur un filet de gaz. Une limite technique qui indique que ce système n’est pas très prédictif et qu’il faut bien comprendre quelles sont ses règles pour l’utiliser.

Sur circuit

Les équipes Yamaha sont très fières de nous expliquer que le système Y-AMT permet aux pilotes de gagner du temps sur circuit. Dans les virages à droite, le pilote n’a pas besoin d’atteindre le sélecteur – absent – pour passer les rapports, le système Y-AMT opère la boîte de vitesses et l’embrayage plus rapidement que l’humain. Pour les pistards, il peut donc être pertinent d’envisager une version Y-AMT, mais cela ne changera pas fondamentalement l’usage quotidien, voyage, ou balade de la Tracer 9.

L'Y-AMT permet de gagner du temps dans les courbes à droite en usage sportif
L'Y-AMT permet de gagner du temps dans les courbes à droite en usage sportif

Autoroute et voies rapides

De série avec régulateur de vitesse, une grande bulle réglable et des pare-mains, la Tracer 9 est complètement en mesure de vous emmener confortablement sur de longues portions d’autoroute. On regrette toutefois l’absence depuis de nombreuses années d’une vraie routière comme la FJR, notamment pour le confort du passager. Les vibrations fines qui remontent dans le guidon et les repose-pieds peuvent devenir désagréables à la longue. La bulle protège bien le buste, mais le flux d’air frappe les épaules et les bras. Les pare-mains associés aux poignées chauffantes de série réconfortent lors des trajets matinaux.

Stable à haute vitesse, dotée d'un régulateur de vitesse, de pare mains et d'une grande bulle, la Tracer 9 n'a aucun mal à évoluer sur voie rapide
Stable à haute vitesse, dotée d'un régulateur de vitesse, de pare mains et d'une grande bulle, la Tracer 9 n'a aucun mal à évoluer sur voie rapide

La tenue de cap à haute vitesse est bonne. L’appui de la large bulle déleste un peu le train avant si vous roulez sur des autoroutes allemandes. Au légal autoroutier, le moulin tourne à 5 300 tr/min avec une excellente stabilité.

Départementales

Si vous voulez gagner du temps, c’est bien le réseau secondaire qu’il vous faut. La version Euro 5+ du CP3 n’a plus autant de gnaque que les premiers, il faut le dire. À son guidon, il procure toujours de belles envolées avec une bande-son fourmillante d’origine et qui peut vite devenir démoniaque avec quelques accessoires. La rondeur et l’équilibre du 3 cylindres cohabitent avec une rugosité. Peut-être est-ce dû à un moteur qui tourne un peu pauvre à certains régimes en raison des normes. En mode complètement automatique en roulant vite, on peut se faire surprendre par le moment où le système décide de passer la vitesse, notamment sur l’angle. C’est pour cela que le mode automatique est plus indiqué pour du tourisme, quand on veut maîtriser au mieux la trajectoire sans se faire surprendre.

Le fonctionnement automatique est plus adapté à un usage tourisme qu'à l'arsouille
Le fonctionnement automatique est plus adapté à un usage tourisme qu'à l'arsouille

Le châssis offre une agilité suffisante par rapport au gabarit de la moto, mais pour avoir testé la MT-09 et la Tracer 9 coup sur coup sur la même portion de route, c’est le jour et la nuit en termes de gabarit ressenti. Au niveau du confort également, la Tracer permet de voyager, mais les réglages d’origine des suspensions font ressentir les grosses aspérités des petites routes. On reste loin du confort nuageux d’une vraie routière, même si les éléments travaillent bien et peuvent être assouplis en réglage.

Freinage

Sécurisant, la Tracer 9 embarque un système de freinage unifié qui répartit automatiquement la puissance de freinage entre l’avant et l’arrière. Plutôt utile et pertinent, puisque fonctionnant avec la centrale inertielle (IMU 6 axes), le système peut être désactivé au tableau de bord. Utile dans certains cas, notamment si l’on utilise le frein arrière pour stabiliser une trajectoire en conduite très sportive : on ne voudrait pas que le système ajoute de la pression dans les étriers avant. L’ensemble du freinage sur cette machine reste toutefois d’un très bon niveau avec un maître-cylindre à pompe radiale et deux disques à l’avant.

Le frein avant de la Yamaha Tracer 9
Le frein avant de la Yamaha Tracer 9

Conclusion

Simple système bien exécuté, le Y-AMT n’innove pas techniquement en robotisant un shifter et une boîte de vitesse standard, mais permet à Yamaha de proposer une moto automatique à ceux qui le voudraient. En arguant que le système est plus rapide qu’une boîte manuelle, la marque laisse entendre que le Y-AMT est pertinent pour le motard rapide. De notre avis, si le système est réactif, on aura toujours plus de contrôle avec le pied sur route, y compris avec un bon rythme. Vaut-il les 1 200 € de plus ? Sauf si vous avez vraiment envie (ou besoin) d’une moto puissante automatique, ce n’est pas notre avis. La Tracer 9 affichée à 12 499 € avec un shifter procurera autant de sensations, plus de facilité à lever la roue avant et une maîtrise totale sur la mécanique.

La Tracer 9 Y-AMT est vendue 13.699 euros
La Tracer 9 Y-AMT est vendue 13.699 euros

Faut-il pour autant craquer pour la concurrence ? Honda agrandi la gamme compatible avec son système e-clutch (qui oblige à passer les rapports mais rend le levier d’embrayage facultatif), tandis que BMW propose un sélecteur « électronique » comme KTM. Vous avez donc l’embarras du choix aujourd’hui sur le marché des motos à boîte automatique : chaque constructeur a son approche.

Points forts

  • Moto puissante entièrement automatique
  • Moteur rond adapté à ce système
  • Confort général et protection de série

Points faibles

  • Côté « fun » amputé en Y-AMT
  • Mode auto passe les rapports tard
  • Train avant lourd

La fiche technique de la Yamaha Tracer 9 Y-AMT

Conditions d’essais

  • Itinéraire : Aller-retour Paris – Le Havre par des routes peu sinueuses, autoroutes et départementales rectilignes.
  • Météo : Nuageux et sec entre 8° C et 13 °C
  • Problème rencontré : Aucun.

Disponibilité/prix

  • Coloris : gris-noir, rouge
  • Prix : 13 699 €
  • Disponibilité : immédiate

Équipements de série

  • Y-AMT (+ 1 200 €)
  • Poignées chauffantes
  • Clignotants automatiques
  • TFT
  • Freinage couplé
  • Feux de virage à LED
  • Modes de conduite
  • Bulle réglable
  • Pare-mains
  • Régulateur de vitesse
  • Fourche réglable
  • Amortisseur réglable
  • Signal d’arrêt d’urgence

Équipement essayeur

  • Casque Arai Quantic
  • Gants All One
  • Blouson Dainese Springbok
  • Pantalon Bering
  • Bottes TCX