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Tunisia Rally Tour : interview Serge Nuques

Interview du pilote et chevalier de Groland

Rencontre avec un rallyman d'exception, multi-titré et multi-récidiviste

Serge Nuques a remporté chacune des étapes du Tunisia Rally Tour, confirmant sa position de Champion de la catégorie, non seulement en France avec ses 3 titres, mais aussi sur les routes plus cahotiques de Tunisie. Au milieu des autres pilotes, champions et amateurs à l'occasion des liaisons, des spéciales mais aussi des temps de convivialité que sont les repas, rencontre avec un pilote qui ne se prend pas la tête malgré les multiples titres.

Le Repaire des Motards : Pourquoi le Tunisia Rally Tour ?

Tunisia Rally Tour : interview Serge Nuques

Serge Nuques : L'année dernière parce que c'était la première et j 'aime bien les premières, la découverte d'un pays, la découverte d'une organisation et le plaisir de rouler toujours, quoiqu'il en soit, avant tout. Çà s'est bien passé lors de la précédente édition, j'ai gagné la course et on avait passé de bonnes vacances. Et on est là pour refaire la même chose.

Le TRT, ce sont des vacances ?

Oui.

Parce que tu es à 10% de tes capacités ?

Même pas, 5% ! Non, quand on roule, on est toujours à fond. Même si je sais que je suis en tête de la course, dès que je prends le départ d'une spéciale, même si je me dis qu'il faut assurer, le plaisir reprend le dessus et j'attaque. C'est juste dur pour la dernière, car il faut gérer l'effort. Après, dès que tu prends le départ, c'est pour donner le meilleur de toi même. Et puis ici, on a fait des spéciales deux fois. Je savais que j'avais une fois pour me mettre en jambes et une deuxième fois pour essayer d'appliquer tout. Je n'ai pas pris trop de risques dans le premier passage et dans le deuxième tu te lâches. Et puis après tu recherches la meilleure trajectoire et le fait d'être le plus opérationnel.

Quelle préparation pour le rallye ?

J'avais une bonne moto l'année dernière [ndlr:la Yamaha 450 WRF]. J'ai fait quelques petites modifications puisque j'avais vu comment çà se passait. J'ai travaillé un peu les suspensions parce qu'on est sur un terrain de jeu délicat. Les routes sont en mauvais état. Il faut de bonnes suspensions. Il faut aussi travailler la motricité car on a pas beaucoup de grip. Et puis quelques réglages ont été peaufinés pour avoir ce que je considère aujourd'hui comme la moto parfaite. C'est une moto que j'ai gardé depuis 2008. J'ai gagné le titre de Champion de France avec et je me suis dit que la moto était tellement bien que je n'avais pas envie de m'en séparer. Je savais qu'elle n'était pas obsolète et que je pourrai la ressortir 3 ans après et qu'elle serait toujours opérationnelle. Çà s'est vérifié l'année dernière puisque j'ai gagné avec et là, je risque de refaire la même. Elle est bien aboutie. Il n'y a plus rien à faire.

C'est toi qui fait tout ?

Oui, pour la maintenance et les Deux-Roues pour la préparation moteur, le spécialiste du supermotard qui me suit depuis le début sur route. Ici, je fais la vidange le soir et je la nettoie parce que j'aime avoir une moto propre. Elle était bien préparée avant, je n'ai pas eu besoin de resserrer un boulon. J'ai juste fait du nettoyage, de l'essence et des vidanges. Parce qu'il y a un litre d'huile sur ces moteurs et dans les lignes droites, çà a tendance à consommer un peu à régime constant.

Pourquoi une 450 ?

J'ai eu mes 3 titres avec des monos. Il y a des saisons où je faisais des rallyes rapides avec une R1 et quand c'était technique, je prenais un mono parce que c'est l'arme absolue sur la route de rallye. Parce qu'un rallye, c'est des petites routes sinueuses. Le choix en Tunisie, je vois le temps passer en ligne droite, parce que je roule à 110 km/h pour économiser le moteur, j'ai un moteur de course et je ne veux pas tirer dessus mais par contre dès que j'arrive sur spéciale c'est l'arme absolue, également pour pouvoir rouler à l'improvisation. Il ne faut pas oublier que l'on ne connait pas les spéciales. Donc, quand tu te jettes avec une moto qui fait 120 kilos dans un virage, ce n'est pas la même chose qu'avec une moto de 200 kilos. Tu ne la pilotes pas de la même façon. Çà permet d'anticiper différemment et de se sentir en sécurité.

Tu es parti avec quel état d'esprit ?

Comme l'année dernière, se faire plaisir, faire de la moto et si en plus on peut gagner. Je savais que cette année, il y avait quand même un client en la personne de Vincent Philippe. Çà s'est bien passé. J'arrive tout le temps à être un peu plus rapide, sachant que lui est là aussi pour se faire plaisir, se décontracter en fin de saison et pas prendre de risque non plus car il a une mauvaise expérience du moto tour où il s'est sorti lors de la première spéciale sur route.

Quelle différence entre un rallye en Tunisie et le moto-tour en France ?

Il y en a trop. On est à l'essence du truc. Le moto-tour était bien au début quand on ne se prenait pas la tête, quand on dormait dans les tentes. Maintenant, c'est tout le monde dans les camping-cars, où chacun est enfermé et où c'est une vraie course de pros. C'est pour cela que j'aime les premières fois, car c'est la découverte. Après on rentre dans la lassitude, quand on part toujours du même endroit pour finir au même endroit. Ce sera pareil ici. Je l'ai fait deux fois. La prochaine fois, je lorgnerai plus vers le Maroc que je connais par le tout-terrain mais pas forcément par la route. Et on est ici en Afrique et on ne roule pas comme en France. On fait ici des choses sans retenue sans avoir l'impression comme en France qu'il y a des caméras qui filment de partout et quelqu'un qui va t'arrêter au moindre écart. On roule libre ici. En France, le rallye est devenu trop strict pour moi.

Pas de crête, moins de chevalier ?

Oui, j'ai cherché et puis j'ai fait plus sobre pour passer incognito.

Qu'est ce que tu penses du principe de mêler pilotes et amateurs ?

C'est ce qui fait le charme de ce type de rallye. C'est ce qui en fait la force. Le manque en Tunisie, c'est le manque d'engagés qui est un peu frustrant. C'est dommage. Car la course est bien organisée, il y a un beau parcours. A choisir, entre 10 participations à un rallye en France et venir ici, il faut venir ici. Ici, c'est une découverte, une nouvelle expérience.

Quelle a été ton étape préférée ?

C'est le sud, quand on arrive vers Matmata, Tozeur. C'est ce qu'on recherche en venant ici : la chaleur, du beau temps, des paysages de rêve,magnifique.

Tu as remporté toutes les étapes. On se lasse ?

Non, c'est bien, c'est bien de gagner. C'est frustrant de faire 2e.

Et Vincent Philippe, il le prend comment ?

Je pense qu'il a compris. Il y avait eu des gros écarts dès le début. Il y a des fois il s'est accroché et les écarts étaient quand même monstrueux. Donc, il n'a pas cherché à comprendre et il m'a félicité. Mais c'était réciproque. Je lui ai retourné la fleur parce qu'on a roulé ensemble en liaison. D'autant plus que je m'amuse pendant les liaisons, je fais des travers, je fais des wheelings, je m'amuse. Lui, il a halluciné. Il a essayé de reproduire la même chose et d'ailleurs ce soir, je l'ai vu en roue arrière dans le convoi avec le genou sur la selle donc il prend le pli. Mais j'ai retourné le compliment. Car quand j'ai fait les 24h du Mans et le Bol d'Or, il me doublait à chaque relais et c'était du plaisir à voir rouler. Je prenais une leçon de pilotage et une leçon à chaque fois qu'il me doublait. Chacun son truc. Je lui mets des secondes au kilomètre ici et il faisait la même chose sur circuit avec moi. Il me respecte. Je respecte ce qu'il fait. Ce sont deux disciplines différentes.

Qu'est ce qui a été le plus dur ?

Il faut être vigilant aux autres usagers de la route qui conduisent un peu n'importe comment. Les premiers jours çà surprend. Quand je suis arrivé, je me suis dit que si je devais être renversé par une voiture, ce serait ici. Parce que tout bouge, çà te surprend un peu. Et dans le bain après une semaine, tu te fais moins peur. Sauf quand on est arrivé Sfax [ndlr : ville portuaire] en ville, là ce n'est pas mon domaine. Je suis un campagnard et rouler en ville n'est pas mon domaine. C'est un peu affolant. Mais ce n'est pas forcément dur.

Çà te manque la tente ici ?

Je trouve çà très bien. Tu es bien logé. On se restaure bien. Tout ce côté là, c'est un sacré confort.

La Tunisie c'est un peu Groland ?

Oui, [rires] un peu. [rires] C'est un peu Groland, exact [rires] En espérant que cela se stabilise un peu. J'ai mis du temps à venir parce que j'hésitais parce que je venais en famille et que je ne voulais pas leur faire prendre de risque. Çà fait deux fois que je viens et tout s'est bien passé. Donc, venez, çà ne craint pas en Tunisie.

A quoi tu penses, quand tu prends la moto le matin ?

A me faire plaisir. Parfois, j'ai du mal à dormir. Parce que j'ai envie de me lever et d'aller rouler. Et c'est pareil en spéciale, où tu sais qu'il n'y a personne en face, que tu vas pouvoir te donner à fond et que c'est tout pour toi. La notion de danger ? Il y a des spéciales qui sont hostiles, il y a des rochers, des vides, un peu de tout, mais dans tous les cas, je ne regarde pas le danger. Je regarde que le ruban noir et j'essaie d'y rester.

Le mot de la fin ?

C'est Banzaï normalement ! Et viendez en Tunisie.

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Shoei