Le roadster Canon
Juin 2001
Les rumeurs se rapprochaient depuis plusieurs mois, annonçant de gros roadsters chez
l'ensemble des constructeurs. Suzuki ouvre le feu avec un roadster entièrement nouveau et
en version 1400 cm3, rompant complètement avec la tradition Bandit.
La GSX 1400, c'est tout d'abord un roadster qui impressionne.
Posez le dans une rue et les badauds ne tarderont pas à s'attrouper autour pour admirer
le bestiau : réservoir monstrueux (22 litres), double ligne d'échappements, un poids
tout aussi peu négligeable (228 kilos à sec), une selle spacieuse, un guidon large, un
empattement impressionnant, une béquille centrale et latérale... Le gabarit impose les
marques. Bref, la moto donne envie d'être essayée.
Contact ! Ne cherchez pas le starter, il n'y en a pas. Suzuki
introduit ici l'injection sur roadster. La clef de contact tournée, on entend un
sifflement caractéristique et les compteurs traditionnels/digitals se réinitialiser :
double totalisateur partiel à gauche, jauge à essence électronique à droite et
horloge. Pratique ! On peut voir la jauge, le totalisateur et la montre en même temps.
Les échappements émettent un vrombissement grave et majestueux : la force tranquille.
Dernier détail par rapport à un tableau traditionnel : un nouveau témoin
"FI", signalant un problème au niveau de l'injection.
La position de conduite est droite, légèrement
plus vers l'avant que sur une Bandit 1200S. On pourrait penser qu'il est difficile
d'enserrer l'imposant réservoir. En fait, ce dernier est très échancré et permet de
serrer la moto de façon encore plus efficace que sur une 600. Le poids, quant à lui, se
fait oublier dès les premiers tours de roues. En fait, on oublie presque que l'on est sur
une 1400 cm3. On pourrait imaginer un roadster méchant exclusif... Il n'en est rien. La
GSX 1400 se prend en main toute seule et vous emmène sur le couple sans brutalité. Les
vitesses se passent en douceur (à part cette seconde qui a toujours cette tendance à
claquer chez Suzuki) et on enroule "tranquillement"... En fait, il vaut mieux surveiller le compteur, car on a vite
fait d'être à plus de 100 km/h en ville, en seconde et sans s'en rendre compte. On s'en
rend d'ailleurs d'autant moins compte que les échappements s'oublient complètement.
Adeptes de pots non homologués, passez votre chemin. Ceux-ci font à peine plus de bruit
qu'une voiture et vous en apprécierez tout l'avantage après plusieurs heures de routes :
plus besoin d'avoir recours aux bouchons d'oreille !
Au bout de quelques kilomètres, vous comprenez une chose : la GSX 1400 est
confortable, très confortable. La selle est moelleuse, à la fois pour le conducteur et
surtout pour le passager. Bref, c'est sans aucun doute la meilleure selle d'origine jamais
réalisés (hors Goldwin). La moto a tellement de couple qu'en utilisation normale, on
reste entre la 2e et la 3e... et on risque déjà de perdre son permis sur autoroute. Le
confort se trouve aussi là : moins de passage de vitesse et un gros couple; les vitesses
se passent toutes seules et sans à coup. Et si jamais, vous vous retrouvez par hasard (et
par erreur) à 1500 tr/mn en 6e sur une départementale (et déjà en excès de vitesse),
vous pouvez ouvrir en grand : le 4 cylindres reprend sans broncher et votre casque vous
rentre dans le visage à l'accélération ! Bref, vous allez devoir vous accrocher.
Vous vous engagez sur l'autoroute sur les chapeaux
de roues et le roadster semble ne jamais vouloir s'arrêter. En fait, sans le saute-vent,
ce sont vos cervicales qui crient grâce alors que le monstre semble toujours au ralenti.
Les grandes courbes rapides s'enchaînent avec facilité, et la moto semble se conduire
seule : un régal. Et si la chaussée de dégrade, les amortisseurs associés à la selle
absorbent tout sans broncher et sans surprendre. Et si les réglages d'origine ne vous
suffisent pas, vous aurez toute liberté de les rerégler comme vous le voulez: réglage
en précharge du ressort, compression et détente. Suzuki vient d'inventer le roadster
Pullman.
De retour sur nationale et surtout départementale, le roadster se met sur l'angle sans
effort. En fait, ni survireur, ni souvireur comme une Bandit 1200S, la GSX 1400 semble
vous aider dès la prise d'angle. Bref, il suffit d'un signe, d'un léger appui du poignet
et la moto se place toute seule, quelle que soit la vitesse et sans jamais être surprise
par un mauvais revêtement. Du coup, on peut maintenir un rythme soutenu sur petites
départementales à une vitesse raisonnable sur autoroute sans aucune fatigue, ni risque
inconsidéré. Et au passage dans les petits villages, on reste sur la même vitesse pour
simplement réouvrir largement à la sortie. Le moteur ne rechigne jamais.
Le freinage est à la hauteur du monstre. Hérité
du freinage de la GSX-R 1000 - le modèle hypersport de la marque - les étriers six
pistons sont efficaces, sans jamais surprendre. Cà freine fort, mais en rapport avec la
manière dont vous serrez la main droite. Il n'y a pas besoin de doser : çà freine sans
jamais risquer le blocage. Bref, c'est efficace et sécurisant et on n'hésite pas à
prendre le levier, serrer fort pour tester. Rien à faire, il n'y a aucun risque d'être
surpris en cas d'urgence !
Les impressions accumulées au cours de la première centaine de kilomètres ne feront
que se confirmer au fur et à mesure des centaines de kilomètres avalés. La GSX 1400 est
un régal. Ce n'est pas le/la passager(e) qui vous contredira et vous constatez avec
plaisir que les étapes peuvent être importantes, très importantes même. L'injection ne
calme pas trop les ardeurs de consommation de la belle, mais le réservoir de 22 litres
compense et vous pouvez enchaîner sans problème 300 km sans vous en apercevoir.. hormis
le symbole de la pompe à essence clignotant au niveau du compteur digital depuis plus de
70 kilomètres. Attention ! le bouton de passage sur réserve a disparu depuis la
Bandit 1200.
Après avoir admiré le monstre, et apprécié sa conduite, vous prendrez votre temps
pour en admirer les détails : la finition globale, la déco en relief, la serrure de la
selle discrète et en biais, l'espace important sous la selle permettant de loger deux
combinaisons de pluie, deux antivols, un livre et la boisson (Coca) pour la route...
Si l'on devait faire un comparatif, la GSX 1400 se situe entre une Bandit 1200N et une
Bandit 1200S. Moins joueuse que la Bandit 1200N, mais plus facile et confortable que la
Bandit 1200S (hormis la protection), c'est une moto qui s'adopte avec une telle facilité
que l'on a vraiment du mal à en rendre les clefs. En fait, l'essayer c'est l'adopter.
Remonter sur sa moto personnelle tient alors d'un supplice et plus rien ne sera tout à
fait après comme avant.
Au vu de tous ces atours, cette moto devrait faire un véritable carton au
niveau des ventes. Seul le prix de 61.900 francs fait encore réfléchir, sans oublier le
fait qu'il s'agisse d'un prix de lancement qui devrait monter à 63.990 francs
prochainement. On se situe au même niveau que la XJR 1300 (quoique cette dernière ait
été bradée par Yamaha à 58.900 francs dernièrement). Suzuki confirme ainsi sa
volonté de se situer au même niveau que ses concurrents japonais, tant au niveau
qualité de sa production que des prix annoncés. Et au vu des premiers résultats de ces
premiers mois, il semblerait que le marché suive...
La GSX 1400 est disponible en livrée bleu ou grise dans sa version normale et en
livrée bleu et blanche (réservoir et jantes).
Consommation pendant l'essai : mini : 7L/100km - maxi : 8,5L/100km
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