Essai motard : Camille
Avril
2003, 7h du matin. C’est les vacances d’hiver et elles vont
se passer au fin fond du Queyras, à 50 bornes de Briançon.
Ma copine part en train, moi ce sera en Suzuki DR800, un modèle
de 1990 avec un moteur de 1994.
Devant moi se profilent 750 bornes de nationales, autoroute et petite
départementales viroleuses à souhait. Frénétiquement
j’ouvre la porte du parking où la bête se repose gentiment
tous les soirs. Le spectacle qui s’offre à mes yeux me plonge
immédiatement une bonne décennie en arrière. Elle
ne semble pas tout à fait à sa place dans cet environnement
de béton avec sa gueule inimitable de bouffeuse du désert.
Même BM s’en est inspiré pour faire la F 650 GS.
Découverte
Ses
gros clignotants, son réservoir de supertanker (28 litres de contenance),
ses plastiques décolorés, son porte paquet en acier soviétique
et son gromono de 800cm³ refroidi par air….. tout respire le
trail à l’ancienne. Ce qui frappe tout de même le plus
c’est sa hauteur de selle. Comparée aux roadsters à
côté desquels elle stationne y’a comme un décalage
!
Il est temps de monter sur le monstre car l’heure tourne et le
pilote s’impatiente. La manœuvre ne se passe pas trop mal grâce
à mon mètre quatre-vingt treize en revanche en dessous d’une
certaine taille il va falloir prévoir l’escabeau et les talonnettes
pour les arrêts au feu rouge.
Contact
Première.
Le gros cylindre se met en action et de l’autre côté
le pot émet un gros POUM POUM, archétype du son gromono.
Après avoir saisi que la progressivité n’est pas son
fort on maîtrise un peu plus facilement l’embrayage commandant
une boite douce et précise… du pur Suzuki.
Après les péripéties inhérentes à
tous trajet empruntant le périphérique je me retrouve rapidement
sur l’A6 en direction de Fontainebleau pour m’extraire de
l’agglomération parisienne. Il faut bien admettre que ce
n’est pas le terrain de prédilection de la DR800. Ceci dit
on peut soutenir un petit 140 compteur sans trop de mal et sans se prendre
trop d’air dans le casque. La mini bulle protége relativement
suffisamment et le gros réservoir dévie l’air au niveau
des genoux. La position de conduite, typiquement trail est vraiment confortable,
les jambes très peu pliées, le buste droit : un régal.
Km
70 : sortie vers Fontainebleau et direction la N7. Il fait beau, l’air
commence gentiment à se réchauffer mais ce n’est pas
encore la canicule qui sévira quelques mois plus tard. C’est
parti pour 450 bornes de nationale jusqu’à Lyon. Là
la DR se révèle. La vitesse de croisière s’établie
naturellement à 100km/h ou 4000tr/mn soit exactement là
où se trouve le couple maxi. A ce rythme de grosses pulsations
émanent du moteur, on ressent chaque coup de piston que se soit
dans les cale-pieds, la selle, les poignées ou les rétros.
Y’a une vie là-dessous !
On approche de Lyon et à 400 bornes de mon point de départ
il va falloir commencer à songer à ravitailler. Ce sera
une excellente occasion de reposer mon arrière train qui a vraiment
beaucoup de mal à se faire au confort spartiate style planche de
bois. C’est clair que les ingénieurs nippons n’ont
essayé la DR que dans le Sahara, là où l’on
ne s’assoit jamais ! Un vrai trail à l’ancienne qu’on
vous a dit ! C’est la raison pour laquelle je descends seul, le
duo n’est envisageable sereinement que sur des trajets de 2 heures
maxi.
Allez, il ne faut pas s’endormir, il me reste quelques bornes avant
d’atteindre Grenoble et le Formule 1 où il est prévu
que je passe la nuit.
Le
lendemain, 8h. La montagne à la fraîche, le ciel est bleu,
personne sur la route et les virolos se profilent. La route devient plus
pentue, la température baisse et ça tourne dans tous les
sens. La végétation se fait moins présente, les carburateurs
commencent à avoir du mal à approvisionner le moteur en
oxygène et ça tourne encore ! Mon visage se déforme
: une banane barre mon visage, c’est l’extase. La DR roule
sans faiblir, le moteur tracte mais il faut un peu s’imposer au
guidon pour la balancer d’un virage à l’autre. Les
deux cent kilos, le centre de gravité haut perché et la
roue avant de 21 pouces se font sentir. De leur côté les
Metzeler Tourance que j’ai fais monté une semaine avant le
départ donnent confiance et incitent à pencher tant qu’on
peut, le grip et le confort sont à la hauteur. On en oublie son
petit confort bien qu’au col du Lautaret (2058 m.) mes doigts douloureux
m’obligent à faire une pause pour me les réchauffer
sur le pot d’échappement et changer de gants : le modèle
d’hiver est plus adapté aux températures négatives.
Après le col c’est la descente sur Briançon puis
direction Guillestre. Cette longue descente met en évidence un
freinage assez bon sur bitume ou tout du moins suffisant pour l’utilisation.
En TT il doit être plus que suffisant. Quelques ronds-points plus
tard c’est les gorges du Guil puis à La Maison du Roi à
droite direction Ceillac via la D60 ses 18 virages en épingle et
ses 600 m. de dénivelée en 5km. La plus belle partie du
voyage, ce pourquoi la DR est faite (pistes chaotiques misent à
part): départementale étroite, bitume à la qualité
aléatoire, virages à foison…
Sur place le programme est simple : ski le matin et parcours de la région
l’après midi, en duo bien évidemment. Là la
DR avoue ses limites : elle reste toujours aussi maniable mais le moteur
est un peu à la peine avec ses 54 ch. A sa décharge l’altitude
moyenne est de 1500 m. ça monte beaucoup et souvent. C’est
l’occasion de rouler à un rythme touristique.
La DR800 au quotidien
Consommation en ville : 7.5L / 100
Consommation mini : 5.5L / 100 (à vitesse stabilisée –
4000 tr/mn)
Consommation maxi : 12L / 100 (à vitesse maxi soit 165Km/h compteur)
Autonomie (modèle 1990 – réservoir 28L) : 230 Km à
500 Km réserve comprise
Petite révision : tous les 6000 Km (vidange, chaîne des balanciers,
filtres – très accessible aux débutant en mécanique)
Grosse révision : tous les 12 000 Km (jeu aux soupapes, bougies,
vidange, filtres, chaîne des balanciers – environs 400€
en concession)
Pneus : 12 000 Km en moyenne
Conclusion
Après
un an d’utilisation où j’étais tombé
sous le charme de ce gromono (le plus gros du marché) il m’aura
fallu parcourir ces 750 bornes en deux jours (et la même chose au
retour mais en une fois) pour tomber définitivement amoureux de
ce moulin.
Amoureux de ses pulsations, de son couple, de sa plage d’utilisation
restreinte. Amoureux aussi de sa selle en bois, de son esthétique
complètement dépassée, de son équipement réduit
et de son tableau de bord minimaliste. Pourtant un an plus tard elle sera
vendue avec 74 000 Km au compteur à un autre passionné de
la DR800 pour une réfection technique dont elle commençait
à avoir besoin.
| Points forts |
Points faibles |
- le plus gros mono de la production
- esthétique décalée
- aptitudes routières
- autonomie de cargo
|
- confort spartiate
- duo limité
- cogne sous les 2500 tr/mn
- entretien indispensable
|
Crédit photo : Camille Mesny, et photo « Col du Lautaret»
: http://www.sztucki.de
Un essai réalisé par Camille. |