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Histoire de motarde

Grand Prix de BarceloneLe Grand Prix de Barcelone

Vie de motard(e)s - témoignage... et APPEL DE PHARE...

Mon ER5 qui m'emmène partout où je veux mais cette certitude maintenant que bientôt j'aurai plus gros, et mon troisième rêve : la route d'Espagne et le Grand Prix de Barcelone.

J'avais déjà fait cette route passagère en Pan, une fois lors d'un rassemblement de plusieurs clubs : en bas de la montagne, j'avais regardé ver le haut, un ruban magnifique de 70 motos, une des images qui commençaient à me donner envie d'être au guidon de la mienne. J'y étais retournée pour le Grand Prix, toujours passagère de la Pan, mais là, les circonstances avaient changé ! Deux motards professionnels, en Pan et une trois lettres dont j'ai encore oublié le nom, grise de toute beauté, qui savaient conduire comme savent le faire des pros de plus de 20 ans de métier et qui ne risquent aucune amende bien sûr ! Ce fut le festival ! Les 2 à vouloir prouver à l'autre que la sienne était la meilleure, qu'il était le plus fort, mon pilote, jaloux de voir que j'aimais bien être sur la sportive et qu'on le "déposait", haussait le ton, ce qui ne faisait qu'hausser celui de son ami. Des moments d'anthologie sur cette route magnifique de virages, bitume et vues splendides.

C'était l'année où Crivillé (pardon pour l'orthographe) avait gagné, c'est dire l'ambiance qu'il pouvait y avoir. Oui, un jour, j'y retournerai, au guidon de ma moto.

L'année suivante, un déluge dès Montpellier, on part mais demi-tour à Narbonne tellement les conditions de route sont difficiles et l'idée de camper alors que l'on était déjà trempés fait rebrousser chemin aux pilotes. Oui, un jour, j'irai au guidon de ma moto.

Je ne suis pas les Grands Prix, supporte très peu de rester assise devant la télé, ne retiens pas les noms, suis incapable de reconnaître les machines mais il y a une chose que j'aime, c'est ce ballet de motos dont les pilotes, au millimètre près, redressent leur machine, ouvrent le genou et la basculent de l'autre côté. Je savais ce que je voulais, vivre la totale d'un coup : avoir le temps de faire la route, voir le Grand Prix, être au guidon de ma moto sur ce parking, attendre de pouvoir partir et rouler comme j'en avais le souvenir, des kilomètres et des kilomètres au milieu de milliers de motos. Comme d'habitude, les copains potentiels ont une excuse kivabien au dernier moment, j'y vais donc avec mon ami en 900 Div. Je lui gâche son week-end car lui veut "le voir à la télé car sur circuit on ne voit rien".
-Pfft ! T'as rien compris, je m'en fiche de voir, de savoir qui gagne, je veux voir ces moments de changements de courbes, voir tous ces gens passionnés et je veux être sur le parking. Il m'a particulièrement gâché le mien aussi car on s'est répété les mêmes phrases des dizaines de fois, et puis non, décidément il ne comprend rein.
- Ca t'irait bien une Deauville (pardon pour les possesseurs). Une des rares que je reconnaisse aussi tellement je la trouve moche et aux antipodes de ce que j'ai envie de conduire.
- On pourrait n'y aller qu'à une seule moto ?
- Ben, c'est c'là, oui (c), tu veux pas essayer de comprendre, par hasard ? :)))

Bon, nous voilà partis, grand grand beau. Que s'est-il passé jusqu'à Collioure ? Aucune idée. Je me répétais dans mon casque "tu y vas, tu y vas, eux aussi, là, ils y vont peut-être, mais toi, tu y vas, et c'est ta première fois. Le coeur qui explose à l'arrivée à Collioure. Ca y est, enfin, j'y suis. Ouais, ben il n'a pas la même banane. Pas vraiment motard -passade et non passion-, pas vraiment bon pilote et pas vraiment envie d'être là. Moi ? Juste deux ans que j'attends ce moment. Le début, évidemment, je sens que je conduis mal. Est-ce parce que l'on sort d'une immense ligne droite et il faut que je me réhabitue ? Est-ce parce que le défilé de sportives ou juste plus grosses commence et que l'on est déposé toutes les 3 secondes ? Est-ce parce que la crique là, en bas, est trop belle, que les images se superposent et que je n'arrive pas à me concentrer ? Je ne sais pas, mais il y a un truc qui ne va pas. Au bout d'un temps que je ne peux évaluer, ça y est, l'ER 5 roule, ça y est, elle enchaîne -à mon niveau-, je suis sur cette route et c'est mon guidon !

Arfff ! Des ailes, elle a eu l'ER 5, des ailes ! Je me mets à rattraper des motos, un Bandit rouge devant. (c'est celle que je voulais à l'époque) Ah ! Si je me la gratte là dans cette partie de virages, c'est que je sais, c'est que je peux passer à l'étape au-dessus et que je pourrai le dire à fiston, il n'aura plus d'arguments. Bon, d'accord, c'était pas un pro mais quand même. J'attends derrière un certain temps, le temps de bien me concentrer, de me dire quand tu iras, faut que ce soit le bon moment et que tu tiennes. Pas question de le laisser repasser devant. Il hausse un peu le ton, m'en fiche, je t'observe et je t'aurai -en restant quand même toujours dans mes limites- Ben oui, j'l'ai eu et je ne l'ai jamais revu ! Je sais que ca, je ne peux pas le faire longtemps, pas souvent, juste des éclairs comme ça, mais je l'ai fait, là, sur la route d'Espagne. Bon, yena bien qui l'empruntent aussi, mais je vous ferais remarquer que c'est MA route et que je tolère votre présence !

On continue vers le sud, nettement moins joli après ce passage Collioure / Cadaqués et tout d'un coup, la p'titeroutequiva bien reprend, je ne m'y attendais pas. Virages, couleurs intenses de bleu du ciel, de la mer, du vert des arbres, ces sportives de toutes les couleurs et ces bruits de fusée. Exactement ce que je voulais vivre ! J'étais là, à mon niveau, mais sans bande de peur à mon plaisir ! Parking à gauche de la route après un virage, on s'arrête. Pouvait -on trouver mieux ? Au-dessus d'une crique, vue magnifique, bruit de fusées, je me retourne : garés entre deux virages assez rapprochés, passage de 4 sportives qui sortent, se redressent, rikiki ligne droite, ils ouvrent le genou et plongent, l'un après l'autre dans le virage à gauche. Je sais, c'est pas bien, pas sur route et avec ces pots trafiqués au rétrogradage, mais moi, je suis là, au milieu et j'ai droit à tout d'un coup. Le Grand Prix sur route et je suis aux premières loges.

A part que l'on a dormi à Lloret de Mar, je n'ai aucun souvenir jusqu'au lendemain, jusqu'au moment où on se rapproche du circuit et que la population motarde augmente. Mon deuxième rêve dans la foulée, rouler au milieu de ceux qui savent, qui aiment, qui ont des engins que je ne pourrai jamais conduire, ben, je suis là avec mon ER5 et j'accomplis ces gestes rituels comme les autres de rouler au pas, rouler sur ces cailloux, poser la moto se déshabiller etc. Sur la photo, c'est vrai que l'on voit de tout comme motos, mais moi, je n'ai vu que des sportives de toutes les couleurs et je sais que j'en aurai une bientôt.

Le Grand Prix ?

Je choisis quand même un endroit où on peut voir ce changement de trajectoires, continue à entendre qu'on ne voit rien et que ce n'est pas bien. Je n'en ai pas vu grand chose en fait, impossible de me concentrer, c'était mon Grand Prix que je vivais. Quand même, au bout d'un moment, je finis par réaliser l'aisance du premier, impressionnant. Il coule, coule sur sa moto, on a l'impression que c'est faciiiiiiiiiile et les autres derrière, on sait qu'ils sont aussi parmi les trois meilleurs pilotes mondiaux, mais ils ne donnent pas la même impression. Bon, arriver à savoir qui c'est sans admettre ma nullité totale et éveiller les soupçons, ce ne fut pas facile mais j'ai fini par le savoir ... et le retenir :))

Pi là, ils ont tous vécu la fin du Grand Prix. Meunon !!!!!!! Vous avez tout faux, c'est maintenant que ça commence ! Je vais être au guidon de MA moto, à attendre en pleine chaleur de pouvoir partir de ce parking et rouler au milieu de centaines de motos. C'est maintenant le Grand Prix !

Ils râlent tous, trop chaud, trop de monde, mauvais aménagements, décidément, ils n'ont rien compris ! Angoisse quand même, on est tous serrés comme des allumettes, il faut passer là-bas dans ce goulet et partir à gauche à 90 °, rater, c'est risquer de toutes les faire tomber en chaîne, ménon, ça passera bien, c'est le bonheur intégral d'avoir vécu tout ce que je voulais. Ne pas le perdre dans la foule, savoir que tous, ils sont aussi heureux que moi mais que quand même, je suis la plus heureuse, d'y avoir été avec mon ER5, de l'avoir vécu, d'avoir le droit de rouler, là, au milieu de tous les pros. On se fait régulièrement doubler par des groupes de plusieurs, mais on en rattrape aussi, on roule jusqu'à Narbonne avec des motos de partout, en pensant que tous ceux que l'on voit en reviennent et qu'ils doivent tous avoir la même banane.

A l'arrivée, il branche la télé pour que je voie le Grand Prix "parce qu'on n'a rien vu".
- Bye, je pars rouler.

J'ai sorti ZZR du magasin 10 jours après...

V My Dreamy

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