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Portrait : Michel Bidault

par Julien Nguyen Van Kiem

Michel Bidault est à la presse moto ce que le Joe Bar Team est à la bande dessinée : drôle, sympathique et terriblement motard. Il ne rencontre pas que des adeptes à son humour, mais qui peut prétendre fairemieux ? Car en ces temps aseptisés de conformisme, sa personnalité entière concoure à sa noriété. Rencontre avec l'électron libre de la planète moto.

Michel BidaultLiberté, moto et rock and roll, Le cocktail détonnant du début des années 70. Michel Bidault était de ceux là et ce cocktail constitue toujours aujourd'hui sa vie, son art et sa marque de fabrique. Car qui à part Moto Journal peut se targuer d'héberger en ses pages un journaleux aussi atypique que le bonhomme ? Il a tribune dans une rubrique en rapport avec le personnage : comique, amicale et emprunte de liberté.

Paris, 1972. Michel à seize ans et travaille comme clerc de notaire. Les Stones font vibrer la planète, l'industrie moto japonaise poursuit son essor et Michel s'endette pour faire craquer une T250 Suzuki, le début de la liberté. « La moto a toujours représenté pour moi un formidable moyen d'évasion et d'aventure.» Il rejoint son frère du côté de Clermont-Ferrand tous les week end, aguerrissant sa jeune expérience de motard à toutes les conditions de roulage. Quand arrivent les vacances d'été, Michel enfourche son quart de litre direction un bout du monde, le Pôle Nord. Plus pour le fond que pour la forme d‘ailleurs, car il en retient assez peu de souvenirs mémorables : surtout ceux liés à la préparation, les vérifications de la machine, le matériel nécessaire, l'organisation du chargement et des vivres. Il part avec comme unique provision alimentaire des boîtes de cassoulet, un plein sac ! « J'adorais ça à l'époque, cela n'avait pas vraiment d'importance et c'était comme beaucoup de choses un détail ! » C'est le début d'une série de voyages qui le mèneront aux quatre coins de l'Europe. « En été, les routes étaient envahies de motards, c'était de véritables transhumances. C'est dommage de ne plus voir cela aujourd'hui. Car qu'est ce qui peut dans la pratique de la moto générer une telle passion ? » Le facteur humain assurément ! C'est un moyen de transport exposé aux risques, livrés aux éléments pas des plus confortables ni des plus pratiques. Mais cela rend les rencontres encore plus agréables. Se marrer de bon cœur au bout du monde avec de parfaits inconnus, échanger simplement parce que « qui mieux qu'un motard peut comprendre un motard ? » La vie n'est pas simple on est pas toujours aidé. Coup du sort, Michel en sait quelque chose et pour n'avoir eu pas une vie très heureuse jusqu'à l'adolescence. C'est pour ça qu'il apprécie cette humanité indissociable de la moto. Définitivement c'est un homme de cœur qui fonctionne à l'affectif. Preuve en est, 32 ans plus tard il fréquente encore des motards rencontrés au hasard de la route.

L'arrivée de Michel à Moto Journal remonte à une quinzaine d'années. Auparavant il travaille pour le Ministère de l'Economie et des Finances à l'INSEE. Il profite quelques temps de sa vie de fonctionnaire avant qu'une prise de conscience ne le ramène à des projets plus aventureux et passionnants.

Il vit les premières heures des radios libres, touche à tout dans la pub, l'animation, l'audiovisuel. Au début des années 90, Michel travaille pour la radio Canal 9 qui sponsorise Jean-Yves Mounier en Superbike. Le hasard l'amène à écrire son premier article pour MJ lors de la manche autrichienne. Aucun journaliste MJ n'est dépêché et son article est publié. C'est le début d'une collaboration qui verra naître le Bidordure avant Moto Coin Coin. « J'ai forcément une grande tendresse pour ce journal que j'ai toujours lu. A présent, il me nourrit, et la reconnaissance du ventre, ce n'est pas rien.»

En parallèle à MJ, Michel exerce sa plume humoristique ici et là. Avec Bar2 le papa du Joe Bar Team dans l'encyclopédie imbécile de la moto et très récemment avec Faujour dans les 1001 dictons de la moto. C'est que son imagination et sa motivation sont inépuisables. C'est ainsi qu'il s'est jeté corps et âme dans l'aventure du Joe Bar Mag. Un canard au moins aussi unique que son fondateur. L'aventure est belle, le ton original, le lectorat suit, bref les résultats sont satisfaisants. Mais au prix de sacrifices considérables car avec quasiment aucun moyen, Michel doit s'occuper d'absolument tout. Au point de faire deux journées de travail par jour week end compris, de ne plus vivre que pour ça. L'histoire s'est arrêté au numéro 58 mais il garde beaucoup de fierté de cette entreprise « qui a fait un peu avancer les choses en bousculant un brin la presse moto de sa torpeur. »

Côté moto il roule en Triumph Bonneville, une moto qu'il adore. Il a possédé quelques trails auparavant et ses meilleurs souvenirs vont à la Tiger de la marque anglaise. Mais en bon motard qu'il est il prend plaisir derrière n'importe quel guidon. « Les motos d‘aujourd'hui tiennent la route et sont indestructibles. En revanche il est toujours impossible d'emporter un paquet de clopes. On m'aurait dit ça voici trente ans je n'y aurais jamais cru ! »

La popularité de Michel auprès des lecteurs ? On l'a tous un peu comme copain tant derrière ses faux air de tailleur de costard transparaît l'homme, le vrai. Un type sincère et généreux, assez heureux de vivre pour se passionner et rêver de tout. A l'approche du demi-siècle, il continue d'amuser le monde motard de sa verve facétieuse. « Si l'intelligence a trouvé ses limites, la connerie les cherche encore » pouvait on lire récemment dans Moto Coin Coin. Pas d'inquiétude donc de voir se tarir une des sources d'inspiration de notre Bidault national ! Les projets continuent d'habiter sa créativité, gageons de ce fait qu'il nous réserve de bonnes surprises à venir.