Essai motard : David B.
Au
premier regard la BMW R1150R sert un design alliant classe et sobriété.
Les lignes sont plus travaillées que sur l’ancienne R1100R
et l’ensemble parait plus homogène. BMW a beaucoup travaillé
sur l’intégration des éléments qui grévaient
jusque-là l’esthétique de la moto.
Les radiateurs d’huile sont désormais dans le prolongement
du réservoir et ne font plus « oreilles de mickey »
au-dessus des cylindres, les deux demi guidons en alu moulé sont
remplacés par un traditionnel tube sans histoire. De la même
manière les jantes perdent leur aspect massif pour cinq doubles
branches du plus bel effet qui doivent beaucoup au look des automobiles
de la marque.
Le télélever gagne également en légèreté,
sa section est plus faible et son dessin ajouré participe à
alléger l’ensemble. Le seul appendice vraiment discutable
reste le garde-boue avant et sa forme de pelle retournée beaucoup
plus mastoc que ceux de la concurrence (comme tout le reste diront
les mauvaises langues). Il a cependant l’avantage de prolonger
les lignes du réservoir et de briser un peu la longueur interminable
des tubes de fourche qui, au passage, n’ont qu’une fonction
de guidage. L’amortissement avant est en effet assuré par
un mono amortisseur placé entre l’épine dorsale du
faux cadre et le bras du télélever.
Cette moto n’est pas faite uniquement pour être regardée
alors en selle !
En selle
Celle-ci
est confortable et possède un revêtement anti-dérapant
bien adapté. Le guidon n’est pas trop loin même si
les petits gabarits risquent d’avoir les bras un peu tendus mais
leurs pieds devraient bien poser sur le sol car la hauteur de selle est
dans les standards.
Il est clair que nous sommes sur un roadster, les jambes sont suffisamment
détendues pour être à l’aise et seul le poids
s’avère gênant. Cette moto pèse très
(trop) lourd et les manœuvres à l’arrêt doivent
se faire avec circonspection surtout si vos pieds ne sont pas bien à
plat. Les 250 kilos en ordre de marche se font alors bien sentir et mieux
vaux éviter de reculer en tournant sur des gravillons !
Heureusement l’engin est équipé d’un moteur
alors profitons-en.
Contact
La procédure de démarrage impose d’attendre l’extinction
du premier voyant de l’ABS avant d’actionner le démarreur,
vous laissant alors profiter du sifflement de l’assistance de freinage
avec à la clé les regards en coin des passants dubitatifs.
Starter, une pression sur le bouton et le twin s’ébroue avec
le balancement caractéristique des boxers BMW dans un bruit feutré
pour ne pas dire électrique. Le starter peut être repoussé
presque immédiatement dès que le moteur tourne, l’injection
aurait certainement put s’en charger automatiquement. Pendant que
le bouilleur chauffe sans réveiller vos voisins, vous pouvez régler
la précharge de l’amortisseur arrière sans descendre
de la selle par une molette à clics qui se révèle
très pratique à l’usage. La détente se règle
classiquement avec un tournevis plat comme pour l’avant.
Il n’y a pas de bruits de fonctionnement si ce ne sont les culbuteurs
qui cliquètent devant vos genoux en attendant d’avoir atteint
leur température idéale. La boite est un peu ferme mais
vous évite le traditionnel « klong » au passage de
la première. Les premiers mètres rendent la moto plus légère
et vous goûtez rapidement au remarquable équilibre de cette
machine. Le couple de renversement disparaît également et
c’est serein que vous vous intégrez dans le trafic citadin,
au-delà de dix km/h vous pilotez un véritable vélo.
En ville
C’est au premier freinage que vous réalisez qu’aucune
moto n’est pensée comme une BMW. La course du levier est
courte même réglée au plus grand (4 positions) et
vous venez de freiner trop fort grâce à l’assistance
et au couplage avant/arrière (au levier uniquement, la pédale
n’actionne que l’arrière). Le télélever
rempli à merveille sa fonction d’anti-plongée et l’ABS
complète parfaitement le dispositif en permettant au commun des
mortels d’utiliser à cent pour cent la puissance de freinage
et ceci dans toutes les situations : chargé,sous la pluie, en urgence.
Un véritable plus en matière de sécurité qui
nécessite cependant un minimum d’apprentissage tant il est
violent, surtout à basse vitesse. C’est une option à
1070 euros remboursée dès la première chute évitée
…
Sur route
Une
fois sorti de la ville le couple du moteur ne demande qu’à
s’exprimer et la zone rouge à 7500 tr/mn qui vous avait surpris
de prime abord se révèle plus que suffisante. Ce twin reprend
sans peine dès 2000 tours et passé 3000 vous disposez d’assez
de m/kg pour vous offrir des accélérations jouissives sans
être cependant violentes. Les 85 chevaux présents font passer
l’agrément de conduite avant la performance. Il convient
de passer les rapports à 4500 tours en conduite souple et de décomposer
les mouvements sous peine de rappels à l’ordre du cardan.
A ce régime vous roulez à 130 km/h, vitesse au-delà
de laquelle vous serez en infraction sur l’autoroute, rien de grave
car cette moto n’est pas faites pour cela.
Le
manque de protection et le dessin du réservoir qui empêche
de le serrer correctement font que l’autoroute est très fatigante
passé 140 même avec le petit saute vent disponible en option
(130 euros). Les amateurs devront se pencher sur les catalogues des accessoiristes
pour trouver un modèle plus protecteur.
Ce
roadster est donc très à l’aise sur le réseau
secondaire et ne se désunit que très rarement lorsque le
revêtement est fortement dégradée et la conduite plus
musclée. Ce n’est pas une sportive mais la prise d’angle
n’est limitée que par les cylindres et la béquille
centrale qui se disputent la primeur de racler le bitume. La partie cycle
ne vous fera pas de sale coup, bien relayée par les Michelin macadam
et pilot road parfaitement adaptés à son caractère.
Cette moto se prête volontiers au duo comme d’ailleurs toute
la gamme BMW, sa selle passager est confortable et suffisamment grande.
Il faut cependant choisir l'option supports de valises (110 euros) pour
avoir des poignées passager. Vous pouvez ajouter le porte-paquets
(95 euros) finalement plus pratique pour se tenir et si vous aimez vraiment
votre moitié, optez pour la selle confort (135 euros) et elle vous
sera éternellement reconnaissante ! Vu la place disponible votre
passagère prendra ses aises et laissera le vent s’engouffrer
entre vous, ternissant un peu le tableau. De plus veillez à ne
pas freiner trop fort car la violence de la décélération
pourrait bien laisser des traces à l’arrière de votre
casque …
Vous
l’aurez compris après tous ces détails la BMW R1150R
n’est pas exempte de défauts mais aucun n’est véritablement
rédhibitoire sauf peut-être le prix (11350 euros sans options)
qui fera réfléchir les moins fortunés. Sachez seulement
que si vous ajoutez le prix d’un monobras, d’un cardan’
d’une fourche aussi efficace et d’une bonne finition à
la concurrence de même cylindrée, vous verrez que vous n’êtes
pas perdant.
Pour ne rien vous cacher cette moto est la mienne et je roule avec depuis
maintenant plus de 2 ans. Elle totalise 32000 km et n’a souffert
d’aucuns problèmes particuliers, je me suis juste contenté
de faire les révisions constructeur (1000, 10000, 20000, 30000
pour respectivement 0, 130, 230, et 152 euros). Mon premier train de pneus
a tenu 14000 km pour l’arrière et 21000 km pour l’avant.
Il s’agissait de Dunlop D207 qui m’ont entièrement
satisfait même en matière de longévité bien
que typés hypersport. Je les ai changés pour un macadam
100 à l’arrière et un pilot road à l’avant.
Le macadam pour son endurance et son caractère bien adapté
à ce gros roadster et le pilot road pour son grip correct même
sur le mouillée et son profil bien rond évitant l’usure
en « escalier » constatée sur le D207. Les plaquettes
avant sont d’origine alors que les arrières ont été
changés à la révision des 30000.
Conclusion
Je
n’utilise cette moto que pour mes loisirs et elle vieillit bien.
Un bon lavage et elle pourrait paraître neuve !
Son homogénéité en fait une bonne à tout
faire qui saura vous emmener loin avec armes et bagages mais aussi prendre
de l’angle sur le réseau secondaire, un véritable
couteau suisse !
La consommation est plus que correcte puisqu’elle tourne autour
de 5.5 litres au 100 km en conduite normale mais ne monte pas énormément
si vous forcez l’allure. L’entretien est limité surtout
grâce au cardan et au final l’opération la plus courante
avec la pression des pneus sera le contrôle du niveau d’huile.
Le flat de forte cylindrée à tendance à consommer
un peu d’huile ce qui est normal, pour ma part je rajoute environ
50 cl entre 2 vidanges suivant les parcours effectués.
| Points forts |
Points faibles |
- bonne à tout faire
- couple
- freinage surtout avec option ABS intégral sport
- tenue de route
|
- prix, notamment avec options
- absence de protection
- poids un peu trop élevé
- espace de rangement trop faible sous la selle pour une moto
de ce type
|
La fiche technique
Concurrentes :
Deux collègues motards l’ont essayés, voici ce qu’ils
en pensent :
Pierre, 30 ans Ducati Monster 1000 DS :
« Cette moto ne me convient pas car elle ne sied pas à mon
gabarit, trop haute, trop lourde, pas assez nerveuse. Elle privilégie
trop le confort de conduite au détriment des sensations que je
recherche avant tout sur une moto. De plus les options ont le mérite
d’exister mais ne cadre pas du tout avec mes attentes et les pièces
spéciales ne sont pas légion. Cerise sur le gâteau,
le prix la met définitivement hors course à mes yeux. Son
design me laisse également perplexe car trop décalé
des canons habituels du genre. Au final cette machine n’est pas
mauvaise mais beaucoup trop fade pour moi. »
Etienne, 34 ans, Triumph sprint ST :
« Pour moi c’est une très bonne moto, très
attachante. Son look est agréable et valorisant sans en faire de
trop. Mention spéciale pour le freinage qui bien que déroutant
est réellement efficace et sécurisant. La partie cycle est
très bien équilibrée et le poids se fait oublier
dès qu’on roule sauf dans les enchaînements rapides
à forts changements d’angles. Le seul reproche serait pour
la position de conduite qui manque un peu de sportivité génératrice
de sensation mais après tout ce n’est pas le véritable
créneau de cette machine. »
Un essai réalisé par David B. |