Ca
y est, me voila de retour, douce France pluvieuse et sarkomaniaque, après
un petit périple ma foi fort sympathique, dépaysant, riche
en enseignements et je pense inoubliable.
Moi et mon pote Mathieu avons donc réussi le très relatif
exploit d’amener deux Africa Twin de 1990 comptant plus de 90000
km au compteur et somme toute en fin de vie, de Paris à Bamako
au Mali. Au final, plus de 4500 km dont à peu près 1000
km de piste … le tout en 3 semaines.
Ci-contre, un petit aperçu de notre voyage : en vert, l’auto
train, bien pratique pour éviter le froid, en bleu le bateau, bien
pratique pour éviter de se taper l’Espagne et en rouge, la
bécane avec des pointillés pour la Piste avec un grand P
(ouuui mosieur)… les étoiles correspondant aux incidents
techniques.
Mais ne nous énervons pas, chaque chose en son temps, prenez place
(ou fuyez !) car cela risque d’être un chouia long…
CHAPITRE 1 : ciao la France salut l’Afrique…
Voila 6 mois que je prépare ce voyage. Rendez vous est pris à
Sète avec un couple voyageant en vieux Land Rover (super bien équipé)
rencontré sur internet. A la base, je devais être le seul
motard, mon but étant de ramener ma vieille Africa Twin, inutile
ici, dans la famille de ma femme, à Bamako. Oui mais voila, à
force de parler de ce voyage, Mathieu a craqué et a récupéré
lui aussi une vieille Africa (identique !) utilisée récemment
quand on était parti au Maroc. 5 jours avant le départ,
nous voici donc deux glands à moto, censés traverser la
Mauritanie par la piste, nous les purs ignorants du sable… ma foi,
qui ne tente rien n’a rien !
Tiens, la Mauritanie, les français assassinés juste avant,
le Dakar annulé, les familles paniquées… AAAAh fuyons
ce monde surmédiatisé où le moindre fait divers peut
prendre des proportions hallucinantes, où le mot Al Qaida est aussi
souvent utilisé que le mot Sarkozy… oui décidément
fuyons.
Une vidange, des pneus Michelin Désert, quelques outils, des bidons
de 20 L à mettre sur le Land et c’est parti !
Le mercredi 9 janvier, on dépose les deux mémères
sur l’auto train pour les retrouver le lendemain matin à
Avignon. 130 bornes d’autoroute sous la flotte et les pneus Michelin
Desert se comportent très bizarrement sur route… vivement
le soleil.
On arrive à Sète, on retrouve comme prévu nos deux
compagnons de route, le premier contact avec Xavier et Céline est
très encourageant même si Xavier a un sourire crispé
lorsqu’on évoque l’état de nos grosses : grosse
consommation d’huile pour Mathieu, moteur qui tourne comme une patate
pour la mienne etc, etc…
36 h de bateau, idéal pour se reposer, faire connaissance, se
faire chier, bouquiner et le samedi 12, un superbe levée de soleil
sur le très encombré détroit de Gibraltar

On débarque à Tanger, et bizarrement les formalités
se passent extrêmement rapidement … à nous l’Afrique
!
CHAPITRE 2 : P.utain, le Maroc et le Sahara occidental c’est
long !
L’objectif un peu hallucinant est de traverser le Maroc et le Sahara
occidental en trois jours… soit plus de 2000 km. Oui oui, à
votre service ! On emprunte la toute nouvelle autoroute du Roi, les aires
de repos sont… typiquement françaises, les jumelles toutes
les 50 bornes (oui !)… rien de bien passionnant, calés à
un petit 110 km/h (le 4x4 ne dépasse pas les 90), on se goure de
sortie après Casablanca, on roule de nuit le but étant d’arriver
à Marrakech… mais on est crevé (déjà
!) et on dort comme des manouches sur une aire d’autoroute en construction
à 80 km au Nord de Marrakech. Le bivouac le plus pourri de l’histoire
… pas grave, on se rattrapera !
Le lendemain, Mathieu et moi nous envolons sur des nationales blindées
de camion où le dépassement en 4x4 est impossible. On se
donne rendez vous sur la côte afin d’avoir un bivouac digne
de ce nom… Un plein d’essence, des petites courses (bah ouais
on a le temps, ils se traînent avec leur 4x4 !) Mathieu et moi trouvons
un lieu où se poser paradisiaque, avec coucher de soleil et tout
et tout … petit joint, le soleil se couche mais KESKIBRANLE …
allo ? ah vous êtes 50 bornes devant ? ah ? Meeeerde, route de nuit
montagneuse, fatigués, on les retrouve et on se pose éreintés
au bord d’une falaise … il va falloir qu’on s’attende
plus souvent.

Et hop ! réveil militaire bientôt habituel avec le levée
du soleil à 6h30 … et il faut bien se faire une raison, on
fera pas 1200 bornes aujourd’hui !

On roule on roule on roule, et le Sahara ouvre ses portes, les virages
disparaissent, l’océan se montre par moment, on fait un ptit
tour dans le sable mouaais, les contrôles d’identité
tous les 80 km, des cinglés en vélo…

Et un PV … et oui, où que j’aille, il faut toujours
que je me prenne un pitain de PV. A chacun de ces fameux contrôles
d’identité, où il faut remplir toute un paperasse
et dire « non pas de cadeau », il y a un panneau tout pourri
écrit « STOP Gendarmerie Royale ». Moi qui avait enfin
trouvé deux virages déboule donc à 110 et ne peut
m’arrêter… Le policiercommence à sortir son baratin,
m’offre le thé, m’explique que c’est 400 dirham
(40 euros !) et là mes enfants, c’est le moment de sortir
la tactique du merlan frit, testé et approuvé taaaant de
fois avec notre chère bleusaille nationale : rester courtois, paraître
triste, assumer blablabla… et je m’en tire finalement avec
un PV à 100 dirham pour… non port du casque OOOh c’est
bon.
On dépasse Laayoune, tiens il fait nuit … et on finit par
dormir sur le bord de la route, sales et crevés.

6h30, mardi 15 janvier, au programme 650 bornes de ligne droite entrecoupée
de contrôles et l’espoir d’un hôtel, d’une
douche (oooh une douche). Le sans plomb commence à disparaître
au profit du super. Les pneus commencent à tirer un peu la tronche,
les motos roulent comme des patates donc tout va bien ! On passe la dernière
ville (militaire) marocaine de Dakhla … et là plus rien,
plus de circulation ... KEDAL, un banc de bitume et des chameaux, le vent
souffle fort et recouvre virtuellement le bitume d’un fine couche
de sable blanc (c’est beau !).

On arrive enfin à l’hôtel, la douche est chaude (AHAHAHAH),
la dernière station service marocaine (c’est beaucoup plus
cher en Mauritanie) est à cours de gasoil et le Land, rempli à
ras bord de ce précieux breuvage, est convoité gentiment
par les 15 camions qui attendent le ravitaillement… demain, à
nous la Mauritanie et la piste !
CHAPITRE 3 : le sable, le vent et le vent de sable
6h30 comme d’hab, on glandouille une bonne heure à la frontière,
côté marocain et c’est parti pour ce qui est appelé
le « no man’s land ».

Ce fameux no man’s land est en fait une piste de 5 km entre la
douane marocaine du Sahara occidental et la douane mauritanienne, anciennement
minée, en bon souvenir de la guerre qui a opposé les deux
pays (en fait le Sahara occidental n’est pas reconnu comme marocain
par les nations unies et il est revendiqué par les salawi mauritaniens
… enfin pour faire simple quoi) il n’y a pas si longtemps.
La « légende » veut qu’il est facile de s’y
égarer et donc de péter sur une mine … sympa non ?
En réalité, c’est du flanc, on voit à vue
d’œil la douane mauritanienne, la piste est parfaitement tracée,
bref beaucoup de bruit pour plus grand-chose.
Allez hop, pour ne pas changer, formalités administratives, on
tamponne, on retamponne, on paye, on prend une assurance (bidon ?), on
discute, on nous explique que la Mauritanie condamne avec honte l’assassinat
des français, qu’on est les bienvenus … tout va bien
!

On est désormais en Mauritanie messieurs dames, encore 60 km
de bitume et c’est théoriquement parti pour 600 bornes de
pistes ensablées le long d’une voie ferrée perdue
au milieu du désert, reliant une mine de fer perdue dans le Sahara
à Nouadhibou, grosse ville mauritanienne sur l’Atlantique.
Le train est gros, très gros, il en passe peut être 2 par
jour … mais il a 150 wagons … ce qui en fait un des deux plus
grands du monde.

Petit village, premier sable mou et … boumbadaboum, Mathieu se
vautre, moi j’en chie mais je passe … heu hum on a fait 50
mètres de sable et on est déjà en sueur. On se pose
au tout début de la piste et le train arrive…

Quand je vous disais qu’il était balèze. Ah oui au
fait, il y a du vent, ça a l’air de rien dit comme ça
mais c’est un vent fort … et ya du sable partout. Donc on
BOUFFE DU SABLE et on va en BOUFFER pendant les 10 jours à venir.
Ce vent, c’est l’harmattan :
L’harmattan est un vent chaud et sec, de direction Nord-Est à
Est, en provenance du Sahara. Il souffle de décembre à février
sur toute l’Afrique de l'Ouest, du Sahel au Cameroun et au Tchad.
Chargé de poussières et de sables (fines particules de 0,5
à 10 millièmes de centimètres), il peut obscurcir
l'atmosphère durant plusieurs jours et il favorise ainsi les épidémies
de méningite dans les pays sahéliens.
Donc en fait, les paysages de carte postale, c’est dans le kukekette,
on voit rien à plus d’1 km et le pire, le PIRE, c’est
que les gens la bas disent « ooh aujourd’hui ça va
».
Bref, on dégonfle les pneus (~ 1.3), Mathieu et moi nous regardons
(« Force et robustesse ») avec une certaine appréhension
et c’est parti. Les bords du rail sont composés de sable
extrêmement mou et Mathieu et moi décidons donc de rouler
entre les rails … hum, ça a l’air dur, mais en fait
c’est mou et rempli de bout de métal … en un mot, 600
bornes comme ça, je meurs.
Allez hop, je me décide, on est dans le désert, on voulait
du sable, alors roulons dans le sable et nous quittons l’affreuse
voie de chemin de fer … et c’est pas si mal, même si
c’est extrêmement casse gueule. Mathieu élabore la
théorie du poids (le cul) en arrière façon poudreuse
qui marche pas mal … et on fait notre premier ensablement.

Très vite, la confiance arrive, 70/80/90 aaaaah mais c’était
donc vrai : dans le sable, en Africa Twin, bourriner tu devras et oooh
miracle, la moto flotte, c’est merveilleux, le paysage qui ne donnerait
rien sur une photo est impressionnant, le sourire sur les lèvres
je pars devant, sors des traces … essaie de revenir derrière
eux et BOUM me gaufre à petite vitesse. Pas grave, j’arrive
miraculeusement à relever la moto, relève la tête
… personne. Je roule 200 m … personne. Je coupe le contact,
écoute … rien personne. Hum c’est ballot, j’ai
pas d’eau, le téléphone ne capte pas, la piste s’efface
avec le vent… la sueur froide arrive. NE PANIQUONS PAS. J’aperçois
une tente de chamelier au loin et roule m’y réfugier. L’accueil
est merveilleux, ne t’inquiètes pas petit touriste effrayé,
tu vas retrouver tes amis, prends d’abord un peu de lait de chamelle
sucré (ooooh que c’est bon), un bon thé, détends
toi. Moi et les hommes du désert grimpons au sommet d’une
dune pour pouvoir capter le réseau, je laisse mon message, mon
hôte appelle tous ses potes pour prévenir qu’un touriste
est perdu et nous retournons sur la piste pour attendre … et finalement,
le cher Land Rover vert arrive (MAMAAAAAN), on est tous soulagé
mais on a perdu pas mal de temps. On finit par faire 60 bornes avant la
nuit, Mathieu et moi bourrinons entre 70 et 110, un vrai régal,
le pied du motard, le kiffe, le vrai. Ouf, bivouac au milieu de nul part,
je me suis fait peur mais … tout va bien et il semble bien qu’on
soit capable de rouler dans le sable !
6h30 ah et si on faisait un peu de moto ! La journée commence
comme elle s’est finie, le GRAND KIFFE, 120 bornes avalées
comme si de rien n’était. Nous attaquons une partie beaucoup
plus ensablée (dunettes), le vent souffle très fort, on
voit rien …4e aah je m’enfonce bon alors fond de 3e aaah fond
de 2e … une montée, fond de 1ere ouf ça redescend
fond de 2e et hop 15 litres au 100 (25 pour le 4x4).

Tiens Mathieu s’arrête, heu ça va ? Ah bah en fait,
la moto s’est coupé brutalement et ne redémarre plus…
on tapote, on regarde, on lui parle, nan elle redémarre plus…
Après plusieurs réflexions, on finit par tester sa pompe
à essence (le tout en BOUFFANT du sable) … qui ne marche
plus. Et merde ! Un pickup répare au loin la voie ferrée
et nous leur demandons de nous amener la moto au village (le seul un peu
gros sur 500 bornes) à 15 bornes d’ici. La moto de Mathieu
est donc sanglée n’importe comment à l’arrière
du pick up … la piste jusqu’au village est extrêmement
molle, je suis à deux doigts de m’ensabler mais je m’en
sors en brûlant ma moto (fond de 1ere, gerbe de 10m et on pousse
avec les pieds).

Une fois arrivé au village, nous sommes crevés, les enfants
sont infernaux (AAAH), on passe l’après midi à essayer
de trouver une pompe … pour finalement installer une vieille pompe
à essence de Land Rover. On essaie de la faire tenir avec du fil
de fer, la moto redémarre (et oui !) et Mathieu est chargé
d’essayer de nuit, dans un village (donc sable très mou avec
plein d’obstacles) sa nouvelle et merveilleuse réparation
de manouche. Evidemment, tout ce qu’on arrive à faire c’est
50m laborieux, on voit rien et c’est dangereux, le mec veut qu’on
lui paye 50000 ouguiya (la monnaie de la bas que nous appelions zigouigoui)
soit 150 euros… en un mot c’est vraiment n’importe quoi.
L’essai est repoussé au lendemain et nous passons la nuit
chez les gendarmes.
Vendredi 18 janvier 6h30, pour changer, l’essai n’est pas
concluant et nous devons laisser, la mort dans l’âme, la moto
à la gendarmerie (enfin la cabane quoi) du village en n’étant
pas sur d’être en mesure de revenir la chercher. Et c’est
reparti, mais je suis seul (ce qui ne m’empêche pas de prendre
égoïstement mon pied)

Le GPS indique le prochain waypoint tout droit à 6km … donc
je fonce tout droit, en plein dans de vrais dunes, sans trace …
et je m’ensable lamentablement. Le 4x4 qui m’a suivi s’ensable
aussi sauf que c’est beaucoup plus embêtant, on met plus d’une
heure à le désensabler en BOUFFANT du sable comme jamais
et on décide d’arrêter les frais et de contourner les
dunes. Je suis mort, je suis le Land à distance et … plus
rien. J’essaie de redémarrer mais plus rien… aaaah
on diagnostique encore une fois une panne de pompe à essence (quelle
merde cette pompe !) mais cette fois, nulle part où la laisser
et nous la couchons donc à l’abri d’une herbe à
chameau, « cachée », en prenant les coordonnées
GPS.

C’est donc avec les deux tocards de motards à l’arrière
du Land que nous finissons la journée (en buvant allégrement
du rhum pour se consoler) pour finalement arriver à Atar, grosse
ville ou nous avons rendez vous avec un autre 4x4 qui connaît bien
la Mauritanie.
Je suis malade, un peu saoulé et je m’écroule…
Une bonne nuit de sommeil et hop, pas le temps de se reposer, l’auberge
nous propose moyennant 200 euros d’aller chercher les deux bécanes,
un Range Rover un peu pourri, une remorque, un mécano, un «
pilote » mauritanien et c’est reparti en sens inverse ! Nous
disons au revoir à Xavier et Céline qui continuent leur
aventure sans nous (c’était le contrat) et on se donne un
éventuel rendez vous à l’autre bout de la Mauritanie
au cas où on arriverait à avoir du réseau. Ce dépannage
sera hallucinant, le païlote décidant de prendre un raccourci
dans les dunes (avé la remorque c’est super pratique), nous
ensablant mais on passe quand même ! Hop, on retrouve ma moto grâce
au GPS et c’est l’heure du thé et de la prière
On la laisse chez des chameliers (thé encore) et on fonce en direction
de la moto de Mathieu. On s’arrête dans un petit village (thé)
pour la nuit en se faisant allégrement dragué par de jeunes
mauritaniennes très aguicheuses (12, 15 ans ?).
6h00 (thé) et on est reparti, on récupère la moto
de Mathieu qu’on arrive tant bien que mal à faire rentrer
DANS le Range (on défonce l’araignée, on vire la roue
avant…), un petit thé et c’est reparti.

On récupère la remorque, on crève une première
fois, notre pilote décide de nouveau de prendre un raccourci qui
consistera à mettre 30 minutes (10 tentatives) à monter
une pente ensablée à 25 % avec les DEUX motos… on
crève une deuxième fois, on bouffe de la poussière,
du sable, on boit 12 thés et on arrive exténués à
l’auberge … ouf !
Le lendemain, on arrive tant bien que mal à « réparer
» la pompe de Mathieu, on commence à se renseigner pour se
faire livrer une pompe…on se repose, on se lave, on visite Atar
mais on BOUFFE du sable et puis Atar c’est nul…
Mardi 22 janvier, Joël, le mec qui tient le magasin Honda près
d’Athis Mons sur la nationale 7 dit à notre pote chargé
de nous sauver : « mais heu les gars, une pompe, ça sert
à rien, branchez le tuyau en direct ça devrait marcher »
Ah, oooh et bein on essaie et devinez quoi !? Et bah ça marche
et ces foutus KONNARDS de rédacteur de manuel technique, ils sont
pas foutus de l’écrire AAAAH LES KONS, 4 jours et 200 euros
de perdus pour rien !!
On décide d’aller faire un essai en partant pour Chinguetti,
ville touristique bordée d’immenses dunes à 80 km
d’Atar … et au bout de 50 m la pompe de Mathieu relâche
… bon cette fois on sait comment faire et c’est reparti. Tiens
c’est marrant, pour changer, le vent est étourdissant, on
voit rien, on fait une petite pause et … aah bah tiens c’est
MARRANT ça aussi, le démarreur de Mathieu ne fonctionne
plus.
Ne nous énervons pas, ne nous ENERVONS PAS. Poussette et on rentre
à l’auberge la queue entre les jambes, bien décidés
à quitter cette ville de merde le lendemain … ah oui et au
passage, le démarreur de Mathieu n’aura plus aucun problème
après ça…
Une petite photo du camion de nos voisins hippie/junkie/vampires («
Jesus freaks man ») qui ne sortaient en moyenne que 10 minutes par
jour.

CHAPITRE 4 : la renaissance
Mercredi 23 janvier, il nous reste un peu plus d’une semaine pour
arriver à Bamako. Il est temps de quitter cette région (l’Adrar)
qui ne nous aura pas porté chance même si les 400 km de pistes
ensablées resteront inoubliables…
On part vite, sans prévoir de bouffer, avec 1.5 litre de flotte
par personne pour 450 km de banc de bitume dans le désert sans
possibilité de ravitailler en essence, une seule ville à
traverser, et dans le but de rejoindre Nouakchott, capitale de la Mauritanie.
Nous n’avons aucune idée de l’autonomie de nos mémères
sans pompe à essence (à priori les 5 derniers litres ne
pourront pas descendre par gravité) et la moto pèse, avec
le bidon de 20 litres plein à ras bord, plus de 300 kg !
Ce que nous prenions pour une formalité (du bitume ma foi), va
devenir très vite une des plus dures journées de moto de
toute ma vie. Le vent souffle extrêmement fort, en rafale et complètement
de travers ce qui a pour conséquence une perpétuelle lutte
avec la machine … et des pneus qui ne s’usent que d’un
côté (un angle constant d’au moins 15 °). A chaque
pose, on BOUFFE 50 kg de sable, la moto de Mathieu, posée sur le
bas coté pendant une pose pipi, se fait carrément renverser
par le vent (c’est pour vous dire sa force). Il fait extrêmement
chaud. Mathieu est malade et je me sens de plus en plus desséché.
Mais cessons de nous plaindre, un petit hors piste nous offre tout de
même de belles dunes.

Lors de notre propre ravitaillement essence au bout de 230 km (ça
devrait passer !), mon bidon trop rempli se déverse sur mon pantalon
et dans mes bottes … cool j’avais besoin de ça.
Bref, on arrive quasiment en panne d’essence (ça s’est
joué à 2 ou 3 km près) à Nouakchott et on
se trouve une auberge pour souffler. Je me rends compte que j’ai
beaucoup de fièvre, que je suis loin d’avoir assez bu, que
mon bide est retourné, que pisser me fait mal… en un mot,
je suis en complète déshydratation pour la première
fois de ma vie et c’est loin d’être une partie de plaisir.
3 litres de flotte plus tard et un repas que je me force à avaler,
je m’effondre dans mon lit à 20h30 en me demandant comment
je vais faire pour repartir le lendemain.
Le lendemain, grâce matinée 7h00 , sur le point de partir
(je suis complètement remis … à part mon ventre),
on rencontre un jeune couple de suisses, un peu paniqués par l’idée
de passer par Aleg, la ville où les touristes se sont fait descendre
et ils nous expliquent qu’ils comptent faire aujourd’hui leur
visa pour le Mali… Mathieu et moi regardons la carte et on constate
qu’il semble possible de rentrer au Mali par la piste … ce
qui implique d’avoir le visa à l’avance… et puis
une journée de repos, ça fera du bien.
Allez hop, journée avec les suisses (très sympa), visa
fait en une heure, on prend même les assurances, on bouquine, on
glande et demain, 600 km entre Nouakchott et Kiffa nous attendent le long
de la route de l’espoir.
Rien à voir avec le précédent tronçon, le
vent est beaucoup plus raisonnable, la journée se passe super bien
… hormis l’envie pressante de me vider à chaque arrêt
ce qui pose parfois problème lors des contrôles de gendarmes.
Au matin le paysage est vraiment grandiose avec de magnifiques dunes
de sable rouge et les photos prises ne sont pas à la hauteur …
donc à vous d’imaginer. On s’arrête à
Aleg faire de l’essence, pas de terroriste, pas de Ben Laden, on
nous aurait menti ? Pour les nombreux contrôles de police (cadeau,
blabla), j’élabore une nouvelle stratégie consistant
à ne pas laisser le temps au policierde sortir de sa cabane et
de passer à fond de 5 en faisant coucou de la main …
On rentre dans Kiffa (j’ai encore du chier - excusez le terme
– derrière la cabane des flics) avant la tombée de
la nuit, juste le temps de visiter les auberges minables de la ville.
Dans celle que l’on choisit, tout est merdique, tout est laissé
à l’abandon, c’est cher pour ce que c’est, vous
ressortez des douches plus sales que vous n’y êtes entré
… mais bon, les suisses nous rejoignent, des américains débarquent
en limousine venue de Californie, moteur V8 consommant 45 litres au 100
dans le sable

Le mec du coin nous indique, malgré les avertissements d’un
motard portugais qui y avait renoncé, que la piste entre Kiffa
(Mauritanie) et Kayes (Mali) est tout à fait faisable…
Samedi 26 janvier, on choppe 10 litres de flotte (pas question de refaire
la même erreur), on fait les pleins, et c’est parti pour 300
km de piste jusqu’au Mali. La piste alterne entre le facile et le
super difficile à savoir piste écroulée et remplacée
par du sable profond, mou et labouré. Dans le désert, le
sable c’est cool parce que tu n’es pas obligé de rouler
dans les traces de 4x4, tu roules à coté, tu as le Sahara
pour toi.
Ici, la piste est bordée d’arbres et de pierres et il est
difficile d’en sortir. Et je peux vous garantir que les sillons
de 40 cm de profondeur de sable c’est épouvantable.
2 méthodes existent sur le marché, la méthode vaillante
et courageuse qui consiste à appliquer l’adage « dans
le sable, bourriner tu devras » et donc d’arriver à
40 km/h dans les sillons et à essayer de tenir fermement le guidon.
Cette première technique est valeureuse … mais vouée
à l’échec avec un poids de 320 kg car la roue avant
finit invariablement par faire ce qu’elle veut, la garce, et c’est
ainsi que je me suis tapée une gaufre assez rapide (30 km/h) juste
devant un village, les habitants morts de rire.
Passons à la deuxième méthode, celle dite du canard,
que je maîtrise personnellement très bien, et que Mathieu
a eu un peu de mal à accepter (moins noble pfff…) : elle
consiste tout simplement à rouler à un très rapide
4 km/h, les pieds grand sortis, c’est moche mais moins casse gueule
… et surtout la chute y est moins violente.
Le désert se transforme petit à petit en savane (ahahaha
connard de vent bye bye), on roule désormais à coté
de la piste pour éviter les sillons creusés par les camions
… ce qui est extrêmement agréable : petits slaloms
dans l’herbe jaune, entre les arbres, le sol est suffisamment dur
pour que les motos ne s’enfoncent pas, les points d’eau sont
squattés par un nombre de têtes de bétail jamais vu
pour moi (2000 bêtes ?).

A CHAQUE personne croisée, nous demandons notre chemin car en
l’absence de carte précise et de point GPS, on risque de
se retrouver vite fait au Sénégal … les gens sont
vraiment adorables et nous ne nous serons jamais perdus.
Nous arrivons le sourire au lèvre à 15 km de Kankossa,
dernier gros village mauritanien avant la frontière et …
BIENVENUE EN ENFER. OOOOh, 15 km, 2 heures oui messieurs dames, du 7.5
km/h. Le charmant village (pas de photo car trop de sable, de sueur et
de chute) est à flanc d’une grosse dune molle de sable rouge.
Et oui, la savane praticable sur le côté de la piste c’est
fini, maintenant c’est du vicieux, du mou, du moins mou et puis
dans les villages les gamins courent partout, la moto chauffe, relever
la moto nous faire perdre 1 litre de flotte, 4 chutes pour moi qui n’ai
plus de bras.
On arrive enfin ("force et robustesse" ) à dépasser
le village et le sable et il est temps de se reposer au milieu des palmiers
… nous avons fait 130 km en 5h de moto.
Le lendemain, la journée se passera comme sur des roulettes, pistes
beaucoup moins ensablées, passage de la frontière complètement
fantôme (aucun poste de contrôle de rien du tout), parfois,
on a même le droit à du roulant (ahahaha 110 km/h sur la
terre séchée LE PIED) et on décide finalement de
dormir à l’ombre d’un baobab à 20 km de Kayes,
ville malienne de 80000 habitants tout de même.

Lundi 28 janvier, on arrive facilement à Kayes par une piste roulante
et jouissive … et il est très bizarre de se retrouver dans
des bouchons, la pollution et une vie foisonnante. On se trouve un hôtel
propre, dans ce pays la bière est enfin de retour (yeeees !), on
signale notre entrée sur le territoire (coucou !) à la police
malienne et puis on se décide à faire un petite soirée
festive, bar, bières (beaucoup) et deux maliennes « légèrement
» intéressées viennent discuter avec nous. Ne rien
leur offrir (à part de la bière), rester poli, discuter
et tout se passe bien. On fera même un petit tour au casino, un
peu bourré, une femme prendra littéralement les jetons dans
les mains de Mathieu … et lui fera gagner 6000 CFA (8 euros) de
quoi se payer une autre bière !
Il nous reste deux jours de route pour arriver idéalement à
Bamako mercredi soir et nous décidons donc d’emprunter la
piste longeant le fleuve Sénégal jusqu’à Bamako
soit 450 km de piste initialement prévu.
Nous avions connu le bitume (beaucoup !), le sable (pas mal surtout dans
la bouche), la savane (ouuuui), la terre (bourriner !) … à
nous la caillasse, la piste ressemblant parfois à une course vicieuse
de trial (pierres grosses comme ma tête dans un montée à
40 %). En un mot, la piste est l’inverse exacte du roulant, les
motos hurlent de douleur, le fleuve Sénégal apparaît
de temps en temps pour nous réchauffer (Mathieu y fera trempette
et apprendra plus tard qu’il est blindé de crocodiles)…

6 heures de motos non stop et 150 km. Le porte bagage Tourratechmescouilles
de Mathieu pète une première fois, puis lâche complètement
une deuxième … les bagages frottant la roue, on ne peut plus
continuer et heureusement le village de Bafoulabé n’est qu’à
5 km (encore un coup de peau). Comme d’hab, les gens sont adorables,
on nous trouve un soudeur et c’est reparti !

On nous explique qu’il existe une piste très roulante qui
va vers Bamako et nos motos nous crient d’opter pour cette solution.
Avant la nuit, nous traversons le fleuve (ce n’est plus le Sénégal)
par la seule voie possible, la voie de chemin de fer (on en aura bouffé
du chemin de fer !) … sauf qu’on se fait engueuler car le
train arrive et il faut donc patienter comme tout le monde (sécurité
au top !). La fin du voyage se profile, dernier bivouac (Inch’Allah),
et le lendemain, dernier sanglage (interminable !) … et on aperçoit
au loin des hippopotames sous l’eau.
80 km à 110 km/h sur une piste je dirais damée (c’est
bon !) et hoooo Tourratechmescouilles lâche encore. Atelier soudure
numéro 2 et on se fait vraiment plaisir en se prenant pour Peter
Hansel et Richard Sainct, à fond les bananes, en faisant le spectacle
devant les enfants, en prenant quelques bosses … et on arrive à
Kita, ville située à 190 km de goudron de Bamako. Cette
fois, c’est presque fini … oui mais non car un petit bruit
suspect et TRES désagréable commence à se faire entendre
sur ma grosse. On tapote, on lui parle et on roule 40 km … oui mais
la c’est plus possible, ma roue arrière est comme vrillée.
On regarde et … aaaaah, hum, les roulements de roue arrière
sont morts (enfin moi j’y comprenais rien mais Mathieu a tout de
suite vu le problème), les bibilles tombent et on est sacrément
dans la merde.
En France, qu’est ce qu’on fait dans ce cas la ? On trouve
un magasin Honda et on achète les roulements … oui mais la
c’est pas possible donc comme d’habitude, on fait confiance
à l’extraordinaire gentillesse des maliens. Cette fois, un
mec est carrément prêt à tout pour nous : Mathieu
l’emmène sur sa moto (en faisant le spectacle à 140
apparemment) chercher des roulements dans la ville située à
60 bornes d’ici. Je n’étais pas là mais le mec
secoue toute la ville, fait rouvrir les magasins fermés, parvient
à trouver deux roulements (2000 CFA soit la somme astronomique
de 3 euros) … et ils reviennent de nuit me retrouver (le tout en
évitant un buffle d’extrême justesse). C’est
pas fini, il vire le néon qu’il a chez lui (seule lumière)
laissant sa famille (sa femme était belle à tomber par terre
– comme un paquet de maliennes soit dit au passage - dixit Mathieu)
dans le noir complet, le branche sur une batterie et c’est parti
pour l’atelier bricolage. Heu bon heu on appellera ça une
réparation de manouche (avé tout le village autour), il
manque une pièce, les roulements ne conviennent pas exactement
et là on vous dit : « bon t’es prêt à
faire 130 bornes de nuit ? ». Paniproblème, le mec nous demande
… rien, et nous dit « comme ça quand je viendrai en
France, on m’aidera ». Nous t’aiderons cher Issa, mais
pour ce qui est de la France … attends toi plutôt à
des coups de baton.
Il est 10h du soir, route de nuit à la fraiche sur une route
toute neuve, la grande confiance dans ma roue arrière et on parvient
complètement morts à Bamako qui paraît gigantesque
de nuit (c’est de loin, la plus grosse ville qu’on ait vu
depuis qu’on est parti). Je retrouve mon chemin et parvient dans
l’eldorado, lits préparés, bouffe à gogo, douches
nickel chaudes aaaah.
Nous resterons 2 jours dans ma belle famille, on installe les motos sous
une bâche et il est temps de prendre l’avion … 14 h
insupportable (la chiasse…) par Royal Air Maroc.
La petite aventure est terminée et il est temps de retrouver notre
quotidien mais aussi nos potes, nos familles et surtout nos petites femmes.

EPILOGUE
Nous avons eu beaucoup de chance mais ce que je retiendrai le plus, c’est
l’incroyable gentillesse des centaines de gens que nous avons pu
rencontrer. Je regrette de ne pas avoir osé les prendre en photo…
ouais définitivement, c’est pas la moto, ni les paysages,
mais bien les gens, ces différents peuples tous accueillant (surtout
dans les villages, hors des grandes villes), charmant, ces femmes grandes
gueules et souvent magnifiques (aaaah au Mali c’est quelque chose
!) … que de sourires, de gestes et de paroles échangés
!
Et puis beaucoup plus terre à terre, je voudrais rendre hommage
aux pneus Michelin Desert, qui en bouffé plein la gueule …
indestructibles, vous en connaissez beaucoup, vous, des pneus capables
de rouler 300 km comme ça ?

… et bien sur, rendre hommage à l’increvable Africa
Twin, moteur de tracteur, fait pour durer 1000 ans, partie cycle de Hummer
… bref, une moto taillée pour l’Afrique.
Et si vous avez des rêves, un peu de temps et un peu d'argent (1500
euros de budget par personne moto non comprise), n'hésitez pas
;)
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