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Limitation à 80Km/h : une députée LREM dénonce l'absence de preuves

Barbara Bessot-Balot interpelle Gérard Collomb en séance de questions au gouvernement

50% d'accidents en moins selon le gouvernement, un chiffre non réaliste

Limitation à 80Km/h : 'La majorité silencieuse n'en veut pas'Il y a eu du débat à l'Assemblée Nationale mercredi, lors de la traditionnelle séance de "Questions au gouvernement". Le ministre de l'Intérieur a été interpellé sur la décision de passer la limitation de vitesse à 80 km/h en 2018... par une élue de la majorité, Barbara Bessot-Ballot. La députée LREM de Haute-Saône a en effet affirmé être en désaccord à propos de cette décision, alors qu'en parallèle des pays comme le Danemark ont augmenté la vitesse de 80 km/h à 90 km/h et que cette hausse de la vitesse a entraîné une baisse des accidents..

L'élue a été directement concernée par les premières expérimentations. Une d'entre elles est menée sur une des routes de son département depuis juillet 2015 et la députée s'interroge sur l'absence de preuves sur les résultats.

Si cette mesure pouvait contribuer à diminuer le nombre de morts sur nos routes, l’expérimentation menée par la CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’emménagement) n’a donné lieu à aucune publication. Si les résultats existent, ils doivent être communiqués à l’ensemble de la population afin d’être à même de mesurer l’importance de ce dispositif.

Christophe Castaner, chef du parti La République en marche et secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement a pris la parole pour défende la mesure. Selon lui, de nombreuses mesures qui relèvent du bon sens aujourd'hui ont d'abord été impopulaires, comme l'obligation de porter sa ceinture de sécurité.

Il y a même des gens qui sont allés au Conseil d’État pour contester cette décision au nom de la liberté fondamentale de pouvoir conduire sa voiture sans s’attacher à l’avant.

Chiffres à l'appui, Christophe Castaner n'a pas reculé d'un centimètre sur sa position. Selon lui, près de la moitié des accidents pourraient être évités en baissant la limitation de vitesse de 10 km/h sur les routes nationales.

Aujourd’hui, les études montrent que baisser la vitesse sur les routes les plus accidentogènes, celle dont vous parlez permettrait de diminuer de 50% les accidents et d’éviter un mort et dix blessés chaque jour. Il a terminé en se montrant un peu plus agacé. Alors on peut vouloir parler au nom de la majorité silencieuse comme vous le faites. On peut vouloir éructer au nom de cette même majorité, comme certains le font ici, mais on peut avoir du courage politique pour faire en sorte qu’on sauve des vies.

Pourquoi une baisse de 50% des accidents est peu envisageable avec cette mesure seule

Les expérimentations menées sur les routes n'ont pas vraiment confirmé les propos de Christophe Castaner. Entre juillet 2014 et juin 2015, une portion de la RN 151 soumise à ces 80 km/h dans l'Yonne avait été le théâtre d'un accident mortel et de trois corporels, avec un bilan s'élevant à 1 mort et 4 blessés, soit une hausse de 33,3% du nombre de blessés sur un an, pour reprendre les termes de la Sécurité Routière.

À plus petite échelle, le bilan de l'accidentalité en France en 2016 montre que l'accidentologie n'apporte pas plus de preuves à la théorie du gouvernement. Si on prend la part des blessés hospitaliers sur les différents types de route, les voies hors agglomérations ont vu 11 560 personnes être blessées dans un accident, soit 43% des blessés totaux. La ville reste en tête avec 50.1% de blessés. L'autoroute est dernière à 7.4%, avec 2.019 personnes emmenées à l'hôpital.

On peut cependant concéder à Christophe Castaner que la majorité des morts ont lieu sur des routes hors agglomérations, avec 2.188 personnes en 2016, soit un total de 63% des décès totaux. Avec 1.019 décès enregistrés, les accidents mortels en ville représentent une part de 29%. Enfin, 270 personnes sont décédées dans un accident survenu sur autoroute, soit 8%. Cela dit, l'évolution reste stable sur les routes hors agglomérations, avec une légère hausse de 0.6%. C'est en ville que la hausse est la plus forte, avec 3.1% de morts en plus ! On nuancera également l'étude sur les nombreuses formes de "routes hors agglomération", allant de la route de campagne où il est difficile de faire plus que 70 km/h, aux routes à deux fois deux voies séparées par un terre-plein central.

À cela, il faut également ajouter que dans tous ces accidents, un tiers a pour principal facteur la vitesse, selon les chiffres de la sécurité routière et le rapport de l'OMS publié en mai lors de la Semaine mondiale pour la sécurité routière. Il n'est pas sûr que le panneau 80 fasse baisser le taux d'alcoolémie, responsable lui aussi d'un tiers des accidents.

En tout état de cause, alors qu'officiellement cette baisse à 80 km/h n'a pas encore été discutée ni votée, les préfets ont déjà pourtant reçus des consignes pour expliquer cette baisse.

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