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La Chronique de Koud'pied o'Kick

La KronikKoud'pied o'Kick est un journaliste professionnel écrivant actuellement pour un grand hebdomadaire. Vous le retrouvez chaque mois exprimant son opinion sur un monde qu'il affectionne énormément : la moto, avec un amour immodéré de la controverse, à nul autre pareil.

KroniK de salon

[Salon] La conférence presse moto Kasuhoya : une cata...

Faut me comprendre, je suis habitué aux présentations presse où il y a à tout péter 15 journalistes, où un mec ou une nana (mais c'est rare) cause pendant 3/4 d'heures environ, généralement avec derrière lui une série de transparents, et où on pose des questions pendant une bonne demi-heure avant de coincer le gugusse dans un coin pendant 5-10 minutes pour lui poser les questions qu'on n'a pas envie de refiler aux confrères. Bref, de la conf' de presse "sérieuse" où ya des choses à raconter.

Mais là...

Je suis... comment dire...

Atterré...

Oui, c'est ça. Atterré devant la vacuité de la présentation presse moto.

Attention, il ne s'agit pas de Kasuhoya en particulier, paraît que chez les autres, c'est la même chose. Mais Kasuhoya, c'est la seule présentation presse à laquelle j'ai assisté.

Laisse-moi t'expliquer comment ça s'est passé.

D'abord, y'avait une térachiée de journalistes, à vue de nez une bonne cinquantaine, voire une centaine, venant d'un peu partout (j'ai même vu des URL de sites se terminant par .cz, c'est dire). Ensuite, ce qu'on y entend ou s'y voit n'a absolument aucun intérêt.

Le patron de la R&D de chez Kasuhoya, un Japonais (logique) a commencé par faire un petit speech en Anglais, avec un accent à couper à la disqueuse.

Note bien que je salue l'effort : il faisait visiblement de son mieux pour s'exprimer aussi clairement qu'il le pouvait. Mais pendant les 5 minutes qu'a duré son intervention, il a enfilé des banalités d'où émergent les termes convenus : leading edge, improvement, ongoing commitment exceed expectations of our hardcore fans, continuing challenge... Bref, de la ***** corporate de base, rien à en tirer.

Et il a fini sur un retentissant "rock'roll with the motorbike", comme le cureton termine la messe sur un "Allah Akhbar" ou le patineur artistique sur un triple axel "parce que c'est ce qu'il y a marqué dans le manuel".

Autour d'un podium central, rond et pivotant, d'où partent deux plans inclinés, les sièges sont disposés en losange, avec les premiers rangs réservés aux officiels Kasuhoya et aux photographes. Derrière, ya plein de gens qui ne sont visiblement pas journalistes (comment je le sais ? ils sont trop bien sapés et en plus ils applaudissent). Deux grands écrans se font face, où sont projetés des films présentant différents modèles. Des hauts-parleurs sortent tout d'abord le "tchack-poum" insipide mais qui semble de rigueur, avant qu'une voix entame un hymne aux qualités incomparables du modèle concerné. Ces mêmes films passeront vraisemblablement en boucle sur les stands pendant le salon. Tu sais, ces machins qu'on regarde d'un oeil distrait vu que les images sont sur-exposées, que la caméra bouge tout le temps, et qu'il y a plein d'effets de transition avec de courtes phrases en rozbif plein de bullshit corporate censément vendeur. Voilà... ces trucs là.

Apparemment, les marketoïdes en raffolent. Ya même eu un film sur les jets-skis, ce qui a éveillé chez moi cette réflexion profonde : le plus chiant à régler, sur un jet-ski, ce sont les suspensions.

Juste avant que le patron de la R&D ne cause, on a eu le droit à un film sur les progrès de Kasuhoya en Motogépé, avec la compile de toutes les fois où une moto jaune a réussi à en doubler une d'une autre couleur. Autant dire que le film est plutôt court. Le commentaire est à l'avenant : j'en ai retenu que Kasuhoya, c'était trop des ouinneurz qui roqusent grave.

Puis les bécanes se pointent. Moi j'dis rien, mais la première à montrer le bout de son carénage, c'est l'RMF-2x, qu'il va falloir appeler MEF. Arrivé sur le podium, le mec qui est dessus béquille, et se fout à côté de la bécane, les bras croisés, casque sur la tête avec la visière fermée, dans la posture du concierge qui regarde passer des étrangers aux semelles de chaussures sales dans le hall de son immeuble.

Pendant ce temps, il y a un nouveau film qui passe sur l'écran, avec une RMF-2X en ville. En bas de l'image, en petit caractère, cette mention, sublime : "filmed under controlled conditions with professionnal riders". Moi je serais vachteu content que ça soit le cas pas seulement dans les pubs. Parce que quand je roule, c'est dans un environnement carrément pas contrôlé, voire même franchement hostile, et que je ne suis pas un conducteur professionnel avec mon petit papillon rose et flicodégradable en guise de brevet.

Ensuite, vient la TM 2700, une autre enclume roulante. Là encore, son conducteur a l'air de s'emmerder sec, mais arrive à repartir sans se tauler la tronche. C'est au tour de la RFX 1400, avec la même mise en scène.

Et après...

Et après...

Zeu clou of zeu spectacle. Atmosphère dramatique, les lumières s'éteignent... Je suis à deux doigts de commencer à chanter "api beurzdè touyou", ménon... Ya une bécane, suspendue au plafond au milieu d'une espèce de lustre muni de draps, qui descend au bout de câbles.

La "musique" augmente de rythme. On ne voit rien à cause des lumières éteintes, et impossible de prendre une photo correcte. Deux techos viennent détacher la bécane une fois qu'elle est au sol, et l'embarquent.

Stupeur...

Hein ? C'est tout ?

Ah non, la voilà qui réapparaît, monte sur le podium et... en descend aussitôt pour filer hors de vue.

Ils ont donc si honte que ça de c'te meule ?

Ha bah non, finalement, elle revient, avec Régis Laconi dessus. Comme le commentaire est en rozbif, que je n'ai pas compris son nom et qu'il a le crâne rasé, je ne l'ai pas reconnu. La honte me recouvre d'une couche épaisse et gluante. Sur l'écran, un pilote japonais engagé en championnat 1.000 cm2 au Japon cause de c'te nouvelle meule. Il frise l'orgasme à chaque phrase, mais faut dire qu'il est payé pour.

Ah ouais, la brêle en question, c'est la CYX10, ou un truc dans le genre. 100 bourrins, comme d'hab'. Mouais, bof...

Mais comment faire autrement ?

Bref, je sors de là passablement dépité : une mise en scène débile, des films à *****, rien à raconter... Mais comment font mes confrères de la presse moto pour supporter ça ?

Et puis... Je me suis demandé comment il pourrait en être autrement. Ce qu'aurait pu dire le patron de la R&D. Ce qu'auraient pu montrer d'autres les films de présentation.

D'abord, il faut forcément faire ça en rozbif, simplement à cause des différentes nationalités représentées.

Ensuite, qu'y aurait-il à dire sur une bécane présentée en statique, à part se pignoler l'hypophyse sur son esthétique ? A peu près rien. Une bécane, c'est fait pour rouler, et tout ce qui devra être écrit à ce sujet le sera pendant les essais.

Enfin, il faut voir à qui s'adressent les magazines moto. J'imaginais que pendant une conf' de présentation, on allait tous prendre des notes comme des malades au fur et à mesure que tout serait expliqué sous différents paramètres liés à la production : la part des pièces dont la conception est confiée à des sous-traitants, l'emplacement des usines de production, la politique d'utilisation de matériaux recyclés, la provenance de l'électronique embarquée, les évolutions moteur, les choix techniques et esthétiques, le potentiel des marchés visés (tiens, paraît qu'il se vend environ 12.000 GPX250 par an aux US), la politique tarifaire, l'impact des parités euro/yen/dollar...

Mais qui cela va-t-il intéresser parmi les lecteurs de Motomag ou de MJ ? Alors que l'immense majorité veut avant tout avoir des photos pour pouvoir causer de la petite vis chromée ?

En fait, je me suis trompé de conf'. Celle-ci, c'était pour faire un peu de "show", pour faire quelques photos, et manger des petits fours avec les potes. Serrer quelques paluches avant le marathon du Salon.

Allez dégage, KPOK, t'es pas à ta place ici. Leur logique n'est pas la tienne. Eux, c'est des quasi-défilés de mode, parce que c'est ça ce que leurs lecteurs et clients leur demandent. Et pas une analyse du bilan comptable de Kasuhoya doublé d'un papier de 3 pages sur sa politique tarifaire.

Casse-toi, les allergiques au spectacle ne sont pas les bienvenus. Referme sans claquer la porte derrière toi : ils ne comprendraient pas.

Et puis finalement, elle était marrante cette présentation presse...

Koud'pied o'Kick, - le 1er septembre 2007

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