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L’art du faux

Les métiers les plus rémunérateurs sont ceux qui consistent à fabriquer du faux

Les métiers les plus rémunérateurs sont ceux qui consistent à fabriquer du faux. De la fausse monnaie (banquier), du faux amusement (Hollywood), de la fausse paix (pharmacie), du faux vrai (publicité). Où se cache le faux dans la moto ?

L'art du faux

L’humain fabrique du faux en permanence. Il s’illusionne sur le passé et le futur ; la ‘quête’ du bonheur qui occupe la multitude est vaine quand elle est tournée vers le passé ou le futur. Ce que les marchands ont bien compris et emploient pour vendre de l’inutile. Ils exploitent le décalage entre nos attentes et la réalité, décalage qu’ils accroissent et entretiennent par leur action.

Les constructeurs de motos se basent sur des enquêtes clients pour définir les caractéristiques de leurs futurs modèles. Comme leurs clients -toi et moi- n’ont aucune idée de ce qu’ils veulent, pas étonnant qu’ils se trompent et continuent de nous sortir ces abominations qui ressemblent au panier d’un gamin boulimique à la sortie d’un supermarché : plein de saloperies qui rendent malade.

Une fois la moto construite, il faut la vendre ; d’autres fabricants de faux inventent une légende autour de la moto. Ils font chauffer leur générateur à boulechitte qui les aide à concocter un mensonge en partant de quelques chiffres. Leur but est d’accorder cette (fausse) image à tes (prétendues) attentes. Ils vont prendre des photos d’un type qui n’existe pas -c’est un acteur- sur une route qui n’existe pas, qui roule sur une moto qui n’existe pas et te vendre le tout comme un de tes futurs possibles. Ils vont tourner des vidéos aussi authentiques qu’une 2e Joconde, dans un monde qui n’existe pas -les motos toujours immaculées y roulent à 49,99 km/h dans des villes vides et propres, conduites par des pantins au sourire forcé par leur contrat de travail sur fond de musique horripilante.

Sur du papier, sur des écrans, des gens que tu ne connais pas te racontent leur propre version de la légende fabriquée de la moto -au fur et à mesure que les années avancent, leur version coïncide de plus en plus avec celle imaginée par le constructeur dont l’intérêt est qu’on pousse de ‘oh et des ‘ah’ à la publication des premières photos trafiquées. Dans l’imaginaire des fabricants de faux, il faut des files d’attente interminables à montrer au journal télévisuel tourné sur fond bleu -mais attention, pas ces files tristes des crises nées du manque d’argent ou de nourriture, surtout pas ! Il faut les files d’attente de la joie par la consommation, manifestations pacifiques de l’impatience d’exister dans l’achat.

Dans la concession, le faux est encore là : ils ont imprimé de grands panneaux de carton où sont repris leurs slogans idiots, la tête du faux type au sourire sous contrat, la route retouchée par ordinateur, la moto sans un grain de poussière éclairée par plusieurs soleils portatifs. Le travail du type derrière le comptoir consiste à achever de te convaincre que ton avenir passe par l’achat de cette moto inutile. Il étale la liste des bidules ajoutés parce que les autres constructeurs font de même et que les enquêtes ont montré que le client -qui ne sait pas ce qu’il veut- a dit qu’il voulait ça. Le vendeur cajole ton décalage interne en t’expliquant que même s’il y a trop de chwo, ce qui est idéal pour la taille de ta stouquette sociale, il y a des puces électriques pour que tu n’aies pas peur. Que les trucs inutiles sur la moto, c’est au cas où on ne sait jamais -jamais, en vrai, mais qu’importe : tu as payé donc tout va bien.

Hein ?

Oui, oui, j’ai envie de m’acheter une moto neuve.

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