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Composition du prix du carburant à la pompe

Le prix du carburant dépend du coût de production et d’acheminement et surtout de la fiscalité et des taxes pour près de 60%

Analyse du prix du litre de SP95, Gazole, E85, GPL, E10, SP98 à la pompe

Le prix du carburant a battu des records dernièrement, en s'affichant parfois à la pompe à près de 2.50 euros le litre ! Alors qu'a contrario, le prix de l'essence avait battu un record en bas en étant proche de l'euro en 2020. Et forcément, entre guerre Russie/Ukraine, prix du baril et taxes, l'impact sur le particulier est énorme, tout autant que sur l'économie, certaines sociétés ayant fermé à cause de ce que cela signifie en termes de prix de l'énergie. Mais pourquoi et comment les prix s'envolent tellement ? On fait le point sur les raisons de l'envolée des prix du carburant et les solutions et aides possibles pour y remédier.

Le prix du carburant à la pompe
Le prix du carburant à la pompe

Constitution du prix du carburant

Le prix du carburant dépend de 4 éléments :

  1. Le coût du pétrole brut
  2. Les coûts de production et d’acheminement
  3. Le coût de fonctionnement et marges réalisées par le distributeur
  4. Les taxes spécifiques : TICPE, TVA...

Le prix du baril - environ 25%

Le prix du carburant dépend en partie du cours du baril de brut de pétrole, qui varie en fonction de l'offre et de la demande. Alors forcément quand le cours du baril frôle les 140 dollars, comme dernièrement, on bat un record, le précédent à 134 dollars datant de juillet 2008. A contrario, le baril se négociait sous la barre des 30 dollars entre 1990 et 2000. Et entre 2020 et aujourd'hui, le prix a été multiplié par 4.

Forcément, ce cours varie en fonction de la situation géopolitique, de l'évolution des réserves et de la spéculation/trading. Ceci explique que le cours du baril soit déjà redescendu sous la barre symbolique des 100 dollars, grâce aux espoirs suscités par les négociations russo-ukrainiennes cumulés aux inquiétudes d'un ralentissement de l'économie chinoise. Malgré cela, le prix du pétrole brut ne compte que pour environ 25% du prix du litre d'essence à la pompe.

L'impact du change dollar/euro

Deuxième point, le cours du baril est indexé sur le dollar et non pas l'euro. Or, le cours de l'Euro a baissé dernièrement. Au mois de mai 2021, le dollar s'échangeait contre 0.82 euro et il en faut actuellement 0.92, soit pratiquement 10% d'écart. Forcément, le baril de brut coute donc plus cher dans notre zone euro et encore plus quand l'écart dollar/euro était plus important au bénéfice l'euro.

Le prix du carburant sans plomb SP95 à 2.25 et le SP 98 à 2.37
Le prix du carburant sans plomb SP95 à 2.25 et le SP 98 à 2.37

Le coût du raffinage - environ 2%

Le coût du raffinage et de transformation du pétrole brut en produits pétroliers constitue environ 2% voire moins du prix du litre d'essence/gazole à la pompe; alors qu'il a représenté jusqu'à 5% de son prix (mais forcément si le prix du litre augmente, en pourcentage le cout du raffinage diminue). Et contrairement au prix du baril, son coût est indépendant des cours du pétrole brut mais dépend des capacités de raffinage et des prix de certains distillats. Il existe par contre un indicateur de marge brute de raffinage comme celui de Rotterdam.

Le coût du stockage, transport et de la distribution - environ 10%

Les coûts du transport et de distribution interviennent autour de 10% du prix du litre à la pompe et dépendent des stratégies commerciales des distributeurs et stations-services. Il faut effectivement transporter le carburant de la raffinerie à l'un des 200 dépôts d'essence en France puis aux cuves de l'une des 10.000 stations service en France. Ces marges ont sensiblement augmenté au cours des cinq dernières années, de l'ordre de 5 centimes au litre, pour représenter environ 16 centimes sur un litre d'essence aujourd'hui. Ceci explique que même les opérations à prix coutant de certains distributeurs aient un impact limité sur le coût du plein, où alors la marge n'est effectivement que de 1 centime comme l'a dit récemment le président des centres Leclerc.

Les taxes - entre 50 et 60%

Composition du prix d'un litre de carburantLe carburant est fortement taxé en France, notamment via la TICPE (montant fixe) et la TVA (pourcentage sur la valeur), mais pas seulement.

La TICPE, c'est la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (anciennement TIPP, créée par les Douanes en 1928 et jusqu'en 2010) qui s’applique sur les produits pétroliers destinés à servir de carburant ou énergie de chauffage. Elle inclut elle-même d'autres taxes comme la contribution climat-énergie (CCE). Cette TICPE est ensuite sensiblement différente sur l'essence et le gazole et différente en fonction de la région (plus chère en Ile-de-France qu'en région, elle-même plus chère qu'en Corse). Et avec en moyenne 30 milliards par an, elle représente la 4e recette de l’État après la TVA, l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés. Ceci explique que l'Etat ne veut pas intervenir dessus mais propose toujours d'autres solutions, entre chèque énergie ou remise à la pompe. Il faut par contre savoir que l'Etat redistribue environ 40% de la TICPE aux collectivités locales. Elle peut être partiellement remboursée à certaines entreprises européennes (non françaises).

La TICPE étant calculée de façon annuelle et fixe (70,04 centimes sur le SP95-E5 au 1er janvier 2022 en Ile-de France, 67,29 centimes en Corse), son montant intervient peu dans la hausse du prix à la pompe (par contre la TVA sur la TICPE oui). La dernière a été publiée dans le BOD n° 7447 du 28 décembre 2021, pour une validité à partir du 1er janvier 2022. En d'autres termes, plus le prix du pétrole augmente, plus le pourcentage que représente la TICPE baisse au final.

La taxe sur la valeur-ajoutée de 20 % est usuelle et s’applique sur la somme globale, TICPE comprise. Ce qui veut dire que l'on paye de la TVA également sur une taxe. Mais il y a également d'autres taxes indirectes, comme la taxe générale sur les activités Polluantes (TGAP).

Toutes ces taxes et ces différences de systèmes fiscaux expliquent les différences de prix à la pompe entre les différents pays européens. Et en France, ces taxes représentent environ 60% du prix du litre d'essence/gazole, ce qui n'est pas rien.

Comment se renseigner

Il existe de plus en plus d'applications mobiles pour se renseigner sur le prix du carburant, en plus du site du gouvernement (www.prix-carburants.gouv.fr), waze ayant désormais également cette fonctionnalité, permettant à tout à un chacun d'entre le prix à la pompe vu près de chez soi pour le partager avec tous les usagers.

L'électrique comme solution ?

Le coût de l'énergie augmente de façon générale. L'électrique n'y échappe pas et l'écart entre thermique et électrique a tendance à se réduire.

Les aides

Chèque énergie, chèque carburant ou encore aide de 15 cts à la pompe pendant quelques mois... les aides se succèdent pour compenser le coût à la pompe, mais sans remise en question de la TICPE.

Emission : 2 euros le litre et vous ?

  • 00:00 Composition du Prix de l'essence
  • 04:22 Les aides
  • 06:10 Tous à l'électrique ?
  • 08:15 Retour d'expérience essai d'une zero pendant un mois
  • 11:26 Changer nos habitudes ?

Plus d'infos sur l'évolution du prix du carburant

Commentaires

fift

Bonjour à tous,

Depuis les derniers jours, je me posais la question de savoir quel était l'impact réel du coût du baril sur le prix à la pompe.

En cherchant à droite et à gauche, j'ai fini par trouver quelques bribes d'informations. Ce n'est pas complètement ce que je voulais, mais ça me semble suffisant pour en tirer quelques conclusions qui me paraissent à peu près fiables.

Déjà, on va commencer par l'état des lieux en 2018 - déjà parce que la situation était stable, et surtout parce que je n'ai pas trouvé plus récent .
Voici la décomposition du prix du litre de carburant en 2018 :
[attachment 38056 Sanstitre2.png]

On a donc 2 taxes (enfin, 3) : la TICPE et la TVA.
Ce que j'aime bien dans ce graphique, c'est qu'il distingue la TVA sur le produit (TVA sur la matière première et les opérations de raffinage et distribution) et la TVA sur la TICPE (on ne reviendra pas sur le fait de payer une taxe sur une taxe, hein ...).

La TICPE (et donc la TVA afférente) est "fixe", du moins fixée par décret gouvernemental et pas proportionnelle à la valeur du baril.
La TVA sur produit est essentiellement due au coût de la matière première (raffinage et distribution représentent peu en proportion).


Maintenant, qu'en est-il aujourd'hui ?
A l'origine, comme le mentionnait Prowler plus haut, il était prévue d'augmenter progressivement la TICPE sur tous les carburants, et de manière plus forte sur le gazoil, comme le montre le tableau ci-dessous :
[attachment 38057 Sanstitre.png]
(le tableau date de 2018, c'est important).
En blanc, ce sont des données relevées et en gris ce sont les projections.

Or, en 2018, la crise des gilets jaunes consécutive à l'augmentation de la TICPE force le gouvernement à faire marche arrière, et celui-ci bloque la TICPE aux valeurs de 2018 (source : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/01/26/les-taxes-sur-les-carburants-ont-elles-augmente-massivement-sous-macron_6111080_4355770.html.
Aujourd'hui, celle-ci représente donc 0,594¤/L pour le gasoil et 0,6829¤/L de SP95. Si on ajoute les 20% de TVA dessus, on a donc une taxe fixe de 0,72¤/L de gasoil et 0,82¤/L de SP95.
Il n'y a donc pas eu de rattrapage de taxe pour le gasoil.

(Précision importante : je n'ai indiqué ici que la TICPE et la TVA qui lui est liée. Si on veut connaître le total des taxes sur 1 litre de carburant, il faut aussi ajouter la TVA sur la matière première, le raffinage et la distribution).


Essayons de reconstruire la décomposition du prix d'1 litre de carburant aujourd'hui. On connait :
- le prix du baril par rapport à 2018, on peut donc facilement en déduire le coût de matière première dans 1 litre de carburant.
- le montant de la TICPE et de sa TVA.
Il va nous manquer les coûts de distribution, de raffinage et donc leur TVA. On va considérer que le coût de raffinage est quasiment constant - sauf si quelqu'un me montre le contraire. Il ne nous restera donc que le coût de distribution (la TVA est facile à déduire puisqu'elle est directement proportionnelle).

Allons-y.
Le prix du baril aujourd'hui est à 119$, soit 107¤.
Début 2018 (date de mon tableau de données), il était grosso modo à 50¤.
On a donc doublé le prix du brut, ce qui l'amène à 0,41x2 = 0,82¤/L.
Avec la TVA, ça nous amène le prix du brut à 0,98¤.

Pour le raffinage, si identique à 2018 : 0,07¤ et 0,08¤, plus la TVA : 0,084¤ et 0,096¤

Pour la distribution, si identique à 2018 : 0,11¤ plus la TVA : 0,13¤.

On a donc :
- pour le SP95 (moyenne à la pompe aujourd'hui : 2,09¤) : 0,82 + 0,98 + 0,084 +0,13 = 2,00¤. Différentiel de 0,09¤/L.
- pour le gasoil (moyenne à la pompe aujourd'hui : 2,188¤) : 0,72 + 0,98 + 0,096 + 0,13 = 1,93¤. Différentiel de 0,26¤/L.

On a donc aujourd'hui un décalage de 9 centimes pour le SP95 et surtout de 26 centimes (!) pour le gasoil que je ne peux expliquer ni par la hausse du brut, ni par les hausses de taxe. Etant données les hypothèses prises, je pense qu'on peut affirmer que la hausse récente des prix pour le SP95 est due exclusivement au prix du baril. Par contre, pour le gasoil, c'est autre chose.
Reste uniquement le raffinage et la distribution. Mais je trouverais quand même curieux que le coût du raffinage ait soudainement été multiplié par 3,5 en quelques jours...

Sinon, une autre explication pourrait être que le pétrole utilisé pour obtenir du gasoil dans les raffineries européennes n'est pas de la même origine que celui utilisé pour obtenir de l'essence. Si quelqu'un a ce genre d'info, je suis preneur.

09-03-2022 19:12 
Peterpan

D aprés ce que j ai entendu ...on raffine moins de gasoil qu essence en France et qu on serait plus dépendant des autres pays niveau gasoil !..d où augmentation plus forte du gasoil !question

09-03-2022 20:04 
KPOK

tu ne peux pas extrapoler le prix de l'essence hors taxes du cours du baril de pétrole. il s'agit de pétrole "papier". le "vrai" pétrole ne se négocie pas à Londres ou à Wall Street mais dans des pièces d'où rien ne sort, et surtout pas les prix.

(enfin si j'ai bien tout pigé ce qu'on m'a expliqué il y a fort longtemps)

09-03-2022 21:51 
fift

Oui, je sais cela KPOK.
Mais je n’extrapole pas le prix, j’extrapole l’augmentation clin d'oeil.
Pour l’ordre de grandeur que je cherche, ça suffit.

09-03-2022 22:15 
Charlie_41

+1 avec KPOK, la violence de la hausse est due au trading, et en particulier à la spéculation. Autrement dit à la loi de l'offre (réduite à cours terme, en particulier pour le gazole) et la demande (qui s'affole).

Bravo Fift pour l'exposé super

09-03-2022 23:58 
fift

Merci Charlie.

Pour compléter, il semble que l’essentiel du gasoil soit importé, dont une part importante depuis la Russie. Ce carburant est donc plus soumis à la loi de l’offre et la demande que l’essence, laquelle semble plus ou moins suivre le cours du brut.

10-03-2022 08:32 
Charlie_41

Citation
fift
...il semble que l’essentiel du gasoil soit importé...
Non, mais du pétrole on extrait par raffinage des proportions relativement fixes d'essence, de gazole, de bitume, et de gaz.
Alors que la consommation Française de carburants est très déséquilibrée, avec une part importante de gazole, qu'il faut donc importer.
Si on ajoute que les pétroliers (et TOTAL n'est pas le dernier) ont délocalisé largement le raffinage, on obtient tous les ingrédients pour cette dépendance et cette spéculation.

10-03-2022 08:50 
kernel62

Info ou intox ? J'écoutais chez les GG d'rmc, un patron de station qui dénonçait l'opportunisme des géants pétroliers ET des distributeurs pour quasiment décupler leurs marges.

10-03-2022 09:32 
inextenza

Merci pour ce topic étayé!

J’étais allé au Qatar il y a quelques années, au moment tendu avec les pays voisins. Le prix du carburant avait presque doublé. J’ai fait le plein à 30cts le litre, ça va, ça ne les a pas assommé sourire

Qu’en est-il maintenant dans ces pays? Car si l’un des fautifs est la spéculation, ils devraient être également touchés, non?

10-03-2022 09:55 
fift

Charlie> non, car les pétroles européens sont « légers » et donc plus rentables pour faire de l’essence.
Apparemment on importe du gasoil issu d’autres raffineries, notamment russes.

10-03-2022 09:58 
nicoxj900

C'est qui Prowler Dieu ? car tu écris "comme le mentionnait Prowler plus haut"

Sinon, intéressant ... Sauf qu'en 2008, le baril flirtait avec les $140, mais les SP et gasoil étaient très nettement en dessous de 1,50¤/l ...

10-03-2022 10:04 
fift

Prowler ? Aucune idée .

(erreur de copier-coller, désolé).

Nico> Y a une autre raison. C'est en 2014 qu'il y a eu un vrai décrochage entre prix du baril et prix à la pompe. A priori en raison de l'augmentation de la TICPE, mais il faut que je creuse, je n'ai pas investigué plus que cela.

10-03-2022 10:29 
L'iguane

Citation
nicoxj900
Sinon, intéressant ... Sauf qu'en 2008, le baril flirtait avec les $140, mais les SP et gasoil étaient très nettement en dessous de 1,50¤/l ...

Parce qu'à l'époque l'euro était plus fort face au dollar, et comme les barils se paient en dollar...

10-03-2022 10:50 
38GiB

Salut
Et oui, et ça ça doit compter dans la balance. De tête, en 2005 pour aller à NY, j'avais changé autour de l'Euro à 1,40 Dollars....Aujourd'hui kif kif bourrique 1/1

Fift
L'avantage de n'avoir rien à branler, permet de chercher à comprendre.j'aime
Belle analyse en tout cas.respect
V

10-03-2022 10:57 
fift

L'Iguane> Ca compte, certes, mais ce n'est pas la cause première a priori.

Un site plutôt bien fait qui permet de comparer tout ça depuis 2007 : ICI
Avec notamment l'évolution du prix du brut en ¤, et le rapport prix à la pompe / prix du baril.
On voit que les deux sont grosso modo corrélés, sauf en mars 2014 où le prix du baril chute fortement alors que le prix à la pompe ne baisse que légèrement.
Ensuite, on retrouve la corrélation approximative entre les deux.

Il me semble, mais je n'en mettrais pas ma main à couper, que la baisse de 2014 a été compensée par l'augmentation de la TICPE.

10-03-2022 11:57 
nicoxj900

à la hausse, ça suit immédiatement, à la baisse, euh ... pas vraiment

10-03-2022 13:10 
fift

Juste au-dessous, tu as un graphe qui montre le rapport prix à la pompe / prix du baril. clin d'oeil

Tu t'aperçois que ça n'est quand même pas en hausse permanente : ça oscille autour d'une ligne moyenne qui était de 2% de 2009 à 2014, et de 3% de 2014 à aujourd'hui.

10-03-2022 13:16 
nicoxj900

Oui, mais si tu regardes de près, les hausses sont immédiates, alors que les baisses suivent avec un délai.

La hausse du prix du baril de 2008 est d'ailleurs assez intéressantes, car l'on voit que la hausse à la pompe n'a pas suivi l'inflexion de la hausse du prix du baril.

10-03-2022 15:41 
fift

Ah oui excuse-moi, j’avais mal compris ton propos. Je croyais que tu disais que les baisses n’étaient pas répercutées du tout. clin d'oeil.

11-03-2022 08:43 
Tagada_et_LongPif

Bonsoir à tous

J'ai la chance d'aller tous les ans en vacances à Tenerife. Là bas l'essence est détaxée (ainsi que les parfums et les clopes mais je n'y consomme que les 2 premiers super content ). J'ai retrouvé une photo que j'avais prise en juillet 2016 :

[i.postimg.cc]

On y constate que les prix des carburants y était en gros 0.40¤ plus faible qu'en France, où à l'époque le 95 était à 1,30¤, soit à la louche un rapport 1,5 (et probablement plus car la photo est celle d'une station de centre-ville et pas de supermercado.

Aujourd'hui, en cette même île espagnole, les tarifs sont entre 1,18 et 1,45 pour le 95
SP95 à Tenerife

Soit un rapport de l'ordre de 1,60.

Donc les taxes n'y sont pas pour grand-chose cette fois-ci grumpf

12-03-2022 21:51 
Tortue Ninja

Je réitère des propos déjà exposés au grès des différents posts sur ce sujet.


1/ Le raffinage :
On sort « en gros » 60% de distillats « légers », et donc 40% de « lourds ». Soit respectivement, pour ce qui nous intéresse, « essence » et « gas-oil ».
- Certes, la typologie des bruts permet de favoriser plutôt l'un ou plutôt l'autre.
- De même, une raffinerie peut être « réglée » afin de donner un peu plus de l'un ou de l'autre.
Sachant que bien entendu, ces deux points se combinent.

Mais cela reste marginal. Les proportions restant grossièrement du même ordre (la chimie semble rétive aux désirs des raffineurs...).


2/ Le marché Français :
De très longue date, il y a au niveau mondial une demande plus affirmée pour les produits « lourds » que les « légers ».
Les lois du marché étant ce qu'elles sont, il y a donc depuis des lustres un « surcoût » pour le gas-oil, et un « désintérêt » pour l'essence.

Ce qui explique que des décennies durant, les pétroliers opérant en France furentdésavantagés du fait de l'incitation fiscale à consommer du diesel :
- Ils devaient acheter sur le marché international du raffinage des produits déjà en forte demande (le diesel).
- Et parallèlement, vendre sur ce même marché international des produits plutôt en surplus (l'essence).


3/ Le marché international :
=> KPOK et CHARLIE_41
Le marché « du pétrole » (pour simplifier) est depuis très longtemps totalement dématérialisé :
- Sur le « physique », une cargaison peut changer maintes fois de propriétaire durant son trajet lorsque le marché devient très volatil. C'est un marché très particulier qui outre le type du produit, prend en compte une foule d'autres critères allant jusqu'au type de navire, afin de calculer le prix.
Ce marché « physique » ne représente que quelques pourcent du marché « papier » (pour reprendre les termes de KPOK).
- Ce que l'on entend par « papier » (qui sont en fait des contrats représentant des hydrocarbure) était à la base un moyen de couvrir les risques de l'ensemble de la filière. Mais les spéculateurs y jouent aussi un rôle primordial en « fluidifiant » le marché. Sans quoi, l'ensemble des opérateurs seraient plus ou moins tous dans le même sens, annihilant de fait toute possibilité de couverture et d'arbitrage (ce sont principalement des produits dérivés, terme et options).

N'oublions pas que sur ce dernier, c'est un jeu à somme nulle : ce que gagne l'un est perdu par l'autre (Enfin... Pas tout à fait. Le courtier, prenant une marge sur chaque opération, est le seul à gagner dans tous les cas de figure...).

Contrairement à ce que l'on pourrait intuitivement penser, un marché sans spéculateurs serait soumis à de bien plus fortes variation, car tous les utilisateurs seraient systématiquement dans le même sens.


4/ Le libellé du pétrole en USD :
Le marché du pétrole a toujours été libellé en USD. Normal, car non seulement les USA étaient le premier consommateur mondial, mis aussi pendant longtemps un des premiers producteurs mondiaux.
Sans oublier que l'USD est depuis le début XXe siècle la monnaie d'échange internationale. Il n'y avait aucune raison pour que le pétrole échappât à la prééminence du Dieu Dollar...

Ce qui fait que pour tous les pays de monnaie « non dollar » (certaines ont un « peg » -lien - fixe avec le dollar) va selon les cours pâtir ou bénéficier du jeu des cours de change.
Un barril à 70 USD va pouvoir coûter en EUR de 63 EUR à 105 EUR, selon que le cours de l'EUR/USD soit de 0,9000 à 1,5000.


5/ Perspectives :
Dès le début des années 90, les économistes annonçaient la fin du pétrole bon marché pour deux raisons se combinant :
- D'une part, l'augmentation de la consommation. J'ai souvenir d'un analyste de Paribas qui donnait à l'époque des chiffres de hausse de consommation « lorsque 10% des chinois passeront du vélo à la Mobylette ». De fait, une large part de la population est directement passée à la voiture... Sans oublie les autres BRICS tels que l'Inde, ou la simple croissance de la population dans bien d'autres pays « non développés ».
- D'autre part, le fait que les ressources de pétrole « simple » s'amenuisant, il faut bien que les prix montent afin que les ressources plus difficiles à exploiter (offshore profond, zones arctiques, schistes bitumineux,etc...) deviennent rentables.


Bref, vous mettez tout cela dans un (grand) shaker. Vous secouez très fort. Et vous avez (très très grossièrement) le marché du pétrole.


Vous ajoutez ensuite le jeu des taxes (bien décrit ailleurs sur le site) pour arriver au coût de notre litron préféré !


P.S. Ne me demandez pas de références précises pour ces affirmations. Ce n'est que du « jus de cervelle » tiré de mon expérience. J'ai « juste » été en charge de la gestion du risque de change et des taux d'intérêts devise du groupe Elf Aquitaine... Et suite à quelques interventions, j'ai toujours quelques contacts dans ce milieu.

18-03-2022 21:29 
Charlie_41

J'ai pas tout compris le 4ème point, je te fais confiance...

18-03-2022 22:44 
Tortue Ninja

C'est assez basique (la preuve, ce fut mon métier😂) :

Tu achètes un barril de pétrole contre 70 USD.
MAIS tu n'as pas ces dollars...🤔
Tu dois donc les acheter avec les Euros que tu as dans ton portefeuille.

Si le cours de l'EUR contre USD est vers son plus bas historique à 0,90 EUR/USD (soit en Euro par Dollar), tu fais 70 x 0,90 = 63.
Tu auras donc dépensé 63 EUR pour acheter ton baril😊.

Si au contraire le cours de l'EUR contre USD est autour de son plus haut historique à 1,50 EUR/USD (soit en Euro par Dollar), tu fais 70 x 1,50 = 105.
Tu auras donc dépensé 105 EUR pour acheter ton baril😭, alors que son prix en USD est resté identique🤯 !

C'est valable pour la plupart des matière premières, qu'elles soient "minerais", ou "soft commodities" ("agricoles" au sens large). Mais aussi pour certains services comme le fret maritime ou aérien.

Schéma qui impacte quasiment tous les pays du monde, sauf les USA et les pays à "peg" sur le USD.


Simplification outrancière, certes🥴. Mais les principes de base y sont.
Ce n'est pas le lieu pour recycler mes cours de finance 🧐😉

19-03-2022 08:57 
vaidd

A noter que la Chine est en pourparlers avec L'Arabie Saoudite pour utiliser le Yuan au lieu du Dollar Américain pour leurs achats de pétrole.

[generationsnouvelles.net]

19-03-2022 14:01 
Tortue Ninja

=>VAIDD
Et la marmotte met le chocolat dans le papier d'alu...

C'est indubitablement un v½ux (pieu ?😉) des chinois.

Mais les Saoudiens savent que le CNY est entièrement aux mains du gouvernement de Pekin. En faisant cela, ils se mettraient à sa merci quant au cours du Yuan. Déjà que les USA tempêtent depuis des années contre sa sous-évaluation chronique qui dopent artificiellement les exportations chinoises... Ce ne sont pas les Saoudiens qui y changeront quoi que ce soit.

On voit ressortir de loin en loin de telles idées, comme un serpent de mer. Mais cela reste dans les limbes.

L'euro avait lors de son introduction eu les mêmes prétentions. Vingt ans après, on voit ce qu'il en est !

Il serait pourtant relativement logique de vouloir utiliser l'EUR. Car historiquement, l'EUR/USD étant LE grand couplé de devises, on peut considérer que repartir les paiements entre les deux anulkerait une grande partie du risque de change. Car il est rare que les deux (EUR d'une part, et USD d'autre part) baissent ensemble. Qui plus est contre quoi ? JPY, GBP, CHF?
Aucune autre devise, fût-ce Yen, n'a une profondeur de marché suffisante pour en faire une alternative crédible. Même l'euro reste limité sur ce plan. Alors le Yuan ! 😂😂😂

Et la Chine ne laissera pas sa monnaie flotter avant des lustres. Ce serait porter un coup fatal à l'économie chinoise dont les déficits internes exploseraient et ruineraient probablement le pays...

Que la Chine libelle en Yuan une partie des dettes contractées à son encontre par la Somalie, le Vénézuela ou autres nations du même genre est une aimable plaisanterie dont tout le monde se fout totalement.
Ce qui les intéresse est de mettre le pays en coupe réglée et sous leur coupe. Pas vraiment d'être remboursés.

Mais jamais la Chine n'a tenté la même chose avec des pays plus développés, même aussi mal en point que la Grèce.

19-03-2022 16:18 
kikou 13

quand je lis des trucs comme çà j'ai l'impression que je suis plus intelligent...

merci pour la vulgarisation...!

19-03-2022 17:33 
 

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