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Roman : René (épisode 38)

Episode 38 : La monitrice donne des cours particuliers…

Après une bonne nuit réparatrice, le trio est à pied d'œuvre pour attaquer plein gaz cette journée placée sous le signe du doux soleil de la Provence.

Je peux te dire que personne n'a traîné pour descendre à la cuisine. Le plaisir de revoir la magnifique Isabelle n'est certainement pas pour rien dans cet empressement…

Fred, qui a pu se libérer pour une partie de la journée, s'est chargé d'établir un planning pas trop chargé, histoire de commencer le séjour en douceur. Va y avoir du roulage dans les abords immédiats, peut-être la visite d'un ou deux bouclards moto du cru, et aussi un passage à la moto-école du genre « heuuuuuu…, on passait dans l'secteur et… »

Pénétrant dans la cuisine, les trois ont un mouvement d'arrêt ! Isa est encore plus belle au naturel que la veille au soir ! Elle porte une nuisette légèrement vaporeuse dont les transparences jouent avec les contre-jours pour laisser apparaître le galbe de ses formes généreuses… Son teint de pêche est déjà rayonnant malgré le fait qu'elle sort tout juste du lit conjugal de ce sacré veinard de Frédo !

Il n'y a pourtant aucune provocation dans sa tenue vestimentaire ni dans son attitude, mais tout son être respire une telle sensualité que les Respectables, ainsi que Ziva, restent scotchés un bon moment sans pouvoir faire un pas, comme paralysés par quelque phénomène mystérieux.

Fred, sans doute habitué par l'effet produit sur le gent masculine par sa femme, semble s'amuser de la situation. Sûr de lui, il n'éprouve aucune jalousie à ce fait et paraît même en tirer une certaine fierté !

Le solide petit déjeuné est rapidement expédié par un trio songeant à la même chose : rester deux plombes en telle compagnie risquerait de leur donner de mauvaises pensées…

Bientôt les quatre motos donnent de la voix en chauffant sur les latérales pendant que leur pilote s'équipe. Fred, tout en enfilant son casque, ne peut s'empêcher de lâcher en jetant un regard sur la V6 de Maurice :

« Qu'est-ce qu'elle est moche avec ses valises… Sont fous ou quoi chez Kawasuki d'affubler une telle splendeur avec des horreurs pareilles ?
C'est comme si un couturier osait faire défiler Claudia Chouxfleur avec le costume à Raffarin, j'ose même pas imaginer le résultat…
Franchement, Maurice, si tu veux me faire plaisir, démonte tout ça et planque le tout là-bas, près de l'atelier, ça m'fait mal au bide de voir ça ! »

L'Ancien, vexé, s'exécute de mauvaise grâce sous le regard amusé de son frangin et du môme.

Comment ? La queue d'renard ? Ha oui…, j't'ai pas raconté. Elle se trouve maintenant fixée à l'arrière du casque du Respectable, ce dernier prétextant qu'il s'agit d'un fétiche qui l'a toujours accompagné et que, ainsi attachée à l'arrière de son heaume, elle lui donne une attitude un peu rebelle ou l'impression d'être une espèce de chevalier des temps modernes ayant pour mission de voler au secours des filles en détresse… On se justifie comme on peut…

Ziva semble avoir changé, il contrôle chaque organe de sa moto avec un sérieux impressionnant, pose un doigt sous les repose-pieds pour constater d'un air satisfait que ces derniers tâtent maintenant régulièrement le bitume, puis jette un œil sur les flans des pneus entièrement utilisés. René observe le manège et lui lance une œillade de connivence, le gamin a franchi une étape depuis le départ, c'est certain. Il lui reste cependant maintenant à conserver les acquis sans se laisser griser par le chant de la sirène que lui murmure sa moto qui, si elle peut être la meilleure des maîtresses, n'en reste pas moins la pire des garces prête à profiter du moindre faux pas pour lui rappeler qu'au bout du compte, elle partage mais ne donne pas…, sauf à quelques êtres d'exception…, même quand on est une simple Transalp !

Rigole pas, toi qui est confortablement installé à lire ces quelques lignes, ça s'applique à toi aussi… Bien sûr, ton modeste niveau ne te permet pas la prétention de jouer dans la cour des grands, t'en es bien conscient n'est-ce pas ? Mais sache que, quelle que soit l'expérience et la dextérité du gars qui vient de t'enrhumer si facilement au détour d'une courbe, lui aussi n'est pas arrivé et ne peut se permettre de le penser. A moto, on apprend sans cesse et faut rester humble. L'erreur est de dire « maintenant, j'y suis… », c'est la meilleure façon de se retrouver par terre…

Tu connais les abords de Manosque, dans les Alpes de Haute Provence ? Ben ils sont pas si loins que ça, peut-être une centaine de bornes de route tournicotantes à souhait. Le paysage devient montagnard et pas besoin de rouler à deux cent pour prendre un panard pas possible dans un décor de rêve. Aussi bien pour l'amateur de terre que d'asphalte, c'est un véritable paradis du deux roues et nombreux sont les pilotes de renom à être issus du coin, à commencer par un certain JMB, autre surdoué qui, après deux titres de champion du monde de motocross, est allé défier puis mater les ricains à domicile, pour ensuite se tourner vers la piste alors qu'il était au sommet de son art. Il n'a pas eu la même réussite en vitesse, mais a quand même décrocher une pôle en catégorie reine. Ce mec là, à l'instar d'un Rossi, on est pas prêt d'en revoir un deuxième avant lulure…

Les quatre motos enroulent avec plaisir en prenant de l'angle. Fred suçant la roue d'un René qui ne force pas, le doublant juste pour indiquer la bonne direction. Derrière, ça s'arsouille gentiment entre Maurice et Ziva, lequel tente d'attraper le ponpon situé à l'arrière du casque du Vieux.

Fred prétexte alors un arrêt pour subtiliser la V6 à René en lui proposant l'essai de sa Bimocati. Force est de constater que la belle Italienne a bien progressé depuis la présérie essayée par Grigou au Mans. Ce dernier a pondu un papier vantant ironiquement les qualités d'une moto mal née en mettant en avance les défauts de la prometteuse machine comme étant une volonté de la marque d'imposer un nouveau style. Ces derniers, sensibles à l'impact de la presse écrite sur le public, ont revu leur copie en sommant le bureau d'étude de ne plus se louper cette fois sous peine de leur infliger la construction d'un custom… Y'a pas pire pour un staff technique spécialisé dans la sportive que ce genre de menace, et la réponse est au delà des espérances : ça pousse, ça vire, c'est un rail et ça freine d'enfer. Plus rien à voir avec celle du départ ! Accessoirement, ils ont aussi revu à la baisse le budget pub alloué au journal du scribouillard coupable d'avoir osé ridiculiser ainsi la plus prestigieuse marque ritale. Quand on est italien, on peut se permettre de se louper sous l'impulsion de la passion, mais on accepte pas facilement qu'un étranger le fasse remarquer… Sont entier ces gens là, et c'est pour ça qu'on les aime… ou pas !

Petit passage à Manosque, chez Bayle Moto, le frère de l'autre. Le Kid de Manosque n'est pas présent, dommage, mais René est quand même sollicité pour signer quelques autographes auprès de la clientèle.

Après avoir passé un moment au bouclard, tous les quatre reprennent la route pour s'arrêter bientôt devant une autre forme de commerce, spécialisée dans l'apprentissage à l'examen donnant le feu vert à la pratique moto, c'est marqué Moto école Cath, et ça ne fait que le deux roues…

Sont alignées devant l'officine une bonne dizaine d'incontournables CB 500 et cinq 125 NSR. Ce matin est consacré au code car un examen se déroule dans l'après midi, ce qui fait que les machines sont en stand-by pour l'instant. En fait, ils se sont organisés ainsi suite au passage des trente cinq heures. Une matinée par semaine les moniteurs ont relâche, celle-ci coïncidant avec le passage du code vers le milieu de journée, les élèves peuvent donc finir de se préparer une matinée entière en bossant sur les diapos. Le principe marche si bien que rares sont les échecs à cette partie théorique incontournable. De même, les cours dispensés le sont par d'ex-pilotes reconvertis à cette pratique. Le top pour être un peu plus affûté que la moyenne au moment de se lancer seul avec le précieux sésame en poche !

Cath est affairée au bureau à la gestion de son administratif pendant que les élèves présents bossent à déjouer les pièges des diapos dans la pièce voisine. Sans égaler Isabelle, c'est une superbe brune d'allure sportive, au corps élancé. La trentaine épanouie, pas très grande mais superbement proportionnée, elle possède deux magnifiques obus ne demandant qu'à se faire dorloter, et un dosseret de selle profilé digne d'une création de Tamburini, bref, une first nana à l'instar des déclarations de Fred !

Pour ne rien gâter à l'histoire, surtout dans le cadre de notre passion commune, sache que la belle précitée participe aussi au championnat de France féminin de vitesse avec un certain succès. Voilà, je pense, un argument pour achever de te convaincre que la fille en question mérite notre attention…

Cath suspend son travail et lève un œil sur les arrivants. Son visage s'illumine aussitôt à la vue de Fred, mais, apercevant René dont les photos inondent la presse spécialisée, elle change de cible en le dévorant d'un regard provocateur proche d'une invitation, alors qu'aucune parole n'a encore été échangée. Cette fille semble posséder un sacré caractère et ne s'embarrasse visiblement pas d'un quelconque protocole, voilà qui promet pour la suite…

Fred fait les présentations : serrage de paluches et échanges de banalités par politesse. Pas un instant la belle n'a quitté Superpapy du regard. Celui-ci, pas dupe, lance les hostilités.

« Ma chère Cath, commence ce dernier, je vais me permettre de te tutoyer car je sens que nos rapports vont rapidement évoluer…, je suis de passage et mon temps est compté ; si ça te dis, tu enfiles le cuir que je vois là-bas, et on va visiter l'arrière pays… »

« Je n'ai rien contre, répond l'interpellée sans le lâcher du regard, d'ailleurs, j'ai deux passions dans la vie : la moto et les hommes. Tu joues dans les deux catégories mais je te préviens, je n'aime pas décevoir ni être déçue… C'est toi qui décides ! »

« Ok, ça me convient ! Mais si tu me trouves à la hauteur, j'aurai une faveur à te demander que tu devras m'accorder… »

« Vendu ! Je n'ai pas ma bécane donc on prend la tienne, mais c'est moi qui drive… »

Les autres sont estomaqués par la brusquerie des propos et en restent bouche bée…

Pendant ce temps, Cath donne des ordres pour se faire remplacer et, d'une façon impudique, tombe le jean et la chemise, dévoilant une plastique parfaite mise en valeur par de la lingerie fine en dentelle noire, pour enfiler un cuir marqué de son prénom au dos dont les sliders sont copieusement râpés. Elle relève sa longue chevelure sombre pour la relier avec un ruban, enfile une paire de bottes, va chercher son casque et ses gants, puis demande les clés à René, lequel la regarde, quelque peu amusé.

Bientôt, la voilà au guidon de la V6, Pépère derrière, et c'est parti sur la roue arrière au son du moulin prenant ses tours !

« M…de alors ! fait Fred dubitatif, j'rêve ou quoi ?… »

« C'est quoi cette fille ??? », demande Maurice en se grattant le tête…

« J'reprendrai bien des cours du soir… », s'esclaffe Ziva, le premier à récupérer ses esprits.

Fred se secoue, esquisse un sourire, puis déclare :

« Ouais, j'avais oublié de vous prévenir…, quoique là… Mais en attendant, venez, j'vous paye un verre au troquet du coin ! »

René, lui, est solidement accroché à la barre de maintien de la Kawasuki. Cath fait pas semblant. La machine hurle dans les tours et angle comme une meule de GP. On sent que la fille maîtrise son sujet et l'Ancien doit anticiper pour se faire désarçonner…

Bientôt, la V6 ralentit brutalement et stoppe devant une petite habitation. Le Respectable doit alors faire usage de toutes ses forces pour ne pas passer par dessus la bécane !

« Voilà, c'est chez moi, dit Cath en enlevant son casque d'un geste rapide, suis-moi, j'ai hâte de te connaître un peu mieux… »

Intérieur simple mais de bon goût, pas de superflu, à l'image de son habitante. Simplement quelques coupes glanées en course éparpillées dans le salon, ainsi que des photos aux murs de la Belle en action.

Elle se dirige vers le bar après avoir invité René à se mettre à l'aise puis à s'installer dans le canapé, lui sert un verre d'un très bon huit ans d'âge, et s'excuse en s'éclipsant quelques minutes dans la salle de bain. Lorsqu'elle revient, elle est en tenue d'Eve…

Bon sang la sensualité qu'elle dégage !

René s'efforce de ne rien laisser paraître, mais il sait que là, il va être dans l'obligation de se surpasser une fois de plus…

Sans un mot, elle lui prend la main pour l'aider à se lever et l'embrasse fougueusement. Lui, se laisse faire en attendant la suite…

Elle l'entraîne alors dans sa chambre et arrache sa chemise. Pépère tente alors l'initiative de la basculer vers le lit, mais elle se rebiffe d'un geste doux mais sans équivoque, bien décidée à mener les débats.

Elle finit de le désaper, se jette à son cou et, au prix d'une savante rotation, les voilà bientôt enlacés au creux d'un lit gémissant au gré de l'ardeur déployée par deux être s'affrontant dans un combat devant les mener à la cime d'un nirvana qu'ils tentent de faire atteindre à l'autre sans ménager leurs efforts…

Cath continue de driver, René suit sans lâcher prise ; la douceur succède sans préavis à une fureur bestiale, et aucun ne cède. Pépère essaye plusieurs fois de reprendre l'avantage, mais la fille, rodée à ce genre d'exercice, ne se laisse pas faire en enchaînant les positions !

L'ancien commence à lâcher prise, et il lui faut requérir à toute son expérience pour ne pas rendre la main. Il parvient à prendre l'ascendant en employant la technique dite du « bateau face à la houle de travers », méthode consistant à placer la partenaire en position latérale, ce qui repose les articulations, et ralentir la cadence en exagérant les mouvements, ce qui a pour effet de calmer le rythme cardiaque.

Cath, emportée par l'élan, n'a pas vu le coup venir. Pépère regagne ainsi de l'entrain pour attaquer la dernière ligne droite d'un sprint lui donnant l'assurance de la victoire…

La superbe créature se détache alors, exténuée. Elle semble furieuse d'avoir perdu la partie, mais comblée par la prouesse de René, lequel n'est passé pas loin de la mise hors course ! Curieux mariage des sentiments…

« C'est bon…, parvient-elle à articuler après avoir légèrement récupéré, tu as gagné, René ! Reste avec moi, jamais, dans mes rêves les plus fous je n'aurais imaginé rencontrer quelqu'un comme toi. Je te le dis en te regardant droit dans les yeux, fais de moi ce que tu veux… »

L'ancien se contente de la regarder longuement, esquisse un sourire, puis déclare :

« Non, ne te fais aucune illusion. Je ne suis du genre à poser mes amarres, et je suis sûr que tu saisis parfaitement les sens de mes propos. Toi et moi, on est semblable. Seuls les extrêmes sont fait pour vivre ensemble et jamais ça ne pourrait marcher. On vient de passer un bon moment, alors terminons sur cette bonne note et ne gâchons pas la partition…
Seulement, maintenant, tu as une promesse à tenir… Je te demande de laisser mon ami Fred en paix car tu n'a rien à espérer de lui. Il est rangé et file le parfait bonheur avec Isabelle, alors laisse les en profiter… »

A son tour, elle le fixe un moment, puis baisse la tête en semblant s'interroger. Se redressant, Cath se met alors à rire et répond :

« Tu as sans doute raison, je rend les armes. Tu peux compter sur moi.
Seulement, toi, si un jour tu changes d'avis, sache que je t'attendrai… »

Quelques temps après, alors que dans le troquet un trio est affairé à refaire le monde autour du verre de l'amitié, le feulement d'une moto bien connue se fait entendre. Les trois sortent rapidement et vont à la rencontre du couple descendant de la machine.

Cath lève alors les yeux vers Fred, et déclare simplement :

« Pardonne-moi, j'ai été idiote… »

Celui-ci est interloqué et ne réagit pas. Cath se tourne ensuite vers René, les deux s'observent sans un mot. Puis, elle tourne vivement la tête et regagne son établissement rapidement.

Est-ce un courant d'air qui a provoqué cette larme perlant sur son beau visage ?

Les trois se tournent alors vers René, l'interrogeant du regard. Celui-ci éclate alors d'un rire franc :

« Ha ben…, vous en faites une tête !!! Bon, c'est pas tout ça mais la journée vient juste de commencer… On roule ? »

Et ils sont remontés sur les bécanes. René sifflotant sous son casque, Fred le regardant comme s'il avait affaire à un extra-terrestre, Ziva se secouant la tête en marmonnant des « merde alors… ! ». Seul Maurice esquisse un étrange sourire…

René Gédeufoitrentans "le gatouillable" by Sato

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