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Roman : René (épisode 40)

Episode 40 : tu connais la course de lenteur ? Non ? Alors viens voir par ici…

Avec tout ça, la bécane a été un peu mise de côté, tu ne trouves pas ? Et pas causer moto dans les z'aventures du Gatouillable, c'est un peu comme un repas sans la boutanche qui va avec, manque l'essentiel...

Justement, elle revient sur le devant de la scène par le biais de… Cath !

La volcanique monitrice vient de se pointer au « Tourist Trophy » au guidon de sa moto qu'elle stationne devant l'établissement, puis rentre rapidement à l'intérieur en cherchant visiblement quelqu'un du regard…

Avant toute chose, je dois te préciser que la belle vaut le coup d'œil aujourd'hui. Elle a revêtu un cuir intégral très saillant dont la coupe du blouson met en valeur sa taille fine et ses deux énormes ballons d'Alsace, tu ajoutes, en mâtant l'hémisphère sud, un arrière train au profilage parfait, tu saupoudres le tout d'une flamboyante chevelure couleur de feu harmonieusement relevée en chignon soulignant ses traits fins et son regard de … , et t'obtiens une very good nana du genre de celles qui t'accompagnent… dans tes rêves !

Comment ? Sa bécane ? Excuse-moi, on s'égare… Cath roule sur un Gex mille de chez Sucekiki. Le dernier modèle peint dans un rose fluo du plus bel effet, avec un dosseret monoplace et une ligne en titane de chez Chichiwara, laquelle, contrairement à ce que son nom indique, est made in de chez nous en provenance d'une petite entreprise implantée à Sapou Sauderche, en région parisienne.

Donc, après avoir retiré son casque, elle balaye la salle d'un regard de braise et s'arrête en croisant celui de Superpapy, affairé à tenir compagnie à Fred au comptoir. Sans préambule, elle s'avance vers l'Ancien, se plante devant cézigue et lui roule la pelle du siècle. Pépère, surpris, ne perd néanmoins pas les pédales et réagit rapidement en répondant à la fougueuse créature d'une menteuse énergique au fond des labiales, tout en lui malaxant la partie sud de sa main experte. Cath se raidit aussitôt de plaisir…

« Bon, qu'est-ce qui t'amènes, belle plante ? », demande René avec un air amusé, dès qu'il est en mesure de parler.

Vlan ! Dans les dents… Cath ne s'attendait pas à une attaque de ce type. Pincée, elle se mord nerveusement la lèvre inférieure et semble chercher ses mots quelques instants. Puis, elle lance en prenant un air détaché :

« Je passais dans l'coin, alors, comme y'avait de la lumière, j'ai pensé à m'arrêter pour dire un p'tit bonjour à Isa. Ça te va comme réponse ? »

« Vendu ! répond René en s'esclaffant, j'accepte, même si j'en crois pas un mot… »

Fred, quand à lui, est un peu nerveux de la venue de la troublante demoiselle dans son rade. Mais la belle tient sa promesse et ne lui adresse même pas le moindre regard, le saluant tout juste machinalement.

Jetant un œil vers l'extérieur en direction de la brèle stationnée sur sa latérale, le Respectable reprend :

« Pas un truc de lopette ta meule…, mais, sans vouloir le moins du monde paraître désobligeant, t'arrives à l'emmener à un rythme décent hors d'un circuit… ? »

« Je te vois venir, répond Cath en souriant, t'inquiète pas pour moi. J'ai l'habitude de driver les trucs caractériels (elle le fixe droit dans les yeux en disant ça), mais tu ne m'auras pas à ce petit jeu là car je sais pertinemment qu'on ne peut pas rivaliser avec ton coup de gaz. Par contre, comme je te sens joueur aujourd'hui, et si tu acceptes de relever le défi, je te propose un truc de ma composition qui risque de t'amuser. Le jeu consiste à parcourir le tour du pâté de maison le moins vite possible et celui qui arrive en dernier a gagné. Tout sur-place est éliminatoire, ainsi que le calage bien entendu. Tu en dis quoi ? »

« Ma foi…, soupire René, comme on dit, qui peut le plus, peut le moins. C'est pas banal, mais bon, j'veux bien essayer… Fred ? Enfile ton casque, je sens qu'on va s'amuser…
Maurice, mon vieux, voilà un truc dans tes cordes vu qu'tu roulais encore en Viragro y'a pas si longtemps d'ça…
Ziva, tâche de t'appliquer en me faisant honneur, ton engin semble tout indiqué pour ce genre de trip !
Aller, assez causé…, en selle !!! »

« Bon, et bien je vais tenir le bar…, soupire Isabelle tristement, vivement que je l'ai en poche ce foutu permis ! »

C'est néanmoins elle qui donne le start…

René, habitué à tourner la poignée, se rate et part en tête, suivi de Maurice dont la V6 grogne son mécontentement d'un furieux bruit de distribution. Cath est trois, tout juste devant Ziva dont le V-twin six soupapes a tiré partie de sa parfaite régularité à bas régimes pour enterrer les trois monstres devant lui.

Tu verrais la tête des autochtones devant la scène qui se déroule sous leurs yeux. Au lieu de se taper la bourre le nez dans le guidon, les quatre s'observent en évoluant à dix à l'heure !

Un qui n'est pas à la fête, c'est le père René. Dix mètres d'avance avec un ralenti réglé plutôt haut, rapport à la prépa moteur. Lui vient alors l'idée de slalomer en prenant toute la largeur de la route… Maurice, surpris par la manœuvre, donne alors un léger coup de gaz involontaire et passe en tête sans pouvoir réagir. Cath tente la même chose sur Ziva, mais la Sucekiki manque d'équilibre à basse vitesse. La Transalp garde fermement la tête de la course en… queue de peloton.

Au terme de la première ligne droite, c'est donc le môme qui mène devant la mono. René est un peu détaché et Maurice ferme la marche.

Le droite qui se présente est l'objet d'une passe d'arme entre les deux frangins. Maurice tente un demi-tour, mais le rayon de braquage de la 1300 est trop important pour le permettre. Malgré cela, la Kawasuki a perdu son avance sur celle de René qui manque de caler dans l'histoire, le voilà au coude à coude avec son frère !

Les deux s'observent quelques instants, puis prennent chacun un bord opposé de la route pour se recouper ensuite les trajectoires. Dans ce petit jeu, Superpapy prend l'ascendant en regardant son jumeau passer de nouveau devant lui sans pouvoir donner la réplique.

Bientôt c'est Cath qui ne peut éviter de rejoindre René. Le manque d'inertie allié à l'extrême légèreté du Gex l'empêche de garder le ralenti, la voilà deux !

Les positions restent ainsi pendant deux lignes droites, quand, à l'abord de la dernière courbe, Maurice cale ! C'est l'élimination pour l'Ancien qui redémarre rageusement en faisant fumer sa gomme arrière !

Ziva, quand à lui, continue à évoluer au poum-poum régulier de son bi sans trop craindre de rattraper René. Il lui suffit de mettre son guidon en butée pour réussir un demi-tour parfait si besoin est, ce que ne peuvent faire les brèles avec bracelets devant lui.

Plus que cinquante mètres avant l'arrivée et Cath tente le tout pour le tout en s'aidant de son frein arrière. La manœuvre est délicate car son moulin tente de caler par deux fois. René est obligé d'employer la même méthode pour ne pas la rattraper mais le double piston Brembo est plutôt du genre brutal, Pépère cale à son tour !

C'est donc Cath qui franchit la ligne d'arrivée en tête, ce qui la place seconde derrière un Ziva pas mécontent de sa première victoire en course !!!

Tous quatre se rangent alors devant le rade, garent les bécanes et enlèvent les casques.

« C'est vraiment con comme truc ! », lance alors Maurice, finalement amusé après sa déception suite à l'abandon.

« Faut r'connaître que là, Cath nous a bien piégé… », rétorque Fred.

« Moi et brèle, on vous a mis minables sur ce coup-là, merci Mam'selle ! », fanfaronne Ziva en caressant les flans de sa Transalp.

« Hé oui les garçons ! C'est pas l'tout de savoir tourner une poignée... Bravo à toi Ziva, t'as été parfait ! Quand à toi, mon cher René, vu que je termine devant toi, tu me dois un gage… », lance Cath au Respectable tout en le fixant d'un regard ravageur…

« Là, j'dois avouer qu'tu m'as bien possédé, soupire Pépère en rigolant, vas-y, propose et dispose ! »

« Pas tout de suite… », répond-elle, l'air mutin…

La petite troupe regagne alors le bar.

Le môme décide de fêter sa victoire en offrant une tournée générale, ça lui coûte pas grand-chose car le lieu est plutôt désert en ce moment, mais c'est l'intention qui compte !

Ils restent ainsi un long moment à se vanner autour du verre de l'amitié, puis Cath se plante alors devant René :

« Montre moi ta piaule », lui demande t'elle soudain.

Le Vénérable fait mine de ne pas piger…

« Tu me dois un gage, n'oublie pas ! » reprend-elle sans se laisser abuser.

Sans un mot, il se lève de son tabouret et lui désigne l'escalier en face.

« Première porte à gauche… » dit-il en souriant.

Les autres se regardent du coin de l'œil tandis que le couple monte à l'étage. Sitôt seuls dans la chambre, Cath déclare en défiant René du regard :

« Tu m'as vaincu la dernière fois et tu me dois une revanche… »

Se faisant, la Rouquine tombe la combine, elle ne porte rien en dessous !

Je vais te dire que dans le combat qui les oppose rapidement, les préliminaires furent brefs, juste un tour de reconnaissance et Gazzzzz !!!

Cath commence par une langoureuse tyrolienne, histoire de lancer la première offensive. Elle opère de façon calme et méthodique, histoire de jauger l'adversaire, puis plante un coup de troisième à la sortie de la parabolique. Oup's ! fait René qui se ressaisit très vite en lui plaçant un desserrage de culasse d'une main de maître. La belle s'en trouve désarçonnée, mais, experte en la matière, elle effectue un retourné impeccable qui lui redonne un avantage certain à l'abord du second tour… Pépère, un poil ennuyé par la manœuvre, entreprend alors une escalade des dômes face nord et, arrivé au sommet, se met à titiller les extrémités. Cette démarche à pour but de leurrer sa proie tandis qu'il se place pour un Pilon Auvergnat que la môme n'a pas vu venir. L'accélération qui s'en suit est phénoménale et Cath part rapidement dans les tours en touchant plusieurs fois la zone rouge ; furieuse de ce coup en fourbe, elle se redresse pour reprendre le contrôle de la situation en imprimant son propre rythme. René, cette fois, se trouve poussé dans ses limites et doit essorer pour tenter de garder l'aspi. Mais son adversaire, pas décidée à se laisser faire, ne cède pas un poil de terrain et ne coupe pas en bout de ligne droite… L'indicateur de température du Gatouillable commence à grimper vers les dernières graduations et il se dit que là, va peut être mieux falloir jeter l'éponge. Cath, sentant alors que la victoire commence à se dessiner, relâche un poil son effort ; grossière erreur car René, en vieux briscard, profite de l'occasion pour soulager sa mécanique. Malheureusement, la belle a trop d'avance pour refaire le terrain à la régulière. Jouant alors son va-tout, genre ça passe ou ça casse, Pépère serre les dents et lui place alors le balancé latéral tel qu'il est stipulé au dixième chapitre, paragraphe cinq du Kawasutra, laquelle, je n'ai pas besoin de te le rappeler, est considérée à juste raison comme la bible du Respectable (il faut, pour l'obtenir, un certain degré de pratique et une reconnaissance des élus, seuls juges à délivrer le précieux savoir).

Waaaaaaaaaaaaahouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!, fait alors Cath en s'abandonnant totalement : elle n'a pas encore réalisé qu'à cet instant précis, elle vient encore de perdre la partie !

Lorsqu'ils redescendent au bar, bien longtemps après, René affiche une mine triomphale. Bien entendu marqué par l'effort, il rayonne en savourant sa victoire…

Quand à Cath, celle-ci ne sait qu'elle attitude adopter. Elle salue rapidement l'assemblée, lance à René un regard ou se mêle colère et admiration (elle reste ainsi un bon moment à l'observer sans dire un mot), puis lui demande de la suivre à l'extérieur.

Tout en s'approchant de sa bécane, elle baisse les yeux en déclarant tout bas :

« Cette fois encore, tu t'es joué de moi… Je ne sais que dire et penser, jamais un mâle n'était parvenu à me faire plier comme tu l'a fait…
J'ai envie de rester avec toi, mais je te déteste d'arriver ainsi à me dominer !
Je…, je ne sais plus quoi penser en fait.
J'ai besoin de rester seule…
Au revoir…, peut-être ! »

Elle enfile alors son casque rageusement, grimpe sur sa brèle, et décarre comme une furie en faisant hurler le quatre cylindre pourtant froid !

René lui, retourne au bar tranquillement, les mains dans les poches en sifflotant « We are the Champions… », puis offre à son tour une tournée générale à la santé de l'inconsciente qui pensait ainsi le déraciner. Y'a eu une alerte, certes, mais les racines sont bien ancrées au sol par le poids de l'expérience !

René Gédeufoitrentans "le gatouillable" by Sato

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