Le Repaire des Motards - Histoires et récits de motos et motard(e)s

Histoires de motard : René (épisode 49)

Episode 49 : Les courses !!!

RACE 1 :

Pendant les quatre kilomètres quatre cent qui le ramènent vers la grille de départ, Pépère cogite en hochant la tête. Il regarde à gauche, à droite, voit le public derrière les grillages et dans les tribunes. Jetant un regard vers les cieux, il remarque l’hélico qui le suit. Autour de lui, une bonne trentaine de machines zigzaguent sur la piste pour conserver les pneus en température. Intérieurement, ça le fait marrer tout ça :

« Mon vieux René, se cause t’il à lui-même, franchement, tu crois qu’t’es VRAIMENT à ta place ici ??? Y s’rait p’têt temps d’voir à ralentir les délires, car tu t’vois faire une carrière de pilote à ton âge ???????? Qu’est-ce que j’raconte, moi… ? Au fond, c’est c’que j’avais toujours rêvé, et maintenant qu’on m’laisse jouer avec les mômes, j’va pas m’en priver, cré bon diou !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! »

Les pilotes, de retour dans la ligne droite, commencent à se placer sur la grille. L’Ancien, ça lui fait une impression bizarre au début, mais déjà la concentration reprend ses droits. Tout le monde attend maintenant que le commissaire libère la piste. Le safety car vient se placer derrière la meute, signe du départ imminent : un coup d’œil sur le côté, et l’homme aux drapeaux les agite en s’éloignant rapidement. Le feu rouge s’allume : René est à présent dans un état second, occultant ses adversaires, le bruit du moteur et du public, pour ne plus voir que cette lueur pourpre. Ne surtout pas se rater : ni trop rapide, pour pas risquer de percuter le gars devant, ni trop lent, pour pas gêner les suivants, tout en pensant à se faufiler, histoire de tenter de grappiller quelques places au bout de la ligne droite. Mine de rien, le départ est capital, mais plein de trucs à cogiter. René n’a pas l’habitude de ça, car pour lui, c’est la première fois… Il tient le levier gauche comme si sa vie en dépendait, tout en maintenant le trois cylindres en régime. Plus que deux secondes…, une éternité pour lui ! Une seconde…

VERT !!!!!!

Le pack s’élance dans un bruit assourdissant. Régis pointe déjà en tête, emmenant dans son sillage les deux pilotes ALSTARE ainsi que VERMEULEN et PITT. Plus loin, un accrochage s’est déjà produit entre MUGGERIDGE, HAGA et ABE : les trois sont au sol, heureusement sans mal ni encombrement de la piste, mais pour eux la course est déjà terminée…

René est bien parti. Il a profité de la parfaite progressivité de sa BIMOCATI pour se retrouver neuvième au premier freinage, au coude à coude avec… MC COY (décidément, ces deux là…). Garry, dans son style habituel, fait glisser sa PETRONAS en précédant un Respectable qui s’accroche à lui comme un morbac. Après un demi-tour, les deux pilotes ont déjà creusé un petit écart sur le groupe composé de BUSEI, GIMBERT, CORRADI et SANCHINI d’environ une seconde !

Devant LACONI est toujours en tête, suivi de KAGAYAMA, CORSER et PITT, lequel vient de doubler VERMEULEN. TOSELAND suit à une encablure. Un peu plus loin, on trouve WALKER, un peu esseulé, puis le duo MC COY/René, un poil décroché. Les quatre hommes en tête commencent déjà à s’échapper, à raison d’une demi seconde au tour, mais derrière les positions restent stables.

Pour l’instant, Pépère semble observer son adversaire sans rien tenter. Dix tours passent ainsi sans fait marquant, si ce n’est que devant, CORSER vient de doubler son coéquipier, ainsi que Régis, pour prendre la tête de la course. Régis s’accroche, mais rien n’y fait : Troy semble à présent sur une autre planète, ainsi que Yukio qui le déborde aussi dans le grand droit au fond du circuit. La DUCATI marche fort en ligne droite, mais marque le pas en accélération face aux deux quatre cylindres nippons.

Nous sommes maintenant à mi-course, et les positions semblent figées. Au quinzième tour, TOSELAND, qui s’est rapproché de VERMEULEN, tente de doubler ce dernier… et chute sur un freinage loupé, emmenant l’infortuné Chris avec lui. Dans l’histoire, René vient de récupérer la septième place !!!

Du bord de la piste, Max tente de panneauter son pilote, l’invitant à conserver ce rythme pour économiser ses pneus : Pépère tourne en 1’35, et derrière le pack est à une seconde trente. Il est donc un peu à l’abri d’un éventuel retour dans l’immédiat. De même, tenter d’attaquer MC COY immédiatement serait une bêtise : l’australien ne fait aucune erreur, preuve qu’il peut encore accélérer. Si René le double tout de suite (oublie pas qu’il n’a qu’à appuyer sur son bouton magique pour déboîter…), Macadam Cowboy le repassera instantanément en profitant des meilleures reprises de sa machine (et l’Ancien ne peut bénéficier que de trois coups de boost…)

Au dix huitième tour, le Respectable (qui reste le nez dans la bulle, au grand dam de son panneauteur…) passe à l’offensive. Il s’est collé dans la roue de l’australien pour le déboîter sans effort au bout de la ligne droite. Sur les écrans géants, on a nettement vu la BIMOCATI faire un bon en avant en crachant des flammes par ses mégaphones !

Instantanément, Pépère creuse un petit écart sur son poursuivant au prix d’un angle de cintré dans le gauche suivant. Mais GARRY s’accroche… Les deux pilotes ont haussé le ton et sont maintenant en 1’34’5, presque dans les temps des leaders !!!

Mine de rien, l’australien semble incapable de redoubler le pilote du team GAGA. Peut-être a t’il tapé dans ses pneus ? Peut-être, mais… pas sûr, car MC COY n’est pas né de la dernière pluie !

Dans l’histoire, c’est WALKER qui voit revenir le duo sur lui : dans l’avant dernier tour, René fond sur lui et le double irrémédiablement dans un petit droite assez vicelard. De nouvelles flammes ont surgi des silencieux… Mais on sent que la BIMOCATI commence à bouger sérieusement, ce que ne manquent pas de remarquer les pilotes PETRONAS. À l’entame du dernier tour, René perd le bénéfice de sa cinquième place en se faisant redoubler par Chris et Garry à la sortie du droite au fond du circuit, mais Pépère s’accroche, bien décidé à ne pas lâcher le morceau…

Sur le bord de piste, la crise cardiaque est proche pour l’ensemble du team GAGA. Max a laissé tomber son panneau et se cache les yeux, Dave croise les doigts en récitant une prière, les mécanos se rongent les ongles, Albert est retourné dans le box et seul Maurice, tel un gosse, continue à encourager son frangin qui bastonne pourtant à l’autre bout du circuit…

En tête de la course, la bagarre fait rage aussi entre les deux pilotes ALSTARE, à l’avantage toutefois du japonais, mais derrière, Régis vient de se faire une chaleur et se retrouve quatrième, doublé immédiatement par PITT, lequel s’octroie maintenant le dernière marche du podium !

C’est ainsi que les quatre premiers passent le drapeau à damier, alors que le public est debout, poussé par le speaker pas chauvin pour un rond. Le gain pour la cinquième captive plus que la victoire des ALSTARE boy’s … C’est du délire sur la piste avec ce type de soixante berges face à deux locaux, qui plus est, pilotes de pointe !!! Tout le monde espère secrètement que René viendra à bout des deux australiens : l’histoire serait si belle ainsi…

Il reste moins d’un demi-tour à parcourir, et les trois pilotes sont toujours roues dans roues. WALKER, de très peu devant MC COY, avec notre Superpapy national en embuscade. Plus que trois virages… René tente de déborder Garry au freinage, mais ça ne passe pas, l’australien fermant fort logiquement la porte. L’avant dernière courbe, un gauche serré, donne droit à un morceau d’anthologie de la course : MC COY, tout en travers, tente un intérieur sur WALKER, tandis que Pépère se place à l’extérieur pour les déborder d’un seul coup… Les trois se retrouvent de front, alors qu’en théorie il n’y a qu’une seule trajectoire !!!

A ce moment, ça hurle dans le public, et les caméras sont toutes sur le trio. Les carénages se touchent, aucun ne voulant céder, et c’est René qui est obligé de mordre dans l’herbe pour ne pas se sortir. Mais l’Ancien est survolté : il ne coupe pas et reprend très vite la bonne traj’ à la poursuite des deux autres qui ne l’ont bien sûr pas attendu…

Tu te souviens du freinage de SCHWANTZ sur RAINEY à HOKENHEIM en 91 ? Ben imagine notre Respectable qui vient de refaire son retard au prix d’un travers incroyable, les deux roues bloquées, à l’abord de la dernière courbe… Et c’est pas tout, la BIMOCATI crache à nouveau des flammes, Pépère vient d’actionner pour la dernière fois son bouton magique… Le trois cylindres transalpin a accéléré comme une balle, et cette fois l’extérieur fut imparable : René est ressorti le premier du dernier gauche et c’est lui qui termine à la cinquième place sous les hurlements d’un public au bord de l’hystérie !!!!!!

La foule a escaladé les grillages, envahissant la piste, alors que des pilotes passaient seulement sous le drapeau à damier : t’imagines ???

Dans le team GAGA, le délire règne ! Cette cinquième place obtenue de haute lutte vaut plus qu’une victoire, et jamais personne n’aurait osé y songer sérieusement avant ce moment historique…

René, fourbu par l’effort, a bien du mal à terminer son tour d’honneur tellement chacun tient à le féliciter, pilotes compris. Il regagne tant bien que mal la voie de stands, et se précipite dans son box dont les mécanos ferment aussitôt le volet roulant, au grand dam de la foule !

A l’intérieur, à peine descendu de la moto, l’Ancien a juste le temps d’ôter son casque qu’aussitôt l’équipe entière le soulève du sol pour le porter en triomphe ! Là, c’est trop pour le Respectable…

« Mais Bor..el de Me..de !!! Z’allez me laisser souffler un pneu ou va falloir que j’en étripe un ??? Franchement, c’est pas possible ! Je termine même pas sur le podium, et tout l’monde se précipite comme si j’étais l’pape en personne !!! Maurice !!!!!! File-moi une bière et aide-moi à enlever l’cuir : j’suis vidé… »

Max a bien du mal à se contenir :

« IN-CROY-ABLE !!!, c’que tu viens de faire sur la piste, c’est tout bonnement surnaturel… Dave avait raison, t’es capable de tout… ! Merci, merci, René !!!!!!!!!!! »

Pépère s’enfile la bière que vient de lui tendre Maurice, puis s’assoit sur son siège en regardant maintenant le boss du team avec un petit sourire :

« N’exagère pas, j’ai simplement tourné la poignée dans l’bon sens… Faut avouer aussi que l’coup d’la mixture m’a bien aidé pour doubler. Jamais la moto aurait été capable de faire ça sans c’truc-là. Maintenant, faut pas s’emballer ; y reste une manche, et les autres vont m’attendre au tournant… Ceci dit, rouler comme ça, c’est p’têt plus vraiment d’mon age, et là tout d’suite, j’ai b’soin d’aller roupiller pour récupérer. Alors vous allez m’excuser, mais j’passe par la petite porte, et j’veux pas êt’ dérangé. C’est OK ? »

A ce moment, Dave, qui s’était absenté pour repousser les importuns et parler aux journalistes, revient en déclarant :

« René ?, la presse entière te veut en salle de conférence… »

« Rien à faire !!!!!!!!, répond le Respectable, tu leur dis c’que tu veux, mais moi j’vais piquer un roupillon… Sans blague, y’a personne qui pense qu’à mon âge, après un effort comme ça, on ait besoin de se r’poser . Hé les gars ! J’ai plus vingt ans, moi… »

Il a raison l’Ancien : faut pas oublier que dans moins d’une heure trente, il va remettre le couvert !

Sortir par la petite porte du box n’est pas la chose la plus aisée à faire… Faut dire que la foule a débordé le service de sécurité et se presse maintenant pour tenter d’apercevoir le phénomène !

Pour permettre à René de s’éclipser, le team a dû mettre au point un stratagème. Profitant de sa ressemblance avec son désormais célèbre frangin (hors de l’hexagone…), Maurice a endossé le cuir et chaussé les bottes pour servir de leurre au public se pressant aux abords du stand. Pendant ce temps, l’Ancien, profitant de la confusion, s’est éclipsé par la porte de service sur un scooter…

Content l’Maurice ! Obligé de répondre aux journalistes présents et de signer des autographes…

Tu penses que c’est une tâche facile ? Détrompe-toi : le Respectable, sur instructions de Max, a commencé par déclarer qu’il donnerait une conférence de presse après l’épreuve. C’est Dave qui joue les traducteurs. Mais les journaleux ne l’entendent pas de cette oreille et sont bien décidés à ne pas lâcher le morceau. Force est d’improviser en tentant d’esquiver au maximum les questions embarrassantes…

Fort heureusement, la sortie imminente des supersports met un terme à cette situation un peu particulière : le service d’ordre s’est regroupé et, poliment mais fermement, a invité tout ce beau monde à quitter la voie des stands.

Maintenant, un autre boulot attend le team : préparer les machines pour la seconde manche.

Sur la piste, les six cent effectuent actuellement le tour de chauffe et… les premières gouttes de pluie commencent à faire leur apparition, légèrement au début, puis de plus en plus fort. C’est la panique dans les stands, car le ciel s’est soudain totalement obscurci, et on sent nettement que ça va pas tarder à tomber sévère…

La commission de course donne le signal de l’arrêt de l’épreuve pour un nouveau départ dans vingt minutes en configuration pluie.

Paradoxalement, dans le box du team GAGA, cette nouvelle des cieux semble réjouir tout le monde. Voilà qui va laisser plus de temps que prévu pour se préparer, et chacun sait que René, dans ces conditions (car même s’il ne pleut plus au départ de la seconde manche, il y a peu de probabilités que la piste soit sèche) a un atout non négligeable : sa grande expérience acquise pendant toutes ces années à sillonner des routes à l’adhérence aléatoires dans toutes les conditions possibles… Ce genre de truc, un pilote ne le possède pas ou peu, et rares sont ceux qui peuvent se prévaloir aimer ce type de situation…

Par contre, faut prévoir à toute éventualité ! Une machine sera réglée comme pour le sec, l’autre assouplie pour tourner sous la pluie. Sur cette dernière, le boost miracle ne se sera pas nécessaire, car avec près de deux cent chevaux dans de telles conditions, un tel subterfuge serait totalement inutile.

Comme prévu, la totalité de la manche supersport s’est déroulée sous la pluie, avec la victoire attendue de Sébastien CHARPENTIER, lequel n’a pas laissé passé sa chance. Explosion de joie dans le clan français !!!

RACE 2 :

Superpapy vient de regagner son équipe. L’Ancien est parfaitement reposé, et plutôt de bonne humeur, il pleut toujours, et l’Ancien sait qu’il est vite dans ces conditions…

Naturellement, c’est la deuxième moto que sortent des stands Papy et Jean-Yves. Pendant ce temps, René enfile son cuir sans se presser, le départ n’étant prévu que dans vingt minutes. Par contre, il passe beaucoup de temps à vérifier l’étanchéité de son équipement, et demande du liquide vaisselle qu’il applique lui-même sur l’intérieur de la visière de son casque, pour éviter la buée. C’est à ce genre de détail qu’on reconnaît l’habitué des conditions difficiles, chose qui risque de se révéler utile sous peu…

Juju vérifie une dernière fois le paramétrage télémétrique, tandis qu’Ovomaltine prépare le matériel nécessaire aux couvertures chauffantes. Pendant ce temps, Albert dicte une check-list à Papy et Jean-Yves, lesquels auscultent une énième fois la BIMOCATI. Max, en compagnie de Dave, s’affaire, lui, auprès des écrans de contrôles installés dans et hors du box.

Et Maurice ? Ben… l’Ancien, les mains dans les poches, jette des œillades à Sophie, présente pour servir d’Umbrella Girl à son frangin…

Soudain, la sirène retentit de nouveau. C’est l’heure d’y aller !!! Dehors, le temps est apocalyptique : la pluie tombe sans discontinuer, et le vent souffle maintenant assez fort. Le public s’est réfugié dans les tribunes, seuls quelques rares courageux se pressent le long des grillages.

La course promet d’être pour le moins incertaine…

Le safety car vient d’en terminer avec son tour de reconnaissance, et déjà les premiers pilotes s’élancent pour le leur qui va les amener sur la grille de départ. Sur les visages de pas mal de responsables des différentes équipes, on affiche la mine des mauvais jours : certains ont même envisagé l’annulation pure et simple de la manche… La direction de course, interpellée par quelques personnes désignées par les pilotes et les teams, sous la pression des médias n’a pas cédé aux doléances : ils estiment en effet que la piste est roulable, et seule une partie du plateau s’étant manifestée, la course aura bien lieu…

C’est donc dans cette ambiance mi-figue mi-raisin que la grille se remplit peu à peu. Les journalistes eux-mêmes montrent peu d’empressement à rejoindre les pilotes, et ces derniers renfilent très rapidement les casques, très peu protégés par les parapluies des malheureuses Umbrella Girls trempées jusqu’aux os. Bien entendu, le speaker s’égosille au micro, mais on sent nettement qu’il cherche à masquer la grogne des quelques teams, et pas des moindres…, qui jugent la décision de course dangereuse et peu professionnelle. Celui-ci retrouve toute sa verve quand vient le moment de parler de Superpapy (surnom adopté à l’unanimité). Faut quand même se rendre compte que ce bonhomme de soixante berges… Mais je ne vais pas encore te rabâcher la même musique, tu la connais parfaitement à présent !

Le safety-car, parti il y a quelques minutes, est revenu se placer derrière le peloton. La sirène se met de nouveau à retentir, et tout le monde se retire rapidement, laissant les pilotes à leur destinée… aquatique !

Les drapeaux s’abaissent, et les motos commencent à s’élancer vague par vague pour leur tour de chauffe. Des tribunes, c’est à peine si on distingue les couleurs, tellement les gerbes soulevées par les machines masquent la visibilité. Heureusement, aucun accrochage n’est à déplorer et tous se replacent sur la grille pour le second départ de la catégorie.

Le feu s’allume, rouge d’abord, puis vert : c’est parti dans la confusion la plus totale… !

René est moins bien parti qu’en première manche. Son trois cylindres à copieusement patiné au lâché d’embrayage, laissant pas mal de pilotes profiter de l’aubaine pour le passer rapidement en soulevant des trombes d’eau. Pépère est obligé de piloter au jugé tellement la visibilité est restreinte. Au bout de la ligne droite, il pointe aux alentours de la vingtième place…

Devant, un groupe composé de WALKER, CORSER, LACONI, TOSELAND et KAGAYAMA s’est déjà envolé, profitant de l’avantage offert d’avoir la piste libre devant eux. Derrière, chacun fait ce qu’il peut pour éviter les gerbes soulevées par les adversaires formant une masse assez groupée.

Au deuxième virage, premier accrochage : c’est WALKER qui vient de se louper au freinage, ce dont profitent les suivants, à l’exception de TOSELAND qui ne peut éviter de toucher le pilote PETRONAS au moment de le doubler. Les deux pilotes se retrouvent à terre dans le bac à gravier : ils ne repartiront pas. C’est maintenant CORSER qui mène, devant un LACONI particulièrement accrocheur en ce début de course. Mais KAGAYAMA semble aimer ces conditions particulières. À l’abord du second tour, il profite d’un grand gauche pour doubler le duo et s’emparer de la tête de la course.

Derrière, pas très loin, c’est la course à l’élimination : VERMEULEN d’abord, puis MUGGERIDGE vont tâter le gravier. Puis c’est MARTIN qui mange à son tour, les australiens ne semblent décidément pas à la fête chez eux dans ces conditions…

Et René ? vas-tu me demander ? Ben… Pépère a décidé de rouler prudemment, sachant que devant, de toute façon, va y avoir de l’écrémage. De plus, ça lui permet de s’habituer progressivement à sentir la limite, et à économiser ses pneus pour quand viendra le moment d’ouvrir d’avantage. Il navigue actuellement aux alentours de la quinzième place, et devant, la valse des chutes et abandons continue. Sa BIMOCATI se révèle parfaite dans ces conditions dantesques. Juju a parfaitement programmé l’injection, rendant ainsi le moteur très souple et linéaire, sans trop perdre en puissance, tandis que Jean-Yves a effectué un super boulot sur la partie cycle, avec la participation éclairée d’Albert. Il est actuellement dans un groupe de trois constitué de lui-même, de MC COY (encore !!!) et de HAGA. Macadam Cowboy, toujours aussi spectaculaire, fait un véritable festival de glisse en tout genre, HAGA collé à lui comme une mouche, et les deux tentent de prendre l’ascendant sur l’Ancien dont le style propre et très sobre contraste avec celui de ses suivants. Mais René va vite, très vite sous la pluie battante, et pour l’instant ne commet aucune erreur…

Jusqu’à la mi-course, les positions ne bougeront pratiquement pas. Et la pluie tombe toujours !

Les temps au tour ont baissé d’une bonne quinzaine de seconde par rapport à la première manche, et les pilotes, maintenant, semblent surtout penser à rester sur la piste qu’à tenter un hypothétique dépassement : rien de plus stressant pour un pilote qu’une course dans ces conditions. La concentration demandée pour ne pas se faire piéger, chose facile à de telles vitesses, entame sérieusement l’influx nerveux, et diminue l’envie d’attaquer son poursuivant au fil des passages. Il faut être fort, très fort dans sa tête pour dominer dans ces cas-là…

Dix-huitième tour, un rebondissement intervient en tête de la course ! KAGAYAMA vient de chuter dans le fond du circuit, laissant le champ libre à Régis et Troy, lequel se montre pressant depuis que le français l’a doublé dans un droite au prix d’un extérieur imparable. L’australien semble survolté : dans toutes les courbes il montre sa roue avant au français, mais le gars LACONI ne se laisse pas impressionner et ferme toutes les portes.

La pluie redouble soudain d’intensité : jusque-là, les conditions étaient à la limite de l’acceptable, maintenant ça va devenir un exploit de rester sur ses roues… Mais sur la piste, le spectacle continue !

Troy vient de redoubler Régis au prix d’un intérieur limite, limite. Les deux pilotes se sont touchés et ne doivent qu’au miracle de ne pas s’être sortis… Mais Régis sait qu’en cette fin de course, il ne doit pas laisser filer l’australien : il tente le tout pour le tout pour reprendre la tête et ne coupe pas pour le droite en bout de ligne droite… La DUCATI bouge dans tous les sens en plongeant à la corde laissée par un Troy qui tente de retarder son freinage au maximum, mais cette fois les deux pilotes se touchent sérieusement et se retrouvent dans le bac à gravier à pleine vitesse : c’est la chute et l’abandon pour le duo !

Mais derrière, c’est pas mal non plus… GIMBERT, un moment troisième, vient d’abandonner sur problème mécanique. C’est ABE, son suivant qui mène maintenant les débats de cette course à l’élimination, mais lui aussi se retrouve au sol, sans doute déconcentré de ne plus avoir son adversaire en ligne de mire. Décidément, va plus y avoir grand monde à l’arrivée de cette course incroyable…

Mine de rien, le grand bénéficiaire de tout ça, c’est le trio dans lequel évolue, toujours en tête, notre Superpapy national ! Ha, je t’ai pas dis ? Ils ne sont maintenant plus que quinze en piste, t’imagines ??? Et à ce petit jeu, aussi incroyable que ça puisse paraître, René EST EN TETE DE LA COURSE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Les pilotes devant se sont auto éliminés au fil des tours, l’Ancien lui, s’est contenté de rouler comme il le fait d’habitude sur la route (enfin…, p’têt un peu plus vite quand même !) en restant sur ses roues. Comme il n’amuse pas le terrain dans ces conditions particulières, aucun des deux poursuivants n’a pu l’attaquer sérieusement une seule fois, et ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant. Mais rien à faire, René essore dans le bon sens !!! Et derrière le trio, le trou est fait depuis longtemps…

Dans le public, c’est la folie ! Malgré la pluie, tous quittent les tribunes pour s’amasser au plus près des grillages, histoire de ne rien manquer de ce moment incroyable. Le speaker en bafouille au micro et tous, même dans les teams adverses, hurlent des « Superpapy ! » à se déchirer le gosier !!!

Dans le team GAGA, Max vient de tourner de l’œil, vaincu par l’émotion, tandis que les autres croient rêver en se grattant la tête devant les écrans… Albert, au panneautage, ne fait plus rien à présent et répète inlassablement, les bras ballants : « c’est pas possible…, c’est pas possible… »

Mais ce n’est pas terminé, il reste encore deux tours et MC COY commence à devenir nerveux derrière ce vieux bonhomme que lui, pilote d’usine professionnel, n’arrive pas à doubler…

Pourvu que tout se termine bien, car HAGA, toujours en troisième position, trouve que cette place est indigne de son rang, et qu’il est temps de passer à l’offensive !

BANZAIIIIIII !!!!!, fait le nippon en plongeant soudain sur Garry qui ne l’a pas vu venir à l’abord du grand gauche au fond du circuit. Mais l’australien réplique aussitôt et le repasse dans le droite suivant, pour être de nouveau redoublé par le japonais dans la foulée. Les motos bougent beaucoup sous cette pluie battante, et on se demande comment font ces funambules pour rester sur leurs roues…

Pendant que ces deux-là s’arsouillent, se ralentissant au fil des dépassements, la bataille profite à René qui n’en demandait pas tant. C’est ainsi que l’Ancien se permet de mettre la distance nécessaire pour être à l’abri d’une attaque dans ce dernier tour qu’il vient d’aborder et, accessoirement, remporter sa première victoire de manche en mondial Superbike !!!!!!!!!!

Te décrire l’ambiance au moment où il franchit la ligne en vainqueur serait en deçà de la vérité. Une véritable hystérie collective s’est emparée de la foule en ce moment historique. Mesure bien qu’un gars de soixante berges (oui, je sais…), pilote remplaçant sur une moto en cours de développement, qui plus est sans aucun palmarès à son actif, vient de remporter une manche de championnat du monde… Jamais, tu m’entends, JAMAIS dans toute l’histoire de la course moto on a vu un truc comme ça !!!!!!!!!!!!!! Plus fort qu’AGO et tous les grands réunis…

En plus, au cumul des deux manches, c’est… ben…, oui ! C’est VRAI… René est le vainqueur du Grand Prix d’Australie, et par là même, puisqu’il s’agit de l’épreuve d’ouverture, leader du championnat du monde !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Dans le clan français (tout ce qui compte d’éléments de l’hexagone, pilote inclus, se trouve à présent en compagnie du team GAGA), c’est de la folie furieuse… : tout le monde embrasse tout le monde, Maurice roule une pelle à Albert et Max est évacué sur une civière, inconscient…

Pendant ce temps, sur la piste, le responsable de tout ce remue-ménage essaye de terminer son tour d’honneur, car le public a envahi la piste et chacun veut toucher l’extra-terrestre, pour s’assurer qu’il s’agit bien d’un être vivant… René finit par regagner la voix des stands en chialant comme un gosse sous son casque : ça y est, maintenant que la pression commence à retomber, l’émotion est trop forte ! Il amène péniblement la BIMOCATI à l’emplacement réservé au vainqueur et, à peine descendu, il est aussitôt happé par la foule qui le porte en triomphe !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

La direction de course ne sait plus ou donner de la tête pour tenter de ramener le calme. Des haut-parleurs, une voix tremblotante essaie de réclamer la compréhension du public pour l’inviter à s’éloigner des stands, et ainsi permettre aux autres concurrents de regagner les box. Cette course, mon ami, va devenir la référence des anales de l’histoire de la compétition moto…

Finalement, j’avais oublié de t’en causer, c’est MC COY qui a devancé d’une demi roue le japonais pour le gain de la seconde place. Autant le dire tout de suite, dans l’immédiat, tout le monde s’en fout. Et c’est presque anonymement que les deux autres invités au podium ont déposé les machines à côté de la BIMOCATI d’un Respectable qui, une fois son casque enlevé, s’écroule au sol en se tenant la tête entre les mains, chialant comme une madeleine.

Ses traits sont marqués par l’effort incroyable qu’il vient de produire. Il fait dix ans de plus et ressemble maintenant à un vieillard. La foule, impressionnée par l’attitude de Superpapy, commence à s’écarter pour le laisser souffler. Et René reste ainsi un long moment, sans que quiconque n’ose venir le déranger, jusqu’à ce que Maurice s’avance vers lui, s’adressant à son incroyable frangin d’une voix calme, tentant de masquer son émotion :

« Faut toujours que tu t’fasses remarquer, toi… Mais bon, t’as pas grand mérite : c’est des d’jeun’s que t’as battu…
Je peux te dire que si ça avait été moi qu’y t’collais au train, t’aurais pas filé aussi facilement !
Aller, relève toi, mon frère : y’a des filles qui t’attendent sur le podium, et ch’suis sûr qu’elles sont déjà folles de ton corps… »

René lève lentement la tête vers son frangin, plonge son regard humide dans le sien, et les deux restent ainsi quelques instants sans rien dire. Puis, l’Ancien se relève, jette un regard vers les cieux comme pour remercier une quelconque divinité, prend une immense bouffée d’air et expulse le tout en s’étirant. Ensuite, il se jette dans les bras de Maurice, et déclare en souriant :

« Toi, si tu m’avais collé aux fesses, on en s’rait encore à la mi-course… ! »

Là, c’est la libération : les jumeaux se laissent aller dans un fou rire inextinguible. A ce moment, tous autour se sont calmés et commencent à former une espèce de haie d’honneur, libérant enfin le passage vers la direction de l’escalier menant au podium. Alors, avec des gestes lents, René ramasse son casque, regarde à droite et à gauche, comme pour s’imprégner de l’instant présent, et se met en marche vers ce fameux escalier…

Au fait, la pluie tombe toujours, mais personne n’y prête plus attention désormais !

Soudain, une personne dans l’assemblée commence à taper dans les mains, puis une seconde : bientôt, tandis que Pépère grimpe vers le podium, la foule entière lui lance une véritable ovation par un tonnerre d’applaudissement !

MC COY, qui vient de grimper sur l’estrade, file directement vers l’Ancêtre pour le porter dans ses bras (pas facile pour lui, vu la stature quand même imposante du Respectable…). Il lui déclare, dans un français approximatif :

«J’ai tourné le gaz, mais you était trop fort for me… Congratulations, man !!!
Terminer second in this condition, c’est un honneur »

HAGA, comme tout nippon qui se respecte, est plus introverti. Il se tourne vers René, et, sans un mot, s’incline vers le vainqueur en signe de respect. Pépère le remercie en hochant la tête.

Les trois pilotes montent maintenant sur leurs marches respectives, et il se passe alors un truc bizarre : la foule entière soudain se tait, comme si un être invisible avait ordonné le silence. Seule la pluie crépitante se fait entendre en martelant l’asphalte. Puis, les haut-parleurs se mettent à crépiter, …et la Marseillaise retentit !

D’habitude, ce ne sont que quelques notes, mais là, la direction a décidé de laisser défiler l’hymne national dans son intégralité, histoire de marquer cet instant incroyable.

Au pied du podium, la colonie française dans sa totalité s’est massée et chante d’une seule voix. Il n’y a plus aucune rivalité de team ni de marque, simplement un mouvement patriotique sans précédant. Et même les étrangers s’y mettent en sifflotant cet air qu’on entend pourtant si peu souvent…

Sitôt l’hymne terminé, la cérémonie de remise des coupes est l’occasion d’un nouveau fait inédit… Serrage de paluches, la bibise de coutume puis la traditionnelle distribution des maxis boutanches de roteuse, mais soudain, c’est le team GAGA dans son intégralité, girls comprises, qui fait irruption sur le podium ! Attend, j’t’explique : imagine les vingt filles, vêtues d’un simple tee-shirt représentant Max occupé à besogner une frangine allongé sur une bécane, avec en dessous le slogan suivant « avec les préservatifs GAGA, elles en reviendront pas… ». Les autres, ainsi que Max (rapidement sorti de la clinique mobile), en portent un eux aussi (au fait, si tu veux en acheter un, passe-moi un coup d’bigo : j’touche une com’ sur chaque maillot vendu…). Celui qui a foutu le feu aux poudres, je te le donne en mille, Emile, c’est l’gars Maurice ! Ce dernier a demandé au frangin de bien secouer le champ’, puis d’en verser une rasade sur sa personne. René, d’abord étonné, s’est exécuté en aspergeant copieusement le Débris, lequel a ensuite enlevé le tee-shirt trempé pour le balancer à la foule, imité par Max, puis Dave, et Papy, ainsi qu’Albert, Jean-Yves, Juju, Ovomaltine… Dois-je vraiment te préciser que les filles en ont fait autant…

En un instant, c’est plus un podium de GP mais un spectacle improvisé de strip-tease qui est livré à la grande surprise des centaines de milliers de fans de moto présents sur place ou devant les écrans de télévisions ! Le speaker n’a plus la force d’improviser, la direction de course non plus…

En plus, voilà maintenant René qui s’y met en se désapant pour balancer son cuir à une foule limite hystérique. MC COY, ne voulant être en reste, en fait de même sous l’œil désemparé d’un HAGA dont la culture japonaise ne l’a pas habitué à pareille attitude… Celui-ci jette désespérément des regards à droite et à gauche, comme pour demander ce qu’il doit faire. Voyant la mine perdue du Jaunissant, Maurice, aidé d’Albert, tranche pour lui : ils se jettent sur le japonais et lui ôtent son cuir d’autorité !

Il a fallu toute la persuasion des dirigeants de la fédé pour ramener un peu de calme dans tout ce tumulte, et inviter les trois pilotes à la conférence de presse. Ben… ouais, t’as deviné : l’interview d’après course s’est déroulée avec le trio simplement vêtu d’un caleçon !

René : « vous m’excuserez, j’ai pas trop l’habitude des micros. Ma course ? Ben…, j’dois dire que je m’attendais pas vraiment à m’retrouver en tête. En première manche, j’ai fait c’que j’ai pu pour accrocher le bon wagon en ayant en tête de rester sur mes roues, mais ça arsouillait trop fort devant : cinquième dans ces conditions, c’est tout c’que j’pouvais faire. Par contre, en seconde manche, je savais que sous une pluie battante j’étais capable de faire un truc. La moto marchait bien, alors j’ai tout donné… Et voilà ! J’vois pas quoi ajouter… Hein ? La suite ? Ben… j’suis là que pour faire un remplacement ! Toute façon, à mon âge on a plus vraiment la santé pour faire une saison complète, surtout à ce rythme… J’tiens à remercier toute l’équipe, malgré l’boxon sur le podium, ainsi que l’usine BIMOCATI qu’a fait une bonne brèle qui, dans quelques temps, risque d’en surprendre quelques uns sitôt les problèmes de jeunesse réglés ! »

Garry : « Que dire de tout ça… ? Quand on bourlingué comme je l’ai fait aux quatre coins de la planète pour affronter les meilleurs pilotes du monde dans différentes catégories, ça fait bizarre de ce retrouver derrière un type qui pourrait être mon père au classement général. Mais la saison débute bien, surtout que René ne sera bientôt plus là pour me montrer sa roue arrière (rire et clin d’œil vers l’Ancien). Je tiens à dire merci à toute mon équipe pour le travail effectué, ainsi qu’au team GAGA de m’avoir permis de vivre une journée pas comme les autres… »

Nori : « Cette journée a été folle… : d’abord ma chute en première manche suite à l’accrochage, mais ça c’est la course, puis le podium sous la pluie, dans la seconde, alors que ma moto est encore en plein développement. Voilà qui me rassure pour la suite du championnat. René ? Chez nous on dit que l’homme reste jeune tant qu’il regarde devant lui, et aussi qu’un don ne s’exprime réellement qu’une fois la maturité atteinte : René San en est la preuve vivante. Merci à mon équipe de m’avoir fait cette moto, mais aujourd’hui c’est moi qui était incapable de lutter contre un véritable pilote que je serais honoré de voir encore en piste pour le reste de la saison ! »

René Gédeufoitrentans "le gatouillable" by Sato



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Dernière modification le 24-09-2006 .