Donc ce bon René se réveille de bon humeur ce matin, car il a de quoi se réjouir : enfin il a commencé à trouver le mode d'emploi lui permettant de rouler « correctement » avec sa nouvelle bécane, c'est à dire en dépoussiérant son style « j'bouge pas d'la selle et j'rentre les coudes en courbe » qui, s'il a prouvé son efficacité il y a un temps que les jeunes de maintenant ne doivent pas connaître (faut avouer que l'arrivée des ricains qui savent pas tourner en gardant les roues en ligne a quelque peu bouleversé la donne dans le petit monde du Continental Circus et, par effet rebond, sur la production de série qui n'a jamais cessé d'évoluer dans ce sens...), avec une moto contemporaine, si on sort pas le genou, ben la brêle elle va tout droit et tu passes pour un blaireau.Bref, René avait été touché dans son orgueil d'avoir d'abord été humilié par le jeune Valentini Rosso, alors qu'il était encore en possession de sa précédente « vénérable », et humilié par le fait que sa nouvelle bécane refusait de se plier à son style. Mais René avait persévéré et il était maintenant sur la bonne voie pour sortir correctement d'une courbe... La deuxième bonne raison est la venue de Maurice, son frère jumeau, lequel est motard lui aussi. A la différence de René, Maurice se fiche du poids des bougies faisant crouler le gâteau chaque année : il vit en assumant sa Respectabilité et roule comme il se doit sur une YAPAPA 1100 VIRAGRO, un custom qui doit son nom à son allure « pachydermique » et qui, comme l'animal précité, est d'un caractère plutôt placide. Ce qui convient tout à fait à un motard obligé d'ajuster ses lunettes pour regarder dans le rétro... Maurice lui avait envoyé un courrier la veille lui annonçant
sa venue dans la région d'ici une bonne dizaine de jours, et René
appréciait vraiment la compagnie de son frère, même
si ce dernier avait pour lui les paroles d'un père gonflant son
fils en lui répétant sans cesse de grandir. En repensant au stage qui l'attendait, la bonne humeur de René s'assombrit un peu : c'est vrai qu'il allait devoir y affronter ce jeune trou du c.. de ROSSO, digne fils de son père par l'attitude, et il n'avait pas le droit à l'erreur car l'autre ne manquera certainement pas d'en faire écho... Allez, ce jour est consacré au nettoyage du « monstre »
avant la révision de demain : René, en méticuleux
qu'il est, prépare ses éponges, ses brosses à dent
pour aller dans les coins, un seau d'eau chaude avec du produit à
vaisselle et son tuyau d'arrosage. René, en tirant la langue et en jurant toute une bordée
de noms d'oiseaux et d'invertébrés non encore répertoriés
par les naturalistes, s'acharne, au comble de contorsions à faire
frémir un Fakir diplômé, à vaincre l'inaccessibilité
des recoins de la « bête »..., foutu progrès
! René, un peu vexé par cette remarque du voisin, se mord
la lèvre et jette un regard noir envers sa moto qui n'en demande
pas tant... Deux heures plus tard, c'est une KAWASUKI rutilante comme les outils au tableau de ton atelier, tu sais ?… Ceux qu't'as accroché pour faire croire que t'étais un crac en mécanique ?… Qui trônent à l'entrée du sous sol ! René est fier de lui, un peu haletant aussi après tant
d'efforts... Le soir, pour passer le temps, il regarde sur Eurosport, la retransmission de la finale du mondial Superbique pour assister, dépité, à la défaite de Régis LACONNERIE (là, j'm'en veux un peu car c'gars là, j'l'aime bien) fasse au rosbif To The Land (quel nom idiot !). L'aime pas les Angliches le René, même si, en son temps, il a beaucoup roulé sur leurs pisseuses d'huile !.. Demain est un autre jour, dit on, et aujourd'hui est celui de la révision
de Gamine (ainsi l'a baptisé René), la V6 : son premier
passage à l'atelier !.. Pendant que René fait les cent pas dans le magasin en faisant
mine d'ignorer le gamin, ce fourbe l'aborde d'un joyeux : « B'jour
M'sieur !, bientôt le jour J pour le stage, hein ? ... » Paf !: dans l'blair !.. Il fait mine de prendre ça à la rigolade, tout en accusant
le coup : Flatté et blessé à la fois, René se contente de le remercier d'un signe de tête. « Au fait, reprend Valentini, j'ai une TUMATRAPRAPA en démonstration
: si ça vous dit de l'essayer pendant la révision de la
vôtre, j'aurai ainsi votre avis sur cette machine ? » La bête est dehors, toute ramassée et prête à bondir : les bracelets au ras du bitume et les repose pieds à la hauteur du dosseret de selle ! René n'aime pas trop ces engins qu'il qualifie de « gamineries
à roulettes » : ben ouais, y'a rien pour attacher un sac,
même pas une béquille centrale et cette position, grotesque,
qui lui donne l'impression que l'mimile qui l'suit, y va l'prendre par
derrière... . Mais enfin, faut faire plaisir au gosse et lui montrer
qui on est... Au prix d'un effort qu'il tente de cacher, il parvient à se hisser
sur le dos de ce truc hyper raide où il a l'impression d'être
assis sur le cadre. Se penchant pour attraper les demi guidons, il manque
de se cogner le casque sur le té de fourche supérieur :
bordel, c'que c'est qu'cette position, songe t'il en redressant la tête,
ce qui a pour effet de faire craquer ses vieilles cervicales... Tant bien que mal, il tente d'appréhender cet engin de torture
et commence à mettre gaz : AUUUUUUU S'COUUUUUUUUUUURS !, s'effarouche
t'il en se demandant s'il ne vient pas de déclencher la troisième
guerre mondiale en tournant la poignée de gaz !.. Il tente désespérément de s'accrocher aux bracelets
qui ne demandent qu'à lui échapper des mains tandis qu'il
se retrouve scotché le c.. au dosseret et les yeux dans les orbites
! Il coupe aussitôt, effrayé par les réactions de cet engin de fou... « C'est pour les malades, ce truc !!!, pense t'il, un peu inquiet, heureusement que j'ai pas fait ça en courbe... » En parlant de courbe, en voilà une petite qui se profile à
l'horizon : René fait alors comme avec la sienne sans imaginer
que celle ci pèse quelques cinquante kilos de moins que la sienne... Il décide d'arrêter les frais et de ramener ce « truc de fou » au bouclard en traînant sur un filet de gaz pour pas rentrer trop vite ! René, en rendant les clés à Valentino, s'efforce
de ne rien laisser paraître (faut pas donner d'avantage à
l'adversaire...) en lui déclarant que : « Ouais..., faut
voir sur une piste car sur la route elle est pas franchement à
sa place c'te meule... » Sa moto est prête ! Il la récupère avec une satisfaction
non dissimulée en retrouvant une position qu'il juge immédiatement
plus en accord avec lui même. Rien à voir malgré tout avec l'autre, constate René
avec soulagement et, rassuré de retrouver une telle facilité
après la tempétueuse furie précédente, tourne
le truc à droite à fond, pour voir... Rentré chez lui, il décide de prendre une bonne tisane
et de s'allonger dans son fauteuil préféré pour digérer
tout ça : il a eu son compte d'émotions pour la journée...
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Dernière modification le 03-01-2007 .