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Michelin en MotoGP : interviews de Nicolas Goubert, Francis Ferreira et Colin Edwards

"Nous espérons un fort retour sur investissement"

20 000 pneus à fabriquer pour toute la saison ; les dimensions ne sont pas encore totalement finalisées

Stratégie Michelin en MotoGP, interview Goubert, Ferreira, EdwardsLe Salon de la Moto Porte de Versailles nous a donné l'opportunité d'une longue conversation avec les responsables de l'arrivée de Michelin en MotoGP : Nicolas Goubert, directeur adjoint et directeur technique de Michelin Motorsport, ainsi que Francis Ferreira, directeur marketing de la division Deux-Roues. Et, cerise sur le gâteau, Colin Edwards, pilote d'essai Yamaha ! L'occasion d'en savoir plus sur les ambitions de la Manufacture clermontoise à rejoindre la catégorie reine de la moto.

Michelin en MotoGP, c'est pour l'amour du sport ou pour apprendre à faire de meilleurs pneus de route ?

Francis Ferreira : "Même si nous avions quitté le MotoGP, MIchelin est resté engagé en compétition à très haut niveau, car le sport est dans l'ADN de Michelin. Il y a le championnat du Monde d'Endurance, que nous avons remporté comme manufacturier en 2014 et nous avons également remporté les championnats espagnols (CEV) et italien (CIV) de vitesse cette année, où le niveau est très relevé. Du coup, on ne peut pas dire que l'on attendait de faire le travail nécessaire à l'entrée en MotoGP pour apprendre à concevoir des pneus performants pour le commerce. Par contre, il est clair que le MotoGP va agir comme un accélérateur pour notre savoir-faire, tout simplement parce que nous sommes dans la catégorie avec les pilotes les plus exigeants. Et c'est pour cette même raison que nous avons demandé aux instances du MotoGP de faire évoluer le diamètre des roues de 16,5 à 17 pouces, afin de pouvoir plus facilement faire du transfert de technologie de la piste à la route".

Combien cet engagement va t'il coûter ?

Nicolas Goubert : "Ce n'est pas un coût, mais un investissement".

Francis Ferreira : "Effectivement, ce qu'il faut savoir, c'est qu'aujourd'hui, les trois-quarts du marché mondial de la moto se trouvent en Asie. Là-bas, de nombreux pratiquants commencent à évoluer des petites vers les moyennes, voire les grosses cylindrées. Nous avons développé notre offre pneumatique pour pouvoir leur proposer des pneumatiques radiaux de qualité et parfaitement adaptés aux besoins locaux. L'engagement de Michelin en MotoGP va nous permettre de gagner en notoriété de marque sur ces marchés-là. Cela va consolider notre place de leader sur le marché des pneus radiaux, ce qui témoigne de la performance de nos pneus destinés à nos clients. Nous espérons un fort retour sur investissement".

Quelles contraintes supplémentaires apportent le MotoGP par rapport à l'expérience que vous avez dans les autres disciplines ?

Nicolas Goubert : "Il y a toute une série de paramètres à prendre en compte. La puissance est bien supérieure aux autres catégories, donc les motos arrivent plus vite et les freinages génèrent beaucoup plus de contraintes sur le pneu avant. Il nous faut donc à la fois un pneu rigide, tout en conservant une certaine souplesse car de nombreux circuits de MotoGP sont bosselés et le premier amortisseur, c'est le pneu. Concernant l'angle maxi, il n'y a pas de différences majeures avec les autres disciplines où les pilotes prennent aussi beaucoup d'angle ; souvenez-vous qu'il y a 20 ans, des pilotes comme Jean-Philippe Ruggia posaient déjà le coude par terre. On a aussi plus de puissance à faire passer en sortie de courbe, notamment quand le pneu arrière est dans une fenêtre entre 20 et 40 degrés d'angle, d'autant que l'électronique sera moins sophistiquée en 2016. Un autre paramètre à prendre en compte, également, c'est le talent des pilotes, qui sont plus exigeants envers leur matériel et plus à même d'en tirer tout le potentiel".

La saison commence dans quelques mois. Vous êtes prêts ?

Stand Michelin en MotoGP, Salon de la Moto 2015Nicolas Goubert : "Il nous reste encore à finaliser quelques détails, comme d'arrêter les choix de profil (l'arrondi et la hauteur de flanc, ndlr), que nous proposerons ensuite aux pilotes. Nous devrons fabriquer environ 20 000 pneus pour toute la saison".

Quelles sont les pressions de fonctionnement d'un pneu de MotoGP ?

Nicolas Goubert : "environ 2.2 bars devant et 1.6 bar à chaud à l'arrière".

En termes de sensations, ça change quoi de passer du 16,5 au 17 pouces ?

Colin Edwards : "Aie, j'en sait beaucoup trop pour vous parler des sensations dans le détail ! (rires). Ce que je peux vous dire, c'est qu'en termes de feeling, ça change beaucoup de choses, car je suis habitué au 16,5 pouces depuis mon entrée en Mondial Superbike. La zone de contact au sol est à la fois plus longue et plus étroite".

Comment se passe une journée de tests pour Michelin ?

Colin Edwards : "On se concentre à chaque fois sur un aspect précis, la carcasse, le grip, l'endurance... L'autre fois, au Sachsenring, ils m'ont appelé pour faire 4 séries de tour. Je me suis dit, cool, 4 séries, ça va être vite fait. C'était des séries de 28 tours chacune !".

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