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Dossier : du deux-coups aux deux-roues

Ces constructeurs motos qui ont changé de fusil d'épaule

BSA, Royal Enfield, Kawasaki, Jawa et les autres

Dossier : du deux-coups aux deux-roues« Il portait des culottes des bottes de moto, un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos, sa moto qui partait comme un boulet de canon, semait la terreur dans toute la région ». Si les paroles de l’Homme à la moto d’Edith Piaf ne dressent pas forcément le portrait idéal du motard, elles ont néanmoins l’avantage de lier subtilement le monde du deux-roues et de l’armement. Vous me direz, mais quel est le rapport entre ces deux univers ? Et bien sachez qu’ils sont plus liés que l’on ne peut le croire de prime abord.

Si on parle d’une arme à feu et de moto dans la même phrase, on aura aussitôt en tête des images de motards rebelles, délinquants voire meurtriers chevauchant de grosses Harley-Davidson et autres bêtes mécaniques pour semer la peur et commettre leurs méfaits. Des stéréotypes bien tenaces qui collent au cuir de la communauté motarde depuis le film l’Equipée sauvage et la forte médiatisation des gangs de bikers à l’instar des Hells Angels.
Et pourtant, le lien étroit qui unit le monde du deux-roues et du deux-coups ne se trouve pas là.

Kawasaki, des engins militaires aux belles mécaniques vertes

Avion Kawasaki Ki-45 Toryu Nick (photo : DR)Pour comprendre cette relation ambigüe, il faut remonter aux sources de l’industrie motocycliste. A l’aube du 20ème siècle, alors que le premier conflit mondial se dessine peu à peu, de nombreuses sociétés se spécialisent dans l’armement et la conception d’engins militaires. C’est le cas par exemple des très anciennes sociétés Beretta ou Remington qui fournissent fusils, pistolets et autres mitraillettes à différentes forces militaires mais aussi d’entreprises dont le nom parlera sans doute davantage au motard passionné qu’à l’amateur d’armes anciennes.
Parmi ces derniers, on pourra évoquer le constructeur japonais Kawasaki. Créée en 1878 par Shozo Kawasaki, la société s’oriente d’abord vers la conception de bateaux en acier avant de s’investir dans le domaine de l’aéronautique. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, elle construit près de 20.000 avions, une vingtaine de porte-avions, 250 sous-marins et 30 cuirassés. Une véritable armada qui sera suivie par la suite par de célèbres machines vertes civiles à deux-roues.

Royal Enfield, des motos "made like a gun"

Royal Enfield, made like a gunEt pourtant, Kawasaki n’est pas un cas isolé. Il faut savoir que de nombreux autres constructeurs moto aujourd’hui connus mondialement, ont fait leurs premières armes sur des machines destinées à tuer. On pense par exemple à la marque Royal Enfield dont l’histoire est irrémédiablement liée à son activité première, l’armement. C’est d’ailleurs pourquoi le constructeur adopta son fameux slogan « made like a gun, runs like a bullet », autrement dit des motos conçues comme une arme pour filer comme une balle. La marque ira plus loin encore en dénommant son modèle phare, la Bullet autrement dit la « balle ».

Autre exemple parlant, la marque allemande Zündapp fut fondée dans le but de concevoir des détonateurs. Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale, suite à la cessation des pièces d’armement, que le constructeur choisit de se tourner vers la conception d’engins motorisés. Des motos et side-cars militaires qui serviront d’ailleurs aux forces allemandes à combattre sur les champs de bataille.

Des diversifications d'activité forcées

BSA (Birmingham Small Arms) Si on se penche attentivement sur l’histoire de ces constructeurs motocyclistes qui ont changé leur fusil d’épaule, on remarquera que nombre d’entre eux ont choisi de se reconvertir vers la production de deux-roues motorisés suite à une nécessité de diversification d’activité. La destruction des usines et sites de production mais surtout la démilitarisation des pays vaincus suite à la guerre poussent les fabricants d’armes de l’époque à une reconversion obligatoire. La voie est alors ouverte aux nouveaux moyens de transport. La bicyclette est en plein essor, l’automobile se développe et finalement, le deux-roues motorisés s’avèrent un moyen de transport aussi pratique qu’économique.
D’ailleurs, Jawa et BSA (Birmingham Small Arms) ne s’y sont pas trompés. Ces deux sociétés d’armement ont en effet pris le tournant du deux-roues avant même que ne surgissent les deux conflits mondiaux et y ont bâti leur réputation.

Faites de la moto, pas la guerre

Il faut croire que concevoir une moto c’est comme concevoir une arme, avec une mécanique de précision, fiable et rapide. Et finalement, bien que la moto n’ait pas le même usage, elle s’avère elle aussi mortelle avec près de 700 décès en deux-roues chaque année sur les routes françaises. On comprend mieux pourquoi certains motards se disent en colère, un peu moins ceux qui tirent un poil court en se prenant pour des boulets de canon sur les nationales.

Quoi qu’il en soit après s’être penché sur le lien fusionnel qu’entretient le monde de la moto et des armes à feu, on n’a qu’une chose à dire : « faites de la moto, pas la guerre ».

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