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A tout Sénior tout Honneur : Serge Martin

Vivre sa ou ses passions à fond et ainsi ne pas avoir de regrets

Serge Martin, auto-portrait d'un motard sans frontière

Serge MartinVivre sa ou ses passions à fond et ainsi ne pas avoir de regrets. Telle est la ligne directrice que je me suis donnée tout au long d’une carrière déjà bien remplie et, je l’espère, pas encore finie.

Une passion qui s’est exprimée dans le journalisme, le reportage et tout particulièrement le reportage de guerre, mais aussi dans l’auto et surtout la moto, que ce soit lors de rallies ou bien alors d’enduros. Deux passions donc, celle de l’aventure et du goût du risque mis au service d’une curiosité sans limite et d’un souci de témoigner, mais aussi celle de l’excitation et du frisson que l’on éprouve au volant ou au guidon d’un véhicule de course, lancé à vive allure sur la neige, la glace ou bien encore sur le sable d’une piste africaine.
Deux passions qui ont connu leur paroxysme mais aussi leurs limites entraînant à chaque fois des réorientations.

Pour la première sur une route de Sarajevo en 1993 lorsque les balles ont commencé à siffler trop prêt, bien trop prêt… Pour la seconde sur le siège passager d’une Peugeot 405 Turbo 16, assis aux côtés d’Ari Vatanen, dans l’infernale montée de Pikes Peak au Colorado, à cette époque là pas encore goudronnée, avec pour seule vision le ciel où le précipice, un précipice sans fond. Ce moment où tout bascule et où l’on préfère regarder le ballet incessant des pieds du conducteur pour ne pas céder à la peur et où l’on se dit que l’on ne restera à jamais, à tout jamais, qu’un amateur. Sentiment vécu à nouveau sur piste et sur circuit dans le sillage d’une silhouette s’amenuisant au fil des kilomètres ou des tours, celle d’un Peterhansel où de l’un de ces champions du monde d’endurance reconverti dans l’instruction et la pédagogie.
Pas question donc de vouloir absolument être le « premier » dans cette discipline des sports mécaniques, juste l’envie dévorante de grappiller des miettes de sensations fortes et là encore de les faire partager.

En ce qui concerne le journalisme et en l’occurrence la radio, tout a commencé un 1er juin 1979 par une entrée discrète dans ce qui allait devenir au fil des ans Ma maison, une maison ronde que je n’ai, depuis, jamais quittée, la Maison de la Radio.
Entré cette année là à France Inter comme stagiaire, je vais tour à tour connaître toutes les fonctions d’un homme de radio, celle de reporter puis de grand reporter, de correspondant de guerre, correspondant tout court, en poste à Londres notamment, présentateur de journaux, enfin chroniqueur et rédacteur en chef.
Après une année « offerte » à l’armée, par chance au magazine TAM (Terre Air Mer), fonction qui m’a notamment permis de plonger sous l’Atlantique en sous marin à bord du Narval ou bien de voler en compagnie de la Patrouille de France et de l’équipe de voltige sur un Cap 10, retour à France Inter.

Mon premier « long » ou « grand » reportage, comme l’on veut, va m’emmener en 1982 sur les routes et les pistes de Nouvelle Calédonie. L’occasion à cette époque de rencontrer le leader indépendantiste kanaque Eloï Machoro, tué trois ans plus tard par les gendarmes sur un barrage, mais aussi de faire connaissance avec celui qui prendra par la suite la direction du FNLKS (Front de Libération des Kanaques) avant d’être plus tard assassiné, Jean-Marie Tchibaou.

L’année suivante, en mars 1983, c’est une expédition au Pôle Nord. Alors que Nicolas Hulot (celui là même à qui je succéderai pour une chronique moto sur l’antenne de France Inter et qui, avant de devenir l’ardent défenseur de l’environnement que l’on connait aujourd’hui, n’hésitait pas à venir parler, le soir sur France Inter, dans l’émission de Patrice Blanc-Francard, de la dernière sportive qu’il venait d’essayer, Nicolas que l’on verra également au volant d’un Range dans le Paris-Dakar…), alors que Nicolas Hulot donc partait en direction du Pôle Nord magnétique en compagnie de l’explorateur Janusz Kurbiel, j’intégrais pour ma part, au nord de la Terre de Baffin, une équipe du GMHM (le Groupe Militaire de Haute Montagne). Emmenés par le Commandant Jean-Claude Marmier nous sommes allés faire l’ascension, en compagnie d’Eric Escoffier et de Christophe Profit (tous deux disparus depuis), d’une montagne de glace, le Mont Thulé avant de rejoindre Nicolas Hulot après un parcours de 1000km sur la banquise en scooter des neiges.
Puis vont se succéder ensuite, pendant une dizaine d’années, des reportages sur tous les points chauds du globe. De l’Afghanistan au siège de Sarajevo en passant par le Tchad, le Rwanda, le Zaïre, la Somalie, la Centrafrique, la Roumanie sous Ceaucescu, la Colombie en pleine guerre contre les narcotrafiquants, Haïti, Cuba… sans oublier l’Affaire Ouvéa en Nouvelle Calédonie ou l’Arabie Saoudite puis l’Irak pour la première guerre du Golfe en 1991. Des reportages qui m’ont offert la possibilité de rencontrer et d’interviewer des personnages aussi différents, voire opposés, que Fidel Castro ou bien Mobutu pour ne citer qu’eux.
Reportages qui m’ont également permis de me retrouver, seul journaliste radio, aux côtés de François Mitterrand, en juin 1992, dans la ville assiégée de Sarajevo après être arrivé, en provenance de Split, dans le premier hélicoptère, celui qui touché par des tirs ne repartira plus…

L’occasion aussi, entre ces reportages, de me consacrer à l’une de mes autres passions, les sports mécaniques. Et vont ainsi se succéder, au fil des années, les commentaires en direct (nuit comprise) des 24 Heures du Mans, Auto et Moto ou bien encore plusieurs éditions du Rallye de Monte Carlo dont l’édition de janvier 1986 au volant d’une 205 GTI, préparée par le service compétition de Peugeot, en direct là encore sur l’antenne de France Inter alors que mon camarade Patrick Grivaz assurait lui, depuis Monaco, la couverture de l’épreuve. Quelques rallies africains aussi, Atlas, Rallye du Tunisie… jusqu’au lancement d’une chronique Moto lors de la création de France Info en juin 1987.

Cette passion du deux-roues a tout d’abord commencé, dès l’âge de 16 ans, au guidon d’une Yamaha DT puis s’est poursuivie par quelques enduros dont la Djerba 500 en Tunisie, en 1985, au guidon d’une 125 DT. Une épreuve terminée à la 45eme place sur 110 concurrents au départ, loin derrière les Charbonnier, Bacou et autre Gilles Lalay mais second quand même dans ma catégorie derrière…le champion d’Europe de l’époque en 125.

Et c’est cette chronique Moto, hebdomadaire, d’abord sur France Info puis, ensuite, parallèlement sur France Inter qui va me permettre, entre deux reportages, de vivre pleinement cette passion mais également de la faire partager.
L’opportunité de côtoyer des grands noms de la moto côté pilotes bien sûr mais aussi constructeurs et importateurs. Des personnalités aussi différentes et attachantes que JCO, le patron de Yamaha France, pardon Monsieur Jean-Claude Olivier comme l’appelait avec déférence et parfois crainte ses collaborateurs ou bien Hervé Guiot surnommé « joli thorax » chez Honda France. Deux visionnaires, chacun à leur manière, du monde de la moto auteur par exemple pour l’un de la venue en France de la V Max ou, pour le second, de la Pacific Coast. Un essai de cette moto « baignoire » incontestablement avant-gardiste dans l’otique d’un rapprochement moto-scooter qui me vaudra, durant quelques temps, d’être écarté des essais Honda pour avoir reprocher entre autre à cette moto dans l’une de mes chroniques de n’être pas équipée d’une montre digitale (que l’on trouvait déjà sur d’autres modèles) et de ne pas offrir de protection suffisante pour une clientèle de cadres à qui elle était destinée en priorité.
C’était cela les « essais » moto dans les années 80, des départs parfois en jet privé du Bourget et oui à l’époque on avait les moyens… mais aussi des sanctions individuelles lorsque le compte rendu ne plaisait pas. Des essais auxquels étaient conviés les journalistes de la presse spécialisée, facilement reconnaissables à l’époque à leur blouson de cuir, mais aussi ceux de la presse généraliste, nationale et régionale (la presse internet n’existant pas encore) dans des tenues plus disparates. Et c’est ainsi par exemple que le spécialiste moto de Nord Eclair surnommé le « Mamola Béthune » en raison de quelques « sorties de route » spectaculaires n’hésitait pas à arborer, lors de ces essais, un superbe nœud papillon. Des essais où pouvaient ainsi se retrouver une trentaine de journalistes venus de tous horizons. Les essais d’aujourd’hui se résument bien souvent à la présence de 10 journalistes, 15 maxi et souvent moins.

20 ans plus tard, France Inter reste la seule radio nationale à proposer chaque semaine sur son antenne une chronique Moto. Chronique qu’il faut bien souvent défendre d’année en année pour sa reconduction dans la grille de rentrée. Mais elle a le mérite d’être toujours là.

Ce rendez-vous ouvert à un public très large me permet donc de continuer à vivre cette passion au fil des essais ou des compétitions et de la partager. C’est ainsi l’occasion notamment de vivre de l’intérieur des épreuves où se côtoient professionnels et amateurs comme dans le Moto Tour (cinq à mon actif) dont le but, en ce qui me concerne, n’est (hélas) pas de figurer dans le peloton de tête, privilège réservé à des Denis Bouan, Julien Toniutti ou bien encore Laurent Filleton, mais de rallier l’arrivée et de pouvoir ensuite tout raconter.

Raconter l’évolution de ce monde du deux-roues qui ne cesse d’évoluer, où l’utilitaire l’emporte bien souvent aujourd’hui sur la passion, le vintage ou le custom sur la performance, mais un monde où il fait toujours bon prendre le guidon et se laisser aller, nez au vent, au fil des routes avec dans ses sacoches ce sentiment de Liberté.

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Au plaisir de vous retrouver désormais chaque mois à venir sur le Repaire des Motards à travers des chroniques régulières...

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