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Stéphane Paulus : des projets plein la tête

Accidenté et paraplégique depuis près de 13 ans, Stéphane Paulus s'est lancé dans la course moto en 2011

La première manche de la PMR Cup, sur laquelle travaille Stéphane Paulus, aura lieu les 25 et 26 juin sur le circuit Carole

La vie rayonne autour de Stéphane Paulus. Elle bourdonne derrière ce jeune père de famille, visiteur médical de profession, qui organise son temps entre ses déplacements professionnels et sa vie de famille. Au téléphone, il nous répond tout en s'apprêtant

à aller manger au restaurant en famille. Des journées bien remplies et des longues soirées passées à transformer ses rêves en projets, telle est aujourd'hui la vie de Stéphane Paulus. Une vie qui, paradoxalement, n'aurait pas été possible sans la moto, ni l'accident...

La GSXR de Stéphane avec ses vérins électriques

Pionnier du stunt

A 20 ans, Stéphane Paulus est un des précurseurs du stunt en France. Sans moyens, le stunt est pour Stéphane le moyen de s'exprimer avec une moto, cette passion qui le nourrit depuis l'enfance. Flirtant avec la limite, toujours à la recherche de sensations fortes, Stéphane Paulus est victime d'un grave accident qui le laisse paraplégique. Un accident dont il est responsable et avec lequel il est aujourd'hui en paix. "J'ai joué et j'ai perdu !" nous explique-t-il avec une grande sérénité.

Une renaissance par la moto

Stéphane Paulus : des projets plein la tête

Sept ans après son grave accident, Stéphane remonte sur une moto. Une remise en selle qui passe par la mise au point d'un système de béquille centrale rétractable électriquement grâce à une commande au guidon. Ainsi équipé, Stéphane peut partir rouler seul. Mais ce retour sur une moto s'accompagne au final d'une certaine frustration. Perturbé par les restrictions draconiennes en vigueur et par le risque inhérent à la moto sur route, Stéphane Paulus ne trouve pas de plaisir :

Je revenais d'un grave accident et puis les années avaient passé. J'étais désormais plus mature et plus conscient du risque. Je n'avais plus envie de me mettre en danger. La route me paraissait beaucoup trop risquée. C'est ainsi que j'ai pensé à me mettre au circuit.

Stéphane Paulus en action à Carole

Cette nouvelle expérience persuade Stéphane de pratiquer la moto exclusivement sur circuit. Un domaine que Stéphane connaît peu, lui qui préférait les acrobaties à la chasse au chrono avant son accident. En 2011, il effectue ses premiers roulages sur piste. Peu à peu, son style s'affine et la confiance arrive. Une confiance bridée par son système de vérins électriques qui limite sa prise d'angle. Lors d'un passage dans la courbe d'Estoril du circuit de Magny-Cours, Stéphane Paulus arrache l'un de ses vérins à cause de l'angle important qu'il imprime à sa moto. Un incident décisif avec lequel Stéphane Paulus se révèle à lui-même :

En rentrant au stand, j'ai décidé de démonter les vérins électriques. Dès que je les ai enlevés, c'est comme si on m'avait délivré. Exactement comme un enfant à qui on enlève les petites roulettes sur son vélo. Cela m'a procuré une bien meilleure aisance sur ma moto.

Les joies et les larmes de la course

Stéphane Paulus avec les membres du HFR

Encouragé par ses progrès, Stéphane Paulus se laisse convaincre par des amis de participer en 2012 à la Monster Race. Lors de sa première session d'essai, il se classe à une inespérée 9ème place. Mais au cours de la course, Antoine Collignon, le Rédacteur en Chef du magazine Street Monsters et organisateur charismatique de la Monster Race fait une chute mortelle. Un drame qui va toucher toute la famille de la moto et Stéphane Paulus en particulier :

Au retour de la Monster Race, je suis bouleversé. Je m'étais mis au circuit car j'estimais que cette pratique était moins dangereuse que sur la route et dès ma première course, un homme meurt. Cela m'a beaucoup retourné. A chaud, un journaliste m'a posé des questions et je lui ai dit que j'arrêtais la moto. Ma femme était enceinte à l'époque et moi j'avais déjà eu un grave accident. Les choses étaient confuses. Et puis, après y avoir réfléchi calmement, j'ai décidé de tenir mon engagement de courir la finale à Carole en septembre. Et là, je finis 4ème ! Un résultat incroyable qui me remonte à bloc pour la saison suivante.

Les réticences de la FFM

Mais début 2013, Stéphane Paulus reçoit un nouveau coup de massue. La FFM lui refuse en effet sa demande de licence. Pour la Fédération Française de Motocyclisme, le handicap de Stéphane Paulus lui interdit l'accès aux courses des valides. Face à cette nouvelle épreuve, Stéphane fait preuve d'une réflexion avisée :

Intérieurement, je bouillonnais, mais je ne me suis jamais braqué contre la FFM. Au fond, je peux comprendre leur position. Nous vivons dans un contexte où il faut se couvrir de tous les côtés. Aujourd'hui, en cas de chute entre deux pilotes dont l'un est handicapé, on peut rapidement se trouver dans la situation où le pilote valide porte plainte contre le non valide en arguant que le handicap est à l'origine de la chute. La FFM n'a pas d'autre choix que de prendre toutes les précautions nécessaires.

Rencontre décisive

La saison 2013 sera donc simplement ponctuée pour Stéphane Paulus de quelques roulages sur piste. L'année suivante, il vend même sa moto, une Suzuki GSX-R 1000 K8. Papa depuis deux ans, il s'apprête à tourner la page avec la moto et à passer à autre chose. C'est alors qu'il rencontre un jeune paraplégique, Kévin Sinomonato, victime lui aussi d'un accident de moto. Kévin suit les expériences à moto de Stéphane Paulus depuis plusieurs années. L'exaltation et l'envie du jeune garçon plongent Stéphane dans une grande réflexion. En 2012, Stéphane roulait aux côtés du Para Side Racing Team. Mais cette fois, ses projets sont différents. Aux côtés de Kévin, Stéphane songe à créer sa propre structure :

Mon but était d'aider les pilotes blessés à remonter en selle. C'est dans cet esprit que j'ai lancé le Handi Free Rider. Cette initiative a vraiment aidé Kévin à s'engager dans sa rééducation. Je lui ai fait comprendre que la moto était un sport exigeant au niveau physique.

Stéphane Paulus : les joies du podium

Pour Stéphane, les choses avancent aussi. Contacté par les organisateurs italiens de la World Didi Bridgestone Cup, Stéphane Paulus est invité en 2014 sur le circuit de Vallelunga à une course qui deviendra le premier championnat du monde pour pilotes handicapés dès l'année suivante. Mais Stéphane n'a plus de moto et pas d'argent. C'est alors qu'il va bénéficier d'un coup de pouce inespéré.

Je suis allé voir Olivier Destin et Amaury Baratin, les responsables d'Espace Motos. Ils m'ont écouté et m'ont tout simplement confié la Suzuki GSX-R 1000 du Team R2CL, une équipe sponsorisée par Espace Motos. Cette machine venait tout simplement de finir 2ème des 24 H du Mans aux mains de Guy Martin, Gwen Giabbani et Dylan Buisson. Olivier et Amaury m'ont donné aussi du temps pour payer cette moto.

L'enchaînement des succès

Prêt à raccrocher le cuir quelques mois plus tôt, Stéphane se retrouve ainsi engagé dans une course internationale ! L'année 2015 continue sur cette lancée. Les italiens le contactent de nouveau pour le championnat du monde et Stéphane se lance dans une course aux partenaires. Au championnat du monde, malgré une bonne pointe de vitesse, Stéphane souffre de tétanie au niveau des bras et ne parvient pas à exprimer tout son talent. Le mois suivant, il est invité à une tentative de record de la piste lors des X Roadsters de Carole. Il établit ce record en 1'08''mn. Après coup, il estime qu'avec une moto mieux réglée, il aurait pu faire mieux. Le souci du détail est toujours présent chez Stépahne Paulus.

L'apothéose à Portimao

Au cours de vacances estivales, Stéphane Paulus monte presque par hasard le projet de participer à la course d'endurance des 300 km de Portimao. Car si la FFM l'empêche de courir avec les pilotes valides, au Portugal, son handicap ne lui ferme pas les portes. Disputée à l'américaine, chaque pilote ayant sa propre moto, Stéphane Paulus termine 3ème parmi 44 pilotes valides. Cette performance incroyable propulse le jeune homme sur le devant de la scène médiatique :

Après Portimao, j'ai fait deux émissions sur France 2, deux autres sur Motors TV et puis une apparition dans l'émission High Side. Du coup, cela m'a donné le crédit pour retourner voir les gens de la FFM. Je leur ai présenté un projet de compétition ouverte à tous les handicapés, en insistant sur le fait que pour le moment, malgré l'existence d'associations comme le PSRT, il n'est pas possible pour de nombreux handicapés d'accéder aux courses des pilotes valides.

La naissance de la PMR Cup

Soutenu désormais par la FFM, Stéphane Paulus se retrouve subitement propulsé dans le monde de l'organisation d'épreuves. Son projet est de mettre sur pied la PMR Cup, accessible à toutes les Personnes à Mobilité Réduite. La première épreuve aura lieu cet été. A l'origine, cette première épreuve devait avoir lieu sur le circuit Carole au cours de la Grande Fête Nationale de la Moto. Mais au final, cette première épreuve aura lieu les 25 et 26 juin prochains sur ce même circuit Carole, dans le cadre du Championnat de France de Vitesse en Motos Anciennes (VMA). La seconde manche est quant à elle confirmée pour les 8 et 9 octobre prochains, toujours à Carole, dans le cadre de la Coupe de France d'Endurance. En parallèle, Stéphane Paulus se prépare à participer une nouvelle fois au Championnat du monde de la World Didi Cup qui aura lieu cette année sur le circuit autrichien du Red Bull Ring les 5 et 6 août prochains.

Un accomplissement personnel

Mais les bénéfices des projets de Stéphane Paulus ne s'arrêtent pas là. Car les projets du jeune homme ont une véritable portée humaine :

L'activité principale de Handi Free Rider est de faire profiter les autres blessés de mon expérience, de leur montrer qu'il est possible de refaire de la moto après un accident. Dernièrement, j'ai rencontré un motard Belge paraplégique depuis 35 ans qui a rêvé durant toutes ses années de faire de la moto. Après nos échanges, il s'est acheté une Aprilia Mana automatique et il est venu rouler sur le circuit de Croix en Ternois. Il est reparti avec un sourire magique !

Aujourd'hui, l'association du Handi Free Rider compte une dizaine de pilotes et ne souhaite pas en rester là. Quant à Stéphane Paulus, il garde la tête sur le épaules et sait que, plus encore que la moto, sa femme et son fils sont le pilier de la reconstruction d'un homme dont la jeunesse a été brisée dans un accident de moto. En paix avec lui-même, Stéphane ne voit pas la vie du côté obscur :

L'accident et la moto m'ont permis de vivre des choses que je n'aurais jamais vécues dans un autre contexte. J'ai eu la chance de tirer le meilleur de ce qui était en moi, mon envie de moto et mon envie de vivre.

Plus d'infos sur l'association Handi Free Riders