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La Ducati du Pharaon

Le polar de l'été - Episode 3

La Ducati du Pharaon - 3

Il arrive des choses étranges dans l’administration. Par exemple, il n’y a pas de brigade spécialisée dans les enquêtes sur les cadavres découverts dans un état de décomposition très avancé -les ‘puants’ s’ils sont encore humides et donc odorants, les ‘momies’ s’ils sont desséchés et quasiment sans odeur. Cependant, dès qu’une momie est découverte en région parisienne, l’affaire finit immanquablement sur le bureau de Marc Farront, tout ça parce qu’un jour l’un de ses supérieurs a balancé cette vanne : « une momie ? C’est pour le Farr-a-ont ! ». Marc s’est parfois demandé si les puants arrivaient sur le bureau d’un inspecteur qui s’appellerait Marais, ou Égout.

Pour l’instant, le Pharaon est de retour dans la cave pour fouiller un peu plus, maintenant que la Légale est passée.

- Mais quel genre d’imbécile installerait un chiotte dans une cave ? Parce que c’est bien un chiotte. On a vérifié ?

- Oui, oui, le pot de chambre contient bien des matières fécales, répond Alex.

- Ça colle pas, cette histoire. Ya un truc.

Marc se pince la lèvre inférieure. De sa lampe, il parcourt une nouvelle fois les murs du petit couloir où repose encore Odette Franz.

- Et puis je pige pas la maçonnerie du couloir. C’est nickel, ya rien qui dépasse, les pierres sont équarries et jointoyées, personne ne s’enquiquine à faire ça dans une cave.

- C’est peut-être les restes d’un vieux bâtiment ?

- Ptète. Bon, allez, file-moi un coup de main : on va dégager la porte.

Alex et lui font bouger le panneau de planches grossières. La base cède avec un craquement, les gonds, rouillés, s’arrachent.

- Doucement, doucement. On ouvre, on fout pas tout en l’air.

La Ducati du Pharaon - FarrontL’ouverture dégagée, Marc recule pour mieux voir. Odette est assise sur ce qui semble être une chaise percée. Elle a la tête penchée en arrière, posée sur le mur du fond, ses bras reposent sur ses cuisses. Elle semble réfléchir. Ses vêtements sont bien conservés : un manteau de laine, une espèce de veste de couleur dans les tons gris, un chemisier qui dût être blanc.

- Elle est plutôt bien habillée, remarque-t-il. C’est pas une crève-la-faim. Bourgeoisie citadine moyenne, je parie. Une riche se serait payé de vraies chiottes et puis on aurait entendu parler de sa disparition.

Il balaye de la lampe le réduit et fronce immédiatement les sourcils :

- Mais… c’est des traverses de chemin de fer !

- Hein ?

- Regarde : on voit les trous laissés par les vis. Et tu vois le goudron, là ?

Marc sort un couteau de poche et arrache un fragment de bois qu’il flaire :

- Oui, c’est bien du goudron. En tous cas, ça ressemble drôlement à des traverses de chemin de fer. Je pige plus rien. Quel genre d’olibrius monterait un chiotte dans une cave avec des traverses de chemin de fer. Même le toit, c’est des traverses. Ya que la porte qui est en planches. Et puis…

Il se penche et passe précautionneusement la tête dans le réduit.

- Oui, c’est ça, il les a assemblés en taillant des encoches rectangulaires dans chaque traverse avant de les empiler à la manière de jeu de construction. Pourquoi s’emmerder à construire un truc pareil dans une cave ?

Alex a une moue d’incompréhension :

- Ce que j’en dis, moi… On attend Mangin ? Ptète qu’il aura du nouveau.

- Ouais. Allez, sortons d’ici.

Dans la rue, Marc pointe du doigt son triporteur :

- Je te dépose ?

- Monter dans ce truc ? Jamais ! Je rentre en métro.

- OK. Tschüss. Tiens-moi au jus si Mangin trouve quelque chose.

Marc démarre le triporteur et réfléchit un peu : vu l'heure, il a encore le temps de passer au Bouclard bosser un peu sur sa bécane, armé de nouvelles informations glanées sur le web à propos des incantations et des sacrifices rituels à effectuer pour obtenir de son allumage Lucas qu'il fonctionne de temps en temps.

Le polar de l'été

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