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Histoire constructeur : Amazonas

Des motos brésiliennes animées par un moteur de VW Coccinelle

La plus grosse moto du monde au tournant des années 80, produite à environ 450 exemplaires

Amazonas PoliceLe coup du moteur de voiture dans une moto, on connaît depuis longtemps. Ceux qui, parmi nos lecteurs, sont férus d'histoire pourront nous renseigner avec précision, mais l'Allemande Munch Mammuth et son 4 cylindres 1000 cm3 issu d'une NSU en sont un premier exemple et il date de 1966. Plus près de nous, les MF à moteur flat-twin 650 de Citroën 2CV et la BFG à moteur 4 à plat de Citroën GS 1300 en sont d'autres, datant du début des années 80.

En fait, il y a plein de raisons de mettre un moteur de voiture dans une moto : la fiabilité générée par des organes mécaniques conçus pour supporter trois fois plus de poids, le challenge technique, la volonté de ne pas penser comme les autres en tant que concepteur. Mais il peut aussi y avoir encore une autre raison : dans les pays soumis à un fort protectionnisme douanier, il faut savoir faire avec les ressources du bord. Et c'est le cas au Brésil, dont les taxes dissuasives limitent fortement l'entrée de motos de grosses cylindrées étrangères sur le territoire, puisqu'elles en triplaient le prix (pour y échapper, il fallait que 54 % d'un véhicule soit assemblé au Brésil).

D'abord pour la police

La suite de l'histoire est simple : c'est la rencontre entre un businessman, David Ferreira Rodrigues et deux bricoleurs de talent, Luis Antonio Gomi et José Carlos Biston.

Rodrigues constate que les forces de l'ordre brésiliennes sont obligées de rouler sur des Harley-Davidson de 25 ans d'âge et qui tombent littéralement en morceaux. Les deux bricoleurs, eux, tirent profit de l'omniprésence des VW Coccinelles sur le sol brésilien (la Cox y a été produite de 1953 à 2003), sa mécanique est simple, solide et son architecture de 4 cylindres à plat lui permet de se faire greffer un cadre de moto autour.

A la fin des années 70, une grosse moto est encore une 750, une très grosse moto japonaise est une 900 voire une 1000 et même les Harley oscillent entre 1200 et 1340 cm3. L'Amazonas les renvoie tous au fond de la classe : elle affiche 1600 cm3.

moto civile amazonas

Reste à l'habiller, ce qui fut fait, dans un travail d'inspiration custom où l'esthétique finale sera laissée à l'appréciation de chacun. Car en plus de ses dimensions généreuses, l'Amazonas devait composer avec les particularismes du 4 à plat VW, qui nécessite ici un carbu par bancs de cylindres, d'où une belle excroissance parfois maquillée sous un pan de plastique grossier, tandis que le refroidissement par air forcé lui impose un très haut carter dans lequel souffle un ventilateur. Le tableau de bord reprend les compteurs ronds de la Coccinelle tandis que la finition, globalement, est faite à la truelle.

Amazonas en action de face avec ses deux gamelles de filtre à air

Les dimensions sont à l'avenant, car le problème des moteurs de voiture, c'est que les boîtes de vitesse sont rarement compactes. Empattement : 1,66 m ! Longueur : 2,56 m ! Largeur avec les rétros : 1, 12 m. Il y a des candidats pour l'interfile sur le périphérique ? Bref, l'Amazonas est ce que l'on appelle sans pudeur une enclume. Son poids à sec dépassait les 400 kilos et malgré la présence d'une marche arrière, les manoeuvres n'avaient rien d'un cadeau.

Des sensations hors norme

Malgré la cylindrée généreuse, la puissance n'avait rien de décoiffant, puisque si le moteur de Coccinelle est littéralement increvable, c'est aussi parce qu'il n'a rien dans le sac : le 1600 sortait ici 56 chevaux à 4200 tr/mn et déjà un couple plus intéressant de 10,8 m/kg à 3000 tr/mn. Accouplez le à une boîte de vitesse lente et peu précise, à des amortisseurs vite dépassés (basiques et posées sur une entretoise façon ressort à lames), à trois freins à disque associés à des maîtres cylindres trop petits qui nécessitaient un réel effort au levier pour un résultat médiocre, à des pneumatiques pas adaptés et vous avez là toute la recette pour danser la lambada sur les petites routes. Car le flat 4, qui était assez costaud pour servir d'élément porteur, était en fait juste boulonné à un simple berceau.

Amazonas 1600 de policier brésilien

Les forces de l'ordre, cependant, s'en sont accommodées au début : une production locale avec un moteur local et la fierté d'avoir la plus grosse du monde permettent d'éviter les sujets qui fâchent et les discussions sur le comportement dynamique. D'autant plus si les seules références locales sont des 125 de fermiers ou des Harley des fifties et déglinguées. Bref, ça le faisait pour la parade, entre les drapeaux et conduite prudemment, beaucoup moins pour aller courser des méchants.

Amazonas a tenté (sur un malentendu, on ne sait jamais, ça peut toujours passer), de développer le business avec une gamme de machines orientées tourisme ; il y a même eu un moteur fonctionnant à l'alcool de canne à sucre (carburant très répandu au Brésil) : on reconnaît les machines à leur moteur caréné, ce qui permettait de faire monter la température de fonctionnement.

 Amazonas modèle tourisme civil

La production des Amazonas s'est tenue entre 1978 et 1986. Une autre entreprise brésilienne a tenté de relancer la production au début des années 2000, sans succès. En tout, 450 Amazonas auraient été produites, parmi lesquels de rares exemplaires exportés en kit aux USA, au Canada et au Japon.

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