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Dossier : l'Iron Butt

Une organisation efficace qui propose de nombreux rallyes aux "motards les plus endurants du monde"

Il faut bien un "cul en fer" pour s'infuser 1600 km de moto par jour !

Diplôme de L'Iron Butt : 1600 km à moto par jour, au minimum !Ce qu'il y a de bien avec les anglo-saxons, c'est qu'ils sont généralement pragmatiques. Non seulement, ils aiment les records qui ne servent à rien, mais ils savent aussi nommer les choses avec justesse et concision : ainsi, pour définir les groupes de motards qui prennent un malin plaisir à s'infuser plus de 1000 miles (1609 km, à ne pas confondre avec le mile marin de 1852m) en 24 heures, ils décident tout simplement de les appeler du terme de "Iron Butt", soit ceux qui ont un "cul en fer". Le mal de selle, chez eux, connait pas !

Plus de 60 000 membres depuis 1984

C'est en 1982 que germa le concept dans l'esprit de Mike Rose, s'inspirant d'un événement, le "One Lap of America" qui avait été organisé par l'influent magazine "Car & Driver". L'idée : suivre un itinéraire passant dans 48 états américains en 11 jours.

Rose se demandait si des motards seraient capables d'une telle performance et organisa le premier Iron Butt Rally, au départ de Philadelphie, en 1984, avec 10 participants qui avaient bien voulu répondre à l'appel et 4 courageux motards qui réussirent à terminer, dont une femme. Cette année-là, George Egloff remporta l'épreuve sur une étonnante Suzuki RE-5 à moteur rotatif.

Pourtant, l'événement eut du mal à prendre : le Iron Butt Rally fut organisé pendant 4 années consécutives, mais fut annulé en 1988 par manque d'intérêt d'éventuels participants. Néanmoins, un autre organisateur, Jan Cutler, de Reno, au Nevada, prit les choses en main, déposa le nom, changea les règles (notamment en faisant la chasse aux participants qui roulaient à fond lors des premières éditions, façon Cannonball). L'esprit changea, on valorisait l'endurance. En 1991, 27 participants étaient inscrits et depuis, le succès ne s'est jamais démenti.

L'Iron Butt Association n'est pas une association typique : tout le monde est volontaire et bénévole, il n'y a pas de droits d'inscriptions. Vient qui veut, mais auprès des routards, arborer le badge '"Iron Butt" sur son cuir vaut toutes les reconnaissances. Au fil du temps, l'organisation des rallyes a changé et conquérir la victoire est plus compliquée : il y a un règlement complexe où il faut annoncer son plan de route et le respecter à la minute près, il y a des bonus pour les kilomètres couverts de jour ou de nuit, d'autres selon que l'on prend les petites routes ou les autoroutes, etc. Bref, il ne suffit pas d'arriver le premier, il faut montrer un sens de l'efficience ! Un vrai truc de vrai routard, en somme...

La sécurité avant tout

L'effet pervers de ce type d'association, c'est qu'elle pousse les participants à dépasser leurs limites en termes de fatigue et de concentration, au détriment de la sécurité. La sécurité est donc devenu l'un des mantras de l'organisation même si, au fil des ans, plusieurs participants sont tombés au champ d'honneur, au point qu'un mémorial leur est consacré, à Gerlach, au Nevada.

Alors que certains motards ont bien du mal à couvrir cette distance en un an de balade cumulée et n'hésiteraient pas à considérer les participants de l'Iron Butt comme de doux masochistes, ceux-ci tiennent à préparer le plus sérieusement possible leur participation aux événements. C'est ainsi que les motos sont désormais préparées, avec le kit de survie, des pièces pour la mécanique de base (câbles d'embrayage, kit de réparation des pneus), des aliments et boissons énergétiques à portée de main, des vêtements pour supporter, en 24 heures, une température dont l'amplitude peut atteindre 40°, un GPS, une lampe frontale pour mécaniquer ou lire une carte de nuit, etc. Certains installent même des réservoirs additionnels, ce qui n'est pas interdit par le règlement.

Pour se rendre compte de la difficulté de ces épreuves, on pourra regarder sur internet les films documentaires Hard Miles et Hard Miles 2, qui ont été tournés lors des Rally de 2007 et 200

L'Iron Butt Rally : 11 jours à 1600 km par jour aux Etats-Unis

Les événements organisés par l'Iron Butt Association :

L'Iron Butt n'est pas qu'un événement américain ; il y a une branche en Grande-Bretagne, qui organise son propre Rally, appelé le Brit Butt Rally, où ils sont passés de 7 participants pour la première édition à plus de 350 quelques années plus tard. Il y a aussi des sections de l'Iron Butt en Allemagne, en Russie, en Suède, en Turquie, au Brésil...

Néanmoins, de nombreuses épreuves sont organisées sur le territoire américain :

  • Le SS1000 : le Saddle Sore (la douleur sur la selle) consiste à couvrir 1000 miles (1600 km) en 24 heures
  • Le BB1500 : le Bun Burner (le brûleur de cul !), c'est 1500 miles (2400 km) en 36 heures
  • Le BBG1500 : pour le Bun Burner Gold, il faut faire 1500 miles (2400 km) en 24 heures
  • L'Iron Butt Rally : c'est le must, organisé tous les deux ans et il faut avoir terminé l'une des trois épreuves précédentes pour s'inscrire. C'est une véritable épreuve d'endurance, puisqu'il faut couvrir 11000 miles (18000 km) en 11 jours ! Il y a bien évidemment des check-points sur l'itinéraire, plus des points bonus (si l'on fait des détours ou si l'on ne prend pas les routes les plus directes ni les plus faciles). Souvent, l'itinéraire est à thème : en 2005, c'était un tour de l'Amérique des phares maritimes, en 2007, les ponts, en 2009, les scènes de crime, en 2011, les capitales des États...
  • Le 50 cc : non, ce n'est pas à faire en Mobylette, mais il s'agit d'un "Coast to Coast" à couvrir en moins de 50 heures. Au début, l'itinéraire allait de New York à San Francisco (4680 km), mais seulement 10 motards ont réussi à le faire en 10 ans. Désormais, c'est plus simple, en allant de San Diego (Californie) à Jacksonville (Floride) : seulement 3774 km.
  • Le 100cc : même chose, sauf que une fois arrivé sur la côte opposée, on repart au point de départ, le tout en moins de 100 heures.
  • Le 100K Club : est destiné aux motards qui ont prouvé faire 100000 miles (160 00 km) en moins de 12 mois. Parmi eux, il y a évidemment Grizzly qui a fait le tour du monde en 100 jours sur sa Victory.

Curiosités de l'Iron Butt Rally

Les Iron Butt Rally peuvent être addictifs : prenez le cas d'Eric Jewell, qui en a fini 8, couvrant plus de 101800 miles (166130 kilomètres), rien qu'en participant à ces événements. Et ce n'est pas non plus un truc de vieux routards barbus roulant en Harley-Davidson Electra Glide, puisque le plus jeune fut Brian Bray, qui a couvert l'épreuve en 2011 au guidon de sa Suzuki SV 650. A contrario, le plus âgé à avoir terminé un Rally fut Al Holstberry qui, en 2015, s'est infusé l'épreuve de 11 jours au guidon de sa Yamaha FJR 1300. Enfin, 54 femmes sont venues à bout des Iron Butt Rally, principalement sur des grosses routières, mais aussi au guidon de BMW F 650 GS, de Ducati ST4 ou encore de BMW C650 GT. Enfin, la plus petite moto à terminer l'épreuve fut une Suzuki GN 125 entièrement d'origine, menée par Keith Keating en 2001.

Parmi les autres curiosités, on notera avec plaisir que, en 1993, Doug Packard fut le premier à terminer le Rally sur un monocylindre, une Kawasaki KLR 650 ; en 1997, Martin Hildebrand fut le premier à la terminer avec un 2-temps, une Zundapp KS 175 de 1973 ; en 1999, Caroline et Michael McDaniel se marièrent en route (bonjour la lune de miel, 1600 km de moto par jour pendant 11 jours d'affilée !) et en 2001, Leonard Aron termina l'épreuve au guidon de la plus vieille moto jamais vue sur un Iron Butt Rally, une Indian Chief de 1946.

Enfin, sur les 17 Iron Butt Rallies qui ont vu 882 motos arrivées au bout (conduites par 543 motards, vu les participations multiples), la marque la plus représentée est BMW (470) devant Honda (332) et Yamaha (159). suivis, loin derrière par Harley-Davidson (58), Kawasaki (54) et Suzuki (22). Un seul l'a terminé avec une Boss Hoss, un Ural ou une Laverda. Certains courageux l'ont fait en Yamaha Vmax, en Suzuki GSX-R 1100, en Kawasaki ZX-6R ou en Harley-Davidson 883 Sportster.

Moto préparée avec équipement pour l'Iron Butt Rally

Quelques conseils pour réussir un Iron Butt :

On n'attaque pas un Iron Butt la fleur au fusil. Il faut se préparer, même pour l'épreuve la plus simple, le SS1000. Outre une moto en parfait état, voici ce qu'il faut prévoir et comment réussir son opération :

  • La fatigue est l'ennemi numéro 1. Il faut donc être à l'aise sur sa moto et dans son équipement. Poignées chauffantes, selle confort, pare-brise additionnel, protège mains, vous devez être le mieux protégé possible. Un conseil élémentaire qui n'a pas empêché une motarde de finir un SS1000 il y a quelques années au guidon d'un Harley-Davidson Sportster avec un guidon Ape Hanger !
  • Il faut planifier sa route et suivre son plan.
  • Pour la nuit, des éclairages additionnels sont nécessaires.
  • Au début, prenez des autoroutes. C'est pas super drôle, mais ça permet d'abattre des kilomètres en s'économisant.
  • Une pause tous les 200 kilomètres, qui dure une bonne dizaine de minutes (pas plus). Si votre moto a 400 km d'autonomie, cette pause intermédiaire est importante, vous vous en rendrez compte plus tard, car on fatigue moins en fractionnant plus.
  • Restez hydraté, avec des boissons à portée de main.
  • Protégez vos yeux ; des lunettes jaunes aident la nuit.
  • Après 1000 kilomètres, faites une vraie grande pause de 30 à 45 minutes, avec un repas chaud.
  • Sachez vous écouter et arrêtez-vous au besoin.

L'Iron Butt : un certificat diplôme !

Et sinon, qui parmi vous a déjà fait plus de 1600 km en 24 heures ?

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