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Radioscoopie : Privatisation de passion

Journaliste, reporter, grand reporter, chroniqueur radio et Rédacteur en Chef sur France Inter...

Serge Martin signe chaque mois une chronique radiophonique sur Le Repaire

L’évolution des technologies avec notamment la présentation de futures motos en partie « autonome » (on l’a vu récemment dans une précédente radioscoopie) n’a pas véritablement de quoi nous rendre optimisme sur la pérennisation de notre passion. La privatisation du code de la route et surtout celle des voitures-radar banalisées ont tout lieu d’accentuer cette crainte.

Radioscoopie : Privatisation de passion

Qui aurait imaginé dans les années 60 la généralisation sur les motos des systèmes d’antiblocage des roues, de « traction contrôle » voire de boîtes automatiques ou semi-automatiques, Et pourtant ces changements, ces révolutions, ont bel et bien eu lieu. Certains parfois acceptés dans la « douleur », je pense par exemple à l’ABS, mais des changements qui n’ont en fait pas véritablement freiné la notion de passion pour la conduite d’un deux-roues. Des innovations qui l’ont tout juste fait évoluer. Cela n’empêche par les « récalcitrants » dont certains d’entre vous font partie de déconnecter à l’occasion, quand cela est possible, ces assistances à la conduite ou bien alors de ressortir du garage la vieille « trapanelle » qui roule encore et qui, elle, n’en est pas dotée. Sensations garanties, authenticité retrouvée.

Qu’en sera-t-il lorsque les motos du futur n’auront plus besoin de béquille et ne tomberont plus (concept Honda) ou bien se piloteront toutes seules (projet BMW) ? Certes cette évolution n’est peut-être pas pour demain. Mais les constructeurs y travaillent et au train où vont les choses, cet avenir à priori lointain pourrait fort bien se rapprocher de demain.

A cette évolution technologique, aux recherches de nouvelles énergies, à la force de dissuasion déployée par certaines municipalités qui ne font vraiment rien pour faciliter l’usage des deux-roues à moteur dans leurs rues (quelqu’un a dit Paris ? Ha !!! J’avais cru entendre…), à la progression des mentalités également et de l’approche évolutive des deux-roues considérés de plus en plus comme des moyens de transport utilitaires et pratiques plutôt que comme des objets de passion, s’ajoutent aujourd’hui de nouvelles dispositions. Elles sont souvent synonymes de « privatisation » ou bien encore « d’externalisation ».

La première d’entre elle passe par le désengagement de l’Etat du contrôle routier au profit d’opérateurs privés dont le maître-mot, quoi qu’ils puissent dire, passe par la « rentabilité ». Le fait que le ministère de l’intérieur a décidé de confier la responsabilité des voitures-radar banalisées à des opérateurs privés (entrée en vigueur de ce processus dès septembre prochain) en est tout un symbole.

De devant (sans plaque pour les motos il est vrai, enfin pour le moment…), de derrière, lors d’un dépassement ou bien encore à contre-sens, nous pouvons désormais être photographiés, filmés, enregistrés et, par conséquent, verbalisés. Fini l’accélération qui permettait de dépasser rapidement un véhicule se donnant ainsi une marge de sécurité (indispensable par les temps qui courent compte tenu des accrocs du téléphone au volant). Oublié les « légers » franchissements de ligne continue pour mieux entrer dans un virage, serré contre le bas-côté, afin d’éviter le camion, le camping-car ou l’automobiliste distrait. Fini enfin le fait de rouler le nez au vent en admirant le paysage. A moins d’un limiteur de vitesse (et pourquoi cela ne viendrait pas sur la moto…) il faudra désormais avoir un œil rivé sur son compteur, pour ne surtout pas dépasser la limitation fixée, un autre sur le véhicule rattrapé ou la voiture croisée pour vérifier s’il ne s’agit pas d’une automobile « piégeuse » dotée d’un détecteur infrarouge sous la plaque d’immatriculation ou d’un boîtier photographique posé sur la planche de bord.

Seules resteront pour vivre pleinement sa passion et peut-être rouler librement et encore, ces petites routes isolées avec personne derrière, personne devant et personne en face… Mais attention quand même, Big Brother étant là, peut-être serons-nous alors la proie des satellites…
Bon il est vrai, je noircis le tableau à souhait mais peut-être pas tant que cela quand même… Un récent dossier de nos confrères du mensuel « Moto Magazine » mettait en exergue tous les risques et les conséquences de l’externalisation du contrôle et de la conduite des voitures-radar. Quel rôle pourra ainsi jouer le conducteur de l’un de ces véhicules. Dans quelle mesure, par exemple, ne pourra-t-il pas pousser un motard à la faute, l’obligeant, de par sa vitesse volontairement ralentie, à un dépassement là où cela n’est pas autorisé ou bien alors à accélérer pour le dépasser. Dans quelle mesure également sera-t-on assuré de sa non-intervention sur le matériel embarqué et sur la fiabilité de celui-ci ? N’oublions pas, quoi que l’on puisse nous dire, que la rentabilité demeurera la priorité de ces nouveaux « anges gardiens » de la route.

Allez puisque je suis, comme vous avez pu le constater, d’humeur plutôt « ronchonne », je me pose aussi des questions sur une autre externalisation, celle des organismes chargés de gérer l’épreuve technique générale du permis de conduire. Si l’an dernier deux opérateurs avaient été agréés par l’Etat, La Poste et SGS, cette année trois nouvelles entreprises dont, par parenthèses, un opérateur de contrôle technique auto, viennent d’obtenir cet agrément.

Alors il est vrai, voyons le côté positif des choses, que les délais d’attente entre deux passages de l’épreuve du code de la route ont ainsi pu être réduits. Mais là encore une certaine course à la rentabilité, avec ses conséquences, est à craindre nonobstant que dans certains de ces nouveaux centres les contrôles d’identité des candidats laissent parfois à désirer. Autant dire que tout devient possible avec l’officialisation de diplômes pour des candidats qui ne sont donc pas ceux passant les épreuves. Autant de dangers supplémentaires sur la trajectoire d’un motard qui n’en a vraiment pas besoin.

Quoi qu’il en soit, pour reprendre le titre d’une célèbre émission de radio, le monde de la « circulation » et tout particulièrement celui de la moto se retrouve une fois encore en pleine mutation.

Pourvu que ces « privatisations » n’entrainent pas une diminution voire une privation de notre passion dans cette période où, il faut bien le dire, les motos deviennent de plus en plus délirantes, de plus en plus attractives mais également de plus en plus sophistiquées.

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