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Utopie homologuée A2

Les utopies d'évasion et les utopies de construction

Parmi les mécanismes de survie chez l'Homo Sapiens, on trouve cette faculté à créer des paradis artificiels, des utopies personnelles. Le bon vendeur de motos n'a plus qu'à s'y immiscer.

Utopie homologuée A2

La faculté d'imaginer le futur a pour corollaire la possibilité de se bâtir une petite utopie personnelle, dose de méthamphétamine intellectuelle qui sert à supporter notre (généralement) triste condition. Prince charmant, super-pouvoirs, pavillon à la mer, 30 chevaux de plus, un million en banque : les utopies personnelles vont rarement chercher bien loin. Ce qui facilite d'autant le travail des marchands de motos, qui se servent d'elles pour nous fourguer des bécanes fortuitement idéales.

Son travail est d'autant plus aisé que les publicitaires dépensent des fortunes pour limiter nos aspirations à quelques critères simplistes : plus de chwo, plus de chwo, ou encore plus de chwo. Quand tu arrives chez le vendeur de motos, il n'a qu'à te demander : "vous voulez plus de chwo, ou alors encore plus de chwo ?" et hop ! L'affaire est réglée (sur 36 mois).

Parmi les utopies, on distingue en particulier deux familles : les utopies d'évasion et les utopies de construction. Les premières laissent le monde tel qu'il est : "ah ! si j'étais riche" ne modifie pas la donne sociale et vise plus à un soulagement à court terme d'une frustration banale. Les secondes, en revanche, le façonnent selon nos désirs : "ah ! si Honda ressortant la brillantissime PC 26*" et suppose une réflexion plus poussée sur l'environnement direct. Cela ne rend pas l'utopie plus souhaitable : elle est seulement plus détaillée.

Une fois le chèque signé, me voilà avec une bécane chargée de combler le vide mental laissé par la disparition de l'utopie maintenant réalisée. La tâche est de fait insurmontable pour cet assemblage de métal et de plastique, doublement imparfait d'être une création humaine d'une part et à visée commerciale d'autre part. Ce qui me pousse à imaginer une nouvelle utopie ("la même, mais avec 30 chwo de plus") après un laps de temps plus ou moins long. La frustration, c'est la base du marketing.

J'aimerais être sûr de moi quand je postule qu'avec l'âge, cette manie s'estompe. Qu'au contact des autres et l'expérience aidant, on finit par se contenter de ce que l'on possède plutôt que de faire confiance à notre vendeur de motos officiel quand il s'agit de trouver une issue aux incohérences de nos utopies personnelles. Qu'à l'attaque reptilienne, on finit par substituer la stupéfaction (non moins reptilienne) sous la forme du découragement : non, il n'y a pas de motos idéales, juste une collection de compromis.

A en croire ce bon docteur Sigmund, Homo Sapiens aspire au retour à la matrice, dans le ventre de sa mère, où tout est beaucoup plus sûr et simple. C'est en quelque sort l'utopie ultime, un idéal quasi bouddhique où l'être n'existe que pour exister. Pour le motard, quelle est la matrice ? La mob ? La bicyclette avec carte à jouer dans les rayons ? Le manche à balai chevauché avec conviction ? Le poster d'Hailwood faisant à l'aspi à Agostini dans Bray Hill ?

Les utopies résistent rarement à la réalité. Alors que je fais une remontée fulgurante sur Rossi, il ne faut pas que j'oublie d'acheter du pain en passant. C'est aussi le risque des environnements contrôlés : on y affûte difficilement ses dents, comme la couveuse stérile ne fait rien de bon au système immunitaire -tout est affaire de dosage.

C'est la période de l'année où je guette malgré moi les premiers essais, les premiers comparatifs de nouveautés, dans l'espoir de voir renaître cette fougue rêveuse d'il y a trente ans où je jurais qu'un jour, oui un jour, elle serait mienne au gré des parutions hebdomadaires. Or tu sais comme moi qu'il ne faut pas croiser ses héros et héroïnes. Certes, la XT 500 et mignonne à croquer, mais peut-être vaut-il mieux pour elle comme pour moi qu'elle reste sagement sur sa latérale dans le garage inexploré d'une énième utopie personnelle.

J'attends quand même avec une frustration croissante un pourtant improbable comparo 125 avec la GSR, la Z, la MT, la Tuono, la Duke, la CBR et leurs copines. LE comparo de l'année. Allez Le Repaire ! Allez MR ! Allez Mot-Mot ! Vous en crevez d'envie de vous retrouver sur la dernière famille de brêlons où on doit garder gaz en grand tout le temps.

Les 125 ? Ah ! Si elles faisaient 20 chevaux !

* wink-wink, nudge-nudge et toutes ces sortes de choses.

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Commentaires

Bee Loo

Excellent, com' dab' !

26-02-2019 12:14 
cajo

Mieux que d'hab ... sérieux enveloppé d'ironie grinçante, j'adore !

Si la frustration sert de base au marketing, on localise donc parfaitement le mal en nous, nan ?

Vous r'prendrez bien un peu de décroissance ?
20 bourrins chacun ?
Peut-être pô jusque là ... mais déjà 50-60 bien utilisés sur des meules adaptées et on s'en reparle clin d'oeil

V

26-02-2019 12:51 
Manu5108

L'utopie des uns commence ou s’arrête celle des autres

26-02-2019 14:05 
Godzilla

Ceci dit, un grand comparo des 125, il y a 10/15 ans, la presse l'aurait déjà fait.
Autre époque, autres rédac'chefs, autres lecteurs.

Et, tiens oui, des 125 de 20cv, ce serait chouette...

Parce que si on rêve pas un peu, à quoi bon rouler à moto?

26-02-2019 16:11 
KPOK

Dans l'exercice, c'est le "comme d'hab" qui est délicat.

26-02-2019 18:12 
XM

paraît que c'est dans la frustration qu'on se construit. l'utopie ultime serait donc de finir sa construction, sachant que passé les 50 balais on se déconstruit plutôt physiquement. du coup la réalisation de l'utopie finit par se faire avec un retour à la 125 ou au 50?
c'est bien foutu quand même

27-02-2019 05:27 
l'haricot

Chez Honda, ils ont réussi l'inverse. Ar'gad' la CB 500 : moins de puissance, plus d'euros à sortir. Aux chiottes, les marketteux des concurrents !!

28-02-2019 19:50 
 

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