Essai pneu moto Continental ContiSportAttack 5
Je peux pas, j’ai circuit…
Le ContiSportAttack fête ses 19 ans. Un pneu conçu par Continental pour aller sur circuit par la route et revenir. Dès 2007, le premier du nom arpente routes et pistes avec une surface barrée d’esthétiques rainures en V et une ceinture de fibre à zéro degré. D’autres évolutions suivront en 2012 et 2015 où le pneu arbore des dessins plus stricts. 2020 donne à la gomme allemande un composé au nom très latin : le blackChili. Une formulation riche en silice et gomme naturelle pour une montée en température rapide et un usage 90% route et 10% piste. Cette année, le plus sportif des routiers de la gamme Continental revient en une cinquième itération pour un usage 80% route et 20% circuit. Avec une nouvelle structure à tension variable, il veut également moduler votre pilotage au grès de celles de vos humeurs, plus ou moins décontractée, mais toujours avec la même efficacité et sécurité.

L'essai vidéo des pneus Continental ContiSportAttack 5
Découverte
C’est aussi et de prime abord, en esthétique qu’un pneu se juge. Comme en tout, l’allure, l’élégance d’un produit à son effet sur l’acheteur potentiel. Certes moins important dans le cas d’un pneu, le dessin appliqué sur la surface participe un peu au continuum de performances revendiquées par l’enveloppe. Le style du SportAttack 5 reste toutefois assez discret, se démarque peu de ses opposants du segment. Un retour discret du V originel m’aurait plu.

Conti’ a toutefois sensiblement fait évoluer sa référence qui offre une image sportive tout en gardant un taux d’entaillement rassurant. Pour garantir une traction efficace, la bande centrale positionne ses sculptures de façon plus longitudinale afin d’optimiser la surface de contact au sol. Les plus longues, accompagnées de découpes moyennes, se chargent d’évacuer l’eau éventuelle. Assez profondes, ces stries partent en légers biseaux pour stabiliser la gomme et drainer la pluie. Enfin, de petites entailles sur les extérieurs du pneu permettent de réguler la montée en température de la gomme.
Celle-ci reconduit le composé introduit sur la précédente version et s’accompagne d’évolutions plus internes. Voici les caractéristiques principales du ContiSportAttack 5, de la surface vers l’intérieur.

- BlackChili : C‘est le composé qui forme ce pneumatique. Ce polymère associe deux types de gommes différentes : des caoutchoucs de synthèse de nouvelle génération à des caoutchoucs naturels auxquels sont ajoutées des particules de noir de carbone à l’échelle nanométrique pour lier l’ensemble et contribuer à la durabilité. L’une des propriétés principales du BlackChili est bien sûr de « pimenter » la surface du pneu. Ainsi, la montée en température est rapide, entre 40 et 50 degrés, par tous temps quelle que soit la température du sol grâce à une teneur importante en silice.
- RainGrip : plus d’adhérence sur sol mouillé avec une silice spécialement activée.
- TractionSkin : cette technologie de revêtement du moule supprime l’utilisation d’agents de démoulage. La surface micro-rugueuse rend le rodage du pneu aussi sûr et court que possible.
- GripLimitFeedback : augmente la sécurité lors des angles d'inclinaison extrêmes, avec une gomme plus flexible sur les épaulements qui assurent un meilleur ressenti et contrôle lorsque la limite d’adhérence est atteinte.
- MultiGrip : adhérence continue et homogène lors de la mise sur l’angle avec un seul composé de gomme. Une cuisson différenciée des zones du pneu et le contrôle de sa température pendant le process de production permet à ce monogomme une meilleure résistance au centre et un grip plus important sur les extérieurs.
- LA nouveauté du ContiSportAttack 5, c’est le MultiZoneBelt : une ceinture à tension variable en acier entouré longitudinalement autour du pneu qui se fait plus dense au centre et plus espacée sur les épaulements. Ainsi, on accroit encore la longévité de la bande de roulement centrale tout en assurant un toucher de bitume plus fin sur l’angle.
- Zéro degré : cette ceinture d'acier tissée à 0° permet d'éviter la déformation du pneu lors de sa mise sur l’angle à vitesse élevée.

Enfin, l’esthétique des flancs du ContiSportAttack 5 bénéficie d’une texture raffinée permettant de moduler le contraste et met en évidence les marquages des pneus. Ils sont fabriqués à Korbach (Allemagne).
Avec le ContiSportAttack 5, le manufacturier affirme avoir accru le grip sur le sec (-1,2 seconde au tour de référence face au ContiSportAttack 4. Sur sol mouillé, le gain serait de -2,2 secondes grâce à l’augmentation de la profondeur des sculptures.

Les nouveautés présentent un profil en ogive douce puis un profil plus plat sur les épaulements pour de stabilité sur l’angle. Ils ne demandent pas de pression particulière sur piste et donc conserve le 2,5 et 2,9 Bars avant-arrière préconisés sur route. Notez que l’usage de couvertures chauffantes est possible.
Enfin, l’ambassadeur Continental Jeremy McWilliams, pilote de MotoGP 500 et de SuperBike, a participé au développement du ContiSportAttack 5. Nous avons eu la chance de le rencontrer sur cet évènement.

Route
Nous partons, comme se destine ce pneu, vers le circuit de Carthagène (Espagne) par un périple varié de 150 km, au guidon de BMW S1000 XR et S1000 RR. Des p’tites brêles sans prétention pour ne pas trop mettre à mal les Conti… y’a juste 170 ch, 114 Nm de couple et 227 kg pour la « routière » et 210 ch, 113 Nm de couple et 198 kg pour la sportive. Bref, une virée tranquille…

Je commence sur les guidon-bracelets de la RR. Pas vraiment une sinécure niveau confort sur route. Dédiée au chrono et aux surfaces bien apprêtées des pistes de vitesse, l’Allemande va être exigeante. D’autant qu’en chemin nous passerons sur du bitume bien défoncé, bosselé et parfois poussiéreux. Un rêve de pistard. Mais c’est la zone d’action du ContiSportAttack 5 qui rassure dès les premiers kilomètres par une adhérence sans reproche sur un asphalte pas trop propre. La montée en température est effectivement rapide et les pneus la conservent correctement pendant une vingtaine de minutes. Certes, la bande de roulement centrale parait un peu dure et peu prolixe, notamment sur voies rapides. Même constat aux commandes de la S1000 XR dont l’ergonomie est bien plus avenante apporte bien sûr une aisance bien supérieure lorsque le revêtement se dégrade. Mais quelle que soit l’allure, la stabilité des BMW est sans défaut.
Quand la route se fait sinueuse, on découvre enfin le caractère enjoué du Continental. À peine le point de bascule est-il atteint, la prise d’angle amorcée, que les motos témoignent d’une qualité de guidage et de remontée d’informations très sensible. L’apport de la nappe à tension variable est appréciable et donne un toucher de route supérieur.

Sans être vive, l’inclinaison est dynamique, mais progressive, sans donner cette sensation tombante parfois rencontrée. La précision et le suivi de trajectoire témoignent d’une conception course. Calé sur le flanc des ContiSportAttack 5, je me concentre sur le tracé virevoltant de Murcie, à l’assaut d’une colline. Trail comme sportive sont parfaitement réactives aux appuis, affinent la ligne si besoin sans effort. Le passage d’un bord à l’autre se fait naturellement entre ces courbes serrées et sans temps mort. Avec la XR, j’ai pris, selon l’indicateur de bord, 48° d’angle de chaque côté. Les repose-pieds frottent et le rythme se fait soutenu. De quoi se chauffer sans mal pour la piste.
Circuit
La piste de Carthagène nous accueille enfin pour passer aux choses sérieuses envisagées en début de parcours. L’aspect routier convainc sans mal, reste à évaluer ces ContiSportAttack 5 en usage plus intensif.

Je débute à nouveau en S1000 RR, plus appropriée pour l’exercice. Néanmoins je découvre ce tracé ibérique aux courbes parfois serrées, aveugles à la surface parfois inégale et poussiéreuse… un aspect fort engageant. Et un bon défi pour le Conti. Nous partons pneus froids pour deux tours d’observation avant trois plus libres. Le grip est très rapidement obtenu et l’allure correcte quand nous sommes lâchés pour cette courte première session. À nouveau la facilité de mise sur l’angle se conjugue à une neutralité du profil pour mieux bénéficier d’une précision remarquable. Calés sur l’angle, adhérence, stabilité et ressenti du train avant sont palpables avant de redresser et remettre les gaz. Bardée d’électronique, notre bavaroise à ailerons déverse sa force avec contrôle, mais fermeté sur l’enveloppe arrière. La gomme travaille sereinement et désormais, sur la bande centrale, offre plus d’informations une fois mises en contrainte et la moto davantage assise. Même ressenti au freinage en fin de bout droit quand les étriers attaquent les disques, font plonger la fourche et écrasent le pneu. La carcasse travaille, encaisse le transfert de masse en contrôle pour, à nouveau laisser l’équipage choisir, sans forcer, la trajectoire.

Avec sa réserve dynamique et son potentiel sportif, la S1000 XR est une sportive sur échasses. Moins démonstrative, limitée en garde au sol, elle ne rechigne cependant pas à prendre de l’angle sur piste. Plus lourde, elle met davantage à l’épreuve les ContiSportAttack 5. Mais, l’évidence est à nouveau au rendez-vous dans le ballet qu’elle propose entre les vibreurs. Calée sur l’angle, l’Allemande témoigne de la même facilité à suivre sa trajectoire et se relancer sans mouvement de carcasse. À la prise des freins, on ressent de même le travail du pneu qui gère la pression de la décélération avant de placer la BMW au millimètre sur sa ligne. Motricité, adhérence et agilité signent la personnalité de ce pneu au service de la voyageuse rapide.

Deux sessions et puis… c’est tout pour le fun, hélas ! Car deux petits gourmands trop brouillons se sont mis au tas coup sur coup, obligeant la sortie de l’ambulance, du temps médical et finalement la fermeture de la piste… Bref, la frustration de ne pas avoir pu profiter plus pleinement de la course. La course ? Ah non, c’est vrai, à la base c’était juste un petit tour sur circuit en passant par la route. À s’y méprendre tant ce pneu vous donne envie d’en découdre. Sereinement.
Conclusion
Efficacité sportive et sécurité au quotidien, tel est le pari assuré par le Continental ContiSportAttack5. Certes, nous n’avons pas testé la pluie, pour une fois, mais cette gomme a notre confiance à priori sur l’eau par son comportement progressif, sa capacité à chauffer et sa franchise. Un concurrent de premier ordre pour les Michelin Power 6, Metzeler Sportec M9 RR, Dunlop SportSmart Mk4, Pirelli Diablo Rosso IV et Bridgestone S23.

Points forts
- Montée en température rapide
- Adhérence
- Agilité
- Remontée d’information sensible
Points faibles
- Bande de roulement centrale ferme
Dimensions du Continental ContiSportAttack 5
- 120/70 ZR 17 M/C (58W) TL
- 160/60 ZR 17 M/C (69W) TL
- 180/55 ZR 17 M/C (73W) TL
- 190/55 ZR 17 M/C (75W) TL
- 200/55 ZR 17 M/C (78W) TL
Longévité
- Prévision : 6 000 km avant et arrière
Interview de Christoph Ettenhuber, Head of business Continental Motorcycle Tires
Quels ont été les points importants du développement du ContiSportAttack 5 ?
Nous sommes focalisés sur l’attente des clients, leur demande et retours sur la référence précédente. Le contrôle précis du train avant et la remontée d’information étaient une donnée importante que nous avons placée au centre de notre travail. L’intégration de la nouvelle nappe MultiZoneBelt améliore très sensiblement le ressenti au guidon, tant sur route que sur circuit.
Les essais d’un pneu en fin de développement sont-ils, à un moment, proposés à un panel de motards représentatifs ?
Non, pour des raisons de redondance nécessaire et de précision des données récoltées, nos équipes de développements internes affinent seuls le développement du pneu et ses caractéristiques en dynamique. Toutefois, le processus précoce de partenariat en monte d’origine avec différentes marques nous permet de valider les derniers éléments de travail.
Le style d’un pneu a son importance pour séduire le client. Il était fort sur les premiers ContiSportAttack ? Quel axe avez-vous suivi pour cette cinquième évolution ?
Les premiers designs de la famille ContiSportAttack étaient en lien avec le graphisme des autres gammes pour avoir une image de marque globale. Désormais, nous évoluons vers l’efficacité plus sensible d’un dessin industriel. De plus, suivant les pays, les attentes peuvent varier sur l’esthétique. Le choix d’un dessin plus évocateur des performances dynamiques et en lien avec les choix technologiques nous semble plus pertinent.




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