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Le Rallye Routier

Equipement, obligations, préparation, navigation, spéciale, chrono, ambiance : explications via du vécu

Première participation au Rallye des Volcans 2015 et premières émotions sur une moto de 27 ans ! Navigation, spéciale, base chrono : un week-end riche en expériences motocyclistes !

Je suis un motard du type Allium Porrum, cela n'a rien de glorieux mais je fais avec. Allium Porrum ? C'est le nom latin du poireau cultivé. C'est seulement dans mes rêves que je sais exploiter 100 % du potentiel de ma machine et donner 99 % de mes ressources personnelles. Mais dès que je quitte ces circuits basés dans des territoires ésotériques, la réalité est bien autre. De fait, si j'ai beaucoup de respect pour tous les pilotes, ceux qui courent le TT de l'Île de Man ou font du Rallye Routier entrent dans une classe à part. Celles des grands malades capables de débrancher le cerveau dans un univers où les murets, les sapins, les ravins et les gravillons remplacent les bacs à gravier et le Docteur Costa. Faut reconnaître que c'est quand même particulier.

Bref, c'est pas pour moi. Je me traîne et j'ai tout sauf envie de me fracturer un os ou de faire 4 tonneaux avec ma moto, que je considère naïvement comme une machine de collection du haut de ses 27 ans et à laquelle je suis en fait assez attaché.

Expérience : numéros de course, ça met la pression

Et pourtant. Me voilà à coller des numéros de course sur mon ancêtre, qui va donc porter fièrement le numéro 52. Sous l'insistance lourdingue mais néanmoins communicative d'une bande de copains, qui pratiquent les loisirs motorisés sous diverses formes, qui ont découvert le Rallye Routier en 2014 et qui y ont pris goût, me voilà inscrit au Rallye des Volcans, une épreuve hors championnat qui s'est tenue fin août 2015, en Auvergne.

C'est marrant, mais coller des numéros de course, c'est un acte psychologiquement plus fort que de coller une figurine Panini dans un classeur : ça met la pression, en fait !

D'où, une fois n'est peut-être pas coutume sur le Repaire, un article écrit à la première personne, avec sa dose de vécu et de subjectivité.

Le Rallye Routier, c'est quoi ?

Il y a plusieurs façons de voir les choses. La première, c'est de dire que le Rallye Routier, c'est la course moto dans son expression la plus pure puisque vous pouvez la faire avec votre moto de tous les jours.

Plusieurs catégories sont ouvertes (voir détail en fin d'article) et aucune autre discipline n'offre une telle diversité de machines sur la grille de départ : de la 125 4T à la Gold Wing, en passant par de la Transalp hors d'âge, des flat BMW Série 6, de la Triumph Daytona hyper préparée à guidon plat, en passant par une horde de Supermotards et quelques side-cars, des Voxan et de la Cagiva Elephant. Éclectique !

Diversité de machines au départ

Ensuite et surtout, c'est un championnat tenu sur route ouverte à la circulation et qui mêle régularité, navigation et vitesse. Un sport complet, donc, qui est une affaire de spécialistes : si certains pilotes de Rallye sont véritablement polyvalents et, à l'image d'un Serge Nuques qui a signé des podiums en Endurance et brillé aux premiers Scorpion Masters, peu de pilotes de Rallye s'illustrent durablement en vitesse pure et vice versa. Cela permet aussi à des amateurs comme Laurent Filleton de pouvoir remporter un championnat.

Chaque épreuve comporte plusieurs boucles qui doivent faire en tout au moins 300 kilomètres et comporte une partie de nuit, qui est obligatoire pour le championnat mais facultative pour les amateurs. Les Rallye Routiers font l'objet d'un championnat de France sous l'égide de la FFM. Chaque année, deux ou trois épreuves se disputent hors championnat (et donc généralement en l'absence des cadors de la discipline), à l'instar du Rallye des Volcans ou du Rallye Grand Sud organisé par le Ducati Club de France. En plus du Championnat de France, les Rallye Routiers gagnent une belle couverture médiatique avec le Moto Tour.

En général, les Rallye Routiers se déroulent sur la journée et la nuit du samedi, les vérifications techniques ayant lieu le vendredi. Il y a aussi la nuit, que mes potes m'ont déconseillé de faire pour une première participation, d'autant plus que ma moto n'est pas équipée de phares additionnels.

Rallye Routier : la nuit

Mais, s'il y a 10 ou 15 % de pilotes "pro" qui jouent la victoire, le reste du plateau est composé d'amateurs plus ou moins éclairés qui viennent pour les places d'honneur ou juste pour le fun et se faire plaisir entre amis avec un bon coup de moto. C'est dans cette démarche que je me suis inscrit avec mes potes qui eux, d'ailleurs, ont leur propre définition du Rallye Routier : "tu verras", me dit Aurélien, "ça va te plaire, c'est un sport de gitans qui roulent comme des enculés !". Comment résister à un tel argument ?

Les obligations administratives

Pour m'inscrire, j'ai dû passer par la case médecin qui m'a délivré le certificat médical obligatoire. Une formalité, vu ma condition d'athlète. Ensuite, j'ai pris une Licence "une manifestation" (80 €) et je me suis acquitté de l'inscription au Rallye des Volcans (100 € / ça aurait été 160 € si j'avais fait les deux boucles de nuit). Le tarif d'inscription est un peu moins cher quand il s'agit d'une épreuve hors championnat.

Pour 2016, il est possible de prendre une licence temporaire auprès de la FFM (dite Licence LIA, il vous en coûtera 60 € pour une l'étape de jour et 100 € si vous faites la nuit), ou une licence à l'année (dite Licence NCO, pour National Compétition) : cette Licence NCO est la seule qui vous permette d'inscrire des points au championnat ; elle nécessite par ailleurs le CASM (certificat d'aptitude au sport moto), qui demande de vous inscrire dans un Moto Club.

Pour 2016, l'engagement à un Rallye Routier est de 220 € par épreuve, de 180 € si vous ne faites que les boucles de jour.

L'équipement

En toute logique, le seul équipement demandé consiste en un ensemble en cuir (le pantalon peut être zippé, même si la combine intégrale est recommandée), une dorsale et un casque homologués, des bottes et des gants en cuir. L'airbag est autorisé et, dans ce cas, peut se substituer à la dorsale. Notez qu'une petite sacoche banane est fortement recommandée pour y mettre votre carte de pointage, une barre de céréales et quelques trucs utiles tels que du chatterton ou des colliers Rilsan. En début de saison (la Sarthe, début avril, c'est pas très chaud) ou lors des boucles de nuit, il peut être utile de prévoir un coupe-vent à enfiler au-dessus du cuir. Du coup, pour montrer que je suis aussi éclectique que le Rallye Routier, j'ai ressorti ma vieille combine sur laquelle figure un badge des Millevaches et un autre de la Madone de Porcaro.

 Rallye Routier : équipement obligatoire

La préparation du pilote

En ce qui me concerne, je n'ai rien changé à mes habitudes ni à mon régime équilibré à base de chips et de bières. Les pilotes pro, eux, sont probablement plus affûtés. Et en voyant le nombre de cheveux grisonnants et quelques bedaines sur zone de départ, je ne me suis pas inquiété. C'était un tort : en Rallye Routier, un petit vieux boudiné dans son cuir des seventies est capable de vous donner une sacré leçon de pilotage !

La préparation de la moto

On m'avait dit que le Rallye Routier pouvait se courir avec sa machine de tous les jours ; je m'en suis tenu à ce conseil. Mes potes roulent en Ducati Monster 821, pas trop préparée, ainsi qu'en Yamaha MT-09 et en Kawasaki 650 Versys qui, elles sont plus préparées, avec des crash-bar, des éclairages additionnels pour la boucle de nuit et des dérouleurs de road-book professionnels. Je les ai donc accompagnés avec ma Yamaha 240 TDR perso, millésime 1988, 24 000 kilomètres d'origine, en bon état.

En ce qui me concerne, la préparation a quasiment tourné au zéro absolu. Les pneus ? Ils doivent être homologués pour la route et ce seront donc les mêmes Bridgestone BT 45 qui étaient déjà dessus quand je l'ai achetée début 2012 avec 17 000 km au compteur et qui font correctement le boulot. Bizarrement, une TDR use assez peu de pneu. Les freins ? J'ai changé les plaquettes avant l'an dernier ? Le reste ? Une petite révision avec changement des bougies et vidange des filtres (radiateur, maître cylindre de frein) en début d'année. C'est tout.

Pour le reste de la préparation, j'ai pu constater que le collier Rilsan est le meilleur ami du Rallyeman amateur. Une vieille boîte de bonbons Haribo découpée a été transformée en dérouleur de road-book et fixée sur la barre du guidon et la base du rétroviseur. J'ai fixé une vieille Swatch sur le maître cylindre de frein avant pour avoir l'heure et une (vague) idée de mes temps pour les pointages, vu que si j'aime beaucoup l'éclat irisé de son cadran rose dont l'intensité peut varier en fonction du soleil, cette bonne vieille tocante n'a pas de chiffres ni de graduation pour les minutes... Pour la navigation et le contrôle du kilométrage, je me fierai à mon trip partiel à rouleaux (certes, il existe plus précis, mais Christophe Colomb a découvert l'Amérique avec moins que ça).

Bref, j'ai fait une vraie préparation de gitan, notamment en face de machines qui, elles, sentent la guerre et qui ont des dérouleurs électriques de road-book rétro-éclairés avec commande au guidon. Mais une bonne moitié des motos du plateau n'en n'avait pas fait beaucoup plus que moi. Ma moto n'étant pas équipée de phares additionnels et pour une première participation, je me contenterai de ne faire que les deux boucles (identiques) de jour, comme à peu près la moitié des participants.

 Rallye Routier : road book artisanal

La TDR ayant des aptitudes au tourisme assez limitée, je l'ai collé sur le plateau d'un pick-up pour descendre en Auvergne et si la plupart des pilotes viennent avec leur moto dans un van ou sur une remorque, un nombre significatif de participants viennent malgré tout par la route sur leur moto ; c'est probablement cela, le vrai esprit du Rallye Routier.

La navigation sur la parcours de liaison

C'est la base du Rallye Routier. Le road-book est envoyé aux participants quelques jours avant le Rallye, aussi ai-je dû commencer par jouer du ciseau pour découper et assembler le parcours, puis l'enrouler dans ma boîte ex-Haribo. Le principe est simple, avec des pictogrammes de type "boule / flèche" ainsi que la mention du kilométrage total et partiel entre chaque changement de direction. Comme on l'a dit, la navigation se déroule sur route ouverte, mais les organisateurs prennent bien entendu un malin plaisir à trouver les routes départementales les plus paumées et défoncées possible. Sur le Rallye des Volcans, il y avait même des petites sections sur des chemins de terre, ainsi qu'un passage dans un micro tunnel sous une autoroute. C'est un peu vicieux, mais totalement dans l'esprit du Rallye Routier.

Le principe est simple : il faut suivre le road-book en tenant une vitesse de 60 km/h de moyenne. La logique est donc fort basique : si vous avez 12 kilomètres à faire sur la première étape de liaison et que vous partez à 11h19, vous devrez donc pointer à 11h31. Si vous arrivez avant, vous attendez un peu (d'où l'intérêt pour certains pilotes de noter leur temps de passage à la minute près sur un bout de chatterton collé sur le réservoir) ; si vous arrivez en retard, vous prenez une pénalité. C'est simple, non ?

Le Rallye Routier pour les sides aussi

Sur les Rallyes faisant partie du championnat, la vitesse était de 50 km/h de moyenne. En 2016, il n'y aura pas de vitesse moyenne précisée mais un temps imparti entre deux points de contrôle.

Bref, pour moi, c'est surtout le saut dans l'inconnu. L'heure de mon départ arrive. Je me présente sous la tente qui est fixée dans le camping de Gelles (63). Un speaker fort sympathique présente chaque "pilote" (en ce qui me concerne, les guillemets sont effectivement de mise) au public et me glisse un compliment sur l'état de ma vieillerie. Devant moi, une horloge décompte les secondes. J'essaie de répondre à ses blagues et à ses questions, mais en fait je suis déjà ailleurs. Plus que dix secondes. Plus que cinq. Quatre. Trois. Deux. Un. Le speaker a du me prendre pour un gros malotru que je ne le laisse pas finir sa phrase, car je suis parti en trombe, laissant les autres dans un fumet odorant d'huile 2-T et le crépitement métallique du bicylindre en furie !

Notre petite bande de 4 avait demandé à l'organisation d'avoir des numéros de courses qui se suivent, histoire de pouvoir rouler ensemble. Nous avons fait des binômes. Au départ, je roulais un peu avant d'attendre Aurélien sur sa Monster 821, tandis que les deux Stefs sur les Versys et MT-09 roulaient en binôme devant nous. Aurel reste donc derrière moi pour valider mes choix de validation.

Les premières cases du road-book me semblent simples et logiques et ma boite ex-Haribo fait bien son effet. Petit moment d'hésitation en croisant Stef Versys au bout de 5 kilomètres, mais c'est lui qui s'est perdu et reviens sur ses pas. A part deux moments d'hésitation sur le road-book, concrétisées par un rapide demi-tour et une séance de jardinage, je suis toujours arrivé sur les points de contrôle avec entre une et quatre ou cinq minutes d'avance, même sur une étape ou nous nous sommes perdus sur deux ou trois kilomètres.

Faut pas croire que c'est une promenade de santé non plus : d'ailleurs, lors des toutes premières spéciales, je roulais trop vite au dire d'Aurélien qui me suivait, alors qu'enrouler (un peu rapidement, vous saisissez la nuance ?) suffit. D'ailleurs, la probabilité de tomber sur un radar est très élevée, ce qui implique de gérer ses excès avec parcimonie (les forces de l'ordre ont, une fois n'est pas coutume, une certaine tolérance, mais dans les faits, il est recommandé de ne pas dépasser 60 ou 70 km/h en agglomération et de ne pas faire des excès supérieurs à 30 km/h sur les départementales, tandis que les organisateurs précisent que les parcours de liaison peuvent se faire dans le temps imparti en respectant scrupuleusement le Code de la Route. En tous cas, au guidon, pas le temps de s'ennuyer. Entre les changements de direction qui peuvent avoir lieu tous les quelques centaines de mètres, la vérification du kilométrage partiel sur mon compteur à rouleaux, la lecture des nombreux pièges de la route, tout cela demande une certaine concentration et si je n'ai pas trouvé trop difficile de pointer dans les temps, cela doit être une autre paire de manches la nuit et sous la pluie. Et plus, en pleine nuit, trouver le petit chemin caché à gauche du calvaire et à droite du gros chêne, ça peut devenir un challenge.

La base chrono

Le principe est globalement le même, sauf que vous ne savez pas quand aura lieu le pointage. Ah, la grande incertitude du sort ! C'est donc plus compliqué, puisque que pour être dans les temps, il faut couvrir un kilomètre en soixante secondes. Plus ou moins et vous êtes pénalisé et certains pilotes prendront jusque 15 secondes de pénalité. Ce qui est drôle, c'est que le road-book est particulièrement piégeux sur cette section, avec des petits chemins en forêt, une partie sur terre avec un fort dénivelé, des gravillons, etc. Pour ma part, j'ai péché lors de mon premier passage. Trop vite ! Résultat, 2,9 secondes de pénalité.

Du coup, je me suis appliqué lors de la seconde boucle avec une technique très perso. Là où certains ont des tripmasters et des chronos précis sur leur tableau de bord, j'ai refusé la surenchère en optimisant les données de bord, en utilisant tout le potentiel des compteurs à rouleaux et de la Swatch rose graduée toutes les 5 minutes. En fait, je me suis mis à compter le nombre de secondes que je faisais à telle ou telle vitesse et à calculer une pseudo vitesse moyenne. Dans le sous-bois, j'ai roulé 35 secondes à 70, puis sur la partie roulante, sur le plateau, j'ai fait 30 secondes à 80 ; du coup, dans la partie technique et sinueuse, où j'étais environ à 40 km/h pendant une vingtaine de secondes, ça me laissait un peu de temps avant de réaccélérer. Et là, reconnaissance d'un talent éminemment supérieur (ou grosse chatte du débutant, allez savoir ?), je pointe au bout de 9 kilomètres à la seconde près !

Donc là, les mecs, je ne sais pas si vous vous rendez compte du truc : j'arrive, j'y connais rien, j'installe des équipements de navigation dont la technologie remonte aux Pierrafeu et toc, youplaboum, je les explose tous en finissant premier ex-aequo et je claque mon nom en haut de l'affiche. C'est énorme ! Par contre je ne sais toujours pas pourquoi le HRC ne m'a pas appelé après ce coup d'éclat...

Rallye Routier : même un poireau peut avoir son nom en haut du classement

Les officiels étaient impossible à voir avant, car cachés derrière un bosquet. Aurélien, qui comptait sur le calcul de vitesse moyenne dont est équipé le compteur de sa Monster 821, prend quand même 4,7 secondes de pénalité. Comme quoi, les tableaux de bords digitaux et les ordinateurs de bord, ça a ses limites.

Là aussi, le fun vient dans la lecture de la route et de l'exercice mental que constitue le calcul de sa moyenne. Cette épreuve n'est pas la préférée des pilotes qui viennent surtout pour mettre du gros gaz.

La spéciale

En Rallye Routier, les spéciales sont généralement courtes, de l'ordre de 3 kilomètres. Sur le Rallye des Volcans, les organisateurs ont fait une giga spéciale : 8 kilomètres ! C'est plus une spéciale, c'est une putain de spécialosaure (une forme très grande et très méchante de spéciale) et en ce qui me concerne, c'est surtout la défaite ! La veille, le tracé de la spéciale avait été distribué sur une carte topographique. J'avais essayé de la mémoriser : départ, gauche, droite serré, longue enfilade le long d'un cours d'eau avant le passage sur un pont situé dans une courbe à droite, etc. Peine perdue : une fois arrivé sur place, après le premier gauche, la réalité se révéla plus complexe. Et là, j'ai très mal roulé, un peu façon "bourre entre potes" mais en aucun cas façon Rallye Routier. J'ai rarement eu l'impression d'aussi mal rouler. Je n'utilise pas toute la largeur de la route, je freine trop tôt, je suis hésitant dans les enfilades, j'ai peur d'arriver trop vite dans un virage qui se resserre, j'ai l'impression de ne jamais être sur le bon rapport. Dans les sorties de virages serrés, la TDR, avec ses 3,5 m/kg et ses 44 ch à 9500 tr/mn peine à relancer ma grande carcasse. Bref, je me traîne. Je suis un gros lent. Je suis mauvais.

Hélas, ce ne sera pas beaucoup mieux au second passage, d'autant qu'un accident nous oblige à attendre quasiment une heure avant de prendre le départ. Ce sera donc gaz en grand, pneus froids. Je kiffe. Au moment de me jeter dans le grand gauche, je me souviens que le pilote qui s'est sorti et qui nous obligé à attendre son évacuation s'est quand même sérieusement fait un peu mal et je me demande si j'ai vraiment envie de faire confiance à mes vieux BT 45 tout froids. Les tops pilotes ont ce mental de warrior, mais moi, je coupe un peu les gaz. Lopette, va ! Aurélien me dit que d'un passage à l'autre, il arrive en général à gagner 8 à 10 secondes. En ce qui me concerne, j'ai du mal à mémoriser le tracé et je me traîne toujours autant : j'ai fait baisser mon chrono de 3 secondes, à 4'31, c'est pas glorieux mais le chrono ne ment pas, ça sert à rien de se raconter des histoires...

Aurélien, en grande forme, m'humilie en 4'09. Les deux Stefs sont en 4'25 avec la Versys et 4'28 avec la MT-09. Certes, il y a des concurrents qui tournent en quasiment 6 minutes, mais le vainqueur du Rallye, Fred Jalade, a claqué un 3'40 ! Un mec qui te colle 50 secondes sur 8 kilomètres, ça te renvoie direct au terminus des prétentieux. Un petit jeune prometteur, Florian Mellenotte, tourne en 4'18 avec une DTR 125... Ça calme.

Pire, quelques jours plus tard, je reçois une photo prise sur la spéciale. J'ai environ deux degrés d'angle et mon body langage dit qu'en fait, je suis parti en moto chercher le pain. Je suis tellement stoppé que j'ai l'impression que quelqu'un a photoshoppé la béquille latérale. Je suis déprimé. Allium Porrum un jour, Allium Porrum toujours !

Rallye Routier : le body language en dit beaucoup... (hélas)

Il n'empêche que c'est cet exercice qui sera pour moi le plus dur. Oublier des décennies d'automatismes de bourre sur route pour aller plus loin dans l'improvisation, l'utilisation de toute la route et la transposition de l'agressivité acquise sur piste dans un environnement moins sécurisé, ça demande un gros exercice mental. Pourtant, j'ai eu quelques séquences #minikif : j'ai eu le sentiment d'avoir bien exploité le freinage et l'agilité de la TDR dans les deux chicanes matérialisées par de gros boudins gonflables, j'ai eu une petite montée d'adrénaline en sentant l'avant de la TDR se délester sur un micro wheeling sur une bosse entre un pif et le paf que je prenais à bloc, j'ai le sentiment de ne m'être pas trop mal débrouillé dans le grand virage à droite balayé par des ombres et lumières, j'ai eu le cœur fort qui battait en lâchant l'embrayage à 8000 tr/mn au moment du départ, j'étais en sueur sous mon casque en haut lors du pointage...

Mais il n'empêche : là-dessus, va vraiment falloir que je bosse un peu... Ou même beaucoup.

L'ambiance et les paradoxes

Mes potes m'avaient vendu l'ambiance conviviale du Rallye Routier. Et c'est peu de dire qu'ils avaient raison. La plupart des pilotes s'installent ensemble dans le même camping et, dès les procédures d'inscription le vendredi après-midi, cette bonne ambiance est palpable. Les discussions sont faciles, les conseils abondent. Très vite, on nous explique les petites ambiguïtés du road-book, parce que la confusion est possible à deux ou trois endroits. Merci du conseil ! Notre petit groupe de 4 s'est rapproché d'une association, Central Team basé à Chalon-sur-Saône, qui a pour de promouvoir l'accès au Rallye Routier. Généreux et truculent, Thierry Boyer, le taulier, met un point d'honneur à ce que tout le monde ressente cette ambiance et fait un dîner collectif afin que les synergies se créent. Cela fait aussi une base pour laisser son matériel, ses jerrycans d'essence pour les ravitaillements, discuter. La moto, c'est aussi le partage de la passion.

Le Rallye Routier, c'est une ambiance unique

Le Rallye Routier n'est cependant pas dénué de paradoxes notamment sur le respect des limitations de vitesse et au niveau des reconnaissances des spéciales, qui ne placent pas tout le monde à égalité. En 2016, la reconnaissance des spéciales sera de nouveau interdite. Puissent les organisateurs faire respecter cette règle par moult contrôles.

Bilan de l'opération

Au final, ce n'est pas tellement le résultat qui compte (66ème sur 126 à l'issue des deux boucles de jour, ce n'est ni bien ni totalement nul) que la découverte de nouvelles expériences alors que je fais pourtant de la moto depuis 30 ans. Et en ce qui me concerne, les promesses sont tenues : au Rallye Routier, tu viens sans prétentions avec ta moto pas préparée, tu vis une journée assez intense en roulages, en émotions, en concentration, en rencontres et en discussions, ainsi qu'en introspection sur tes compétences. Tu crées un lien supplémentaire avec ta moto, le tout pour un tarif somme toute raisonnable.

Rallye Routier : la logistique du poireau

Quant à la TDR, elle est en rodage après avoir subi un petit réalésage pendant l'hiver et elle va bientôt avoir des pneus neufs et des plaquettes plus tendres. Parce que bien évidemment, en 2016, elle va de nouveau faire du Rallye Routier. Ça rend un peu accro, ce truc.

Le calendrier 2016 du Championnat de France des Rallyes Routiers

  • Rallye des Garrigues (34), les 12 et 13 mars
  • Rallye de la Sarthe (72) les 2 et 3 avril
  • Rallye de Corse (2A) les 23 et 24 avril
  • Rallye des Ardennes (08), les 28 et 29 mai
  • Rallye de l'Ain (01), les 18 et 19 juin
  • Rallye du Dourdou (12), les 15 et 16 juillet
  • Rallye des Volcans (63), les 27 et 28 août (hors championnat)
  • Moto Tour, du 1er au 9 octobre (hors championnat)

Les catégories du Championnat de France des Rallyes Routiers

  • 125 4T & motos électriques de 12 kw
  • Sport 1 (monos de moins de 200 cm2 2T ou de moins de 400 cm3 4T & twins de moins de 500 cm3 4T)
  • Sport 2 (twins 4T entre 500 et 700 cm3)
  • Mono (autres monocylindres)
  • Roadsters (Twins de plus de 700 ; trois cylindres de plus de 600 cm3)
  • Top Sport (autres multicylindres)
  • Scooter (scooters à partir de 126 cm3)
  • Side-car (tous les side-cars)
  • Anciennes (homologation comprise entre le 01/01/1955 et le 31/12/1978)
  • Classiques (homologation comprise entre le 01/01/1979 et le 31/12/1990)

Plus d'infos sur le Rallye Routier

Commentaires

chevelu

attention, le gilet airbag est en plus d'une dorsale homologuée...
sinon, en cas de déclenchement on ne peut pas repartir, puisqu'on a plus de protection dorsale du tout !!
n"hésitez pas pour toute infos sur le rallyes des volcans, via facebook, ou par mail ou tél.
[www.facebook.com]

[www.auvergnemotosport.fr]

01-02-2016 09:52 
freddy.lombard

Merci pour cet article, non seulement intéressant - qui donne envie de découvrir la pratique du rallye -, mais aussi très drôle et bien écrit. Pour dire : je le relirai.

07-02-2016 22:00 
cajo

Excellent quand c'est vécu et aussi bien raconté de l'intérieur !
Un doux parfum d'arsouille et une véritable passion motarde, simple et accessible.
Le bonheur est dans l'Rallye ... clin d'oeil

08-02-2016 07:22 
anykind

"J'ai environ deux degrés d'angle et mon body langage dit qu'en fait, je suis parti en moto chercher le pain."

J'ai ri, mais ri!! J'ai 3 mois de permis et 4000 km au compteur alors je me moque pas du tout mais la photo est terrible et la description hilarante!

Merci pour ce récit!

05-09-2016 22:35 
 

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