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Tourist Trophy : la démesure humaine

La course ultime sur l'Ile de Man

Epreuve fantasmatique s'il en est, le Tourist Trophy est un mythe motocycliste bien vivant. Depuis 1907, la course anime l'île de Man de fin mai à début juin, pour deux semaines de sport mécanique ultime. Sur un tracé définitivement posé depuis 1911 et au travers de différentes catégories (Superbike, Superstock, Supersport, Lightweight, Sidecar et "Zero"/électrrique), des pilotes se mesurent au long des 60 km de routes… à la poursuite du temps, sans autres limites que les leurs. Jugé tellement dangereux qu'il quitta le championnat du monde de vitesse en 1976, le Tourist Trophy est désormais un évènement à part, géré par le département du tourisme.

La philosophie du risque assumé est entérinée par tous, pilotes, équipes et spectateurs. C'est donc une course pleinement humaine, organisée tous les ans par les habitants, où le libre choix des participants forge un style et une ambiance sans équivalent à la Mountain Course.

Le danger de la course est accepté par tous

Le Tourist Trophy se déroule sur 2 semaines. La première semaine (du samedi au vendredi) est réservée aux essais, principalement effectués tôt le matin ou en fin d’après-midi afin de ne pas trop gêner l’activité des locaux. Business is business, money is money… Le samedi suivant a lieu la première course : Le TT Superbike (course reine) suivi de la première course Sidecar 1. Le "Mad Sunday", journée totalement déraisonnable et souvent meurtrière, n'est désormais plus autorisé. La semaine suivante, les courses et qualifications s’enchaînent tous les 2 jours, soit le lundi : TT Superstock 1 et Supersport TT 1. Le mercredi : Supersport TT 2, Zero Race et Lightweight et qualification Sidecar TT 2 et senior TT. Le vendredi : Sidecar TT 2et Senior TT.

Sur la grille de départ face à la tribune

Nous partons assister à la fin de cet évènement avec Honda, engagé depuis 1959 sur le TT. C'est en 1961 que la firme remporte ses premiers succès en 125 et 250, avec Mike Hailwood. Depuis, 68 victoires au TT font du constructeur japonais l'équipe la plus titrée. Acteur historique et partenaire officiel du Tourist Trophy, la firme d'Hamamatsu souhaite faire partager sa passion de la course sur route aux particuliers, avec une virée de 4 jours (trois nuits) sur l'ile. Au programme, le suivi de deux journées de courses entrecoupées d'une journée "d'activités" (roulage sur route et offroad) lors d'un jour sans épreuve et visite des "paddocks".

Dans le stand du team officiel Honda

Notre programme porte sur les trois derniers jours. En théorie… Arrivés mercredi, des retards de vols ne nous laissent qu'entrevoir les qualifications des side-cars et seniors. De plus, il n'est pas simple de capter des images sans accréditation spécifique. Etant hôtes de l'organisation Honda, nous sommes des spectateurs parmi d'autres, limités dans l'accès aux zones stratégiques.

Le vol a eu du retard, mais on a pu réviser le tracé de la Mountain Course

Enfin, les règles de sécurité drastiques entourant ces lieux n'autorisent pas à se tenir debout sur les passerelles ou les gradins des stands. Néanmoins, l'accès à la "tour de contrôle" dominant le bâtiment des stands et gradins permet de suivre un peu mieux l'action générale. Mais l'important est ailleurs, dans l'ambiance spécifique du TT qui tient plus de la réunion de famille que de l'événement business.

Un echaffauge qui fait office de tribune

Sur les espaces entourant la zone de départ, la foule pique nique, à l'anglaise, dans le vrombissement cyclique des moteurs vrillant l'air. On palpe déjà l'exceptionnel, l'absolu, dans ces passages éclair des concurrents lancés à pleine vitesse sur la ligne droite de Bray Hill. Pas besoin de le voir pour sentir la force de leur détermination.

Picnic sous le soleil de l'Ile de Man

J'en profite pour prendre le pouls des professionnels qui nous accueillent. Dans l'équipe Honda, les mécanos s'activent autour des 4 machines des deux pilotes, chacun ayant une Superstock et une Superbike à emmener. Ce sont deux stars des courses sur route et Bristish Super Bike (BSB) qu'a recruté le constructeur ailé. Ian Hutchinson d'un côté et Lee Johnston de l'autre. Le premier avoue 16 victoires et 27 podiums sur l'Île de Man, l'autre "seulement" deux podiums. Tous deux comptent également de nombreux trophées en championnat anglais, mais aussi des accidents sérieux sur le TT. De fait, la jambe d'Hutchinson est tellement amochée (accident en 2010 et 2017) qu'il passe les vitesses au pied droit, freine au pouce gauche… et réalise des chronos fantastiques. Et pour faire bonne mesure, le responsable du team Honda n'est autre que "Tux", Mister TT, alias Neil Tuxworth. Pilote de renom entre 1972 et 1986, habitué des podiums avec Honda, un gravissime accident stoppa sa carrière lors d'une course à Aberdare Park où il luttait contre Carl Fogarty. Une équipe à la hauteur de l'histoire de la marque sur les terres de Man. Mais cette année, le Senior TT s'annonce délicat à gérer pour "Hutchy", mal remis de ses accidents. Un top 10 ferait le bonheur des Honda boys.

Neil Tuxworth

Déambuler aux alentours de la zone de départ/arrivée permet de suivre le ballet des concurrents amenant leur machine à l'inspection technique avant les qualifications. Motos et sides attendent alors que leur mécanique soit auscultée par les services techniques de la course.

Plus loin, les paddocks des pilotes forment un campement éphémère et hétéroclite, plus ou moins évolués selon les moyens des équipes. Les prétendants majeurs au titre y côtoient des aventuriers de la vitesse plus anonymes. Carénages et pièces mécaniques entourent parfois les tentes ou mobil-home, quand d'autres ont transformé leur camion en atelier-garage improvisé.

Les paddock du Tourist Trophy

On croise également des personnalités, dont une des plus remarquables est un allemand de 53 ans qui, depuis 34 ans, assiste au Tourist Trophy. "Wheelie" Konni Ammenhauser, fan le plus célèbre du TT déambule avec sa combinaison de cuir intégralement couvert d'écussons et pins' en lien avec le TT, formant un habit insolite.

'Wheelie' Konni Ammenhauser

La fin du programme du jour fait revenir les motards du public sur la ligne droite, vers les "stands" désertés, pour profiter des animations et boutiques aux produits siglés TT. Les dizaines motos donnent ainsi l'occasion d'admirer des modèles sportifs devenus rares, de la production motocycliste des 30 dernières années. Suzuki RGV, Yamaha RD 350 LC, VFR 400 R, GSXR 750, … Ca fleure bon l'histoire et parfois le deux temps…

Les boutiques aussi vivent pour la moto

Retour à la compétition vendredi, avec les Side car TT et Senior TT races. Ce matin là, nous avions demandé à pouvoir parcourir le tracé du TT, dont la partie montagneuse est en configuration course : ouverte à sens unique, celui de la compétition. A 5 h du matin, je prends le guidon d'une CBR 1000 RR pour réaliser mon tour de légende, comme tous les jours quelques motards matinaux. Et déjà des spectateurs sont aux endroits stratégiques, attendant les épreuves du jour.

Un echaffauge qui fait office de tribune

La récurrence des sessions bosselées fait comprendre à quel point le parcours s'approche plus d'une session d'enduro routier que de circuit préparé. Les pilotes affirment d'ailleurs que leur position sur la machine tient souvent des deux univers. La courte partie sur les hauteurs permet d'approcher, succinctement, les vitesses de concurrents. A 250 km/h par endroit, j'entrevois de très loin ce qu'est l'épreuve du Tourist Trophy. Sa technicité, sa beauté lié à la pleine liberté de s'élancer plein gaz sur ce tracé, dont seule sa connaissance parfaite permet un tel engagement. Nous n'avons droit qu'à un tour… mais quel tour !

Nous avons eu l'occasion de faire un tour de la Mountain Course

Honda nous offre la possibilité de suivre ces courses dans la descente de Bray Hill, juste après le départ, chez l'habitant. Leur jardin donne directement sur la "piste" ou les concurrents passeront à fond de 6, à moins de deux mètres de nous.

Quelques marshalls passant pour s'assurer de la sécurité des voies donnent déjà le ton : ça va souffler ! Les premiers sides s'élancent ensuite, leur 600 cm3 s'égosillant dans un bruit de turbine. Pour les Superbikes, 40% du parcours est faite accélérateur ouvert à fond; pour les attelages, c'est 90% …! Couché sur le moteur dans le hurlement et la chaleur mécanique, le pilote soude tant qu'il peut la poignée des gaz. C'est surtout au "singe" que vont nos pensées, abrité comme il le peut sur sa plateforme dans les ligne droites, au limite parfois de quitter l'engin tressautant sur les bosses. La confiance mutuelle nécessaire à cette compétition fait l'admiration de tous. Si les frères Birchall remportent leur huitième TT, nous noterons surtout la performance des filles les plus rapides du TT, les Françaises Estelle Leblond et Mélanie Farnier. Avec une neuvième place, elle signe une performance historique.

La deuxième course des sidecars

Mais la course suivante est déjà lancée par un pilote de légende, John McGuinness effectuant le tour d'ouverture sur une Norton entièrement chromée. On entre alors dans un autre monde, tant les vitesses de passage sont spectaculaires. Le Tourist Trophy est une compétition de vérité, sans artifices et le passage des premiers concurrents fait instantanément et pleinement intégrer la dimension hors norme de l'évènement. Lancées à pleins régimes, les machines décollent à la moindre aspérité du bitume. En fait, il serait intéressant de savoir combien de temps les motos passent avec une roue ou deux dans les airs. Car partout et même à Bray Hill, la roue avant se lève à tout instant. Enfin, le souffle produit par le passage des projectiles motorisés renforce encore l'effet spectaculaire de la course.

Vue imprenable dans la descente de Bray Hill

Tout autour des stands et de la piste traversant Douglas est retransmise la course par radio. Si toutefois vous étiez plus loin, il est possible d'acquérir une oreillette vous permettant de suivre l'évolution des évolutions en temps réel. Indispensable et peu couteux (5 £).

2018 sera une nouvelle année exceptionnelle en terme de performance sur le Tourist Trophy. Bien aidés par une météo tout aussi remarquable, les prétendants au titre sont Dean Harrison, auteur le lundi d'un nouveau record en Supersport, Peter Hickman vainqueur du Superstock, Connor Cummins et bien sûr Michael Dunlop vainqueur des Superbike et Supersport… L'extraordinaire Ian Hutchinson semble encore trop incertain après ses accidents. De fait, il abandonnera après 4 tours en ayant longtemps tenu le temps des meilleurs ! L'autre Honda boy officiel sera victime de problèmes de boite, lui aussi évoluant au plus prés du top 5.

Hickman remporte le Senior TT et écrase le record du tour

La course bat son plein et longtemps Dean Harrison semble tenir la victoire, claquant un premier tour à 133.678 mph, mais Hickman réplique avec une moyenne de 134.456 mph. Au deuxième ravitaillement, l'écart entre les deux hommes est de 1,4 seconde ! Harrison franchit la ligne d'arrivée avec un nouveau record (134.918 mph) que Peter Hickman bat quelques instants plus tard, bouclant son dernier tour à la vitesse moyenne de 135.452 mph (217,989 km/h), soit 60 km en 16' 42,778, s… Ces deux gladiateurs viennent de combattre le chronomètre durant 360 km, ferraillant sur le tracé légendaire, l'un ne rendant à l'autre qu'à peine deux secondes. L'épilogue de ce millésime restera mythique. Le vainqueur met 30 secondes au troisième, Connor Cummins et 48 secondes au vainqueur de l'édition 2016, Michael Dunlop. Une performance et même des performances à peine croyables, car tous les concurrents réalisent ici des exploits hors du commun.

La foule qui les attend à la sortie des stands ne s'y trompe pas. Revenant en marchant, un par un, sporadiquement, plus ou moins marqué par l'effort, les pilotes passent devant une haie de spectateurs, saluant, plaisantant avec eux. Les plus connus ont bien sur droit aux selfies et autres autographes.

La foule vient à la rencontre des pilotes

Au terme de l'édition 2018, je ne peux que témoigner de ces sensations extrêmes que procure cette compétition, à l'image d'une course idoine, que l'on peut approcher au plus près, en tout point : circuit, pilotes, machines, public se côtoient, formant une famille réunie autour de l'exploit humain, la maitrise ultime du sport motocycliste sur route. Une expérience incomparable, dans un écrin naturel remarquable, recommandée à tout motard passionné.

Le Honda TT Experience

Honda propose aux particuliers une virée organisée et clef en main, au départ de Londres Gatwick, de 4 jours (trois nuits) sur l'ile. Au programme, le suivi de deux journées de courses entrecoupée d'une journée d'activités (roulage sur route et offroad) lors d'un jour sans épreuve et visite des "paddocks". Séjour avec pension complète en hôtel 4 étoiles et diners gastronomiques. Le tarif et de 1.250 €.

La face cachée de Man

Les journées sans compétition permettent à l'île de reprendre son rythme. C'est aussi l'occasion de découvrir les lieux hors de l'agitation des à-bord du tracé. Routes étroites à l'asphalte fripé chevauchant des collines de landes de bruyères et paysages ruraux baignés par la mer… On est vite dépaysé sur Man. Toutefois, la circulation impose une bonne vigilance. Avec 80.000 habitants et surtout 40.000 touristes/motards, l'espace réduit de l'île implique de croiser régulièrement, à cette période, des véhicules sur les tracés routiers. Et si vous testiez les chemins de traverses, les vrais…?

Visite de l'ile

Car ici la liberté ne touche pas que les évolutions sur bitume. Bienvenue sur les Green Lanes. Ces voies vertes sont des chemins parcourant les campagnes, dédiés aux piétons, 4x4, motos, VTT et chevaux. L'offroad responsable est donc particulièrement accessible sur les itinéraires réservés. Un petit panneau vert siglé d'un cheval et d'une moto vous informe des chemins dédiés à cette pratique. C'est l'occasion de découvrir Man autrement, de voir plus loin, plus vrai. Les plus écolos choisiront même le VTT électrique…

Découverte de l'autre Ile de Man

Ce sont évidemment des Africa Twin que nous emmenons sur les pistes caillouteuses et ravinées. Avec pour guide un certain David Thorpe, triple champion du monde de moto cross… Après une courte approche depuis Douglas, on entre dans le vif du sujet. De nombreuses bosses, presque des whoops, permettent de jouer à saute mouton, d'ailleurs nombreux sur l'île. Sur les hauteurs, on évolue en lisère de forêts de sapins avant de traverser des espaces plus dégagés. Entre les murets de pierres sèches, parfois faciles, parfois plus traîtres, les chemins demandent un peu d'attention afin de ne pas se faire éjecter dans la bruyère ou les épineux qui jonchent le parcours. Le sommet des collines autorise un panorama à 360° au milieu d'un décor paisible. La mer miroite à l'horizon, point de mire de notre piste serpentant ensuite dans les plis des vallées. Au niveau de la mer, on croit changer de pays. La végétation se fait méditerranéenne grâce au gulf-stream qui baigne les côtes. Pins parasols, rhododendrons de la taille d'un arbre… le contraste est saisissant. Et les chemins ne sont jamais loin du tracé du Tourist Trophy et d'un pub où vous pourrez faire une pause méritée.

En Africa Twin sur les Green Lanes

Plus d'infos sur le Tourist Trophy

Commentaires

tom4

sympa comme récit, merci

tom4

23-06-2018 22:21 
THE DUDE

Merci pour le grand bol d'air, maintenant j'ai hyper envie d'y retourner avec les potes...gros bisous

24-06-2018 23:56 
thom

On y retourne en 2020, si tout va bien. sourire

25-06-2018 11:42 
 

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