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Kronik : Septembre

Septembre se termine, avec ses perspectives de pluie, de froid, de gras. Je savoure le noir du blouson au soleil tant qu'il est temps.

Septembre

Les portes du Temps ne se ferment jamais. Nous vivons dans un présent éternel qui se renouvelle sans cesse. Il n'y a pas de passé sinon dans nos mémoires, ni de futur sinon dans notre imagination. Pourtant je redoute la fin de septembre, qui marque le retour pesant de la pluie longue, du froid qui colle.

Dans quelques jours à peine : octobre. On dira de lui, comme surpris : on a quand même eu de belles journées. Et l'on hochera la tête, songeurs du petit répit qui nous sera accordé avant l'inévitable novembre qui dure jusqu'en mars.

Septembre, c'est le mois où je glisse mon grand hamac sous la selle et vais l'accrocher à deux arbres en lisière de forêt. J'écoute Akhnaten de Philip Glass en regardant défiler les nuages, blancs encore. Il y a un peu de vent. Je balance le hamac. La forêt commence à jaunir. Bientôt, les érables seront rouges. Le chemin de terre que j'emprunte pour venir ici sera trop glissant pour passer avec la moto. Mais pour l'instant, je profite du paysage. Le moteur tic-tic encore. Je repousse la terre du bout du pied pour entretenir le balancement. Entre les feuilles, le soleil m’éblouit.

Encore quelques jours et il faudra faire le dos rond sous l'averse. Guetter les bandes blanches et les plaques d’égout. Prendre soin de faire sécher les gants. Nettoyer la visière doucement pour ne pas la rayer à cause du sable. Plisser le nez en regardant le ciel : va-t-il pleuvoir assez pour que ça vaille la peine d'enfiler la combinaison ?

Le soir approche. Je décroche le hamac et rentre à la maison, mon dimanche accompli. Je roule avec le soleil dans le dos qui chauffe sous le cuir. C'est un délice qui me fait toujours frissonner. Je roule plus lentement pour prolonger. Je guette le retour du soleil quand je passe dans une tache d'ombre. Il y a ce beau virage en haut du plateau qui découvre la plaine. Nuages paresseux. Différents verts dans les champs : soutenus pour les blés fauchés en juillet, plus jaunes pour les moissons tardives. Sur ce fond se détachent les deux cheminées de briques de cette usine abandonnée qui fabriquait je ne sais quoi. Je voudrais m'arrêter pour profiter, mais c'est trop dangereux ici : la route est vraiment à flanc de colline ; pas de place pour stationner.

Gamin, je redoutais septembre et son retour en classe, le début de l'emprisonnement scolaire. Maintenant septembre est comme une fin d'août qui hésite, dont je sens qu'elle perd l'équilibre, prête à basculer vers l'équinoxe. Je voudrais poursuivre, conserver septembre et ses ciels qui mélangent juillet et novembre.

Le matin je pousse la moto dehors ; il pleut ou pas. Je roule. Il pleut ou pas. Je rentre : il pleut ou pas. Les averses suivent de brillantes éclaircies dont il faut se méfier autant que se réjouir. Mon blouson fume au soleil. La route est brillante d'eau. L'air est vif, j'ai ressorti le tour de cou.

C'est l'équinoxe et je me sens lorgner vers le sec et le tiède de la voiture, où les ronds-points ne sont plus des pièges maculés de gasoil, mais juste des virages un peu secs à négocier sans crainte particulière, même quand il gèle. C'est l'équinoxe et bientôt il ne sera plus possible d'avoir une moto propre : les mois en 'r' obéissent à la règle : "lave ta moto dimanche et il pleut lundi".

Mais je profite de mon dernier bout de septembre, le soleil qui envahit encore la cour, qui sèche les sacoches, les gants et le blouson. Septembre et ses lointaines promesses d'avril, de mai.

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Commentaires

Le Modérateur

Mélancolie quand tu nous tiens ?

19-09-2017 15:51 
cologny

Magnifique !
Merci pour ce partage.

19-09-2017 23:17 
XM

septembre et ses dilemmes: si je remets la doublure je vais suer l'après-midi, mais si je ne la mets pas je vais me les geler le matin, pareil si je ressort les gants d'hiver ou si je persiste avec les gant d'été.
mais le printemps se rapproche d'un jour chaque jour...

20-09-2017 08:03 
freddy.lombard

Ah, ça, c'est du KPOK littéraire et romantique...

Tu étais où, exactement, pour avoir du soleil ces trois dernières semaines ? cool

20-09-2017 15:25 
KPOK

Bah sur Terre, pourquoi ? cool

20-09-2017 19:41 
 

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