Menu
Fil RSS Facebook Twitter Instagram Pinterest Youtube

TT mon amour, ma passion, ma déraison

Journaliste, reporter, grand reporter, chroniqueur radio et Rédacteur en Chef sur France Inter...

Serge Martin signe chaque mois une chronique radiophonique sur Le Repaire

Avec la North West 200 en Irlande du Nord, le Tourist Trophy sur l’île de Man reste l’épreuve motocycliste où passion et vitesse peuvent encore pleinement s’exprimer. Course mythique pour les uns, jeux du cirque pour d’autres, le Tourist Trophy demeure le rendez-vous des excès à commencer par celui du plaisir.

TT mon amour, ma passion, ma déraison

Je ne sais pas pour vous, mais en tant que motard (beaucoup plus routard que pistard) j’avais trois rêves. Celui d’aller « tâter » des routes américaines à commencer, réputation oblige, par la Route 66 (qui, à la pratique, est largement supplantée par d’autres voies), prendre le départ du Moto Tour (ce qui est chose faite et qui s’est révélée être une véritable drogue, 7eme participation cette année) et…assister au Tourist Trophy. J’ai bien dit assister et non pas participer n’étant d’une part pas fou et d’autre part parfaitement conscient de ne pas en avoir le niveau.

Créé en 1907 sur l’île de Man, située entre l’Irlande et l’Angleterre, le Tourist Trophy, le TT pour les connaisseurs, s’est au fil du temps inscrit dans la mémoire collective des motards comme la course la plus célèbre au monde. L’épreuve mythique à laquelle tout un chacun a soit rêvé d’y participer, soit d’y assister à moins bien sûr d’en être un opposant comme un certain pilote australien, nous y reviendrons dans un instant.

A cette popularité plusieurs raisons. Son ambiance tout d’abord à nulle autre pareil, son décor fait de villages, de montagnes, de prairies et de mer, son parcours un « circuit » routier de 60km agrémenté de 264 virages, sa dangerosité enfin lorsque l’on sait que plus de 140 pilotes y ont trouvé la mort depuis sa création que ce soit lors des essais, des qualifications ou durant l’épreuve elle-même.
Il faut dire que rouler à une moyenne de 200km/h par tour avec des pointes à plus de 300km/h sur de petites routes bosselées, bordées de murets de pierres, de fossés, de clôtures, au milieu de villages entre trottoirs, murs et panneaux de signalisation, en passant sur les bandes blanches ou les plaques d’égout par une météo souvent incertaine n’a pas vraiment de quoi rassurer. Et l’on ne parle pas du public massé dans les virages, dans les endroits les plus spectaculaires et par conséquent les plus risqués quand ce n’est tout simplement pas assis sur un pliant sur un pas de porte…

Autant de raisons qui poussent certaines voix à se faire entendre pour demander son arrêt. C’est ainsi par exemple que l’ancien champion du monde de vitesse, Wayne Gardner, n’a pas hésité à fustiger cette « course folle qui devrait être interdite ». Partant de ce principe on devrait donc demander l’interdiction des courses sur route qui, toutes, représentent, à des degrés divers, un danger. Et de là pourquoi ne pas interdire purement et simplement toutes les épreuves de vitesse, y compris sur circuit, qui ne sont pas, elles non plus, exempt de tout danger comme on l’a encore vécu récemment dans l’endurance.

Il y a donc les « antis » mais il y a aussi tous ceux que cela fait rêver et qui souhaiteraient accrocher à leur palmarès déjà chargé ce trophée. Ce fut le cas de pilotes comme Mike Hailwood, 14 victoires dans le TT à son actif, de Giacomo Agostini, 10 victoires…seulement ou, plus récemment, de Valentino Rossi venu s’offrir en 2009 un tour de parade en prélude à la catégorie superbike avec peut-être l’intention de revenir.

Mais ce sont aussi des Français un petit peu connus comme le quadruple champion de France des rallyes, Julien Toniuti venu s’essayer dans le TT l’an dernier avant d’y revenir cette année. Des moins connus comme le bourlingueur des courses extrêmes sur route, Fabrice Miguet, dit le « Mig » dans le milieu, ou bien enfin Xavier Denis, conducteur de travaux de son état et lui aussi venu vivre l’aventure.

Il faut dire que « n’importe qui » ne peut pas prendre le départ de l’une des épreuves du Tourist Trophy. Aujourd’hui il est d’abord nécessaire d’avoir fait ses preuves à « domicile » puis s’être risqué dans des courses comme la North West 200 ou bien le Manx Grand Prix, prélude au TT, qui se coure également sur l’île de Man mais à la fin du mois d’août.

C’est aussi pourquoi les vainqueurs du TT deviennent de véritables légendes comme Joey Dunlop recordman absolu de l’épreuve pour le moment avec ses 26 victoires, Joey Dunlop décédé en 2000 lors d’une course sur route en Estonie. Mais il y a aussi John McGuinness, 23 victoires, qui espérait bien cette année se rapprocher du palmarès de Joey Dunlop sur une Honda CBR 1000RR SP2 mais qui, à 45 ans, victime d’une chute durant le mois de mai dans la North West 200 devra cette année faire contre mauvaise fortune bon cœur et suivre les courses de son lit d’hôpital.
Des stars qui ont également pour nom Michael Dunlop, le neveu de Joey, 11 victoires, ce garçon qui lors des reconnaissances du Moto Tour, il y a quelques années de cela, n’avait pas hésité à dire qu’il fallait être « crazy », autrement dit fou, pour prendre le départ de cette épreuve relancée par Marc Fontan. Il faut dire que pour lui les 60km du TT sont véritablement un circuit dont il connaît le moindre centimètre.
Des vedettes encore qui ont pour nom Guy Martin, le très populaire et médiatique mécanicien poids lourd, souvent sur le podium mais jamais titré, chargé cette année de défendre les couleurs de Honda ou bien de David Johnson sur sa Norton voire Ian Hutchinson sur une BMW Tyco. Tous de véritables héros outre-manche.

Man, c’est enfin une île de toute beauté ou y aller représente déjà…un trophée. Une île qui deux fois par an, fin mai et début juin pour le TT, fin août pour le Manx Grand Prix vit à l’heure et à la gloire de la moto et des motards. Une population, des commerces, des services entièrement dédiés, un mois par an à la cause motarde. Bref une île qui vit par et pour la moto. Le paradis des sports mécaniques comme seuls les britanniques passionnés de ces disciplines savent le faire supprimer de tels rendez-vous où chacun y trouve son compte, quintessence d’une passion conservée, pleinement consentie par ses adeptes avec tous les risques que cela comporte. Librement acceptée voire désirée par une population locale qui, si elle n’était pas d’accord, aurait bien entendu la possibilité de voter contre et d’en demander la fin.

En conclusion le Tourist Trophy reste un Graal, tant pour ses participants que pour son public. Un Graal qui bien que marchant sur trois pattes, le symbole du drapeau de l’île de Man, ne se gagne qu’au prix d’une longue et ardente préparation, tout aussi bien pour les compétiteurs que pour les spectateurs obligés d’envisager le déplacement plus d’un an à l’avance pour être sûr d’y trouver une petite place. Un Graal qui une fois gagné ne donne qu’une envie, celle d’y retourner.

TT mon Amour, ma Passion, ma Déraison…

Plus d'infos sur les Radioscoopies