Menu
Fil RSS Facebook Twitter Instagram Pinterest Youtube Voyage

Savoir rouler au Nürburgring

20 832 mètres de piste, 73 virages, 300 m de dénivelé : le circuit ultime pour les fans d'adrénaline

La gestion du trafic, les règles à connaître, l'état d'esprit pour aborder cette épreuve...

Le Nürburgring, on peut y jouer sur sa console de jeu. C'est facile. On peut aussi s'y rendre : ce n'est pas très compliqué (voir cet autre article : se rendre au Nürbrugring, déjà publié sur le Repaire) et y passer une journée agréable à regarder de drôles de machines conduites par des gens un peu fous.

Conseils : rouler au sur le circuit du Nürburgring
Conseils : rouler au sur le circuit du Nürburgring

L'étape d'après, c'est donc d'y rouler. Car le Nürburgring est unique dans le paysage des fans de vitesse et d'adrénaline. C'est un lieu hors du temps, hors des logiques ultra-sécuritaires actuelles. Pour les motards, c'est incontestablement un lieu dangereux, puisque vous allez vous retrouver sur la piste en même temps que toute sorte d'usagers. En plus, il y a peu (voire pas) de dégagements et le motard est très démuni face aux éventuelles projections de terre, fuites d'huile et d'eau des automobiles qui l'ont précédé. Difficile ici de trouver le ton juste entre dramatisation et leçon de morale, mais affirmons que le Nürburgring n'est pas à conseiller aux débutants. Il faut en effet gérer le trafic, des bosses, du relief, des virages en aveugle, le tout à des vitesses plutôt élevées : sang froid et maîtrise requises !

Nous pouvons donc affirmer que le Nürburgring, c'est un peu le circuit ultime pour les fans d'adrénaline : un cran au-dessus, il y a le circuit du GP de Macau et le Tourist Trophy de l'Île de Man. Et c'est tout !

Donc, il ne vous reste plus qu'à faire le plein d'essence, vérifier l'état de vos pneus et plaquettes, convoquer quelques potes et hop, en route !

achat de ticket pour rouler au Nürburgring
achat de ticket pour rouler au Nürburgring

Statutairement, le Nürburgring est une route départementale fermée, à péage, à sens unique et sans limitation de vitesse. Et comme sur la route, on y double uniquement à gauche. Ce n'est donc pas un circuit même si elle est sous la haute surveillance de nombreux commissaires de piste. Ce qui est étonnant, c'est que les préposés au péage (pour rappel, c'est 29 € le tour, avec des tarifs dégressifs ensuite, jusque 1900 € le pass annuel) ne jettent qu'un coup d'œil discret à votre moto), mais vérifient quand même que vous soyez en jean renforcé ou en cuir et avec des bottes.On ne vous demande ni votre permis ni votre assurance. Par contre, si vous vous cartonnez, vous aurez alors l'occasion de découvrir la rigueur allemande dans toute sa splendeur et on va vous facturer l'intervention des commissaires (100 €), de la dépanneuse (400 €), voire du mètre de rail que vous avez plié, du nettoyage de la piste voire aussi un forfait pour la fermeture de piste, le cas échéant.

Une route départementale fermée, à péage, à sens unique, sans limitation de vitesse

Une fois passée la barrière du péage, il faut mettre du gaz et du gros. Et ne pas trop se perdre en conjectures : car autour de vous, c'est n'importe quoi. Vraiment n'importe quoi. Vous allez partir au milieu d'une Porsche 911 GT3 RS et d'une McLaren 570S, mais aussi d'une Opel Corsa Diesel, de deux papys dans une veille Mercedes 230 D avec le petit-fils accroché dans le siège enfant à l'arrière, d'un post-adolescent boutonneux dans une Subaru hors d'âge, d'un 4x4 Toyota Land Cruiser surélevé avec encore la tente de toit posée sur la galerie, d'une flopée de BMW M3 vidées et "arceautées" et, dans tout cela, de quelques rares motos.

Rock'n roll ? Assurément !

Au Nürburgring, il y en a pour tous les goûts
Au Nürburgring, il y en a pour tous les goûts

Sur piste, la hiérarchie défie souvent les apparences : au Nüburgring, c'est le seul endroit où vous pourrez voir une Fiat Panda faire l'extérieur à une Lamborghini Gallardo. Si vous êtes un habitué de la Nordschleife sur la console de jeu, vous allez découvrir une autre réalité : Gran Turismo et Forza représentent bien le tracé et son décor (même les panneaux et graffitis y sont criants de vérité), mais le virtuel ne rend pas à sa juste valeur l'intensité du dénivelé et la proximité des rails modifie sérieusement la perception de l'expérience.

 Nürburgring, tracé de la Nordschleife
Nürburgring, tracé de la Nordschleife

Et l'expérience, elle dépote ! Avec une sportive, le premier gros freinage arrive déjà à 250 km/h.

Conseil d'ami : bien vérifier que vous partez avec des pneus chauds car une fois, lors d'un tour en voiture, j'ai vu une Aprilia RSV4 dans le rail à ce moment-là. Ensuite, la jonction avec le circuit de F1 vous permet de frôler le rail intérieur d'un coup d'épaule. Suit un gauche serré et un droite avec un freinage en dévers et en descente, puis une succession de pif-pafs (attention, grosse dénivellation au point de changement d'angle sur la deuxième) et là, on entre dans un vrai morceau de bravoure.

autos et motos ensemble au Nürburgring
autos et motos ensemble au Nürburgring

Ça s'appelle Flugplatz et ce n'est pas une côte, mais un putain de mur, précédé par une cassure qui passe entre deux rails étroits. En haut de la côte, un virage à droite complètement en aveugle, mais il passe très vite. Réussir à ne pas trop couper à ce moment-là demande une vraie habitude. On se retrouve ensuite dans une section très rapide (de bonnes GTI ou des Megane RS sont alors à plus de 230 km/h - et certaines finissent dans le rail après avoir perdu l'arrière, car il va falloir faire un gros freinage en dévers et en descente); mais du coup, c'est moins touchy à moto.

Par contre, après, nouveau morceau de bravoure : la cuvette d'Adenauer-Frost. C'est du pif-paf, mais à plus de 220 km/h, dans une descente puis une montée. Attention, cela débouche sur deux virages à droite très serrés, qui occasionnent de nombreux tout droits. En bonus : à cet endroit, les vibreurs font bien 70 centimètres de haut. En fait, ce sont des trottoirs, ou plutôt, des rampes de lancement si vous sortez de la trajectoire. Trop sympa, non ?

 Nürburgring : essai d'un gilet airbag
Nürburgring : essai d'un gilet airbag

Béton ou pas ?

Vous voulez encore un morceau de bravoure : la descente serrée vers le village d'Adenau : du dévers, du rail à côté, du virage serré et plein de gens à la fin, sur la colline. Là, c'est typiquement le genre d'endroit où les voitures sont nettement plus rapides. Je me suis fait faire l'intérieur par une BMW M5 noire, que j'avais pas vu débouler dans mes rétros. Chaud...

Street Triple en action au Nürburgring
Street Triple en action au Nürburgring

Après l'humiliation, vient le moment de la vengeance : la grande montée entre Bergwerk et le virage d'avant le fameux Karussell. Deux kilomètres pour sortir tous les chevaux, avec des virages qui sont en fait des cassures qui passent à fond. C'est là où les sportives s'expriment, mais ne vous croyez pas le maître du monde pour autant. J'ai buté sur une Porsche 911 Turbo (550 chevaux et 4 roues motrices, ça aide !), d'autant qu'il y avait un peu de trafic à doubler et que l'insolent ne laissait pas la place. N'empêche : ça dépote, une 911 Turbo !

R1 contre Porsche au Nürburgring
R1 contre Porsche au Nürburgring

Le Karussell est célèbre pour ses plaques de béton et son rayon de 210° : à chacun sa technique, certains le prennent, d'autres passent à l'extérieur. La longue section qui suit se passe à vitesse moyenne et consiste en une série d'enfilades dans un relief très vallonné. Plus que la vitesse pure dans un virage donné, c'est le momentum de l'ensemble qu'il faut privilégier. J'arrive à passer la 911 Turbo sur les freins dans un virage en dévers avant le petit Karussell (on peut le prendre à l'intérieur car il tabasse moins que le premier). Un dernier droit en côte et vous déboulez sur la dernière ligne droite, que les voitures finissent généralement au ralenti, pour faire refroidir moteur et freins. Un problème que ne connaissent pas les motos et on peut prendre 300 km/h avant de rentrer au parking, vidé, mais heureux !

Pour être en sécurité, il faut aller vite !

Si notre égo doit en prendre un coup, il faut reconnaître que la moto n'a qu'un avantage sur les voitures : la capacité d'accélération (et éventuellement une trajectoire plus fluide dans les pif-pafs serrés et encore !). Pour le reste, on est globalement perdants, au freinage comme en vitesse de passage en courbe.

R1 contre Porsche Turbo au Nürburgring
R1 contre Porsche Turbo au Nürburgring

Cela a une conséquence : comme les autos entrent de manière continue sur la piste (le circuit ferme quand il y a des accidents, c'est à dire souvent), vous allez donc être dans le trafic. On a vu des mecs rouler en 125 KTM Duke ou en Yamaha 600 XT : franchement, on vous déconseille, car vous allez passer votre temps à vous faire doubler et pas forcément de manière propre. Chacun trouve son plaisir là où il peut, mais là, perso, je vois pas.

Ne vous laissez pas impressionner par les records vus sur Youtube ou même le tableau officiel du circuit : le record absolu, c'est 6'11 en voiture de course (Porsche 962) et 6'48 en voiture "de série" (Radical SR8), contre 7'10 à moto (Yamaha R1). Mais ça, c'est pour les pros avec le circuit libre. Dans le trafic, en BTG (Bridge to Gantry, soit les deux repères, des panneaux, au début et au bout de la ligne droite principale), avec moins de 10', vous n'êtes pas lent, moins de 9'30, c'est correct, moins de 9", c'est rapide. Il faut donc viser une machine qui vous permette ce type de chronos pour une seule raison : ne pas subir tous les apprentis pilotes du dimanche, avec leur GTI rafistolées et leurs BMW 328i hors d'âge, qui constituent le gros de la clientèle qui va visiter les rails.

Croyez-moi, vous n'avez pas envie de vous faire doubler à l'arrache par ce type d'autos.

VTR SP2 au Nürburgring
VTR SP2 au Nürburgring

Reste les supercars : les pros et habitués, qui roulent souvent sur des engins façon BMW M3, Porsche 911 GT3 et autres avions de chasse, seront probablement plus rapides que vous. La difficulté consiste à les avoir repérés dans ses rétros et de les laisser passer d'un petit écart de trajectoire ou d'un petit coup de clignotant, tout en étant gaz en grand sur ce toboggan du diable ! Mais lors de ce roulage, j'ai aussi vu une BMW M5 "Ring Taxi" (donc conduite par un pro), également dans le rail. Il faut donc être tout le temps méfiant...

KTM Xbow au Nürburgring
KTM Xbow au Nürburgring

Lors de mon second tour le samedi soir, le circuit, couvert d'un épais tapis nuageux, est devenu pluvieux, mais comme il est immense, la pluie s'est mise à tomber alors que j'étais déjà lancé. Expérience vécue : une grosse équerre lors d'une réaccélération dans une section rapide (juste après avoir vu une Ducati Multistrada dans le rail deux virages avant), rattrapée de justesse par l'électronique sophistiquée de la R1. Conseil d'ami : le package électronique des motos modernes est votre allié !

En mode arsouille ou en mode piste ?

Pour aller vite, chacun sa technique ! Certains se sentent à l'aise en mode "rallye routier", en misant sur l'improvisation et la vivacité, 'd'autres sont plus en mode "piste", genou par terre et en trajectant sur toute la largeur. A chacun son feeling. En ce qui me concerne, au fil des tours, je suis plus en mode "piste", mais augmenter sa vitesse fait découvrir un nouveau problème : le circuit est extrêmement bosselé. Tous les experts disent qu'il faut une centaine de tours avant de prétendre connaître le Nürburgring !

Mais même avant d'en arriver là, rouler sur ce tracé mythique et historique est source de sensations extrêmes ! Faire les freins à une Megane RS tout en se faisant soi-même faire les freins par une Nissan GTR, sentir l'odeur de plaquettes chaudes (les voitures non préparées souffrent beaucoup sur ce tracé) dans la descente serrée vers Adenau, deviner furtivement le public massé sur les collines environnantes, croiser le regard d'un photographe quand on entre dans le Karussell, sentir des compressions gigantesques à plus de 220 km/h, doubler une Audi R8 à 300 km/h dans la ligne droite, arriver devant la montée de Flugplatz à plus de 200 km/h à ras du rail et découvrir pour tout horizon, un bout de bitume grimpant vers le ciel, tout ceci concourt à faire de la Norsdchleife une expérience absolument unique.

A tenter au moins une fois dans le parcours de tout motard expérimenté.

Pneu bien limé au Nürburgring
Pneu bien limé au Nürburgring

Pour résumer

Les conseils pour rouler sur le Nürburgring

  • Rester humble
  • Attention, ce n'est pas ouvert tout le temps : vérifiez dates et heures des "tourist rides" sur le site nuerburgring.de
  • Et sans vouloir surdramatiser le truc : ce n'est pas pour les débutants...
  • Ne pas oublier qu'il n'y a pas de dégagements et que si vous sortez, c'est direct dans le rail
  • Apprendre le tracé
  • Doubler à gauche et uniquement à gauche
  • Regarder dans ses rétros
  • Faire attention aux bosses
  • Faire preuve d'humilité et laisser passer les plus rapides que soi
  • Prenez de préférence une moto avec un ABS et un contrôle de traction
  • Se méfier des Porsche 911 Turbo S !
  • Méfiance absolue si c'est mouillé !
  • Faire attention au dénivelé
  • Roulez protégé et équipé (et l'airbag est une bonne idée...)
  • Il fait beau et le circuit est ouvert ? Allez rouler (y'aura forcément bientôt un carton, ça fermera et vous ne saurez pas combien de temps ça durera).
  • Prendre un max de plaisir !

Plus d'infos sur le Nürburgring