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Lumière et silence

Après silence et lumière

Après Silence et Lumière de la semaine dernière

Je circule dans les travées du souk aseptisé. De la musique discorde. Des femmes qui voudraient être belles ont des sourires crispés de momies incas. J'ai froid -qu'est-ce que je fais là ?

Hôtesse sur le salon

Il y a autour de moi des hommes en costumes sombres, un verre de champagne à la main ; les plus mal à l'aise fixent leur téléphone. Je déambule à la périphérie du groupe. De jeunes femmes à la semi-nudité imposée par leur contrat de travail temporaire font passer des plateaux de nourriture sans goût vendue sur catalogue. Une moto tourne sur un piédestal, éclairée par des lumières qui font mal aux yeux, masquée par des fumigènes garantis sans effets nocifs sur la santé. Tout ce cirque me débecte.

Femme et semi-nudité

J'ai pris le large une fois écoulé le délai requis par la politesse. Je déambule dans les travées du souk aseptisé. Plein de lumières. De la musique discorde de stand en stand. J'ai planqué mon badge Presse : je n'ai pas envie de me faire alpaguer par un commercial au tableau de chasse incomplet. Une Indienne en blouse grise pousse un chariot de plastique bleu ; elle frotte le verre, l'aluminium et les carrosseries pour que tout soit propre, comme dans le rêve de l'architecte du stand. Je fredonne Visions of Johanna pour me donner du courage :

We sit here stranded, though we’re all doin’ our best to deny it

Nous sommes assis, échoués ici, mais faisons de notre mieux pour le nier.

A la périphérie, le salon révèle une tout autre image. Des stands en préfabriqué et des exposants tristes sous les spots standards de la dotation de base à 2.000 euros le mètre carré. Ces travées suent le morose. Je frissonne : c'est mon allergie à la mélancolie qui revient. Je plains ces pauvres types chargés de faire le pied de grue dans une zone où ne passera personne pendant quatre jours, une fois la journée "pros" terminée. Des vendeurs de bidules et de machins obscurs, roulements à billes et pièces en plastique injecté, assurance de flottes de véhicules et fauteuils motorisés.

Exposant chinois

Ces stands puent la petite industrie de province : commerciaux sous anxiolytiques, secrétaires qui subissent blagues salasses et horaires décousus, techniciens désabusés qui glissent lentement dans l'alcoolisme, stagiaires stupéfiés de s'apercevoir que c'est ça, la vie professionnelle. Ils ont payé très cher une vidéo pour présenter leur activité, avec l'obligatoire zoom avant depuis une image lointaine de la Terre. Je refoule avec peine un énorme soupir, au bord des larmes : tout cela est tellement pathétique, tout cela hurle tellement de désespoir refoulé. Je suis tellement désolé d'être là, de participer à cette mascarade, d'être un petit rouage dans cette machine folle. Je voudrais leur crier : "rentrez chez vous ! Allez vous occuper de vos mômes avant qu'il ne soit trop tard ! Tu vois pas que t'es en train de crever comme cette plante en pot de location dans ta vie de petite crotte de commercial au lieu de profiter du tout petit temps qui t'es accordé, foutu veinard débile, connard à compter tes points de retraite que t'auras jamais parce qu'il t'auront entubé comme tout le monde, casse-toi, casse-toi, reste pas là...".

Un bip dans ma poche. C'est l'heure.

15h45 : présentation des nouveautés 2018 sur le stand Xingyue.

Planète de merde.

Conférence de presse

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