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Comment rouler sous la pluie

Rester serein quand le ciel vous tombe sur la tête : comment freiner, accélérer, tourner, se comporter...

Pour qu'à chaque automne, contrairement aux feuilles mortes, les motards ne se ramassent pas à la pelle

Nos conseils pour rouler sous la pluie : anticiper
Nos conseils pour rouler sous la pluie : anticiper
Le formidable sentiment de liberté que l'on rencontre à moto tient en partie du fait qu'aucun autre véhicule ne permet une telle connexion avec l'environnement extérieur. Revers de la médaille : les conditions météo nous remettent parfois à notre place en nous faisant prendre conscience de notre petitesse face au déchaînement des éléments. A l'approche de la mauvaise saison, voici tous nos conseils pour que la pratique de la moto reste un plaisir, même sous la pluie et que vos trajets, courts ou longs, s'effectuent en toute sécurité. Avant le départ, il est bien sûr important de consulter les prévisions météo : gouverner, c'est prévoir.

L'adhérence : deux fois moins de grip

Premier principe de base : ce qui fait que notre moto tient sur la route, c'est son adhérence. Et pour faire tenir des véhicules par terre, l'une des solutions les plus efficaces tient au caoutchouc, un produit magique à base d'hévéa naturel. Il y a d'autres solutions, notamment avec du caoutchouc synthétique (très couramment utilisé sur les pneus de moto) et l'avenir nous réserve des mélanges à base de pissenlits ou de biomasse.

Bref. Nos pneus tiennent parce qu'ils génèrent un frottement sur le sol. La nature du frottement est différente dans le cas d'un bitume mouillé. Que nous dit la tribologie, la science de l'étude des frottements ? Que le coefficient d'adhérence d'un bitume sec est de 0,6 à 0,8 et qu'il descend dans une fourchette de 0,3 à 0,4 dans le cas d'un bitume mouillé. Pour être clair : il y a deux fois moins d'adhérence sur du mouillé que sur du sec. De là vient aussi le fait qu'il y ait deux fois plus d'accidents par temps de pluie.

Avec un léger bémol : tous les bitumes, cependant ne se valent pas. Certains ont un coefficient de granulométrie élevé (le mu : µ) qui laissera plus facilement l'eau stagner en surface quand les bitumes avec un µ plus faible favorisent plus l'écoulement. La différence peut se sentir sur une petite pluie fine, moins en cas d'averse soutenue et prolongée.

On notera également qu'en cas de fortes averses suivant une longue période sèche, les particules graisseuses infiltrées dans la chaussée remontent en surface (elles sont moins denses que l'eau) et, en se mélangeant aux poussières et résidus de gomme, diminuent d'autant le pouvoir d'adhérence du bitume. Il est donc nécessaire de redoubler de prudence.

Les pneus : pas sous gonflés...

Ce sont les pneumatiques qui vous permettent de tenir par terre, donc ils apprécieront que vous leur accordiez un peu d'attention.

Règle numéro 1 : des pneus, ça se gonfle à la bonne pression (voire un pouillème de plus pour le mouillé) : ainsi, la carcasse fonctionne dans les conditions optimales prévues par les concepteurs et permet aux sillons d'être ouverts comme il le faut pour une bonne évacuation de l'eau.

Règle numéro 2 : tenter de "finir" vos pneus l'hiver parce que vous prendrez moins d'angle est une mauvaise idée. Un pneu usé à 50 % voit ses performances se dégrader de 20 % et sous la pluie, vous avez besoin de tout le potentiel de votre bande de roulement. Vous avez tout intérêt à monter des pneus neufs à l'automne, pour disposer des leurs potentiel de performances à la mauvaise saison, quitte à finir les bords au printemps, à condition que le pneu choisi ait une usure régulière.

Concernant les performances du pneu, il faut distinguer la capacité du pneu à monter en température (pour que la carcasse puisse travailler correctement) et celle des sculptures à évacuer l'eau. Sur un bitume qui évacue bien l'eau, en cas de petite averse, un pneumatique sportif sera encore relativement efficace. En cas de pellicule présente sur la route, il faut pouvoir évacuer. Si quelques manufacturiers proposent des pneus "hiver" pour scooters, la technologie des pneus "toute saison" pour moto est un axe de travail fort. Certains pneus, d'ailleurs, revendiquent ouvertement leurs performances sur sol mouillé.

Enfin, les pneumaticiens vous diront qu'il est important d'avoir deux pneus de la même marque : les sculptures du pneu avant sont étudiées pour évacuer l'eau afin que le pneu arrière puisse faire son travail.

Nos conseils pour rouler sous la pluie : des bons pneus
Nos conseils pour rouler sous la pluie : des bons pneus

La conduite : cool, Raoul

Les principes physiques de base ayant été posés, on comprendra bien que faire tenir un véhicule sur la route quand l'adhérence est divisée par deux demande... deux fois plus de prudence. Accélérer, pencher et freiner progressivement deviennent donc des évidences. On roulera plus à bas régime, sur un filet de gaz sur un rapport élevé, que d'aller chercher la puissance haut dans les tours. Attention, les motos coupleuses peuvent aussi mettre à mal le pneu arrière lors de reprises musclées à mi-régime. C'est donc la souplesse qui doit prévaloir. Sur les motos modernes dotées d'électronique, le mode "rain" de la cartographie moteur aide à assouplir le comportement du moteur. L'antipatinage doit être positionné sur un niveau élevé (certaines machines ont 2 niveaux d'intervention, d'autres 8, à l'instar de la Ducati 959 Panigale et de bien d'autres). L'ABS, bien entendu, ne doit pas être déconnecté. Ou alors, c'est que vous êtes joueur.

L'état d'esprit : anticiper

Après les règles physiques et leurs conséquences sur la conduite, voici la troisième étape : l'état d'esprit. Le mouillé, c'est dans la tête ? Un peu, en fait. Certains motards vont exploiter les 50 % d'adhérence disponibles par rapport à un bitume sec (et prendront un réel plaisir à rouler en toute sécurité à un rythme élevé) ; d'autres seront tétanisés d'en approcher 15 ou 20 %. Rouler le mouillé, c'est être conscient du cadre et des limites dans lesquelles on se déplace ; c'est surtout anticiper les pièges. Encore plus que sur le sec, les gestes vitaux doivent être maîtrisés : porter son regard loin en sortie de courbe, contrebraquer, accélérer gentiment vers la sortie sans mettre la moto en contrainte...

L'anticipation consiste également à éviter les pièges et à contourner tout ce qui n'est pas du bitume : marquages au sol, surfaces réfléchissantes, zébrures et autres raccords de bitumes, plaques d'égouts, rails de voie ferrée et, surprise sur le gâteau, cette belle toile impressionniste arc en ciel et irisée, qui annonce la présence, généralement malvenue, d'hydrocarbures mêlés à de l'eau sur le sol. Dans la même logique, on redoublera d'attention aux abords des stations essence, des péages d'autoroute et des ronds points.

La pluie, en général, vient avec le vent (dans une dépression atmosphérique, les courants d'air montent en spirale et ce mouvement, à grande échelle, génère du vent). La moto risque donc de bouger (encore plus avec un pare-brise généreux, un lourd top case et des vêtements amples). Il faut tout à la fois la laisser faire et en même temps rester ferme avec les genoux sur le réservoir et au guidon.

Enfin, si l'on admet que savoir rouler, c'est bien, savoir s'arrêter, c'est mieux : les distances de sécurité doivent être augmentées.

Nos conseils pour rouler sous la pluie : l'état d'esprit
Nos conseils pour rouler sous la pluie : l'état d'esprit

Le freinage : comptez 50 % de plus

Les lois de la physique ont ceci de sympathique en ce qu'elles laissent peu de place aux miracles. Moins d'adhérence = moins de capacité de frottement = des distances d'arrêt plus longues. Le Code de la Route estime que les distances d'arrêt sont rallongées de 50 %.

Nombre de motos modernes disposent de l'ABS, qui sera d'ailleurs obligatoire dès 2016 sur toutes les motos de plus de 125 cm3. Les ABS des motos de moyenne cylindrée (comme ceux des roadsters mid-size qui constituent une part majoritaire du parc) sont devenus très corrects, tandis que les systèmes haut de gamme sont devenus extrêmement performants. Rappelons que l'ABS ne permet pas de raccourcir des distances de freinage (soumises à des lois physiques), il permet par contre d'atteindre le potentiel optimal lié aux conditions. Et en cas de freinage d'urgence, on peut "taper" dans les freins avec moins d'arrière-pensées.

Pour les motards roulant sur des motos sans ABS, les recommandations précédentes continuent de s'appliquer. Anticipation, douceur et délicatesse sur les commandes restent au programme. Par rapport à un freinage sur le sec, on utilisera plus le frein arrière, notamment en phase de début de freinage pour asseoir la moto, avant de prendre le frein avant de manière progressive.

La distance totale de freinage (temps de réaction + distance d'arrêt) est elle aussi impactée, car elle dépend de votre état de fraicheur, que le chapitre suivant vous permettra d'optimiser.

L'équipement : l'eau, ça mouille. Mais surtout, ça fatigue...

Qui n'a pas déjà connu la joie de sentir un filet d'eau couler dans l'échine puis trouver sa voie rapidement vers les parties les plus intimes de son anatomie ? Cela vaut comme baptême de motard qui roule sous la pluie, mais fort heureusement, cela n'est pas une fatalité.

Tout d'abord, il faut savoir qu'être mouillé multiplie par 5 la vitesse de refroidissement de votre organisme : les conséquences sur votre confort, mais aussi votre sécurité (un cerveau fatigué est moins vif) et, au final, le temps de réaction en cas de freinage d'urgence, sont considérables.

On aura donc tout intérêt à tout mettre en œuvre pour rester au chaud et au sec. En cas d'averse soudaine, la bonne vieille combinaison de pluie une pièce en PVC avec coutures thermosoudées, n'a pas dit son dernier mot. Par contre, elle peut être fastidieuse à enfiler, n'est pas respirante et peut finir par se déchirer au fil du temps.

Les vêtements de dernière génération ont fait des progrès considérables, avec des inserts respirants, imperméables et thermiques. Le choix est désormais assez vaste chez un grand nombre de fabricants. Ne négligez pas les gants : rien de plus désagréable de sentir que la doublure vient avec les mains au péage ou lors d'un arrêt essence. Ni les bottes, dont l'imperméabilité n'est parfois pas éternelle. Un coup de bombe imperméabilisante à l'approche de la mauvaise saison peut se révéler judicieux. Pour le haut du corps, un tour de cou déperlant et un écran pinlock à l'intérieur de la visière du casque sont une obligation.

Ne négligez pas non plus votre propre visibilité : celle-ci est laissée à l'appréciation de chacun par les pouvoirs publics, mais en cas de long trajet sous la pluie, la nuit et dans le brouillard, un gilet jaune peut se révéler pertinent. Et Karl Lagerfeld l'a dit : c'est beau et ça va avec tout...

Nos conseils pour rouler sous la pluie : bien protégé
Nos conseils pour rouler sous la pluie : bien protégé

La moto : soignez là, elle vous le rendra

La mécanique et l'électricité, en général, aiment peu l'eau et l'humidité. A titre préventif, une petite aspersion de bombe siliconée sur les antiparasites peut se révéler utile. Un nettoyage régulier permettra de voir quelles parties de la moto souffrent de l'hiver. Un graissage des câbles est utile. Concernant les suspensions, on pourra ouvrir un peu la détente afin de rendre les réactions de la moto plus progressives

Un petit stage pour en savoir plus ?

Nul n'a la science infuse et il est parfois utile de se perfectionner, ou d'apprendre, tout simplement. Certains organismes sont spécialisés dans les stages, non pas de pilotage, mais de sécurité. Sur le circuit de Trappes (78), BMW organise des sessions de conduite de nuit et sous la pluie.

Et après ça, vous pourrez dire : "il pleut ! Cool, on va faire une virée à moto ?"

Plus d'infos sur rouler sous la pluie

Commentaires

Genzo

12-10-2017 16:14 
 

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