Menu
Fil RSS Facebook Twitter Instagram Pinterest Youtube

Radioscoopie : Le scooter roi

Journaliste, reporter, grand reporter, chroniqueur radio et Rédacteur en Chef sur France Inter...

Serge Martin signe chaque mois une chronique radiophonique sur Le Repaire

Le scooter serait-il en passe de reléguer la moto au rang de « vieillerie archaïque » ou d’objet de musée ? On peut légitiment se poser la question au regard du développement du scooter qui supplante la moto dans bien des domaines…

Radioscoopie : le scooter roi

Bon je sais, c’est la question qui fâche et qu’il ne faudrait pas poser, surtout ici. Mais quand même on peut s’interroger et ce phénomène n’est pas nouveau.

Retour par exemple sur le passé. Que retient la mémoire collective des années 50 en matière de deux-roues ? La Norton Manx de 1954 ? La Guzzi 4 cylindres, la MV Agusta 500, les Terrot, Peugeot et autres Ultima ou Monet Goyon ? Pour le connaisseur, le passionné de la moto, le visiteur assidu des salons ou musées consacrés à l’histoire de la motocyclette, oui, incontestablement !

Mais plus largement, pour le grand public, le deux-roues des années 50 reste et restera la Vespa immortalisée au cinéma. Même si un scooter français, le Peugeot S-55, avec ses deux selles indépendantes montées sur ressort a bien tenté de se faire une place, la Vespa, avec un grand V, celui de la victoire, s’est peu à peu inscrite dans l’histoire du deux-roues comme Le scooter. Le deux-roues idéal permettant aux couples moins fortunés de l’époque de prendre la route des vacances ou tout simplement de l’escapade dominicale en marge d’un usage quotidien.

Si par la suite la moto, notamment avec l’arrivée de la vague japonaise venue supplantée la production européenne, a peu à peu réussi à reprendre le dessus, on est en droit de se demander, au début de ce 21eme siècle, si la tendance n’est pas en train, une fois de plus, de s’inverser.

L’approche utilitaire du deux-roues qui n’a cessé de se développer depuis le début des années 2000, au détriment de la notion passion, en est la cause principale. Lassé des embouteillages des villes, des bouchons, des retards inéluctables, le citadin ou plus exactement l’automobiliste citadin s’est jeté sur le moyen de transport qui lui paraissait le plus adéquat à savoir, non pas la moto, ou bien alors dans une faible mesure, mais le scooter.

Et c’est ainsi que le trois roues, le Piaggio MP3, accessible avec un permis auto restera comme l’innovation pour ne pas dire la « révolution » de ce début du siècle en matière de mobilité urbaine. Un scooter et comble de « malchance » un 3 roues bien loin du side car réservé, aujourd’hui, à une minorité d’authentiques puristes « rétrogrades » ou de nostalgiques inconsolables.

Regardons maintenant ce qui se passe dans nos campagnes. Au moment d’entrer au lycée les jeunes préfèrent, quand cela est possible ou accepté par les parents, pour éviter le car de ramassage scolaire, jeter leur dévolu sur…un scooter. Un deux roues utilitaire dont ils vont s’empresser de se débarrasser dès leur majorité autrement dit dès le moment où ils vont enfin pouvoir passer le permis et s’offrir leur première voiture.

Et la moto dans tout cela ? Loin, bien loin avec fort heureusement un retour ou une arrivée chez le quinqua qui soudainement, avec l’âge, éprouve un besoin de liberté voire de s’encanailler et de goûter aux sensations du « bad boy ».
Autre facteur de désaffection mais pas de désamour vis-à-vis de la moto, le souhait, peut-être très parisien il est vrai ou en tout cas citadin, celui de vouloir être dans « l’air du temps » et d’essayer de rouler « propre » avec un souci de préservation de l’environnement et un seul choix, en matière de deux roues à l’heure actuelle, l’électrique.

Là aussi avec un positionnement encore balbutiant de certaines marques comme Zero Motorcycle, ou de prototypes non aboutis comme la LiveWire d’Harley Davidson, l’électrique reste donc, pour le moment, l’apanage du scooter. Si les premiers scooters électriques et je pense au Vectrix, ont connu quelques infortunes, d’autres, en dépit de leur coût, ont fini par trouver leur place et leur clientèle.

C’est le cas notamment aujourd’hui de BMW avec son maxi-scooter C Evolution. Dans une catégorie moindre, on ne peut pas parler de cylindrée en matière électrique, le Govecs S3.6 bien que trois fois plus cher qu’un Honda PCX-125 cherche à se faire sa place.

Que dire enfin de l’arrivée toute récente sur le marché de petits scooters électriques achetables et customisables à souhait sur internet pour moins de 2000€. Ce scooter à la conception franco-allemande (fabriqué toutefois en Asie) que l’on peut conduire sans permis, l’UNU, d’à peine 70kg propose une autonomie de 50km. Cet UNU qui dispose par ailleurs d’une batterie qui se recharge aussi facilement que celle de son smartphone risque bien, lui aussi, de bouleverser la donne d’une clientèle à la recherche d’un deux roues propre, facile à acheter (depuis chez soi sur internet) et à entretenir.
Il est bon par ailleurs de préciser que la mise en place de restrictions de circulation dans les grandes villes ajoutées au bonus écologique et autres aides à l’achat proposées par certaines d’entre elles, bien que « ridicules » par rapport au coût d’un C Evolution, transforment peu à peu l’acquisition de ces scooters électriques en une véritable alternative et contribuent, de fait, à leur progression.

On ne peut pas dire que ce soit le cas pour les motos absolument pas aidées alors qu’elles contribuent, elles aussi, à la fluidité urbaine. Des motos pénalisées par le manque de places de stationnement, à Paris notamment, des motos devenues la cible privilégiée des contractuels pour tout stationnement, même sans gêne, des motos exclues de la capitale dès lors qu’elles ont le malheur de ne plus être pratiquement « neuves ».

A cela s’ajoute le phénomène de mise à disposition, dans certaines grandes villes, de deux-roues à moteur et là encore ce ne sont pas des motos, on imagine pourquoi, mais des scooters offerts au partage des usagers urbains. Et c’est ainsi que Cityscoot a véritablement révolutionné la mobilité électrique dans Paris. Ouvert au public il y a un an de cela, en juin 2016 très exactement, de 7H du matin à minuit, ce mode de partage d’un scooter électrique enregistre désormais 7000 locations quotidiennes. C’est un scooter emprunté toutes les 10 secondes dans la capitale et ses communes limitrophes. Pas de clef, pas de carte magnétique, pas de borne de réservation ni souci de recharge (les équipes de Cityscoot s’en occupent), un permis B et une simple application smartphone permettent de localiser et donc de louer l’un des 1100 modèles disponibles (bientôt 1600 à la rentrée).
Enfin, pour couronner le tout, certains constructeurs s’attachent à inventer et à commercialiser le deux roues à l’apparence et aux qualités d’un scooter, le deux roues susceptible de créer la symbiose entre les deux communautés, celle des motards et celle des scootéristes.

Ainsi, après quelques fortunes diverses, pour ne pas dire infructueuses, je parle de la DN01 ou de la Vultus NM4, le Japonais Honda a véritablement commencé à marquer des points avec son Integra pour aujourd’hui être en passe de réussir ce pari avec son X-ADV. Jamais un constructeur ne sera allé aussi loin, bousculant tous les codes en vigueur, pour présenter un véhicule (certes à l’apparence d’un maxi-scooter) capable de séduire une clientèle de scootéristes comme une clientèle de motards. Un « engin » capable de sortir des villes et même des routes. Un deux roues facile à conduire et séduisant à vocation sportive et utilitaire, à utilisation hebdomadaire ou quotidienne présentant finalement les mêmes qualités qu’un trail polyvalent à tel point qu'on en vient à comparer un X-ADV avec une Africa Twin.

Le TMAX de chez Yamaha avait déjà considérablement bouleversé la donne et fait évoluer l’univers « scooters », voilà que l’X-ADV pourrait à son tour révolutionner le monde du deux-roues et peut-être d’ailleurs, au passage, attaquer l’indéboulonnable TMAX. Un scooter, car il est malgré tout difficile de lui accorder, de par son look, l’estampille « moto », à même de séduire une clientèle de motards, urbains ou autres, toujours à la recherche du deux roues idéal pour tous les jours, week-end compris.

Autant de raisons pour lesquelles la moto bien « qu’objet de culte » d’une population de passionnés dont je pense faire partie a du souci à se faire. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que des scooters tels le Honda Forza 125 ou bien encore le Yamaha XMAX 125 occupent à l’heure actuelle la tête des ventes de deux roues devant la gamme MT de chez Yamaha, la CB500FA chez Honda ou bien encore les R1200GS de BMW.

Alors se demander si une fois de plus le scooter peut devenir une tendance susceptible d’occulter l’image de la moto, c’est peut être une interrogation qui fait mal, indiscutablement, mais c’est une question que l’on est en droit de se poser même dans notre beau « Repaire ».

Plus d'infos sur les Radioscoopies

Suzuki